Sous le sabot d’un encrier

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Au flan de la calèche il y avait un serpent servant de marche pied

Les rênes racornies étaient tenues par des chevau-légers

À l’intérieur, derrière les vitres, nageaient des poissons bleus

Au-dessus, sur la galerie des glaces, dormait un dromadaire

Les roues cerclées de lunettes lançaient des éclairs au chocolat

Des chauves-souris flanquées de rouflaquettes

Hissaient les voiles flamboyantes pour avancer plus vite

Dans le coffre, un bon génie ne dormait que d’un œil

Espérant que l’attelage au détour d’une ornière

Cahote suffisamment pour sortir à l’air libre

Alors à lui les ors les jades et les vermeils

Les colliers de perles gelées seraient pour lui

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Son pas ne laisse aucune empreinte

Sur la poussière du chemin

Ni sur le sable gorgé d’eau

Pourtant l’homme avance cherchant l’océan

Pour tracer le sillon sur la vague endormie

Sa pèlerine gonflée par le vent

Sera cette voile le conduisant au large

Où son chant répondra dans la nuit

Au chuchotement de la lune

Quand elle berce le monde pour que germe l’envie

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Dites adieu à vos livres

brûlez votre bibliothèque

désormais ne lisez plus

que dans les yeux de vos amis

le désarroi provoqué par la solitude

quand on la partage

Dans tous vos déplacements

une espèce de feu follet

s’obstine à vous suivre

à vous priver du sommeil réparateur

en récitant à voix forte la Divine Comédie

dans la traduction de Ratisbonne

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Il en sera ainsi puisque s’impose le mot

Oublié dans une aile du cerveau inoccupée l’hiver

Et même dès le début de l’automne lorsque les premiers froids

Déclenchent les alarmes et grillent les synapses

En feux d’artifices joyeux et colorés

Il en sera ainsi dans l’aile droite tapissée de brocarts

Un endroit chaleureux et douillet où l’on aime

Se retrouver assis autour d’un bon feu et d’une tasse de lait

Il en sera ainsi hélas puisque lycanthrope est ce fameux mot

Évadé de la cage de papier dans laquelle il rêvait

Toutes les nuits.

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Ecrit à la plume par :

Elisa, Héliomel, 4Z et moi.

 

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4 replies on “Sous le sabot d’un encrier”

  1. Elisa-R dit :

    On en trouve de belles choses sous le sabot d’un encrier !

  2. Heliomel dit :

    Brûler ma bibliothèque? ça va pas non? Je parie que c’est du 4Z!
    Je veux (je voudrais) mourir avec mes livres, yeux fermés, pages fermées, ça va bien ensemble.
    Dans cet ensemble, je retiens la solitude et le désarroi du loup face à la lune à marée basse.

  3. 4Z2A84 dit :

    Une lecture qui donne le tournis. Voilà sur quoi débouche le fait d’élever dans un aquarium des chauves-souris flanquées ou non de rouflaquettes ! Et qu’espérer lorsque l’on confond une pèlerine avec la voile d’un navire voguant d’une aile à l’autre d’un cerveau dont une moitié hiverne dans une bibliothèque en feu ! Décidément fous et folles pullulent…

  4. Éclaircie dit :

    Du serpent au loup, les mots ont encore un bel avenir, qu’ils voguent sur l’océan ou dans un livre échappé des flammes.

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