Le vide-grenier des carpes,

Une ondulation, un mouvement à peine perceptible.
Dedans un bateau léger comme une plume oscille
Et frôle délicatement la peau douce des vagues.
Le visage rond de la lune se voile d’une dentelle de soie noire
Qui ne laisse visible que la courbe d’un sourire.
Parfois une tempête surgit et l’on ploie sous le vent
Comme un arbre de jardin en bordure de rivière

Comme un marcheur perdu dans l’obscurité d’un songe.

****

De vide-grenier en vide-grenier
Pour une misère et parfois moins
On s’achète un nouveau passé
Que l’on décompose et recompose
Sur les lattes disjointes du vieux plancher
Les vide-poches regorgent des cailloux
Glanés en toute saison et tout chemin
Taillés ils deviendront les murs
Aveugles que nous appelons
Pour dormir à l’abri des regards courroucés
Du somnambule qui nous ressemble
N’ouvrez pas la porte le fleuve volerait notre lit !
****
Dans la neige les pas ne signifient plus rien
On y lisait autrefois le destin
De ceux qui n’ont pas peur du froid ni de se perdre
En forêt sans boussole
Les arbres méditaient muets comme des carpes
Ou se voyaient flottant parmi des barques
Car on naviguait sur le ciel
Aujourd’hui les images tombent
Les cartes sortent de leur jeu
La nuit n’a jamais été aussi noire
Quelqu’un aurait volé son visage à la lune.
****
Nous irons tous au bois,

Quelle que soit la monture
Nous chevauchons à perdre haleine
Dans ces forêts profondes
Où se perdent les elfes
Le pied tremblant la main peu sûre
Galvanisés par des chants étranges
Nous galopons aveuglés
Écumants hors de nous
Vers je ne sais quoi d’infranchissable
Qui ne manquera pas de nous faire chuter
Dans notre propre trou

Voilà, en ces temps troublés, le passage de 4Z, Eclaircie, Elisa et bibi
qui, à leur manière, portent les mots au-dessus des maux.

4 replies on “Le vide-grenier des carpes,”

  1. Phoenixs dit :

    Merci aux carpes diem d’avoir ouvert leur vide-grenier malgré l’obscurité des songes et la chute attendue.

  2. Elisa-R dit :

    Etre ailleurs en lisant, dans un monde mieux qu’un monde. Un peu sombre mais pas seulement. La faute à ce « quelqu’un » qui « aurait volé son visage à la lune », à la neige qui ne garde plus trace de nos pas, à l’infranchissable qui « ne manquera pas de nous faire chuter ».
    Cadeau hors de prix, sans prix : vos écrits, nos vendredis : merci !

  3. 4Z2A84 dit :

    Un bloc de merveilles dont l’explosion provoquerait un supplément d’étoiles.
    Si nous surmontons ce « je ne sais quoi d’infranchissable », « la peau douce des vagues » nous consolera-t-elle de la perte de notre « lit volé par le fleuve » ?

  4. Éclaircie dit :

    Ce marcheur perdu dans l’infranchissable, a-t-il volé son visage à la lune ? Ou est-ce le fleuve et ses carpes sous le bateau léger qui étale un voile de soie noire, pareil à la nuit, aux forêts profondes pour nous éviter toute chute.

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