Rebords

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C’est si petit chez eux
que la vie reste dans les chaussures,

posée sur le rebord.

C’est si petit chez eux
qu’on y dort pas ensemble,
pas côte à côte.

C’est si petit chez eux
qu’on n’y va pas, ou le plus tard possible
après les derniers déraillements du bar,
les pièces, l’arabe du coin
et les chambrées en boîtes dégluties sur le seuil.

C’est si petit chez eux
que tout se touche : le corps, le lit, l’armoire
la valise du retour dessus et le plafond.
La valise et la fenêtre,
le réchaud sur le tabouret,
le tabouret, le lit,
le lit et le feu qui,

en une flamme, consume
le sommeil loué à prix d’or.

C’est si petit chez eux
que la vie reste dans les chaussures
posées sur le rebord où,
à la limite, à la limaille,

des cartons dorment, avec chien, avec puces,
sous le pont,
dans la pisse des piles.

C’est si petit chez eux,
qu’ensemble dorment bêtes et hommes,
posés sur le rebord en cendre
du sang et lumière.
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6 replies on “Rebords”

  1. Éclaircie dit :

    Au fil de la lecture, on se croit tout d’abord dans un cimetière, puis on se retrouve auprès de presque-vivants mais bien loin de la vie, dans des lieux où les marchands de sommeil prospèrent, et l’on termine là-bas sous l’autoroute de l’indifférence.
    Bien réel et bien écrit.

  2. Elisa-R dit :

    Ce matin, une autre façon pour moi de ressentir le poème : comme les « rebords » me semblent fragiles, sous les chaussures…

  3. 4Z2A84 dit :

    Ils logent tour à tour dans un cercueil
    capitonné (le lit)
    On trouve aussi chez eux un tabouret et un réchaud
    une valise
    et, sur le couvercle,
    une boîte à lettres !
    La valise suggère des déplacements
    des voyages sans retour
    dont plusieurs au bord de l’abîme
    ou sur la margelle du puits
    dans lequel tout finit par choir.

  4. Heliomel dit :

    c’est si petit que je me demande si quelqu’un ne dort pas sous le lit!
    Un poème tout feu tout flamme

  5. OulRa dit :

    Merci Éclaircie ;o)
    Le début, le besoin de ce texte m’est venu en passant sur le périph. On y voit (on peut y voir…) un « foyer » (quelle ironie…) Sonacotra où les fenêtres servent à entreposer chaussures, lait et eau.
    Rebords, minces comme des fils… Merci Elisa

  6. OulRa dit :

    Pas pensé à cette idée de margelle 4Z, mais je la trouve très, très parlante.
    Merci à toi.
    ;o) Comme dans un sous-marin, Heliomel, on s’arrange de la rotation des trois-huit…

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