Piège à mouches s’envole au vent

 

Il marcherait sur l’allée de gravier clair

Il lèverait le bras

Il pousserait la grille grise lourde et grinçante

Puis il entrerait s’assiérait sur le divan

Ouvrirait un grand cahier à spirale

Le poserait sur ses genoux

Et lirait l’histoire de ceux qui vivent là

Ecrirait alors le volet que l’on pousse

La fumée de la cheminée qui caresse la lune

Le toit qui attend le chat

Mais il n’y a rien que le vent ou un songe

Et les yeux se referment et rejoignent l’étang

 

Lorsque nous regardons le ciel il s’éloigne

Nos yeux s’en détournent

Ils se posent alors sur nos chaussures bien cirées

Des miroirs dans lesquels se reflètent les nuages

Nuages de toutes formes de toutes conditions

Aujourd’hui légers tenus à distance par la lumière

Notre esprit ne sert à rien

Qu’à nous projeter dans des ornières

Ces pièges tendus très haut

Sur la voie lactée en ébullition

Quand nous croyons y être pris ils disparaissent

Mais l’empreinte de leurs dents ne s’efface pas

D’un coup de chiffon

Comme du tableau noir le nom de l’amour

 

 

Les mouches aux longues jambes

 

Sortent des armoires

 

Celles qui balancent leurs feuilles rousses

 

D’un côté ou de l’autre

 

Hésitantes

 

Elles choisissent les songes

 

Rêvent d’une place au soleil

 

Finissent par remettre la décision

 

A d’autres jours

 

Moins gris

 

Moins gais

 

Plus courts

 

Enfouies les pailles de l’été

Les jaunes se font or brun

Enfuies les fleurs d’automne

Mortes au champ d’honneur

.

 

L’haleine de la terre retournée

Fait trembler les peupliers

Mosaïques, bandes dessinées

Dérivent les pages de la campagne

.

 Si le labour était un violoncelle

La charrue d’octobre serait son  archet

Comme la terre retournée chanterait

Droite sur ses sillons fumants

.

 

Le concerto s’achève

Le flûté du vent sur la plaine

Les brumes wagnériennes

Voilent le soleil cuivré

.

 

 

 

 

 

 

5 replies on “Piège à mouches s’envole au vent”

  1. 4Z2A84 dit :

     » Le labour est un violoncelle, la charrue l’archet ». Une image qui frappe l’esprit. Cette suite de poèmes se lit comme on regarde se succéder les plans dans un rêve inexpliquable mais fascinant. Il faudrait tout citer. A vous de relire…

  2. Éclaircie dit :

    Ah! le vent de l’automne, que ne produit-il pas…Belle musique de la terre à l’armoire jusqu’à la voie lactée en bouillonnante, on retourne heureux au fond de l’étang.

  3. Éclaircie dit :

    (supprimer le « en » et ce sera plus correct, désolée)

  4. Elisa-R dit :

    Première (belle)lecture ce soir. Il en faudra d’autres, pour tout saisir, ou essayer.

  5. Elisa-R dit :

    Vous vous êtes surpassés et je suis drôlement fière de vous accompagner.

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