Blanche-Neige et les Sept Nains

Ici une tradaptation très libre du poème de Roald Dahl (1916 – 1990). Pours plusieurs raisons, mais surtout pour le rendre aussi lisible que possible, j’y ai fait beaucoup de changements, et même inventé un nouveau caractère.

La maman de l’enfant Blanche-Neige
Mourut un jour – sur quoi, son père
(Qui était Roi de la Norvège)
S’écria, « Mince alors! Que faire?
Il va falloir que je m’en tire –
Que je me trouve une autre femme –
Et bien sûr (cela va sans dire)
Qu’elle soit vraiment haut-de-gamme! »

Sur-le-champ donc, il écrivit
Et envoya aux achats-ventes
(Section royale) comme suit:
« Roi cherche Reine remplaçante ».
Bientôt se forma une file
Voulant saisir la bonne affaire –
Au moins répondirent dix mille,
Dans l’espoir qu’on les considère.

Le Roi dit, d’un air bien sournois
En lorgnant cet amas de belles,
« Je dois faire d’abord, je crois,
L’essai de chacune d’entr’elles! »
Ce n’était pas vit’ fait, son tri,
L’on doutait s’il viendrait à bout –
Enfin, ensorcelé, il mit
Son choix sur une dam’ Dutroux.

La dame était de loin la plus
Belle parmi les candidates
(Pour lui accorder tout son dû).
– La beauté masquait une blatte.
Elle avait une voix de pierre,
Qui trahissait que sous la peau,
Et au-delà les yeux de verre,
Ce beau corps n’était… qu’un corbeau.

Ce qu’avait possédé sa mère
Aurait dû passer à Blanche-Neige –
Ce qui n’empêcha pas son père
(Entravé dans le sortilège)
De tout donner à l’autre, inclus
Son trésor le plus précieux même –
Un miroir magique, conçu
Pour résoudre tous les problèmes:

Demande-lui n’importe quoi –
La réponse était toujours prête:
« Ô Miroir, dites, qu’est-ce qu’on doit »
(Pour donner un exemple bête)
« Manger à midi aujourd’hui? »
En un clin d’oeil il répondrait,
« Le plat sera des oeufs au riz, »
Et jamais ne se tromperait.

Du coup, la question que la Reine
Lui posait chaque jour sans faille
(Car c’était une femme vaine
Avec le cerveau d’une caille)
C’était toujours la même chose:
« Ô Miroir, Miroir, je t’écoute, »
Croassait-elle, et puis, sans pause,
« Qui est la plus jolie de toutes? »

A tous les coups, en bon élève,
La réponse était identique:
« C’est vous l’objet de tous les rêves,
Altesse – vous, la dam’ de pic. »
Dix ans durant, la même geste
Se répétait à l’infini –
Mais soudain, un matin funeste,
Le bidule changea d’avis,

En disant, « Euh… dorénavant,
Vous êt’ remise en second’ classe –
J’ai décidé, recalculant,
Que Blanche-Neige, elle, vous dépasse. »
La Reine, là, se mit furieuse,
En hurlant, « Je la tue! » tout haut,
« Je vais l’étriper, cette gueuse,
Je mangerai ses boyaux chauds! »

Puis, sommant le Chasseur-en-Chef
De comparaître en son bureau,
Lui fit part de ses ordres – bref:
« Emmène-la, prends ton couteau,
Et quand vous serez bien au loin,
Tu choisiras le bon moment
Pour l’embrocher – puis n’oublie point:
Ramène-moi son coeur sanglant! »

Il traîna donc la douce enfant
Au plus profond de la forêt,
Où elle s’écria, craignant
Le pire, « Monsieur, pitié! » mais
Le couteau était prêt, le bras
Levé pour apporter la mort.
D’un oeil franc elle le fixa,
Disant, « Je n’ai fait aucun tort. »

Le coeur du Chasseur commença
A palpiter, et fondit comme
Du beurre en poêle; il repensa,
Puis murmura, « Cass’-toi, la môme »
– Ce qu’elle fit, rien de plus sûr.
Un peu plus tard, il fit escale
(Pour éviter des moments durs)
Dans une boucherie locale,

Et s’acheta un coeur de veau,
Avec par surcroît, un bifteck,
Qu’il ramena vite au château,
Là où la Reine et l’archévêque
Etaient à deux (lui se pointait
Toujours vers l’heure du repas,
Se plaindre ainsi: « Dans mon palais,
De fric assez, il n’y a pas.) »

Il leur fallut attendre un temps
Suffisant pour les observances –
Les trois se mettaient impatients
Mais, ‘faut suivre les bienséances…
Ils priaient donc, les trois ensemble,
Pour des miracles et merveilles,
Le prélat visant, il me semble,
L’assiette au beurre et à l’oseille;

Le désir de la Reine était
Que fût la chasse réussie;
Quant au Chasseur, il attendait
Sûr’ment la fin de la partie,
Pour pouvoir dire, « Ô Majesté,
J’ai suivi toutes vos commandes;
La mioche est dans le bois restée –
La preuve: les voici, ses viandes. »

La Reine dit, « Bravo! – J’espère,
Tu l’auras fait tout len-te-ment? »
Puis (ce que je ne peux pas taire)
S’assit au repas dégoûtant.
(Il faut pourtant souhaiter que
La cuisson était juste à point:
Le coeur, s’il est trop bouilli, peut
Et’ sec comme une bott’ de foin.)

Ces goûts sont difficil’s à croire,
Mais entretemps demande-t-on –
De l’héroïne de l’histoire,
Qu’en était-il? Je te réponds:
Il fallait trouver un asile,
Cela au moins lui était clair –
Le mieux serait d’aller en ville,
Mais, sans les moyens, comment faire?

La route s’étendait au loin
Et elle était toute petite,
Et mourrait ici même, à moins
De trouver une idée bien vite.
Dans sa bourse il n’y avait rien
Sauf quelques photos, c’était tout;
Sans fouiller, elle savait bien,
Qu’il n’était pas de sous là-d’ssous.

S’étant effondrée sur la mousse,
Pour pleurer fort, n’en pouvant plus,
C’est là, en se suçant le pouce,
Qu’elle eut du coup un aperçu:
Ce fut en stop, donc, qu’elle fit
Le trajet, puis se procura
Un emploi uni à l’abri –
Deux coups faits d’une pierre, là –

Et bien que ce fût sans salaire
(Tu comprendras bientôt pourquoi)
Mieux que la forêt – ménagère
Chez sept vieillards, dont le plus droit
Ne mesurait qu’un mètre vingt.
C’étaient d’anciens jockeys de course
Qu’on avait nommés les Sept Nains.
Ils perdaient toutes leurs ressources,

Ces sept petits (autrement sages),
A l’hippodrome, en misant sur
Les chevaux et les attelages.
Comm’ quoi, quand leur jour était dur,
Ils restaient sur leur faim, plus tard –
C’était un vice bien choquant.
Alors, Blanche-Neige dit, un soir
Qu’ils rentraient à nouveau perdants,

« J’ai eu l’idée qu’il nous fallait
Et qui résoudra tout souci
De sous, si vous le voulez – mais,
En attendant, sont interdits
Les paris – entendu? » Les Nains
(Qui aimaient presque autant la bouffe
Que jouer) dirent, « D’ac » enfin –
Et elle, pour sa part, dit, « Ouf! »

Ce soir-là, poursuivant sa quête,
Blanche-Neige revint au château
Et attendit en sa cachette
Que tout le monde fît dodo,
Puis – quoiqu’elle avait beaucoup peur
D’être à tout instant découverte –
Se faufila (sentant son coeur
Marteler) dans la cour déserte,

Tout comme un papillon de nuit
(Et, à propos, je te rappelle,
Lya, que lorsque tu l’écris,
Les papions ont tous deux ailes)
– Mais je reprends: Donc, du domaine,
Elle entra, suivit le couloir
Menant au bureau de la Reine,
Et là, s’empara du Miroir!

Rentrée en courant chez les siens,
Après son parcours périlleux,
Elle aborda le chef des Nains –
« Demande-lui ce que tu veux
Savoir, » dit-elle, « Ta prière! »
Le vieillard doutait du pouvoir –
Pourtant, ne voulant pas déplaire,
S’adressa ainsi au Miroir:

« Madame Glace, on est de p’tit
Poids, dans la purée pour de vrai –
Qui c’est qui va gagner le Prix
Demain à Longchamp, s’il vous plaît? »
Le Miroir chuchota tout bas,
« Permettez-moi de réfléchir
Excusez-moi, ce n’était là
Qu’un jeu de mots glacial, pour rire –

J’avoue, c’était plus fort que moi…
Le cheval qui remportera
Le Prix de l’Arc, en bonne foi,
C’est Papillon, puis Falbala. »
Voilà que les Nains s’affolèrent,
En faisant vingt-huit fois la bise
(Blanche-Neige dut se laisser faire)
Puis, ‘fallait trouver une mise:

Chacun d’eux mit sa montre en gage
Pour parier sur Papillon;
Leur auto sortit du garage
Pour aller, elle aussi, au mont
De piété; et ils empruntèrent
Un peu partout chez des amis,
Puis à la banque, et rassemblèrent
Un total digne de… Paris.

Le lendemain, c’était parti –
Pour une fois, les Nains gagnèrent.
Bientôt eux tous – Blanche-Neige aussi –
Devinrent de gros millionnaires;
Ce qui démontre que le jeu,
Non seulement peut vaincre la faim,
Mais aussi rend réels les voeux
(Lorsqu’on joue cent pour cent certain).

Le bout a donc été atteint:
C’est tout, sur Blanche-Neige et les Nains.

7 replies on “Blanche-Neige et les Sept Nains”

  1. sobac dit :

    Blanche neige et les 7 nains dans l’enfer des courses
    on sent bien la tension dans les virages à la corde
    on se doute aussi que Blanche n’est pas une colombe
    on suppute qu’ils vont tournés dans un film porno
    on extrapole sur la reine et son appétit de paraitre
    on comprend le roi qui va à la chasse perd sa place
    on imagine que les nains sont des fieffés garnements
    on attend la suite dans le derby d’EPSON

    belle verve pour cette vérité historique de la fable qui à vu l’arrivée avant les autres

  2. sobac dit :

    la re visitation de Blanche neige étant rocambolesque , j’ai pris le contre pied de la dérision en bifurquant sur l’absurde
    n’y voyez la rien à comprendre c’était un trait d’humour

    mais j’ai aimé votre texte

    amicalement

    so-back

  3. Éclaircie dit :

    Bravant la longueur et la forme, je me suis assise. Vous racontez, Yvains, de bien belles histoires aux enfants.
    Bien sûr sans prince mais qui y croirait encore à présent ?
    Humour et délicatesse, morale amorale ou pas, bravo !!
    Quelle bonne idée que d’être venu chez nous. Le feu de l’hiver ou la fraicheur du sous-bois l’été vous sont ouverts, restez.

    • Yvains dit :

      Vous êtes vraiment très gentille, Eclaircie. 🙂

      En fait, je fais toujours beaucoup d’efforts pour rendre facilement lisible ce que j’écris – et pas seulement parce qu’il s’agit de poèmes pour enfants. J’ai horreur de la poésie qui demande du lecteur un gros effort: Pour moi, cela montre plutôt du dédain – je crois que c’est la responsabilité de l’auteur de se rendre accessible, sans échelle ni cordes. 🙂

      Amicalement

      Jerry

  4. Éclaircie dit :

    Je ne fais jamais d’effort en lisant de la poésie. Soit mon imagination et/ou ma curiosité sont embarquées dans un voyage sans dommage, soit je ferme le recueil et parfois revient plus tard, on a tant besoin de voyages différents dans une vie..
    J’ajoute que votre poème est lisible par ou à un enfant et qu’un ado, un adulte, un vieillard y trouvera son compte et son plaisir.

    • Yvains dit :

      Merci, Eclaircie!

      Ce commentaire, « votre poème est lisible par ou à un enfant et qu’un ado, un adulte, un vieillard y trouvera son compte et son plaisir », c’est pour moi la plus grande louange possible!

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