Elle

La porte s’ouvre et se referme
Sans que quiconque ne passe
Juste un peu d’air ou quelque chat ou bien
Un ou deux moutons qui ne parvenaient à dormir
Le sucre cherche le café
Ne trouve qu’un mot plié en quatre
Absent pour la journée
Au travers d’une tête translucide
Posée sur un guéridon
On voit trois poissons
Se lisser les écailles et jouer au ballon
Puis le parquet grince
L’horloge réveillée défroisse ses aiguilles
Et relance son balancier
.
Sur le boulevard des brumes
Les échoppes s’entrouvrent
La sueur de la nuit dégouline
Goutte sur les ombrelles
.
Un client sur le pavé mouillé
Tourne en ronds de jambes
Les yeux moins grands que le ventre
C’est combien avec la chambre
.
Heureusement que les hommes
Parlent avec leurs mains
Elle ne comprend pas tout
Elle qui vient des bords du Dniepr
.
Bottes de skaï mini maxi
Ses yeux regardent sans les voir
Les néons pour gogos
La place Blanche est triste
.
Sous les herbes folles
Quelques brins de raison
Vacillent
La mémoire lierre
S’agrippe aux vieux murs
Se faufile
Pour survivre
Déjà, le vent d’automne
Modifie les couleurs
Souffle sur les forces

Bientôt l’hiver
Couvrira de son haleine
Le rouge
Et les derniers espoirs
.
Fait-elle croire aux yeux des hommes
Que le jour ne l’a pas conquise
Chacun couve le souvenir
De sa résignation à l’aube
De son lent repli
Face au propriétaire du ciel
Car certains matins le soleil y occupe toute la place
Nul ne prétend le regarder en face
On se tourne alors vers la terre et la terre dit non
La nuit ne se cache pas dans mon sein
Elle a besoin de draps propres
De draps frais
Pour que ses plaies se cicatrisent
Pour que ses fontaines tarissent
.

Ont participé : Héliomel, Eclaircie, 4Z et moi-même.

6 replies on “Elle”

  1. Heliomel dit :

    Mais comment on fait? Pour un peu ça m’inquieterait!
    Pourvu que nos fontaines ne tarissent pas et que ces mots pliés en quatre perdurent et que nos mémoires lierre demeurent entrelacées!
    (tiens, je suis lyrique ce matin, le soleil?)

  2. Elisa-R dit :

    Il y en a un, parmi nous, qui se glisse dans nos rêves, c’est certain !

    Bon soleil à vous trois et aux lecteurs de passage.

  3. Éclaircie dit :

    Variations de lumière entre jour et nuit, Elle et ses blessures entre les saisons, Elle la femme, la nuit, la terre, l’heure, la mémoire, la vie.
    Étrange et fascinant parcours.
    Ces pages nous rassemblent, nous ressemblent nous suivent et nous devancent.
    Merci à vous tous.

  4. 4Z2A84 dit :

    Il y a un peu de mélancolie dans ces quatre textes quoique trois poissons y jouent au ballon; on y croise une infortunée sous la pluie, la nuit insatisfaite et la mémoire forcée pour survivre de s’agripper comme le lierre aux vieux murs; on y rencontre d’autres sujets surprenants au cours des différentes lectures qu’ils suscitent. L’imagination en roue libre ?

  5. josy01 dit :

    j ai juste un brin de curiosité…

    pourquoi écrivez vous à quatre???
    j ai un peu de mal
    à retrouver « le courant »..

    je ne dissocie jamais les écris de l ‘auteur
    ceci explique peut être cela..

    pensées amicales à tous..

  6. Éclaircie dit :

    Pour le plaisir de voyager, Josy, pour la surprise de l’ensemble, pour faire des loopings ou glisser en pente douce comme on ferait de la luge là où personne n’est encore passé.
    Pour moi pour placer la poésie au delà de moi-même dans un creuset commun, pour nous retrouver dans nos imaginaires rassemblés.

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