Ma life

Losque mon lit me rejette, le seuil de ma fenêtre m’accueille dans son nord giron rassurant.

Je découvre alors parfois, la merveille d’un matin ou la magie d’un soir. Toujours Chauve-souris passe me voir.

J’aurais voulu l’inviter dans ma cuisine où les mouches, si nombreuses nous chassaient. Un vrai cauchemar.

Chat Mallow passe, hautain, cependant que vexé de ne pas avoir attrapé le moindre grillon ou lézard. Le premier dort encore, le deuxième est déjà couché.

Le lilas, le sureau et le lierre tombent de sommeil au coin du mur.

Patoche se demande si encore cette nuit, elle devra me suivre au bout de ma folie.

764 replies on “Ma life”

  1. Éclaircie dit :

    La magie d’un soir
    La Lune était là plein est, drapée dans la brume ou la plume.
    Pas gêné, hérisson gris mangeait les croquettes des chats sous la fenêtre de la cuisine, où règne les relents d’insecticides, les mouches sont plus nombreuses que ce que nous pouvons recevoir.
    Patoche a senti hérisson gris. Elle sait que ces petites bêtes là sont pleines de puces, piquantes mais joviales. Ils se sont salués et retour chacun chez soi.

  2. Éclaircie dit :

    J’ai quitté le soir au bord du gris avec ses nuages pour lui tenir chaud. Et je retrouve l’azur au bord du bleu, frais, dispo-nible.
    Un jour je resterai pour voir toute la magie du spectacle.

  3. Fauchon dit :

    Tu pourras admirer les étoiles en même temps, je te conseille les perseides, a cette période, il fait bon en général, pas besoin de pull.

  4. Éclaircie dit :

    23.54
    Bientôt demain, ouf, je pourrais être éveillée vendredi.

    Dans la nuit des perséides, mes voisins dorment dehors, je n’irai pas dormir avec eux, mais je ferai de même ici, dans le jardin, tout frais tondu et odorant.
    Héliomel me dira le jour et nous prierons le ciel d’être limpide.

    La Lune est à demi dévoilée plein Ouest. Manset infatigable tourne sur la platine. Les mouches sont collantes, aussi collantes que chez ma grand-mère, à la ferme, où tout était recouvert de torchons blancs et propres.
    On trouvait des pièges à mouches partout, des spirales gluantes pendues au plafond, des papiers tue-mouches dans des coupelles, une cuvette d’eau dans l’évier.

    Elles aiment le café (boire sans doute) et si je ne termine ma cafetière, la tasse suivent est servie avec mouche, sans autre option.

    Je bois donc plutôt des infusions de fraise-canneberge et cynorrhodon à la fleur d’hibiscus, deux délices. en veillant cependant à ne pas les laisser trop refroidir dans la tasse.

    à bientôt, je plonge en PPV et reviens en apnée pour apprécier plus fort encore tous les arômes, ici, là partout lorsque je délivre ma respiration.

  5. Heliomel dit :

    Une mouche cassis svp!

  6. Éclaircie dit :

    café mouche, à cette heure !

  7. Éclaircie dit :

    Sur le pas de ma porte au sud-ouest, il pleut ce matin, (oui, j’ai déjà dormi), donc il pleut, et la lune n’a pas envie de friser ou défriser, aussi, elle est à l’abri derrière le plus grand nuage protecteur de ses secrets.

    Et le pire est qu’à la fenêtre nord-est, il pleut aussi, le pire ou le meilleur. L’herbe a été tondue jeudi et avait soif, non pas de mouche-cassis mais de cette eau, sans doute polluée mais indispensable à ses chuchotis.

    Thé vert dans le bock, sans mouche, attirées par l’écran mais pas encore le clavier..

    Ma gorge émet un bruit bizarre..bziii, bzzii, bzzzziiii

    Je vois partout, me voilà mouche.

  8. Éclaircie dit :

    02.12, la porte, son bruit, ils rentrent. Elle semble fatiguée, lui a l’œil très brillant des retours de concert reggae.
    Marie les interpelle :  » dites, vous avez du tabac ? Jean as-tu gardé les clopes achetées hier ? »
    L’œil ne semble pas faire le lien entre le cerveau, l’oreille et les mots de la mère. Aussi elle récidive : « oui mon paquet de tabac ne me convient pas, je tousse trop, je voudrais celui que tu fumes toi, Jean. »
    Alors, Jean semble avoir un éclair dans les yeux…
    « Maman, tu ferais mieux de ne pas fumer, plutôt ! » dit-il le verbe un peu flou de ce flou des retours de soirée entre copains. Flou et pâteux.

    Dans cette famille, ils s’aiment, c’est toute la différence.
    Les jeunes dorment, Marie veille ailleurs. Tout va bien, Mahler sur la platine, puis ce sera Carl ORFF

  9. Éclaircie dit :

    L’odeur du café suinte au travers de cette cloison si mince que je vis chez les autres.
    La toux du phtisique me fait craindre le pire. Que fera-t-on des livres et des livres qui peuplent sa chambre? au Nord
    J’entendrais presque ronronner le chat et le crissement de ses griffes sur la liseuse soyeuse de la Belle Rousse, à l’est.
    Je ne dors ni le jour ni la nuit, pour vivre. Vivre les autres, même les rats et les cafards.

    La dernière goutte de la cafetière résonne d’un dernier ploc dans la verseuse, le sucre, la cuiller, l’eau de la douche, le gargarisme pour des dents étincelantes. La clé enfin, et je suis à nouveau seule à l’ouest.

    Le sud vire au orangé rose pâle, là pas de bruit, que du spectacle, lumière sans le son, appel du vide, la pesanteur retient. Plus d’insectes ou presque, les martinets qui crient, crient, au loin. Je lis sur leur bec leur pulsion pour aller à demain.

    Un univers tourne autour de moi, sans que je sois le centre de rien.
    (écrit ailleurs après un autre poète)

    12062011-00.58

    Hier au soir, seule, je voulais mangé des escargots, puis je suis tombée dans les framboises, m’en suis gavée et les gastéropodes sont restés dans les salades montées.
    Chat Mallow tente de me venir en aide, encore, en s’attaquent aux mouches. Il est maladroit, finira pas casser le peu que j’ai laissé en vue (à cause des mouches, le peu)

    Mais ce n’est pas pire que dans les années 1960, où la grand-mère avait (encore) chèvres, vaches, volaille et lapins.
    Les attrape-mouches fleurissaient dans toute la maison. Aux fenêtres les rubans collants, sur les tables le papier tue-mouche (papier de riz ou d’Arménie, poursuit Régine, sur paroles de Gainsbourg ? ou Régine, me dit le net, papier buvard, puisse-t-il un soir…?).
    D’autres ont le souvenirs de granulés dans les coupelles (pas moi, mémoire qui flanche, j’me souviens plus très bien, paroles et musique Jeanne Moreau, me dit le net)
    01.10

  10. OulRa dit :

    Le titre…
    Ta mémoire flanche, elle est signé par Cyrus Bassiak (alias Serge Rezvani) celui du Tourbillon de la vie. ;-3)

  11. Éclaircie dit :

    Un nombre de lecteur à donner le vertige
    (un alexandrin, avez-vous lu?)

    la lune et son aura jouant dans les nuages
    (un autre, lol)

    les claudicants majeurs retrouvent l’équilibre
    (bon, je ne dis plus, vous avez pigé)

    le plus beau funambule arrive en piste…..chut..!

    ~~~

    Bientôt la nuit des Perséides, dans le petit hameau d’une centaine de foyers, ils ont décidé de s’offrir le spectacle.

    Ils muselleront les lampadaires, leur demandant de ne rien répandre que le silence et le noir pour laisser voyager les étoiles et les cerveaux.

    Ils devront trouver comment parvenir à leurs fins eux qui ont si faims de la lumière qu’on ne leur impose pas.

    Non, ils ne prendront pas de lance-pierres, préservant demain.
    Cependant peut-être un passe, chut…ne dites rien.
    ~~~

    merci OulRa, de me dire ce que tu sais, si tu veux je te dis comment faire pousser une citrouille sous un tilleul (il suffit d’élaguer le tilleul.)

  12. Éclaircie dit :

    01.29
    De la mauvaise humeur de mon matériel…

    Est-ce contagieux ? cette humeur fétide ?
    Ma tour ronchonne comme un tuyau d’évacuation des eaux usantes, fatigué de devoir avaler, avaler sans rien attendre.
    Mon imprimante, ventre ouvert qui ne veut me dire où est la faille (euh la feuille) qui endommage ses rouages. et qui de surcroît se permet de ne pas accepter de s’éteindre pour que je tâte ses viscères et les soulage.

    Raa lala, que la vie est dure à 01.32.

    • Éclaircie dit :

      La petite vieille est riche, depuis qu’elle a ses bas avarice, bien sûr cette richesse est fortement amère, d’autant qu’elle ne la partage plus avec quiconque. Peur de se faire voler le bas, peut-être. Pourtant à sa fenêtre, elle parle de ces chaussettes, les chaussettes à Varice, mais Varice ne répond pas, partie ailleurs embrasser jambe nue au galbe ravageur.
      Petite Vieille rentre alors dans sa coquille, et passant des soucis inférieurs, doit bien alors établir l’état des lieux des cordes et gorges. Cordes désaccordées, gorges en feu, pourtant pas d’eau de feu pour allumer la poudre.
      Petite Vieille n’ira pas à l’église samedi, le bon Dieu ne l’attendait déjà pas et voilà que les spectateurs ne se contenteront pas plus d’une voix qui n’en est pas une.
      Voix de fausset, faussée par les fossés que les bien pensants mettent entre eux et la folie.

      Elle gardera le Violoncelle, qui n’a joué que pour elle. Et les Poèmes qu’elle hurle dans sa tête.

  13. Éclaircie dit :

    Je sors de ma niche
    je sors ma blague
    ma blague à tabac
    à tabasser les hommes
    qui ont le « H »
    plus grand que la queue

    et qui stériles
    n’en finissent de baver devant les ventres
    féconds des femmes
    à petit « f »
    et grands enfants
    qui deviendront des hommes à petits « h »

    on peut rêver

    (dédié à un voisin réel, qui me fait caguer depuis 3 ans)

    mais
    « il est libre
    Max
    y’en a même qui l’ont vu voler »

  14. Éclaircie dit :

    Épargnez mes oreilles
    de vos jugements à l’emporte-pièce

    Cet instrument ne me sert
    qu’à adapter la ceinture
    autour de mon ventre
    selon qu’il est empli
    de vide
    de vomissures
    d’espoir ardent
    de cris
    ou même d’enfants

    ceux que l’on a
    ceux que l’on tue
    ceux que l’on rêve

    et laissez broder les océans en point jeté

    tandis que je retourne en mon ours
    grognon toujours
    mais si doux et accueillant

  15. Éclaircie dit :

    02.09
    Le silence et Mahler
    et la plante des pieds partie tâter
    l’eau de l’herbe
    qui
    mêlée à la poussière accumulée
    donne des ailes
    aux nuits sauvages
    cette fraîcheur d’entre deux jours
    pour revenir à la page
    humide des mots sans trop d’atours

    la lune joue
    je joue avec elle
    et la joue
    s’irise des ses teintes

    au matin
    la rosée aura tout effacé
    laissant le souffle
    gonfler
    pour porter la voile
    plus loin

  16. Éclaircie dit :

    Je découvre l’aube du crépuscule, le dernier vol du merle, son cri dans la lumière descendante et surtout, ma chauve-souris qui entame sa danse.

    Alors que les mots résonnent encore dans l’église entre les heures au clocher, imperturbables.
    Le chant des partisans pour clore le concert et les remerciements émus des uns aux autres, juste parce qu’ils existent et qu’ils sont là.

    • Éclaircie dit :

      Je voudrais être écrivain public pour noter toutes les mémoires de mon village. Ainsi renforcer les racines de l’arbre que je suis devenue.

  17. Éclaircie dit :

    00.50
    retrouver l’espace silence d’un lundi pas encore matin, les fêtards dorment, véhicules garés, inutiles mais rescapés.
    de l’intérieur, vibration des sons, danse du chat, horizon ouvert, chambre vide, page tournée, la solitude devient amie, page après page, écrire la nuit, l’école et la folie.
    00.54
    02.43
    L’armoire de l’angle Nord a disparu, et la photo jaunie de ce mariage oublié sous les restes du verre cassé a émigré; Ira-t-elle jusqu’à se fondre dans le feu du four ?
    Les oiseaux essaiment, laissant le nid dans sa tiédeur inutile, et le verdier le vers au bec ne sait plus où lancer la becquée. Par chance, il reste une plume et l’ancre.
    Se fixer au rocher sous la terre arable, poser le pied avide d’herbe fraîche, sur la pierre de la terrasse froide à cette heure.
    Le chien hier, ne voulait pas se noyer, mais ignorer ses faiblesses grandissantes.
    L’irisation de la larme aiguise le regard. et le sel répandu relève la saveur des aubes, aurores et crépuscule. Entre les deux, il suffit de dormir de ce sommeil qui inonde les corps et l’esprit.
    02.50

  18. Éclaircie dit :

    02.11
    Je ne me souvenais plus que le col vert volait, nasillait et cancanait la nuit. Il vient de me le rappeler, tandis que Patoche poursuivait un hérisson rouge à demi mangé et volant lui aussi.
    02.12

    Où est-il ?
    Il dort, il joue au loin
    me laissant seule
    avec mes cadenettes et mes balles
    jongler avec la lune bonne nature
    qui se laisse saisir par ma main avide

    le Lune est décroissante
    et montante
    elle vient à peine de passer le coin de la maison
    nous avons été aussi surprise elle que moi
    de nous croiser là
    sûres que rien ni personne à cette heure
    ne nous détournerait de notre chemin

    Le mois de juin est-il le mois de la Lune
    tous les autres étant ceux de l’océan

    La lune est une tache d’eau
    singulière et unique
    plurielle des gouttes qui la désaltèrent

    et je la bois des yeux
    même si je les tiens fermés

  19. Éclaircie dit :

    Vite préparez-vous
    Elle arrive !
    la Lune sortie trempée de l’orage
    que d’un souffle elle a chassé

    Elle croît
    tandis que croassent
    les grenouilles
    que le jour rend aphone
    fondues dans bitume
    et les roulements
    de tous ces bandages
    couvrant les plaies
    sans drainer le pus

    j’ai ôté mon chapeau de soleil
    filé à l’angle de la bâtisse
    et j’ai bu
    à la Lune

  20. Éclaircie dit :

    Ah, ma life, my vie
    vous me la rendez belle !!

    merci à
    .. et …. et …… et ……. et …….. et ………. et ……… et …j’en oublie !

  21. Éclaircie dit :

    Le train me prend m’envole
    pour gagner l’océan
    je vais trouver ma grotte
    son miel son ours son ciel

    Le mouchoir agité
    ne sera pas pour vous
    mais pour ceux qui m’appellent
    depuis les bois trop noirs

    Quand depuis la corniche
    nous allierons nos pas
    aux souffles de nos voix
    entendez le silence

    On ne demande rien
    que d’être à la fenêtre
    de nos rêves chantés
    par nos envies trop grandes

    (Pour RHP)

  22. Éclaircie dit :

    05.24
    Le jour est arrivé encore
    au bord de ma fenêtre au Nord
    je craignais l’attente vaine
    de chiffres de lettres et d’îles
    mais dans ce grand hall de gare
    sont passées cent voix
    clamant leur mots et leurs émois

    J’attendrai demain toujours, le jour
    et ceux là qui ne sont pas venus

    Déjà le rouge queue craint le chat
    ils ne connaissent pas plus l’un que l’autre
    la mer
    je leur raconte l’océan où je me fonds
    au bord de mon néant
    5.30

  23. Éclaircie dit :

    Elle est là, Elle arrive, dorée, tout au Nord, comme une lame de serpe , très aiguisée, quand il n’y a rien à trancher.

    oserai-je lui parler ?
    elle me croira folle, comme elle.
    sera-t-elle jalouse de ma beauté ? moi de la sienne ?

    non pas, ses rayons glisseront sur mes mots, mon regard sur ses courbes et le temps de m’asseoir et d’écrire, le blanc laiteux l’envahit et la nourrit. je plonge dans une tasse, tilleul-menthe.

  24. 4Z2A84 dit :

    La lune ne quitte pas sa robe blanche de mariée
    Pour porter le deuil quand ses illusions mortes
    Pèsent d’un poids considérable
    Sur ce que les hommes appellent sa conscience
    Je vivais dans l’attente de nuits sans obstacles
    Avoue-t-elle à la barre devant ses juges
    Je vivais dans du coton
    Comme toute lune apprivoisée
    Eduquée dans des établissements prestigieux
    Par des religieuses pratiquant l’astronomie
    Et l’œil à leur lunette je voyais courir
    Après leur train
    Ceux et celles qui le ratent toujours
    Faute de montre
    Sans songer à me demander l’heure
    A moi qui suis un cadran
    Auquel ne manque qu’une paire d’aiguilles
    Pour mesurer le temps
    Et tricoter des vagues
    Car la mer en réclame toujours plus
    Et claquer des doigts ne les fait pas apparaître
    En tablier devant le tableau de l’océan nocturne
    Avec au bout des doigts une craie
    Un simple et court bâton d’où sortiront
    Armés
    Tous les mots dont nous avons besoin
    Pour chanter mes louanges
    A moi la lune effervescente
    Complice de vos turpitudes pâles humains
    Ne m’invitez pas à baisser les yeux
    Nulle paupière ne voile mon regard
    Et mon rayon n’est doux qu’en apparence
    A l’exception d’Eclaircie je n’opère
    Pas délicatement sur la gent noctambule
    J’erre dans les jardins potagers où citrouilles
    Et tomates se lient contre moi pour blâmer
    Mon intrusion dans leur domaine aseptisé
    Je danse sans tutu ni chaussons sur des murs
    Que j’aveugle et d’où l’ombre effarouchée s’enfuit
    Je verse dans les bols des pauvres mon lait pur
    Mon lait qui donne à ceux qui le boivent des songes
    On les retrouve morts l’écume au coin des lèvres
    C’est là mon côté noir
    Car la lune a deux faces
    Comme certains miroirs
    Dans lesquels tout s’efface
    Au lieu d’y retrouver
    Son visage on l’y perd
    Que l’on ait les yeux pers
    Sombres violets ou verts

  25. Éclaircie dit :

    Tant qu’il restera un millimètre carré
    de toile blanche de papier bis
    de sable vierge
    et d’herbes folles aux bord du chemin
    qui serpente à travers la garrigue
    l’oeil doit se réjouir de pourvoir
    juste imaginer
    toute la liberté que cette surface peut contenir

    je laisserai le mot
    le dernier
    ou le suivant
    à qui voudra le prendre
    pour le porter plus loin

    et je veux consoler
    tous ceux
    qui avec moi ont pleuré
    et rire avec tous

    la solitude pèse au soleil
    ou à la pluie
    mais pas à l’homme
    si la porte au bout du couloir
    entrouverte déjà
    est maintenue dans la clarté
    par des mains
    même sans visage

    donnez moi vos couleurs
    vos lignes
    même invisibles
    on s’en fera un toit
    d’où tous les astres
    verront le flux
    de nos années
    fertiles

  26. Éclaircie dit :

    ici est un creuset
    nous sommes la terre
    la lune
    la rivière

    ou peut-être sont-elles nous
    qui parlent

  27. Éclaircie dit :

    la Lune est cet accent grave
    émergeant des nues au Nord
    tandis qu’au Sud
    le hérisson gris termine le repas du chat
    qui ne s’y frotte

    Le chien a peur du vent
    pourtant si tendrement bavard
    qu’il fait chanter le moindre fétu
    et raconte la ville là-bas
    un peu plus loin
    avec ses trains
    ses routes et autoroutes
    où déjà les hommes foncent dans leurs hasards

    Le matin est toujours le même
    avec spectacle différent
    tous les oiseaux ont compris
    ils cherchent leur abri
    refuge arbuste
    avant de se perdre dans la course folle
    pour se graisser le ventre
    dans l’attente des jours maigres

    C’est plus tard que le poids du jour
    pèse sur les êtres et les choses
    dont certains ne verront pas la nuit

  28. Éclaircie dit :

    Étrange
    la nuit est silence
    pas le moindre grillon
    ni de chouette
    encore moins de rossignol
    le ruisseau se tait
    les chevaux dorment
    le ciel est opaque

    Est-ce mon oreille
    qui ne sait plus veiller

    Tandis que derrière moi
    accoudée à la fenêtre
    le disque dur cliquette

    Oh! enfin au loin un son
    imprécis
    peut-être un chien
    flairant le renard
    un chevreuil
    un jeune voulant en découdre
    avec le patriarche

    Le ronflement léger à cette heure
    de la chienne couchée
    égraine le temps
    pour m’en offrir le bonheur

  29. Éclaircie dit :

    Le bleu peut-il être orange ?
    oui au Nord il l’est
    Alors que le grand peuplier
    a modifié sa silhouette
    laissant en son ombre ce jardiner
    la tête penchée sur ses pieds

    Sont-ils bien ancrés
    en cette terre qui le nourrit ?

    Il est immobile
    attend l’heure de s’abattre
    la redoute aussi

    L’été à ma fenêtre
    exhale le son
    reste à inventer l’image
    et sans doute la couleur

    Nous ne parviendrons pas à peindre
    mais nous dirons

  30. Éclaircie dit :

    Elle a bâti sa fenêtre au Nord-Est pour l’été accueillir le jour dès ses premiers sursauts, pour l’hiver saluer le froid au travers du carreau parfois givré.

    Depuis si longtemps elle regarde où poser le pied pour passer le pas, comme elle connait le dos de tous ceux qui ne l’attendent pas. Tandis que leurs épaules se soulèvent de colère ou de joie.

    Ne voit-on pas mieux le monde de loin ou d’en bas ?

  31. 4Z2A84 dit :

    Au-dessus de la tête du chien endormi se forme une bulle (comme dans les bandes dessinées). Dans cette bulle se déroule un film : le rêve de l’animal. En ce mois chaud de juillet 2011 la neige tombe doucement sur notre beau pays. Mais rien ni personne n’en souffre, au contraire; les flocons sont accueillis avec le sourire par les jardiniers et leurs fleurs tendent vers eux leur pistil; sur les toits les tuiles applaudissent et les cheminées ronflent assez fort pour réveiller le chien ! Mais les somnambules restent sourds à tout sauf à la source qui hoquette sous leurs pieds nus.

    • Éclaircie dit :

      je viens de lire l’extrait de « Châtiments » offert à JCBlondel, tu pourras écrire à VH que j’ai (re?) lu et aimé.

      Le jour m’a surpris, rêvant encore de nuit. Tandis que le chevreuil au pré, tout à côté n’en finissait d’aboyer.
      Le roulement des pneus sur une chaussée mènent-ils assez loin ? L’océan s’impatiente de ne pas vous voir. Il écume trompant l’attente.
      Je suis sous-marine, je sais que nul ne viendra. cependant que les sons me parviennent émanant de vos voix, chargés des gestes des regards que vous ne faites pas.
      je les absorbe et m’en repais et ne vous vole rien que mon envol et mon plongeon.

  32. Éclaircie dit :

    Juillet s’étale chaudement à ma porte
    même le chien recherche l’ombre
    le vert intense noie les autres teintes
    que l’automne révélera demain

    Mais la vie coule toujours vers son amont
    et l’eau si elle rêve de remonter à sa source
    ne parviendra qu’à être étale et stagnante
    alors sa musique s’éteint

    J’avais les yeux fermés et je voyais encore
    la danse de la lune pour séduire la mort
    qu’on me laisse à mon cri je vous cède l’inutile
    de combattre les moulins quand le vent est absent

  33. Éclaircie dit :

    On revient toujours à la source
    peu importe qu’elle soit trouble

    Les étoiles percent la nuit
    pourtant encline à les absorber
    encore un ciel silence
    les chevaux dorment
    là dans le pré

    Dans la lumière blafarde
    de ce cadre de veille
    les signes se suivent
    tiennent en éveil

    Et l’on mord la poussière
    pas même déposée
    l’air est cette atmosphère
    qu’on rêve de quitter

    Au matin qui ne manquera
    de nous surprendre
    nous n’aurons pas l’excuse
    de tout ignorer

    La main voudrait aller au-delà
    mais les mots d’autrefois
    l’immobilisent encore
    pourtant demain l’océan déchaîné
    s’ouvrira au geste réfréné

  34. 4Z2A84 dit :

    On entre dans la nuit
    Comme dans un moulin
    Organes endormis
    Ne vous réveillez pas
    Je ne fais que passer
    Mais mon poids sur des cœurs
    Ou sur des foies fragiles
    Risque de leur déplaire
    Et si je vois des muscles
    Se tendre et m’agresser
    C’est que j’aurai glissé
    Sur un œil trop curieux
    Ou sur la langue active
    D’un discoureur rebelle
    A la loi du sommeil
    Et de ses succursales
    On se nourrit de mots
    Comme d’eau quand la source
    Est fraîche et généreuse
    Et l’on boit le langage
    Dont use le feuillage
    Sous l’impulsion du vent
    Si je nomme un visage
    Et s’il tarde à paraître
    Mon esprit impatient
    En imagine un autre
    Il écarte son masque
    Et montre ses rouages
    Lui aussi dans la nuit
    Trouve refuge et vivres
    Comme un chien sa gamelle
    Sur le seuil de la niche
    Mais je ne saisis rien
    Tout me glisse des mains
    La lune est une luge
    Entraînée par la pente
    Neigeuse vers sa perte
    Et si mes doigts effleurent
    D’autres doigts c’est si vite
    Et si brièvement
    Qu’un cillement suffit
    Pour en prendre mesure
    L’ombre à l’ombre s’ajoute
    Et la ténèbre croît
    On confond le décor
    Avec ses idées noires
    Mais rien du paysage
    Ne reste pour prouver
    Que fleurissent des arbres
    Au-delà du talus

  35. Éclaircie dit :

    Les mains dans le pétrin
    on s’étale on se vautre
    ne donnant pas même bon pain
    à partager avec l’autre

    Mais le Verbe est ailleurs
    et il se rit de vous
    car il n’est pas pour l’heure
    d’autre péril que nous

    Et tandis que la nuit
    rattrapera vos peurs
    au ciel encore luit
    l’étoile avec ardeur
    ~~~
    Je suis le blanc
    je suis le noir
    et laissez moi le gris
    pour au fil des nuits
    ne jamais m’asseoir
    en ces tapis finis
    que ne laisseraient d’autre espoir
    que de me figer dans les esprits
    je suis le geste
    et son contraire
    quand la dérive est le cri
    que vous criez plus fort encore
    ne me rendra pas la vie
    celle que l’on oublie d’instiller
    que seul le fiel sans fierté
    alimente aux versants des folies

    Je l’aime ma déraison
    n’en donnerai raison
    le firmament me chérit
    et je vous laisse à vos leçons.

  36. Éclaircie dit :

    Violine Levant
    les visages se font et se défont
    au détour des nuages
    ballottés tendrement par le vent
    la jachère fleurie fleurit
    et sur le mur le lierre prend ses aises
    encore
    je suis pierre de cet espace
    et je respire avec lui
    les équinoxes et les solstices
    rêvant des vagues
    des ressacs et des flux
    pour me pousser plus loin
    dans l’océan de vos pensées

    Déjà le jour piaffe
    tandis que les enfants dorment
    assourdis de leurs rires
    on remonte leur drap
    sur leurs songes éblouis

    La terre n’en finit de soupirer
    chaude des graines qui se nourrissent
    en son sein doré
    ma main voudrait vous atteindre
    et ma peau auprès de vous se révéler

  37. 4Z2A84 dit :

    On se sort de son lit
    Comme d’un coquillage
    Naissance de Vénus
    Les vagues se ressemblent
    Mais chacune est unique
    Si vous les confondez
    Elles vous en voudront
    Comme ces jeunes filles
    Qui portaient l’uniforme
    Et dont pour un sourire
    Vous auriez sans effort
    Cueilli la lune pleine
    Au risque de contrer
    Le cycle des marées
    Car sans la lune l’ombre
    Perd son identité
    Sur la joue nul baiser
    Ne songe à s’arrêter
    Le soleil prêt à fondre
    Sur l’obstacle recule
    Comme s’il hésitait
    A plonger dans la cuve
    Pour y fouler des grappes
    Secrètement mûries
    On se sort de son lit
    Comme d’un coquillage

  38. Éclaircie dit :

    Dans le matin frissonnant, le sommeil est revenu se poser, voile trop épais pour qu’une quelconque lumière le transperce. On se replie sur son absence, on laisse l’herbe pousser, les araignées habiter les fenêtres et le bruit de l’océan, loin, loin, nous appeler.

  39. 4Z2A84 dit :

    Ah répondre à l’appel de l’Océan !
    Il téléphone.
    C’est sa voix que l’on entend dans les coquillages.
    Nous veut-il du bien – ou du mal ?
    Il ne se pose pas la question.
    Sa beauté, il la doit aussi à son indifférence.

  40. ELISA ROMAIN dit :

    L’océan berce la douleur, sa douleur, et la pose paisible dans l’ovale de la coquille. Il voyage ainsi et rêve, jusqu’à devenir herbe qui, familère du vent, viendra murmurer à l’oreille son appel comme un chant.

  41. Éclaircie dit :

    Trois pierres au coeur vibrant, déposées au bord du chemin sinueux qu’il faut poursuivre, contre le vent poussant le sable, éloignant la mer.
    Il suffit pourtant d’être poète, d’avoir alors dix ans pour que les vagues apparaissent et caressent les pieds et les chevilles.
    Tandis que les pierres grandissent, déroulent des routes comme des rubans, pour les tresser, inventant les couleurs inconnus dans la musique audible des seuls passants qui osent enlever leurs chapeaux pour saluer la Lune ou le firmament.
    On se réveille d’une nuit de cent jours, le corps engourdi et la bouche desséchée de n’avoir rien dit. On boit le fleuve et on le suit. On s’y couche pour une veille de mille mots.
    Le sentier pénètre la forêt, la dame blanche de son cri fait frissonner la peau, celle des branches nouvelles des brindilles bientôt sèches, lorsque l’aurore tarde à venir.
    On chasse la ville de sa mémoire. Ainsi que toutes les arêtes vives des avenues criardes, des ponts suspendus au dessus des rails ne menant nulle part.
    Le jour refuse de se lever, on applaudit encore une heure. Puis on sort le chien et le soleil revient.

  42. Éclaircie dit :

    je cherche au creux de l’arbre
    sous la pierre
    dans les buissons aux épines vives
    la voix qui manque
    pour ensorceler l’océan
    que les vagues à mes pieds
    soient esquisse de toutes les danses
    alors
    fondue au sable
    j’irai loin
    chanter encore
    sous la lune éblouissante
    et la fenêtre fermée
    restera la proie des volets clos
    qu’aucun vent jamais
    ne présentera au soleil

  43. 4Z2A84 dit :

    Le sable coule entre tes doigts
    Ils se fermeront sur le vide
    Alors tu partiras
    Vers d’autres pays où les villes
    Prennent soin de leurs rues
    Et des chiens errants qui y trottent
    Pleins d’espoir
    Les parapluies s’ouvrent et se ferment comme des étoiles
    Dont la chute dans les flaques surprend tout le monde
    On ne se sert pas de ses yeux pour rien
    Qu’il y ait ou non quelque chose à voir
    On se regarde flotter entre deux cheminées
    Qui ne cracheront plus jamais de fumée
    Les ramoneurs meurent étouffés dans un étui
    Personne ne s’en inquiète
    Le noyé sort du puits
    Et fait la quête
    Pour s’offrir un nouvel habit
    Je ne le comprends pas
    Je ne sais pas lire dans le coeur des hommes
    Ni l’heure à ma montre ou au clocher
    Quelque chose en moi s’est brisée
    Quand j’ai posé ma main sur ton épaule
    Tu me tournais le dos
    Et pourtant je te voyais de face
    Ton visage change de place
    Ton visage est le mien éclairé par la lune
    Larmes et pluies naissent pour le salut
    De ceux qui partagent le même abîme

  44. Éclaircie dit :

    La musique émanant des collines invite à se fondre aux écorces tiédies par la lune généreuse.
    Mais plus encore l’appel du large
    de la page
    quand tu me parles sans rien dire
    quand je comprends sans rien entendre
    je suis la rosée qui hésite à s’étendre
    bulles en suspens couleurs craintives

    Les rues s’ouvrent sous le regard
    aucune bâtisse encore ne les borde
    nous attendrons les oiseaux
    cherchant un nid
    pour construire ces abris
    que nous leur laisseront
    préférant le couvert des futaies
    où les arbustes nous racontent
    leur hier et nos demains
    Ils nous dessinent les sourires
    que parfois nous accrochons
    aux fenêtres ouvertes pour faire rire la pluie
    La page se tourne
    la feuille frissonne
    songeant déjà au fleuve
    afin de poursuivre le voyage
    enveloppée de brume et de voile
    ne laissant pour toute trace
    qu’un sillon d’écume
    chemin que nous prendrons
    sans jamais nous perdre

  45. 4Z2A84 dit :

    Le vent s’est souvenu de nous
    Il a remonté le temps jusqu’à nos derniers jours sur terre
    Car nous fûmes vivants nous eûmes une bouche
    Par laquelle des mots sortaient imprévisibles
    Poètes nous chantions le monde Nous rendions
    A ceux qui l’ont perdue leur beauté Il y eut
    Un avant puis un après la bombe
    Pendant longtemps la suie tomba des nues
    Il ne faut pas m’écouter – si je parle
    C’est par accident
    Comprenez-vous : je n’ai rien à dire
    Qui soit essentiel
    Je n’ai rien vu rien entendu rien retenu
    Mes sens m’ont peu servi
    J’existais à travers vos regards et vos gestes
    Vos feuilles vos nuages un nid dans vos cheveux
    Et vous tourniez vers moi la tête sans me voir
    Car je n’étais jamais là où vous m’attendiez
    Ni là où je croyais être un portrait au mur
    Quand l’eau se refermait
    Qui de nous deux perdait le don de sourire
    A tout et même au pire
    Le monde il aurait fallu le trier
    Séparer le feu de l’arbre
    L’oiseau de la flèche
    Le maelström de la barque
    Il aurait fallu choisir entre les mains tendues
    Ne pas sans distinction les couper
    Car les mains ne repoussent qu’après de longues prières
    On y use des chapelets
    Les sabliers inutiles coulent
    Ils ne mesurent ni le temps ni l’espace
    Ni n’indiquent à quel degré l’amour bout
    L’eau s’échappe de la casserole et les joues des jeunes gens sont en feu
    Se trouve à notre portée tout ce dont nous avons besoin pour vivre heureux
    Le vent souffle sur nos cendres et nous disperse
    Quand nous avons trop chaud claquons des doigts et la pluie tombe à verse
    L’herbe qui pousse entre les pavés nous ressemble comme à sa sœur une goutte d’eau
    Généreuse la terre offre aux gisants cadeau sur cadeau

  46. Éclaircie dit :

    Le cercle s’est rompu et s’étire en spirale. En son centre parfois l’éclair s’imprime sur l’oeil encore ouvert. La rondeur des spires leur couleur bientôt se fondront à la ligne droite de l’horizon et plus rien ne marquera la place de cette vallée ouverte sur un rire.

    Faut-il attendre que les yeux aient tout embrasser
    pour absorber l’espace ouvert
    engloutir le jour la nuit
    veiller jusqu’à écrire
    plus fort que le monde
    le vol des oiseaux de lune
    les étoiles qui jonglent
    avec la lumière ricochant sur les rivières
    les rêves du vieux chien
    plus fort que ces grognements
    quand il a mal d’être encore là
    et les arbres qui écoutent toutes les complaintes
    impuissants à se mouvoir plus loin que les océans

  47. 4Z2A84 dit :

    Cette nuit la lune jongle avec les étoiles
    Dès que nous la regardons elle cache ses mains dans un manchon
    La fourrure d’un animal capable de mordre
    Quoique privé de sang
    J’aperçois la gueule d’un renardeau
    Dont les yeux brillent comme des cerises noires sous la pluie
    Il ne se laisserait vraiment caresser
    Que par le souffle de la lune
    Mais bouche cousue son silence la désigne
    Comme un sage parmi les comètes et les astres brouillons
    Me taisant aussi je me contente de sourire
    A la nuit confortable
    Dans laquelle je m’enveloppe plusieurs fois
    Il fait chaud près des banquises
    Où les derniers phoques rêvent d’un ballon sur leur nez
    Où les derniers ours n’ont plus la force de se manger entre eux
    Au-dessus d’une poêle je casse deux œufs
    Non ce n’est pas moi qui les ai pondus
    Je les ai volés à une poule
    Propriétaire d’un iceberg j’y cuisine
    Si l’on peut appeler cuisiner se préparer deux œufs au plat
    Oui ceci se nomme un vers
    Vous souhaitiez un alexandrin – qu’à cela ne tienne
    Si l’on peut appeler cuisiner se prépa

  48. Éclaircie dit :

    Il pleut sur la banquise et les œufs sont pochés
    comme les kangourous lorsqu’ils sont des bébés
    ils rêvent poésie même en alexandrin
    et sucent des glaçons plutôt que leurs orteils
    qu’ils laissent en éventail pour le soleil de givre
    quand la rose en bouton dévoile ses pétales
    car sur les icebergs aucune marguerite
    ne risque sa blancheur de peur de n’être vue
    et que l’amour soit mort avant que de se pendre
    au cou d’un girafon qui n’aurait pas grandi
    mais qui de son pas d’amble a déserté la nuit
    boréale et trop claire pour toutes ses envies

    Bien sûr aucune rime
    accrochée aux balcons
    a-t-on vu des maisons
    faire des pantomimes
    sur la glace et le sable
    ou même assises à table

  49. 4Z2A84 dit :

    La rime l’écho le même son martelé
    Quel est ce mot qui se répète à l’infini
    Quel est ce mot que l’écriture laisse échapper
    Il n’ira pas loin
    Nul besoin d’une nasse pour le rattraper
    Un filet à papillons conviendra
    Il suffit d’être un peu habile
    Et de beaucoup de patience
    Pour déchiffrer son vrai nom dans le marbre
    Un nom qui se porte avec humilité
    Bien qu’il convienne à tous
    Il restitue au blé l’or perdu sous la faux
    Il orne d’ancolies le front pur des enfants
    Fidèle il perpétue le mythe de Sapho
    Rêveur il cherche à fuir les livres étouffants
    C’est une sorte de sésame
    Car il ouvre toutes les portes
    De nos chambres plus ou moins fortes
    Même le vasistas de l’âme
    Il le franchirait sans escorte
    S’il y voyait mourir des flammes
    Mais nous le maintenons loin de nous par prudence
    Comme on éloigne l’océan de son buvard
    Comme on jette les yeux par-dessus son épaule
    Pour s’assurer que le pied de l’échelle est arrosé
    Et que les barreaux nous conduiront jusqu’au nuage
    Où attend notre lit
    Un lit sans certitude
    Les rêves se percutent
    Le sommier grince parle
    Et prononce le mot
    De tous les mots emprisonnés le plus improbable
    Il sort du dictionnaire
    Par la cheminée
    Avec la fumée d’un feu de bois qui ne s’éteint jamais

  50. Éclaircie dit :

    Vie !
    La fraîcheur parvient au bord des fenêtres
    de la main je la frôle
    l’accueille et l’encourage
    à se venir réchauffer
    au feu offert
    celui qui se s’éteint jamais
    imprimé aux prunelles
    il danse même seul
    sur les quartiers de lune
    Les torrents les plus forts
    avivent ses lettres
    et lorsque l’eau calmée
    caresse les arches
    des ponts que tu construis
    entre nos nuits et les gares
    l’aurore porte ses couleurs
    les déposent entre les pages
    des livres qu’il me faudra lire
    pour tout connaître
    des forces et des envies qui l’animent
    pour l’embrasser sans me brûler les lèvres

  51. 4Z2A84 dit :

    Le feu est le torrent dans lequel tu te baignes
    Oui l’eau brûle et réduit en cendre nos soucis
    Nous n’avons plus de quoi désespérer L’ennui
    Rongera le rocher d’où nous plongeons sans crainte
    Notre tombeau s’anime
    Son marbre est transparent
    Sa croix tourne comme les ailes du moulin
    Pour le voir flotter sur le fleuve on vient de loin
    Le rivage accueille des foules bigarrées
    Des marchandes des quatre saisons retiennent l’été
    Il voulait disparaître sans avoir tout donné
    On trouve des fruits et des fleurs dans son tablier
    Les pêches pourries font la joie des porcs
    Les chèvres poursuivies par des fillettes leurs gardiennes bavent
    Coqs et poules se congratulent noblement
    Un vol de champignons bleus traverse le ciel attentif
    Où les nuages maigrissent à vue d’œil
    Il ne pleut pourtant que sous les crânes
    Mais les musiciens battent le carton
    Indifférents aux cercueils jetés à l’eau
    Comme on offrait à des dieux imbéciles une vierge
    Et vers une petite île nagent les athlètes
    De la bouche du soleil dégouline le jaune d’œuf
    Et son haleine n’en parlons pas
    Quelqu’un lui tend une paille : rafraîchissez-vous
    Commande une voix douce comme un sirop
    La paille s’enfonce dans le fleuve et y creuse une galerie
    Bientôt transformée en mine d’or
    Où la dynamite allumée par un cigare
    Explosera tel un rire enfin libéré
    En attendant glisse solennellement entre les rives notre tombeau
    Les jambes écartées la Mère le chevauche
    Avez-vous noté la propension de ses yeux à se multiplier
    Ainsi elle y voit dans toutes les directions
    Et son regard aiguisé perce la croûte céleste
    S’oppose à celui du Très-Haut le fait chavirer de son socle
    – Au moment de mordre dans son sandwich
    Une enfant découvre un clown endormi entre les deux tranches de pain
    Il faut de tout pour faire un monde dit-il en s’excusant
    Vous raterez le bus si vous ne sautez pas comme une puce
    De chien en chien
    D’arbre en arbre
    De cirrus en cirrus
    La poésie se développe comme un lierre
    Elle étoufferait son poète
    S’il l’arrosait quotidiennement avec ses larmes
    Alors en quelques coups de ciseaux il l’empêche de grandir
    – GRRR

  52. Éclaircie dit :

    On se découvre un matin
    sans existence sans réalité
    est-on ce violine au ciel
    à l’approche du jour
    ces mots échangés dans un couloir
    lorsque les rails entraînent déjà les trains en retard
    la plume dans l’oreiller
    qui berce les mots
    que l’on oublie d’écrire
    quand nos mains ne nous appartiennent plus
    qu’elles sont posées sur une pierre
    dont on sent le coeur vibrer
    dans notre paume froide

    On a dû naître un jour
    sans y penser
    on a tenté de compter les grains de sable
    nous séparant de l’autre rive
    et l’on se sera perdu entre cent et mille
    pour se retrouver un soir
    au centre d’une immense salle
    emplie de sons que l’on ne distingue plus
    des voix des chants ou des couleurs
    Un plateau dans la main
    on offre au vent
    les derniers battements de cils
    que le regard s’envole vers l’océan

  53. 4Z2A84 dit :

    Tous ces trains qui sortent de l’océan
    Ont pour les conduire une locomotive à vapeur
    L’électricité contrarierait le cours de leur sang

    Dans les wagons les escargots tricotent
    En mâchant de l’herbe en buvant du thé au jasmin
    Jamais ils ne cessent d’agiter leurs cornes

    A la gare on vend des sentiments en poudre
    Pour le prix d’une cataracte dans un moulin
    Rupture de stock en ce qui concerne l’amour

    On entend la foudre avant de la voir
    Elle se fait belle plus belle que les voyageuses
    Et quand elle frappe c’est (presque) sans le vouloir

  54. Éclaircie dit :

    La lune m’a demandée de l’attendre
    elle me parlera de vous
    baigné dans les ruisseaux de silences
    avant que d’être torrent
    impétueux bravant le temps
    la plaine
    creusant dans la roche une cathédrale
    à l’abri de tous les vents
    Que votre musique prenne sa force
    et soit offerte surgissant loin
    au coeur de l’océan
    La falaise attirée
    renonce à sa hauteur
    la craie se fond au bleu au vert
    et les reflets de l’éclair
    déposent en aquarelles
    sur les toiles tendues
    des nuits les tableaux
    que le peintre le plus audacieux
    n’avait osé imaginer

  55. Éclaircie dit :

    L’aimant repousse la limaille
    les pôles accourent à l’équateur
    les arbres les saluent
    avant le déjeuner
    offert par la terre
    devenue ronde comme roue
    dont les rayons emplis de miel
    attirent les ours quelle que soit leur couleur
    et font chuter tous ceux
    qui ne savent pas pédaler
    tandis que les racines bronzent
    avant le grand défilé
    où les glaçons en canoë
    fondent sur les desserts
    dans des coupes dorées
    pareil au sable du désert
    lorsque le vent s’amuse
    de toutes les robes et les roses
    des équinoxes et des solstices

  56. 4Z2A84 dit :

    Légères les pierres ne le sont pas assez
    Pour rattraper l’oiseau en vol
    Elles renoncent au crime
    Comme nous à revivre
    Après une vie d’aventures
    Intérieures
    Notre maison nous dorlote
    Les murs se taisent
    Nous gardons la parole
    Pour ne rien dire
    La poésie s’enfuit par la fenêtre
    Que nous tenions fermée
    Mordus les mots se plaignent
    Les sourires ne les remplacent pas
    Ni de tristes regards
    Tout est perdu tout reste à reconstruire
    Autour de nous s’accumulent les gravats
    Entre eux pousse une fleur qu’il faut trouver
    Portée à la boutonnière
    Elle donne au vieillard un teint de jeune fille

  57. Éclaircie dit :

    Les fenêtres recherchent les façades
    des bâtisses insensibles au frisson de vent
    à la lueur de la lune écartant la brume
    pour dessiner des paysages nouveaux
    Que la main sur la croisée ouvre un jour
    aux passants s’invitant dans l’ombre fraîche
    avant de repartir chevaucher la vague
    portant plus loin l’écho des chants
    retenus dans la pierre depuis si longtemps
    alors que le lierre a envahi les murs aveugles
    d’où ne résonnent plus les rires d’enfants
    aux berceaux oubliés dans des greniers perdus

  58. 4Z2A84 dit :

    Le soleil fait halte au grenier
    Entre les poutres poussiéreuses
    Là guette à l’affût l’araignée
    Dont les proies volent peu nombreuses
    Il les somme de s’éloigner
    Mais nulle mouche n’obtempère
    – N’obéit-on plus à son père

  59. Éclaircie dit :

    La montagne ne sait pas sa hauteur
    avant que le jour ne l’éveille et porte son ombre
    comme une chevelure mouvante
    sur le chemin puis sur le lac dont les poissons
    s’accrochent l’instant d’un songe
    aux rameaux venus boire et teinter l’eau

    Sur la route un bateau glisse
    croyant à l’océan cherchant une île
    où s’échouer un matin blanc
    la coque caressée par le sable
    et l’ancre perdue s’offrir au vent

  60. Éclaircie dit :

    Le vieux cerisier n’est pas fâché de plonger en automne, lui dont les feuilles cet été paraissaient déjà d’outre saison, gagnera l’allure de tous ses voisins. Aucune branche ne dévoilera sa mort prochaine plus qu’une autre. Elles seront noires comme celles de la colline. Et peut-être un élan de sève au printemps prochain lui rendra sa fière allure de jeunesse.
    Tandis que le ruisseau élève plus fort la voix, les derniers cosmos sont encore taches de couleurs sur tiges rousses, le rouge-gorge prend ses aises dans le jardin et guette le rebord de fenêtre où assouvir sa faim.
    Araignées et coccinelles recherchent un recoin tiède, chats et chien s’approchent du coeur de la maison et les livres tourneront leurs pages pour les yeux affamés.

  61. 4Z2A84 dit :

    Pour n’avoir plus faim je ferme les yeux
    Mais le rouge-gorge ne fait pas long feu
    On l’embroche pour servir un maigre repas
    Invités les cosmos offrent des fleurs
    A la maîtresse de maison qui refuse en montrant les dents
    Je dors des heures sur sa langue

  62. Éclaircie dit :

    -De l’est n’est pas venue la lumière apaisante
    les pensées en écheveaux ondoyants
    en décousent avec le vent pour tenter
    de tisser la toile qui réchauffe
    celle qui fait le nid accueillant
    et le jour hésite à caresser les toits
    qui ne recouvrent plus que cendre
    le chemin s’évanouit derrière le dernier pas
    au lointain la brume le masque au regard
    rejoindra-t-il la rivière pour s’y fondre
    de la colline on entend la chouette
    lancer son cri à tous les arbres
    pour y trouver le creux où poser son sommeil
    la nuit est cet océan qui fait et défait les paysages
    immobile on attend la vague ou la musique
    rien ne sera différent demain si le passant
    traverse le silence et l’épouse enfin

  63. Éclaircie dit :

    On tisse nos prisons
    De longs fils de silence
    La lune transperce à peine la paroi
    Lorsqu’une main s’approche
    Elle saisit la douceur de l’étoffe
    Mais pas un geste
    Pas un battement
    Pas un souffle ne soulève le voile
    Dans le miroir on voit un enfant
    Et un vieillard marchant côte à côte
    Silencieux
    Ils ont perdu la mer
    N’ont trouvé qu’un étang
    Immobile
    Le tain se désagrège
    Au travers d’une vitre
    Poussiéreuse
    Un chemin se dessine
    Remontant à la source des sons
    On érigera demain une porte
    Pour s’arrêter sur le seuil
    Et voir grandir les ombres
    De tous les passants

  64. 4Z2A84 dit :

    Il ne faut pas ouvrir la porte
    A l’océan
    Qu’il reste caché
    Qu’on l’entende à peine
    Que son odeur ne nous soulève pas le cœur
    Que ses rêves
    Ne flottent pas au-dessus de ses draps
    Comme des oiseaux migrateurs épuisés

    Les îles s’enfoncent sous l’eau
    Le souvenir de la terre s’estompe

    Vous souvenez-vous des arbres
    Ils offraient gratuitement leur ombre
    A des voyageurs sans visage
    A des passants anonymes
    A ceux qui avaient perdu leur sourire
    Privés de feuilles et de nids
    Nus et maigres ils nous quittèrent
    Emportés par les eaux comme fétu de paille

    N’offrez pas à l’océan de se reposer
    Devant votre cheminée quand le feu y ronfle
    Il s’y endormirait et par mégarde
    Noierait toutes nos illusions

  65. Éclaircie dit :

    Il n’est pas ici mais pas non plus ailleurs
    Il avait ouvert un chemin
    Que personne n’a pu prendre
    Parfois quelqu’un le cherche
    Ne trouve que le mur de lierre recouvert
    Dont les pierres racontent
    Le gel en plein hiver
    Qui les fend tandis que les racines
    S’immiscent partout
    Dans le moindre interstice

    On entend parfois un chant la nuit
    Les arbres le reprennent
    Les animaux au gîte se retournent
    La lune dans son ellipse l’accompagne
    Et la brume vient tout effacer
    Ou le soleil tout aveugler

    Il devra traverser des champs
    des océans
    Poser la main sur le rocher
    Entendre les poissons
    Glissant pour y chercher refuge
    Il dessinera ce train
    Puis la gare
    Et la voix l’invitant à regagner
    Le seuil du jour
    Dans ses yeux restera
    L’éclat du silence
    Et des années enfouies à chercher
    Le ventre et la tiédeur
    De la parole envolée bien avant lui

  66. 4Z2A84 dit :

    On le trouve sans le chercher
    Dans les lézardes du plafond
    Le profil d’un homme étonné
    D’être en vie
    De boire en renversant la tête
    Et ce qu’il boit te ressemble soleil
    On vous perd comme le sourire

    Un point à l’horizon
    Paralyse l’écriture

    La main caresse les toits
    Tord les antennes
    Repousse les cheminées
    Dérange les tuiles
    Guidée par de bonnes intentions
    Elle commet l’irréparable
    En réveillant le dormeur

    Les taons autour de lui
    Sont ses premiers regards
    Sait-il où les poser
    Sait-il quand leur bourdonnement
    Faiblira faute d’oreille
    Pour l’écouter se plaindre
    D’un jour désordonné
    Sait-il que l’or abandonne les mines
    Pour croître en plein ciel

    On arrache les nuages
    Comme des mottes de terre
    – Du manger pour les cochons
    L’azur troué quelqu’un le reprise

  67. 4Z2A84 dit :

    Le sable est doux mais dangereux
    Il s’accroche à la langue
    La parole s’embarrasse
    Qu’avez-vous dit que je ne comprends pas
    Les mots sortaient écrits de votre bouche
    Je n’ai pas su les lire
    Ni apprivoiser le délire
    En le caressant des yeux

    On ne prend pas les vagues au lasso
    L’eau par les sentiments
    Chaque rivière couve avec ferveur son ego
    Chaque fleuve cultive une page secrète
    Celle où s’impriment ses déboires
    Ses succès auprès des rivières
    Dont les cheveux nous enveloppent
    Quand nos barques chavirent

  68. Éclaircie dit :

    Il y avait des mots sur la plage
    des mots qui brûlent
    la vague est venue s’y chauffer
    et dans une vapeur bleue
    s’est envolée

  69. 4Z2A84 dit :

    Ne fermez pas les yeux
    Si quelqu’un derrière eux
    Se cache et vous observe

    Ce curieux ne ressemble
    A personne il pourrait
    N’être qu’une apparence

    Des reflets passagers
    Dans la vitre d’un lac
    Des paroles en l’air
    Des couleurs volatiles
    Des ombres en guenilles

    Il pourrait imiter
    Votre voix vos manières

    S’il vous prenait la main
    Craindre de vous la rendre
    S’il pinçait votre joue
    Rougir d’avoir osé

    Alors vous le verriez
    Vous regarder en face
    Avec vos propres yeux
    – Dans votre glace

  70. Éclaircie dit :

    A la frontière mouvante entre l’océan et le jour
    on cherche un fil où poser son sommeil
    comme ces toiles étendues au grand vent
    qui attendent les mâts pour gagner quelque rive
    Ensemble ils inviteront les champs à s’engloutir
    puiser la musique pour y trouver la force
    de refleurir encore et offrir les abris
    aux oiseaux dont les ailes trop lourdes
    se sont repliées un soir nouées par le silence
    Et le matin verra la brume caresser les falaises
    Une plume dessinera l’entrée du chemin.

  71. 4Z2A84 dit :

    Quand l’océan laisse voir ses amygdales
    C’est par ennui ou parce qu’il a faim
    Je ne connais pas de bâillement plus spectaculaire
    A cela s’ajoute le bruit d’une vague immense
    Soulevée par on ne sait quelle force sous-marine
    Des poumons où l’eau et le feu font bon ménage
    Tous les malstroms réunis ne suffiraient pas
    A donner l’idée d’un événement de cette nature
    Le flot vertical son irrésistible élan vers le ciel
    La terre recouverte de boue la terre amputée
    De sa robe aux innombrables froissements
    Et le sel brillant dans l’espace comme des glaçons
    On cherche à regarder dans une autre direction
    A échapper au mur liquide en pleine ascension
    Et l’on trouve un dernier banc de sable
    Dans lequel on se creuse un lit pour s’y dissoudre

  72. 4Z2A84 dit :

    Où est-elle m’a demandé la lune en parlant de toi
    Et je n’ai pas su lui répondre
    Tant j’étais étonné
    Que la lune cette muette cette taciturne
    Te cherchât
    Et pour quelles raisons te cherchait-elle
    Aurais-je dû lui dire que tu séjournais
    Dans cette ville dont le nom
    Me fait penser à un grenier ensoleillé
    Dans lequel l’auteur de la chartreuse de Parme
    Rêverait de ses voyages à travers l’Italie
    Ainsi tu manquais à la lune
    Et elle sortait enfin de sa réserve
    Pour me tirer des informations
    Des secrets peut-être
    Je me suis abstenu de lui répondre
    Mais en songe je l’ai vue se diriger vers ta maison
    Elle y a trouvé dans un carnet l’adresse de ton séjour ailleurs
    Et d’un bond s’est propulsée au-dessus des toits
    Des toits de cette ville qui te retient un peu prisonnière
    Son rayon se promenait sur toutes les fenêtres
    Une à une et les fenêtres on le sait se multiplient
    Comme les miroirs sur un lac quand l’eau s’agite
    Puis il s’attardait sur un visage
    Sans doute le tien épaté de voir la lune lui rendre visite
    Ou incrédule et n’en croyant pas ses mirettes
    Mais moi revenu de mes appréhensions
    J’entendais distinctement le ruisseau murmurer éclaircie éclaircie éclaircie
    Et les oiseaux à l’aube répèteraient le même mot dans leur langage
    Et dans le chuchotement des feuilles de l’arbre bercé par la brise
    Une oreille distinguerait les trois syllabes
    E
    Clair
    Cie.

  73. Éclaircie dit :

    Les hauts murs et les montagnes abruptes
    N’ont pas découragé la force
    De l’astre de nuit portant ton message

    Sur l’avenue les branches maintenant nues
    Portent les signes de la réponse assourdie
    Rien n’arrête le fleuve qui court vers l’océan
    La falaise n’est jamais trop haute
    Pour masquer ou briser la vague

    Si la bouche n’émet aucun son
    Les pupilles mobiles
    Chantent le flux et le reflux

    Aucune distance ne m’éloignera
    Des livres
    Ceux que tu consultes feuillètes écris
    pour tout me dire

    Je vis encore et toujours
    Au travers des ondes croisées
    Que tu tisses en méandres douces
    Pour m’en faire découvrir d’autres

    Tu seras toujours ce phare immuable
    Vers lequel mes mains se tendent
    Je ne l’atteindrai jamais
    Mais sa lumière se reflètera
    Sur tous les ciels de mes envies

    Les grilles aux fenêtres cèdent
    Mon regard se faufile vers l’horizon
    Là où je sais trouver le vent
    L’eau la terre dont je me nourris
    Pour me relever plus forte
    De tous les échos parvenus
    Au seuil d’une nouvelle aurore

  74. 4Z2A84 dit :

    Les phares ont trop dansé
    La mer leur interdit ses salles de bal

    Quand les vagues vont se coucher
    Ma lampe éclaire ton visage

    Ton image diffuse la lumière

    On s’abrite les yeux
    La main devient une visière
    Et sous elle on regarde au loin
    Les oiseaux étourdis se perdre
    Quand les nuages font la sieste
    Quand le soleil ne tient plus que par un fil au ciel
    Quand l’eau monte à la tête
    De celui qui la boit dans le creux de sa main

    Vous cherchez quelque chose qui n’est pas loin
    L’air ne se laisse plus respirer il fraîchit trop
    Les poumons abritent des méduses
    Et la cage thoracique des passereaux
    Qu’elle libère et qui s’envolent vers l’azur
    Nous ne retenons rien ni personne
    Le vent s’enroule autour des gratte-ciel
    Il surgit des écluses
    Dont nous laissons la grille ouverte
    Ainsi l’eau et le souffle sonnent
    En heurtant la pierre de nos tombeaux

    Il fait trop beau pour sortir
    Il fait trop froid pour s’envelopper dans un manteau
    Les fenêtres tournent autour de l’appartement
    Elles n’osent pas geindre ni frapper à la porte
    On les soupçonne de tous les maux
    On les prive de leurs rideaux et de leur guillotine
    Elle nous regardaient trop dans les yeux on les évite
    Sans elles les vitres fondent
    Même celles dont nous craignions les ongles
    Ont disparu sans bruit

    • Éclaircie dit :

      On ne connait jamais la réelle intensité du souffle
      Lorsque peureux on s’enroule dans les voilages
      Aux fenêtres camouflées de doubles rideaux
      Pourtant il est là au creux des mains
      Quand on les laisse s’échapper par l’entrebaillement du volet
      Elles seules savent dessiner toutes les couleurs
      Celle de toutes les saisons réunies sur une même palette
      Certains n’y verraient qu’une teinte sombre et uniforme
      Mais nous savons baisser les paupières
      Sur les montagnes fluctuantes
      Et là
      La lune vient irradier tous les murs gris
      Qui se transforment alors en forêt luxiriante
      Où il nous faudra avancer en silence
      Pour capter tous les messages de l’humus
      Qui croîtront devenant ces trains
      ces routes
      ces sentiers ouvert sur l’océan qui n’attend que nous
      pour recréer les marées
      Si tout le monde nous croit mort
      Ne révelons pas notre secret
      Cette vie au delà des grands murs
      Là où l’horloge attend
      Que nous choisissions l’heure
      Où il nous plait de poser nos ouvrages
      Ce ne sont pas les poissons qui révèleront
      Au monde ce bonheur d’avoir su conserser
      L’aurore à nos côtés
      Et la promesse du jour toujours avenir

  75. Éclaircie dit :

    La silhouette blanche et bleue s’éloigne des couloirs
    Porte au creux de ses bras une boule gris-rose
    Qu’elle présente au pied de la montagne
    Immobile dans la nuit sans étoiles
    Quelque hibou timide n’ose s’approcher
    Ulule au travers du trou de l’arbre
    Laissant quelques notes en suspens sur le vent
    Aucun autre animal ne se risque à peindre
    La vie sereine de la forêt loin des regards
    Tous ils protègent leurs ruisseaux secrets
    Que seule la lune peut aborder
    Quand dans sa course elle se baigne
    Aux lacs noirs et ridés par le souffle
    Près des bois centenaires murmurant pour l’enfant
    A son réveil il sentira la main de la nuit venue l’effleurer
    Qui toujours l’invitera à croire en ses songes

  76. Éclaircie dit :

    Le soleil lèche la pierre lisse grisée par le froid de novembre
    Comme s’il voulait la pénétrer
    Lui ravir la robustesse et la pérennité
    La montagne rit alors et les arbres tremblent
    Nus ils ne craignent plus de perdre leur âme
    Elle est enfouie protégée par la sève
    Déjà durcie et immobile mais vibrante
    Qui tend l’oreille peut percevoir cette musique
    Parfois les sons rebondissent sur les murs
    Et le silence envahit l’espace
    Ce sont les couleurs qui entrent en scène
    Que seuls les enfermés peuvent happer
    Et les silhouettes qui semblent être fantômes
    Conservent cet éclair à pulvériser tous les doutes
    Quand danse et chant se mêlent aux parois
    Les lourdes portes s’ouvrent sous le pression de vent
    Et les nuages dessinent la courbe des jours et des nuits

  77. Éclaircie dit :

    La nuit est descendue enrober tous les voiles
    Les sons et les parfums de rire
    Chacun dans son silence cherche la porte
    Pour sortir du couloir de ses peurs
    On attend la lune et sa bienveillance
    Tous les signes qu’elle adresse aux arbres
    Là ou demain nous irons chercher refuge
    Dans le bruissement des branches nues
    Les pentes des montagnes deviennent plus abruptes
    La roche s’endort dans sa grisâtre froideur
    Pas un écho ne nous renvoie la musique
    Que nous jouons sur les harpes des grilles
    Un murmure un bruit de porte et c’est le noir
    Les couvertures étouffent le moindre geste

    On rêve de marcher sur un sentier
    Qui n’aurait ni début ni fin
    Seulement du gravier rose crissant sous les pas
    Et bordé des ronces offrant leurs fruits
    Sous les épines transies et alors inoffensives

    Toutes les couleurs des murs ou du sol
    Ne font oublier le vent sur la falaise
    Et en contrebas les vagues furieuses et magnifiques

  78. Éclaircie dit :

    Demain est là cherchant un rebord de fenêtre
    Qui pourrait l’accueillir et le laisser grandir
    Mais les façades se taisent repliées
    Sur tous les murmures parvenus des greniers
    La lune rappelle les étoiles fanées
    Le soleil hésite à lui ravir le zénith
    L’animal devra errer encore aux confins
    Des forêts disparues cachées par la folie

  79. 4Z2A84 dit :

    L’oreille collée sur l’écorce
    J’entends battre le cœur de l’arbre
    Il fait trop froid pour se couvrir
    Trop chaud pour changer de chemise
    Je viens d’un pays anonyme
    Comme moi vous portez un masque
    Mais le vôtre tombe à la fin
    Et le public reconnaissant
    Applaudit de toutes ses forces
    Le sang circule sous l’écorce
    De l’arbre que vous enlacez
    Il apprendra vite à danser
    Car déjà son cœur se réchauffe
    Et sa chemise jaune il l’ôte
    Pour un vert bien entretenu
    Mes mains mes trop tendres amies
    Caressent dans le sens du poil
    Le vent venu de mon pays
    Sans passeport ni sac à dos
    Sans une gourde pour la soif
    Sans une tourte résignée
    Je cherche mon nom sur la carte
    Mais on me dit qu’il s’est perdu
    Avec mes papiers et ma tête
    Ma tête un fruit mal défendu
    Tombait trop vite au pied de l’arbre
    Et roulait roulait loin du but
    Loin de la couronne royale
    Et des pendeloques du lustre

  80. Éclaircie dit :

    Des sons disparates ondulent dans les couloirs
    Que l’on a peint en rose afin que les ombres
    Ne se fondent ni se perdent entre les murs
    La montagne s’incline sous le poids de la brume
    Les clochers sont muets ne retrouvant plus l’heure
    Et des poissons dorment dans des verres vidés
    On recherche l’eau qui chantonnait tout le jour
    Quand son lit peu à peu redevient ce désert
    Où les galets s’entassent sans la moindre brillance
    Le soleil n’ose plus percer le frêle voile
    Tandis qu’un enfant seul replié en foetus
    Attend toujours un ventre pour retrouver sa source

  81. Éclaircie dit :

    le chien retient son souffle
    il a flairé le vent
    portant la senteur du retour
    les fenêtres s’ébrouent
    repoussant les volets
    la lune se hâte de devenir pleine
    maintenant que les vitres
    absorbent toutes les couleurs
    de la nuit
    et si seul le noir préside
    elle sait imaginer les autres
    si fort que l’obscurité
    se retranche sous les lits
    des torrents et des hommes
    alors que les premiers s’élancent
    avant l’ultime froid
    qui bridera leur course
    les seconds entraînent leur couche
    aux côtes des braises du foyer
    quand la flamme danse
    et que la cendre reste cachée

    le soleil sera ébloui
    de la métamorphose

  82. 4Z2A84 dit :

    Mon chien ne rêve plus de poursuivre une proie
    Quand la lune l’inspire
    Il aboie par caprice et les torrents se taisent
    Comme s’ils avaient peur de s’entendre pleurer
    Mais les vitres frileuses
    Chantent sans musiciens pour les accompagner
    Je suis sourd
    Sur la plage une oreille oubliée
    Boit du sable
    La nuit se plaint d’un creux à l’estomac
    On y introduit de l’amour
    Comme dans un corps malsain des remèdes
    J’ai réveillé mon chien
    Le soleil ébloui par son propre reflet
    Soulève son chapeau de paille
    Il me salue je lui réponds par un sourire
    Nous sommes deux sur le même filin

  83. Éclaircie dit :

    Le hérisson disloqué regrette son sommeil
    Ses rêves ne seront que bribes décousues
    Ses piquants éparpillés sauront-ils retrouver
    Son corps qui réclame cet habit protecteur
    Il espère que l’hiver ouvrira une grotte
    Où il pourra reconstruire ses défenses
    Avant de retrouver la murette de pierre
    Là où sa fierté trouve sa superbe
    Il imagine la falaise rongée par le vent
    Par la vague et la chute amortie par la mer
    Qu’il s’est promis un jour de peindre à ses couleurs
    Que de son antre il conserve le mouvement
    Quand les rouleaux d’écume rageurs
    Ressemblent à cette sphère qui atténue les peurs

  84. 4Z2A84 dit :

    Ton corps est couvert de piquants
    Mais tu es la douceur même
    Tu attends que te poussent des ailes
    Alors tu ne t’envoleras pas
    Mais tu sauras qu’avec elles le ciel te deviendrait accessible
    Il suffirait de les agiter
    Et de se laisser porter par le vent
    Le vent ce taxi des oiseaux fatigués
    Des oiseaux las de chanter
    Sous des fenêtres qui ne s’ouvrent jamais
    Sauf la nuit quand on vide son pot
    Ne traverse plus la chaussée
    Sans regarder à gauche à droite
    Il y a trop de hérissons écrasés
    Trop d’étoiles pour que chacune ait un nom

  85. Éclaircie dit :

    On laisse les sommets pleurer la neige
    Heureux que la lune soit la seule à étinceler
    Même si le rideau de pluie la masque à nos regards
    On devine l’arc qu’elle parcourt
    Dans un souffle imperceptible
    Que les yeux fermés on trace
    Dans le magma du cerveau apaisé
    Il reste tant de chemins inexplorés
    On déroule les volutes de fumée
    Ou de brume s’enroulant au jour
    Peu importe la lumière
    On suit le sillon et il se cabre
    Ainsi que ce fier animal
    Les bras ouverts la parole revenue
    Le décor est celui que l’on dessine
    Loin des couloirs fermés et enfumés
    Il aura fallu se glisser dans la camisole
    Pour sentir la liberté frémissante
    Le rebord de la fenêtre accueillant
    Celui qui efface le froid au matin
    Le ruisseau grelottant dans la coeur de la vallée
    Et l’arbre dans sa nudité fragile mais prometteuse
    Un son de harpe que l’on entendait plus
    Et qui réveille au gîte l’animal rassuré
    Les portes laissent échapper les serrures
    Et les murs s’engouffrent à la poursuite du vent

  86. 4Z2A84 dit :

    « Il est revenu le temps du muguet ».
    Tu es de nouveau parmi nous (mais je ne crois pas que tu nous aies jamais vraiment quittés) et ton inspiration se prolonge et croît en puissance. Tu es le lierre qui enveloppe le château – sans doute pour lui tenir chaud tandis que « le ruisseau grelotte dans le coeur de la vallée », que « les murs s’engouffrent à la poursuite du vent », que « le sillon se cabre » et que « les portes laissent échapper leurs serrures ».

  87. Éclaircie dit :

    Il est parti, le souffle douloureux, la tête au loin déjà…mon Père.

  88. Éclaircie dit :

    Un voile opaque masque la page
    Le chemin s’est refermé avant le jour
    L’arbre ploie sous les souvenirs
    Avant de jeter ses derniers bourgeons
    Il ne restera que nos ramures
    Pour trouver la piste de demain
    La frontière nous appartient
    Sans plus d’abri masquant le vide
    La tempête se calme sur l’océan
    La silhouette ondule dans les vagues
    Les yeux clos se creusent à chaque heure
    La palette attend que les couleurs renaissent

  89. Éclaircie dit :

    La pluie cingle toutes les façades
    Ne sachant où frapper pour se faire entendre
    Elle se presse au seuil de la maison
    Avant que la lune revienne baigner l’espace
    Le toit se recroqueville sur ce nouveau silence
    Et dans l’âtre le vent tente d’étouffer le feu
    Pourtant la flamme oscille sans s’éteindre
    Des murs transpire le souffle laborieux
    Le vieux chien aveugle s’endort enroulé
    Sur son corps que l’agilité a déserté
    Les méandres du fleuve tentent de l’emprisonner
    Mais l’eau farouche résiste
    S’il le faut elle remontera jusqu’à sa source
    Pour bondir plus loin que l’océan
    Là où la lumière transperce l’oeil du soleil
    Pour que la couleur revienne au visage des souvenirs

  90. 4Z2A84 dit :

    L’arbre attend la pluie – on lui pose un lapin.
    Mais l’éclaircie est à l’heure au rendez-vous. Le ciel en profite et se dégage. Elle y écrit des poèmes avec la fumée colorée qui s’échappe de la queue des avions. Pour une fois la publicité ne l’emporte pas sur la propension des mots à la fantaisie. On mord dans ces mots qui fleurissent sur l’arbre et le parfument. On ne lit pas. On mange. On ne mange pas. On savoure en décembre le retour du printemps. Même les oiseaux ne s’envolent plus vers les pays chauds où des palmiers à la grâce orientale les attendent; ils occupent dans nos greniers la place que nous réservions aux souvenirs.

  91. Éclaircie dit :

    Les mouvements deviennent saccadés
    Comme un rempart au silence
    La chaise vide offerte au chat
    N’attend que le ronronnement rythmé
    Le jour s’en va grandir sur la prairie
    Mais n’ose franchir la frontière des vitres
    Opacifiées par les fumerolles de l’absence
    Au loin on réclame un écho
    Seul le hibou se retourne avant de plonger
    Dans les bois dont les bourgeons
    Se replient trompés par la douceur du vent
    Le grésil au matin fige la sève
    Rappelant le froid qui stagne au dessus de l’étang
    Il faudra vivre l’hiver et compter les survivants

  92. Éclaircie dit :

    Je vis pour les mots qui résonnent
    Ils tintent dans mon cerveau assagi
    La blancheur du cadre qui est tel un miroir
    Reflète vos regards et mon visage s’anime
    C’est vous qui m’entraînez plus haut que les cimes
    Là où les arbres chuchotent quand les oiseaux au nid
    Replient leurs ailes en espérant demain
    Conserver la force du chant qui hante leurs nuits

  93. 4Z2A84 dit :

    « Au loin on réclame un écho ». MCB. 8.1.12

  94. 4Z2A84 dit :

    Avec entêtement le vent use la steppe
    Le même rabot égalise les vagues
    Nulle crête ne dépasse nulle houppe nul point d’interrogation
    D’une bulle à l’autre on relit les mêmes mots
    On les avait sur le bout de la langue
    Semence ou crachat il faut choisir
    Les murs ne s’imposent pas à nous
    Ils glissent le long de leur ombre avec les heures
    Des heures que l’on ne déchiffre plus faute de temps
    Privées de lecteur elle grelottent
    Petite et grande aiguille se faisaient la gueule
    Ou les jours de trêve jouaient à saute-mouton
    Les montagnes se déplaçaient avec solennité
    Dans des vêtements d’apparat
    Des gorille prévenant tout faux pas
    Ou interceptant un missile lancé sans leur direction
    Comme au tennis une balle apparemment inoffensive
    Les sapins se suivent le long des câbles
    Le téléphérique qui les survole un boudoir coquet
    Accueille une femme aux si nombreux sourires
    Que ce nombre varie même chez les comptables
    Aux skieurs privés d’ailes on ordonne le repos
    Presque éternel dans la peau des derniers ours
    Le monde est beau le monde bout éteignez le gaz
    Que la soupe revienne sur ses pas
    Pour y rejouer sa fuite hors du jardin potager
    Devant les limaces à la chair appétissante
    La combinaison révélée sur internet
    On ne met plus son cœur à l’abri dans un coffre
    D’ailleurs banques et icebergs fondent unis
    Dans la douleur baptisée adieu
    Adieu par les prêtres chargés de la fermeture des yeux
    On sonne du cor ou de la corne de brume
    Et les nuages retournent leurs poches
    Le gravier s’en échappe comme du sac de jute le charbon
    Mais le printemps reste sur ses gardes
    Sachant que le dégel dépend de son humeur
    Il suggère aux torrents de travailler leurs muscles

  95. 4Z2A84 dit :

    ElleS grelottent

  96. Éclaircie dit :

    Le hasard se retire
    Dans sa tour de papier
    Rien ne fait plus frémir
    L’aire de l’encrier

    On attend sur le seuil
    Que la porte s’entrouvre
    On porte alors le deuil
    Et le feu plus ne couve

    Pour peindre la couleur
    On souffle sur la cendre
    Envahi par la peur
    De se perdre en méandre

    On regarde la chaise
    Inutile et vacante
    Et jamais plus la braise
    Ne chauffera l’absente

  97. Éclaircie dit :

    Sortie du désert
    les ailes un peu cassées
    le cerveau sous le bras
    sans savoir où le poser
    envie de le laisser à la consigne
    jeter la clé
    et chercher le train
    avec ses voyageurs
    ses bagages
    ses crissements
    pour ne plus entendre le pas
    l’océan hésite à se figer
    attend-il le dernier passager
    pour se refermer
    Les poissons envahissent les bocaux
    pour faire briller encore un peu
    leurs écailles sous la lune
    qui plaisante
    perchée sur l’arbre

    Sent-elle le craquement des branches
    enfoui dans le sommeil impassible
    le jour oublié
    plié dans la pile de draps jaunissant
    Déjà l’armoire s’étale plus ventrue
    la maison referme ses yeux
    les murs fiers
    ont absorbé la musique
    les palpitations s’espacent

    Pourtant au loin un frisson
    s’éveille
    et les mains se tendent
    pour saisir le silence

    Tout est blanc
    ou plutôt exempt de couleur
    les paupières ne recouvre plus rien

    Le regard réinventera les paysages
    demain…

  98. Éclaircie dit :

    Se glisser sur la page lisse
    Les yeux fermés
    lire
    Sans voir la main
    Pourtant la deviner sur l’épaule
    Qui endigue la chute
    Ou l’envol

    On frôle la flamme sans brûlure
    Et l’on dessine ensemble les couloirs du vent

    Un pas s’éloigne sur la terrasse
    Le chien se retourne
    Le sommeil garde la chambre

    On sait la vague frappant les falaises
    Pourtant c’est dans la rue déserte
    Que le plongeur attend

  99. Éclaircie dit :

    Le froid me brûle me consume
    pour mieux renaître
    les distances sont à géométrie variable
    les branches me frôlent
    et la forêt m’appelle
    m’accueille et me protège
    la surface de l’étang se creuse
    pour engloutir ma voix
    elle deviendra ce chant
    qui ondule et se répand
    la pierre éclate sous le feu
    et les brisures se nichent sous la voûte
    j’ai retrouvé la cathédrale engloutie
    rouge
    flamboyante
    dont les cloches se taisent pour préserver l’abri
    le sillon s’ouvre sous le pas
    le souffle se perd
    et resurgit plus fort
    plus vif
    se mêle au vent
    et le sommeil vient envelopper l’océan

  100. Éclaircie dit :

    Sa fulgurance écrêtée
    elle devient fugitive

    Les nuits succèdent aux nuits
    le jour n’a plus sa place
    et les néons s’essoufflent
    à repousser l’ombre
    qui s’insinue dans les greniers
    reposant sur le vide

    Jadis le grain des moissons
    respirait la lumière
    avant de nourrir la terre
    et l’homme aux mains tendus

    La silhouette en fuite
    se heurte au présent dissout dans l’encre
    qui noircit la page
    où les derniers signes
    se reflètent sur le miroir de l’absence
    avant d’être engloutis
    au plus profond de la faille
    creusée par le temps

  101. Éclaircie dit :

    L’absence grandit
    On voudrait la fuir
    Elle nous happe pourtant
    Se moque des mains nues
    Gercées calleuses
    Qui ne savent plus porter la couleur
    Au creux du lit des rivières

    La surface du lac absorbe la lumière
    Sans la réfléchir
    Comme l’arbre enfouit la sève
    A la rude saison

    Les lettres lointaines
    S’estompent
    Se dissolvent
    Dans la poussière du chemin

    Le rouge gorge frappe au carreau
    Sans réponse

    L’océan retient ses vagues
    Comme on étouffe le cri
    Quand rien ne lui répond

    La ruelle se referme en impasse
    Tandis que le halo
    Du moindre réverbère se perd
    Dans des rues plus vivante
    Là les murs n’affichent pas le blanc
    Masquant l’escalier
    D’où la musique pourrait s’élever
    Dans un sursaut d’éclair
    Zébrant le vide

  102. Éclaircie dit :

    La mère était immobile, les bras ballants. Ce que l’on pouvait imaginer comme de la libéralité n’était que de l’indifférence.
    De son sourire presque triste émanait l’impuissance, et de manière plus pernicieuse la béance du vide, de l’inachevé sans retour possible.
    Elle avait depuis si longtemps découpé un petit carré de papier gris, plié dans une enveloppe oubliée au coeur d’un livre que l’on n’a pas aimé. Aussi inutile et inapte à ouvrir une fenêtre sur l’océan ou sur l’azur lorsque la lune hésite à briller de peur de froisser le ciel.
    Sur cette feuille se dessinaient en ombres chinoises deux silhouettes. Sont-elles brisées depuis ? Non, elles sillonnent au hasard des routes inconnues, le dos courbé et l’air absent.

  103. Éclaircie dit :

    La lune assoupie sous l’aile du vent
    Frémit sur la portée du temps
    Le toit s’ébroue la charpente sourit
    A ce cri qu’un rire nourrit
    Les lits attendent que les rivières
    Débordent brisent les pierres
    Quand la forêt dans un élan de sève
    De l’ennui sonnera la trêve
    Loin du sommeil agité le dormeur
    Au sillon enterre ses peurs
    La terre se referme gorgée d’eau
    Pour délayer l’encre à nouveau
    Mettre de la couleur aux parois blanches
    Que la folie devienne chance

  104. 4Z2A84 dit :

    Que la chance devienne folie…
    La lune côté pile ou côté face
    Reste la même.
    Ses draps trop blancs m’aveuglent !
    Les chiens se disputent son rayon !
    Un rayon pâle comme moi
    Quand le gazon ne se laisse plus tondre sans réagir…
    L’océan sort d’une carafe :
    Il ne lui manque que cinq ou six vagues,
    Elles seraient chez le coiffeur.
    Se fie-t-on aux ragots colportés par le merle ?
    Oui.
    Deux et deux quatre
    Quatre et quatre font huit
    Sauf à minuit.
    Le roi se promène d’une écluse à l’autre
    Son chien sous la dictée des arbres écrit un roman
    Dans lequel il sera fait mention des cheveux de la matelassière
    Qu’elle porte en chignon avec des rillettes de poulet rôti
    Sur mon journal on indique que la terre en aurait plus qu’assez d’être ronde
    Elle échangerait sa langue contre douze kilomètres
    On trouve beaucoup de pluie en pressant un tube
    Les escargots portent tous un kilt
    Les escalopes de porc toussent à la vue d’un colt marin
    Etc.

  105. Éclaircie dit :

    Les mésanges nonnettes dévergondent les pinsons
    dans le bac à sable de la volière à ciel ouvert
    les épuisettes abritent les chrysalides de papillons géants
    que les poissons chevaucheront si la lune leur demande
    de décrocher les vagues pour l’écharpe du temps
    qu’il ne prenne pas froid
    les crocus éblouis et timides se jettent sous les feuilles
    poussières d’automne où seule l’encre reste gravée
    afin de ne pas oublier la liste des invités
    ceux qui ont en charge d’habiller le printemps
    même si bougon il refuse de tendre les bras
    sous prétexte qu’une terre plate ne lui va pas au teint
    etc…

  106. 4Z2A84 dit :

    Le printemps comme un agglomérat de papillons géants caracole
    Et les fleurs n’attendent pas l’averse pour monter sur scène
    Où elles interprètent le beau Danube bleu dans sa version édulcorée
    On suit des yeux la progression du mercure vers les étoiles
    Tous les ascenseurs pris d’assaut par les escargots
    Il ne nous reste plus qu’à survoler la vallée en hélicoptère
    Mais la libellule chargée de moudre le café s’absente
    Pour d’impérieuses raisons de six à sept sans compter les dividendes
    J’accroche au mur le silence et je regarde la nuit dans les yeux
    Non les hiboux ne coupent pas leur viande avec un saxophone
    Il préfèrent une semaine en altitude qu’en tricotant des biscottes
    Si vous ne me croyez pas demandez la main de votre voisine
    Même si c’est un homme elle porte des bretelles sous ses chenilles
    Est-ce que je me fais bien comprendre tome XXXIV
    Etc

  107. Éclaircie dit :

    La camisole, cette année, se porte ample. Pour être dans le vent choisissez-la de couleur rose à pois verts, garnie de poches vertes à pois roses que vous écosserez avant de franchir les limites de la conscience. Poches que vous lesterez de bulles de savon noir assorti à la fumée des locomotives. Surtout si vous voyagez dans un train de jour où les journaux rivalisent avec les aiguillages pour les lecteurs analphabètes qui rêvent en musique au rythme syncopé, quand les ours se défont de leurs peaux, que les tunnels provoquent des trous dans le gruyère et que l’ozone se vend au litre. Le nec plus ultra sera la mouche au bout de la ligne à condition qu’elle ait dix pattes et du rimmel courant sur les noeuds ferroviaires.
    Au terme du périple vous connaîtrez le plus joyeux des cataclysmes dans la cacophonie du café en grains croqués par le chef de gare.

  108. 4Z2A84 dit :

    Comme on perd ses clés il perd son visage
    Et dans la foule se confond
    Avec tous les autres
    Des faces lisses
    Des coquilles d’œufs
    Nul nez ne pointe
    Nulle ornière
    Et pour les yeux regardez ailleurs
    Du côté du ciel
    Un enfant s’y cache
    De ceux dont autrefois nous envions les taches
    De rousseur
    Le soleil sur les joues
    La lune jalousait ces couleurs
    Quand c’était à son tour d’éclairer la terre
    Elle n’éclaire rien du tout
    Privée de source la lanterne meurt
    Viens dit-elle au feu
    Je t’abriterai du vent
    Je te cajolerai
    Et nous indiquerons leur chemin
    A tous ceux qui errent dans la nuit
    A la recherche d’un visage perdu depuis longtemps
    Mais dont ils se souviennent
    Comme d’un baiser échangé entre deux portes

  109. Éclaircie dit :

    L’image s’est ternie depuis tous les orages
    Où l’éclair jaillissait jusqu’à fendre la pierre
    Dont nous cherchions l’éclat pour aviver l’écorce
    De nos phrases lancées quand personne ne sait
    La force du silence et de l’eau la musique
    Pour ouvrir une brèche au rempart de la nuit
    Depuis le fond des lits s’évade la lumière
    Que les yeux retiendront s’ils devaient oublier
    La rue déjà déserte absorbant le passant
    Oublieux de ses pas dans le sable perdus
    De sa voix devenue dernier souffle du vent
    Quand la flamme déchire les signes sur la page

    à suivre

  110. 4Z2A84 dit :

    Dans le rempart de la nuit
    Se trouve une brèche
    Par laquelle la sève fuit

    Dormir les yeux ouverts
    Ne résout rien
    On n’est nulle part à l’abri
    De ses ovaires
    La terre ne tient que par un fil
    Au ciel d’airain
    Et l’amour cherche en vain l’idéal
    En misant sur le mauvais cheval
    Celui qui chute en pleine course
    Un centaure caricatural
    Sans les ailes de Pégase
    Il espérait rejoindre la Grande Ourse
    Mais la Grande Ourse n’était pas disponible
    Les constellations ne sont pas que des cibles
    Il faut du temps pour les apprivoiser
    Petites petites petites
    On les appelle comme on appelle les poules
    Entre les doigts le grain coule
    Telle la sève hors de la nuit

    Toutes les heures ne se valent pas
    Certaines hurlent d’autres ne font pas assez de bruit
    Les meilleures s’envolent
    On avance d’un pas
    Vers l’horloge
    Vers la clepsydre
    Un pas de trop vers soi-même
    Vous ne boirez jamais trop d’eau
    Dans mon verre
    Je ne suis pas la mer
    Il me manque un buste et des pis
    Le visage qui vous sourit
    N’est pas le mien
    (Je n’aime pas trop les vers courts)
    D’ailleurs à quoi me servirait de vous offrir mon bonheur en peinture
    Dans une autre vie je ne dis pas dans une vie meilleure nous aurions partagé la même aventure
    La vie n’est pas qu’une suite de malentendus on peut en cherchant bien y trouver des compensations
    Des compensations à quoi je vous le demande au fait d’être né et de savoir que l’on doit mourir peut-être
    Mais sous d’autres climats moins favorables au confort de l’homme exister loin d’être une sinécure exige des efforts de la souffrance et du mal-être
    En Afrique il y a cette petite écolière qui affamée a mordu en classe sa voisine et lui a arraché un morceau du bras
    Après ça on peut toujours écrire sans embarras et ne pas sauter un repas
    Sous prétexte que tout le monde ne sort pas de table le ventre plein et la tripe gonflée au point d’engendrer la production intensive de vesses
    Pour les éviter il ne suffit pas de serrer les fesses
    (Les poètes ne font pas tous rimer leurs vers)
    Je n’ai pas connu ce forgeron chargé de la fabrication des éclairs
    Je ne l’ai pas surpris en train d’aiguiser sur son enclume la foudre
    Et ces rivières dont vous me dites qu’elles chantent j’ignore tout de leur répertoire – ont-elles
    L’intention de se produire sur scène avec tous leurs accessoires
    J’entends leurs galets leur fretin leur lit sableux leurs herbes ondoyantes leurs lueurs
    Les verrons-nous dans ces villes d’eau calmes ombragées de platanes ( ?) et dont les parcs bien entretenus incitent à la promenade vous sous votre ombrelle à cause du soleil et de votre teint si délicat et moi les moustaches bien cirées
    Notre suite à l’hôtel donne justement sur l’un de ces parcs où un kiosque accueille un petit orchestre
    Autour sur des chaises (payantes) le public (d’un certain âge…) écoute les incontournables valses de J. Strauss
    Si
    Autour de minuit
    Une de ces rivières frappait à notre porte
    Voulant entrer
    Pour nous prouver qu’elle assure en madame Butterfly
    Nous serions à peine surpris
    Car nous en avons vu d’autres
    En rêve ou en réalité – comment faire la part de ce qui appartient à l’un ou à l’autre de ces états ? –
    Nous avons vu glisser sur le ciel des navires
    Et se suspendre à l’arc-en-ciel des villes
    Et des balcons et des barques se pavaner
    Le long des avenues plantées de marronniers en cristal
    Des jeunes filles ouvraient toutes les cages
    S’échappaient alors des perroquets multicolores
    Et d’autres oiseaux qui avaient oublié comment ils se nommaient
    Les moulins produisaient des notes de musique avec leurs ailes et leurs roues
    Et les lustres partis sur les routes pour accompagner les enfants fugueurs
    Agitaient leurs pendeloques de cristal au-dessus de nos fronts
    On trouvait aussi des vagues égarées
    A qui on indiquait le chemin de la mer avec une brosse à cheveux

  111. Éclaircie dit :

    Comment maintenir la flamme après vous 4z !
    .

    écrit le 25.01.2012: Rue déserte

    La colère assoupie au pied de l’arbre mort

    Reste le somnambule agrippé à sa nuit

    Dans le halo du réverbère la rue déserte

    Remonte à son enfance par l’escalier si haut

    Qu’aucun homme jamais n’atteindra le grenier

    Et l’on ne sait plus voir le soleil au carreau

    Pas plus qu’au miroir le dernier reflet

    Que la lune a jeté épousant l’horizon

    Pour tenter de renaître en une autre saison

    Le pas déjà s’éteint sans même une empreinte

    Au sable de la page où l’encre a disparu

  112. Éclaircie dit :

    La colère assoupie au pied de l’arbre mort
    reste le somnambule agrippé à sa nuit

    Dans le halo du réverbère la rue déserte
    remonte à son enfance par l’escalier si haut
    qu’aucun homme jamais n’atteindra le grenier

    Et l’on ne sait plus voir le soleil au carreau
    pas plus qu’au miroir le dernier reflet
    que la lune a jeté épousant l’horizon
    pour tenter de renaître en une autre saison

    Le pas déjà s’éteint sans même une empreinte
    au sable de la page où l’encre a disparu


    Virevoltent les nuages
    dans le matin timide

    Serai-je une grand-mère
    sucrée
    ridée comme pomme
    qui a traversé l’hiver

    Le temps s’arrête
    un instant
    dans le soupir de l’animal

    Les graines ne sont pas en terre

    Sur le chemin
    le pas souffre alourdi par la boue
    quand aux carrefours
    le geste s’éteint

    Le déjeuner frissonne
    ouvert sur un lendemain
    incertain

  113. 4Z2A84 dit :

    Pour atteindre la lune, suivez ce sentier ;
    Les somnambules en connaissent tous les détours
    Et les dangers, car des pièges s’y dissimulent :
    Sous les fougères impériales le métal luit.
    Du grenier au ciel le ruban s’allonge
    Et tous les ponts n’enjambent pas des abîmes…
    Peut-on se fier au flair du chien aveuglé
    Par trop de ténèbres primitives
    Pour nous guider vers le personnage que nous jouerons
    Quand le rôle du clown sera enfin libre ?
    Joyeuse la lune asexuée nous tend son costume ;
    Fards, faux nez et cheveux postiches appartiennent
    A ceux qui, venant de trop loin, ne comptent plus.

  114. Éclaircie dit :

    J’aime me lever avant le jour pour voir le jour se lever, ou la lune. j’aime dormir avant la nuit qu’elle ne m’engloutisse pas.

    Le fardeau plus léger lorsque l’eau le dissout
    Se déploie sur la mer sans heurter les rochers
    Ses couleurs irisées semblent former les sons
    A peine prononcés au giron de l’absente
    Tandis que sur le pré où s’étiolent les fleurs
    Le cheval fou ne peut sans risquer la blessure
    Atteindre le fleuve qui nous conduit au port
    Les ponts sont assoupis quand le courant s’efface
    La crinière brunit sous l’effet du silence
    Le galop s’évapore et nous laisse hagard
    Quand le sommeil toujours s’éloigne dans un cri
    Une chape brûlante enserre nos envies

  115. 4Z2A84 dit :

    La barque et l’eau se congratulent
    Quand le courant pressé galope
    J’entends sous les ponts qu’il anime
    Nos voix fraîches porter leur chant
    Comme ses ailes le ménure

    De face et de profil tu souris à la lune
    Dont le reflet se déforme en dansant
    L’ombre l’avale et les arches l’occultent
    Mais elle reste digne et te montre ses dents
    Pour répondre au message amical de tes traits

    Qui de toi ou de moi rame avec plus d’ardeur
    Quand pour accélérer le train sur les canaux
    Nous transpirons contents de mesurer nos forces
    Comme à Venise au temps où pour une Juliette
    Des Roméo s’affrontaient en duel

    Chassée la lune est une proie qui glisse
    Entre les doigts Insaisissable anguille
    Elle échappe à la nasse aux rets au guet-apens
    Même la séduction n’a pas d’effet sur elle
    – Pourquoi priver de moteur la gondole

    Pourquoi poursuivre en rêve une chimère
    La lune effervescente explose dans nos verres
    Et nous buvons sa force et son lait chaque jour
    En petit déjeunant sur le pont d’un navire
    Dont la cale renferme un astre prisonnier

    • Éclaircie dit :

      Ici, souvent on ne commente pas le texte précédent, mais là (encore) c’est un poème que je mettrais bien à la une (Hune ?).

  116. Éclaircie dit :

    Ce frisson étrange
    serait agréable
    sans doute
    s’il ne renvoyait pas
    au miroir terni
    des matins inféconds

    La main tremble
    de la vibration inconnue
    la couleur s’insinue
    dans l’écorce froide

    Une toile peut-être
    sur le chevalet
    dessinera la vague
    ou l’océan étale

  117. 4Z2A84 dit :

    J’écris et je peins à cheval sur une vague.
    Si ma main tremble, à qui la faute ?
    A l’Océan !

  118. 4Z2A84 dit :

    Que faites-vous quand vous ne rêvez pas ?
    Je dors.

  119. Éclaircie dit :

    Quand je ne rêve pas, je tremble et rêve de rêver.

  120. 4Z2A84 dit :

    « Un rêve dans un rêve » (Shakespeare, Edgar Poe, puis Orson Welles).

  121. Éclaircie dit :

    Ils ont employé ces termes, ou l’on a dit d’eux qu’ils écrivaient « un rêve dans un rêve ?

  122. Éclaircie dit :

    Que vais-je placer là ? la grisaille du ciel ? le temps que je l’écrive, le soleil aura percé. La cécité du chien ? elle sera là demain et le jour qui suit. De sa surdité naissante ? elle va s’accroître. Du départ du père ? il a suivi la mère emportant leurs secrets. La lune bientôt pleine-de promesses ? Elle ne veut pas, ces jours, entrer nuitamment dans ma chambre.

    Que la vie est dure !

    (mais où est la poésie dans ce discours ? Envolée comme ces idées qui nous effleurent et vite nous laissent seul avec un stylo inutile, un clavier bloqué. Comme la flamme lassée qui se laisse envahir par la cendre. Comme ce cerisier chargé de tant d’années qui accueille la mousse jusqu’à étouffer. Comme ce miroir qui n’offre plus de reflets, même laids. Comme la rue grise au matin, avant que le cantonnier lui rende le pimpant de la propreté. Comme cet enfant fâché de ne pas parvenir à démonter son jouet flambant neuf ou chagrin qu’on lui enlève le carton, bien plus drôle. Le monde tourne. Plus loin des cris percent auxquels on ne peut répondre. On prend un livre, on voyage. C’est notre luxe et notre Eden. )

  123. 4Z2A84 dit :

    Au cantonnier la rue doit d’être pimpante
    Comme au poète la lune sa grâce
    Ne me parlez plus de cette face de carême
    Et moi je ne lèverai plus les yeux vers elle
    Cette nuit et toutes les nuits qui suivront
    Je serai sage comme un fleuve après sa crue
    On me jettera des fleurs empoisonnées
    Mes cheveux resteront dans mon poing
    Taisez vous Les ragots m’horripilent
    Si l’on me parle encore de la lune
    Je me jetterai dans le sable
    Ah pourquoi pourquoi
    N’avons-nous pas bouché le ciel

  124. Éclaircie dit :

    Les affres du samedi 10.03.2012

    La température extérieure à 4 heures ce matin était trop basse pour que la première promenade du chien soit vraiment agréable.

    Depuis quelques jours, si je pense (ça m’arrive) je vérifie aussi l’orthographe. Cette matière n’a jamais été mon fort et l’opération est donc assez ardue.

    Mes épinards sont triés, lavés et cuits, ce qui n’est pas malheureux.

    Je lis « 1Q84 » de Murakami et suis bien envieuse de ce monde où il y a deux lunes. Je vais explorer toutes les passerelles d’autoroute pour trouver l’échelle de fer qui y conduit.

    Plus sérieusement, Elisa me manque et j’espère qu’elle reviendra très vite (problème d’accès à internet bien longuet à se résoudre)

    Bon samedi à tous ! j’espère que vous avez le même soleil que celui qui se profile à mon horizon.
    Bonne fête à tous les Vivien.

  125. 4Z2A84 dit :

    De Haruki Murakami, j’ai lu « La Fin des Temps », et j’ai été déçu. Je croyais tellement que ça allait me plaire ! Ceci dit, ça n’est pas un mauvais livre, loin de là.
    Dans le monde de John Carter, héros créé par Edgar Rice Burroughs (à qui l’on doit également Tarzan), il y a deux lunes…ou deux soleils, je ne me souviens pas…
    dans celui d' »Helliconia », imaginé par Brian W. Aldiss, chaque saison dure plusieurs années…dans « Le Maître du Haut Château » de Philip Kindred Dick, les forces nazies ont gagné la guerre de 1947…dans « Les Temps Parallèles » de Robert Silverberg, la machine à explorer le temps est gérée par une sorte de « Club Méditerranée »; les touristes s’ils le souhaitent peuvent ainsi, dissimulés dans la foule, assister à la crucifixion du Christ…Mais je m’égare. Si nous disposons de deux lunes ne risquent-t-elles pas de se disputer entre elles pour avoir le privilège d’être chantées par les poètes insomniaques ?

  126. 4Z2A84 dit :

    Tu as raison : l’échelle qui conduit dans le monde de Murakami est bien en fer. J’ai longtemps cru qu’elle était en bois.

  127. Éclaircie dit :

    Qu’est-ce qu’un mauvais livre ? ceux de la collection Arlequin par exemple, mais bien d’autres aussi, c’était juste pour rire.

    je vais me cantonner à la seule poésie…! mais les livres comme la poésie ne sont-ils pas des réécritures de livres anciens.

    Voilà, le jour est là et je n’ai rien écrit-de poétique-, demain peut-être.

  128. Éclaircie dit :

    La porte claque
    On ne sait qui lui a donné l’élan
    Pour vibrer ainsi
    Retenu dans la mémoire
    Qu’il faudra fermer
    Comme on ferme un livre
    A regret
    Ou pas
    Parce que c’était écrit
    Que le vent l’a répété
    Que l’oiseau vole toujours
    Même sans ses ailes
    Réflexe imprimé dans sa chair

    Quand le remords rampe toujours
    sous le lit

  129. Éclaircie dit :

    Il y a plus de jouissance dans l’amour des mots que dans celui des Hommes. Les mots sont éternels.

  130. Éclaircie dit :

    Comment partir
    sans ébrécher les ailes de la nuit
    voiler le rayon du soleil

    Le chemin bordé de ronces
    s’était pourtant ouvert
    happant la crainte

    L’océan avait enfoui le silence
    dans ses vagues
    le temps qu’au front de mer
    le pas hésitant se mesure

    La chouette n’a pas vu le rouge gorge
    enfermés dans leur cris
    sur les hauteurs
    surplombant le lac

    Le grand bourdon de la cathédrale
    s’est noyé
    dans le rouge de l’absence

    Et
    il y a eu ce matin
    où la porte s’est refermée
    laissant une âpre brume
    à côté du foyer

    (pour René P)

  131. Éclaircie dit :

    J’ai terminé « 1Q84 » de Yaruki Murakami. Le happy-end ne fait ni mièvre ni trop prévisible d’avance car il est porte ouverte à une suite éventuelle.
    J’ai beaucoup aimé ces trois tomes.

    J’attaque, non je savoure maintenant Orlando de Virginia Woolf, traduit par Pierre Nordon.
    Je suis contente d’avoir lu la préface du traducteur, qui me renseigne sur le climat du livre. L’avant propos de l’auteur aussi.
    (ensuite m’attend « Une chambre à soi »)

    4z, as-tu « Le journal »-intégral de cette auteure ? Me conseillerais-tu de me le procurer (il est assez cher, soyons terre-à-terre)

  132. 4Z2A84 dit :

    Je n’ai lu que des extraits du « Journal » de Virginia.
    Mon « Orlando » était traduit par Charles Mauron.

  133. 4Z2A84 dit :

    On ferme ou l’on referme un livre comme une porte. Cette idée séduisante n’est pas exempte de mélancolie.

  134. Éclaircie dit :

    Je viens de m’apercevoir que j’avais écrit deux fois ou à peu près le même poème, sur cette fameuse porte que je viens de fermer.
    C’était mon subconscient qui me les dictait, docteur Freud.

  135. 4Z2A84 dit :

    Le subconscient…il a bon dos !
    On lui fait porter le poids de toutes nos erreurs. De nos bévues. Débarrassez-vous de votre voisin – trop bruyant. Quand la police viendra vous arrêter – pour meutre, dites simplement : « C’est mon subconscient qui m’a guidé. » Et on vous relâche aussitôt.
    Le « poète » qui laisse son subconscient lui dicter son texte peut-il se flatter d’avoir écrit ce texte ?
    Rendez au subconscient ce qui lui appartient !

  136. 4Z2A84 dit :

    …Pour meuRtre, et non pas pour meutre ! C’est beaucoup plus grave…

  137. Éclaircie dit :

    Ce n’est plus le subconscient qui sauve des sentences du tribunal, c’est la « folie ». Un autre sujet passionnant que je n’évoquerais pas.

  138. Éclaircie dit :

    On vous mesure l’oeil la taille
    et la longueur des doigts
    parfois même l’intérieur du cerveau

    Entre ces murs
    auxquels on a mis des couleurs
    petit goût de paradis

    Les arbres du parc
    voient voler de drôles d’oiseaux
    résistent et poussent leurs bourgeons

    Dans l’eau aucun ide
    n’égaie placidement les lieux

    La parole est étrange
    a-t-elle un sens
    faut-il qu’elle en ait un

    Puis on retourne
    près du champ
    où les sillons vibrent
    des graines enfouies

    Une journée ordinaire…

  139. 4Z2A84 dit :

    Ide : poisson au corps allongé, aux nageoires rouges.
    Des sillons qui vibrent. Oui ! Magnifique.
    Mon sentiment : la parole ne devrait pas n’avoir qu’UN sens, mais PLUSIEURS.
    Chacun reçoit ce poème différemment. Il semble donc pouvoir être interprété de plusieurs façons – se « plier » à plusieurs sens (et même, pour certains, manquer de sens…).
    L’individu est complexe. Sa parole aussi.

  140. Éclaircie dit :

    Mais la parole n’a-t-elle pas déjà plusieurs sens ? ensuite il y a aussi plusieurs écoutes, et j’aime peut-être le mystère lu dans les poèmes, justement toutes ces voix, du moment qu’elles se font entendre.

    Le jour grandit en silence
    (nous le voyons à peine)
    Seuls les oiseaux l’entendent
    Et savent l’urgence
    à embrasser la saison

    le ventre des maisons
    se creuse
    ses reins se cambrent
    elle respire dans son sommeil
    plus vivement
    et guette sous les voiles
    la main qui l’enchante

    Sur la nappe froissée
    un étang dort
    les doigts voudraient briser l’onde
    les lèvres effleurer le miroir

    Les arbres bruissent
    quand la sève interdite
    bouillonne
    et pourtant enfouie secrète
    veillant à ne pas rompre l’histoire
    d’un printemps qui frémit

  141. 4Z2A84 dit :

    Mes yeux m’échappent
    Avec ce filet à papillons
    Je garde l’espoir de les rattraper
    Mais qui me conduira vers eux
    Et se poseront-ils
    Sur quelque fleur nous y attendant
    Moi mon guide et ce filet dérisoire
    Avec lequel on ne saisirait pas une seule étoile
    Si on s’avisait de le jeter sur la mer
    Quand le ciel nocturne s’y reflète
    Comme un aveugle devant son miroir

  142. Éclaircie dit :

    J’ai ramender le filet
    doré
    pour qu’il laisse échapper
    le poisson le papillon et nos idées
    Il est ce voile de mariée
    quand elle épouse le ciel
    le vent ou l’océan
    Ce tulle qui s’étend sur le champ
    comme brume de mars ou de novembre
    Ce flou dans les yeux
    quand les yeux ne voient plus
    Ce souvenir terni
    de n’avoir pas su le retenir
    quand la terre le prend en décembre
    Cette fumerolle au matin
    au dessus de la tasse ou derrière le nuage taquin
    Et le paysage-baldaquin
    du lit que l’on espère
    dans un soupir de vie ou de trépas

  143. Éclaircie dit :

    Souvent, je n’ose ouvrir vos lettres, redoutant de me priver du plaisir de les découvrir plus tard.
    Je voudrais les oublier pour les redécouvrir à tout instant.

    Je cherche partout
    dans le vent
    le ciel
    l’empreinte de ceux
    que j’ai frôlés un jour
    M’oublierais-je assez pour vous oublier
    ma main dans la cendre douce
    le souvenir du feu
    le crépitement de la pluie
    au carreau dépoli
    l’herbe jaune qui ne songe qu’à verdir
    engloutissant les marques de pas
    qui n’iront pas au delà de la terrasse

    Un nuage pour voiler la lune
    pudique

    L’esprit qui s’envole
    les murs pour l’accueillir

  144. Éclaircie dit :

    Coton dense
    danse
    et danse encore
    sur fil de soie
    au vent
    Dans le temps
    les heures
    les nôtres
    les leurs
    Les lueurs dans l’iris
    L’iris bientôt en fleur

    Entouré de fantômes
    crées de toute pièce
    avec chaînes
    chapeau de sorcière bleu ou blanc

    On voit au delà des toits
    des arbres qui chuchotent
    des mains ou des visages timides
    des silences qui ne désirent plus
    attendre la musique
    atteindre la lumière

    Le cadre vert s’efface
    de n’être plus regardé

    Reste un miroir
    déformant le visage
    qui avait voulu sourire
    et pourtant partir

  145. Éclaircie dit :

    Entendre

    Vous n’entendez rien
    lorsque vous bâillonnez
    arrachez la langue
    coupez la gorge

    Alors on crie des yeux
    espérant que l’orage
    nous réponde

    Que la pluie nous apaise
    et la terre nous happe
    comme graines stériles

    Le silence s’abat sur nos mains déliées
    Il est déjà trop tard pour atteindre l’aurore
    La vie ne frémit plus dans les draps repliés
    Le vent et l’océan pourtant grondent encore

    Au loin.

    (inspiré par ma balade sur un autre site)

  146. Éclaircie dit :

    J’ai plus ma muse….

    mais je m’amuse
    jongle
    J’ai tenté avec le soleil et la lune
    ils n’ont pas aimé
    chacun dans leur fierté
    Il me reste les soucoupes
    volantes
    que je dois enfermer
    dans le filet
    pour mieux les laisser
    échapper d’entre les mailles
    à l’envers à l’endroit
    Résille à mon visage
    on ne me verra pas rire
    sous cape
    déposer ma rapière
    au pied d’une alouette

    Je jongle avec le temps.

  147. Éclaircie dit :

    Pourquoi vouloir
    toujours sortir de son trou
    quand le soleil ne voit pas
    ou qu’il hésite à éveiller la terre

    Au parfum d’humus succède le feu
    les pavés du trottoir se fendent
    comme un rire que l’on écrase

    Les escaliers montent et descendent sans fin
    sans palier pour reprendre son souffle
    le tourbillon des couleurs les entraînent
    dans un ton indescriptible

    Puis vient le temps de déposer
    armes et larmes
    et dormir

  148. 4Z2A84 dit :

    On saute de cercueil en cercueil
    Sur le fleuve qui les entraîne
    Vers son embouchure en chantant
    Sa voix n’est pas toujours agréable à l’oreille
    Mais elle forme un nuage de gouttelettes
    Les fronts s’y rafraîchissent
    Comme à l’étang le cerf fourbu

    Nous dormions dans le ventre des péniches
    Fœtus privés de mémoire mais non de rêves
    A quoi pouvions-nous songer aveugles
    Et ce bruit de rabot sur l’eau résistante
    Nous tenait-il éveillés à l’écoute
    D’un chant d’outre-utérus du murmure
    Végétal de la forêt environnante

    Et l’eau se souvenant de nous riait sous cape
    Notre fardeau pesait à peine elle en bavait
    Pourtant mais sa salive en un filet plus clair
    Que celui d’un enfant s’effaçait aussitôt
    Sous le torchon la joue rose arrondie charmait
    Saillante la pommette asiatique essuyée
    Surplombait le sourire où se plaisent les dents
    A montrer leur émail ce vernis naturel
    Ou factice aux témoins restés sur le rivage
    Et de là regardant fuir le dos des dauphins

    Nous n’étions déjà plus personne
    Une vague une seule aurait eu raison de notre prétention à vivre
    Coqs en pâte ou battus par d’incessantes pluies
    Mais le fleuve au lieu de se diriger vers la mer
    Retroussait ses manches et s’apprêtait à gravir le ciel
    Comme nous montions à l’échelle pour voir derrière le mur
    Se lever le soleil comestible au plat et à l’instant sorti de sa coquille
    S’il manque un échelon tant pis pour nous
    S’il rate
    Une marche
    Notre embarcation se retournera et nous aurons enfin la tête en bas
    Prêts à naître
    On nous tirera avec des pinces
    Hors de nous-mêmes ou d’une mère trop sage pour écarter les cuisses
    Devant le public des plages
    (On cache sous le sable les plus vieux les plus patients)
    Les mains de ceux qui applaudissent deviennent des colombes

    Les langes sèchent sur les péniches pressées d’atteindre le port
    Notre poids et notre détermination creusent une allée dans le verre

  149. Éclaircie dit :

    Le début du poème est assez sage dans sa forme, puis l’eau devient plus fougueuse, l’écriture aussi.
    J’ai adoré. Je n’en dis pas plus.
    19/20 . 😉 (ça c’est un clin d’oeil- mince! le système le reconnait, plus besoin d’expliquer)

  150. Éclaircie dit :

    Naître au printemps
    pour croire à la joie
    se réveiller fourbu
    au terme du voyage

    Le train n’attend jamais
    le passant qui se hâte
    dans les lits que l’on tend
    de voilages bleus
    Pour oublier que le ciel
    parfois nous fait défaut

    Les mains ne disent pas
    ce que les yeux taisent
    les racines à nu sèchent au matin

    Quand il faudrait boire

    Voir
    au delà
    le seuil
    de ciment tiède
    qui attend l’empreinte d’un pas

    Plus loin là-bas
    la cendre nous réchauffe
    la terre nous attend

  151. 4Z2A84 dit :

    « …le ciel/parfois nous fait défaut ». Il glisse au-dessus de nos têtes. Nous ne le retenons pas. Il est libre d’aller où bon lui semble, et nous de lui adresser ou non des prières. Son indifférence accroît-elle sa beauté ? Et sa beauté, de qui la tient-il ? Des poètes. C’est-à-dire de ces rêveurs qui cherchent à magnifier l’ordinaire en prêtant, par exemple, à l’eau une conscience et des vertus dont elle rirait si nous l’interviewions sur ses attributs.
    « Voir/au-delà du seuil/de ciment tiède/qui attend l’empreinte d’un pas » et oser ce pas vers l’inconnu. Reconnaître dans la mort la nuit dans laquelle nous tremblions comme un oeuf en gelée avant de naître…Et dans la vie un visage humain parmi une multitude d’autres visages identiques. Le seul à sourire ressemble au nôtre, lequel se confond avec celui des parents et des voisins. Mais il se pense unique et montre les dents.
    « …la cendre nous réchauffe », encore tiède. Elle a pris la place du cerveau sous notre crâne. Si bien que lorsque nous dodelinons de la tête, la poussière s’échappe par nos orbites vides. Car il y a longtemps que les oiseaux ont mangé nos yeux.
     » Le train n’attend jamais « . Aux gares il ne prend pas d’autres voyageurs que ceux qui ne lui font pas signe. Le numéro de celui qui nous emporte ne figure nulle part. D’un large coup d’éventail il nettoie les quais où les marchands de limonade se disputent. Son conducteur le manoeuvre de loin, d’un mirador, peut-être – ou d’un nuage; son conducteur ressemblerait dit-on à une parque aux ciseaux capricieux. Le hall se vide comme perce enfin un furoncle.

  152. Éclaircie dit :

    Vu ainsi la vie est belle !

  153. Éclaircie dit :

    Vu autrement aussi (un e à vu ?)

  154. 4Z2A84 dit :

    Sait-on ce que l’on cherche
    Quand on ne trouve rien

    Voyager dans sa tête
    Se tromper de chemin

    Quelqu’un prendrait ma main
    La mêlerait aux siennes

    Quelqu’un qui n’aurait pas
    De cendre dans la tête

    Mais un harmonica
    A la place des dents

    Quelqu’un qui ne serait
    Ni ma sœur ni mon frère

    Quelqu’un qui me tuerait
    Après m’avoir fait naître

    Quand on appelle Adam
    Il répond Je suis l’homme

    Avec lequel la femme
    A partagé la pomme

    Tais-toi car tu m’assommes
    D’invectives volcan

    Si tu dois crever crève
    Comme l’Acteur l’écran

    Et que la lave glisse
    Couleur miel sur tes flancs

    Où l’on cultivera
    L’iris et la réglisse

    Quand ton cœur dans les bras
    D’un Morphée apaisant

    S’endormira bercé
    Par le son d’un banjo

    Lointain mais efficace
    Telle la cornemuse

    Quand les dents ont percé
    De l’adorable muse

    Qui en joue en solo

    • Éclaircie dit :

      Je suis restée des heures
      au carreau de ta chambre
      car je voulais goûter
      l’encre sur la feuille
      devenir cette page
      où tu couches l’idée

      La nuit m’a rappelé
      que je devais me taire
      et attendre au matin
      la lettre enluminée
      ne pas troubler le flot
      bondissant des rivières

      Depuis je suis une autre
      ce chemin qui serpente
      la musique en sourdine
      la toile au chevalet
      la couleur que tu aimes
      et le poème écrit

  155. Éclaircie dit :

    Le ventre de l’ordinateur
    glougloute comme le plus beau des chéneaux
    qui en devient muet jaloux du privilège
    reçu depuis que le zinc épouse la pierre

    Les écrans dans les châteaux n’étaient que tentures
    les pigeons revenaient parfois
    l’aile brisée mais la plume sûre

    Les nouvelles défraîchies perdaient leurs pétales
    dans un étang un vase ou sous un tapis
    pot-pourri à la senteur étrange du regret
    que les bonheurs du jour ne durent pas plus qu’un soupir

    L’encre lointaine s’estompe
    les chants primitifs résonnent encore
    de tour en tour
    quand les clochers laissent entendre
    de leur bourdon
    le frémissement du temps
    incrusté dans le parchemin roulé
    noué dans le coffre du souvenir

  156. 4Z2A84 dit :

    Quand les châteaux ne sont plus de cartes
    La vague leur chatouille le pied
    Ils s’envolent pour un long voyage
    A travers l’espace parsemé d’œillets

    D’où tu viens je le devine
    Au sourire qui te précède
    Comme l’antenne d’un insecte dur
    Les étoiles ne mentent pas

    Les étoiles secouent leurs branches
    Il en tombe toute la neige
    Même celle dont l’apparition
    Sur nos toits tarde ou s’oublie

    Nous n’avions pas rendez-vous
    Et pourtant nous nous sommes reconnus
    Entre trop d’éclairs pour les compter
    La foudre on me l’offre

    Avec des fleurs
    Qui de nous deux remercie
    Qui de nous deux trouve les mots
    La foudre on te la reprend

    J’ignore où je vais
    Mais je sais le seuil infranchissable
    La rivière privée de ses lueurs
    La tête froide sur une feuille de nénuphar

    Quoi ou qui donc m’oblige
    A écrire ce poème que je n’aime pas
    Le temps est une plaie
    Sa cicatrisation appartient à la mort

    Je ressemble à la lune
    Comme elle je n’ai rien à dire
    Mon sourire un leurre
    Fondrait sous tes lèvres

    Ne te retourne pas
    Jamais même pour te voir
    Te substituer à ton ombre
    Quand le soleil t’aveugle

  157. Éclaircie dit :

    Sur la barrière du temps
    l’heure oscille
    entre partir ou dormir
    quand les secondes s’égrènent
    se diluent dans l’asphalte
    sous le pas lourd de l’homme
    qui cherche inlassablement la rivière
    où baigner son chant
    ses plaies et son futur

    l’ombre est immobile
    masquant au marcheur
    la parcelle de ciel
    qu’il suffirait de porter à ses yeux
    pour que ses mains s’ouvrent
    laissent fuir le sable
    et reprennent leur ligne de vie

  158. Éclaircie dit :

    Ecrire avant le jour
    laisser les rêves envahir l’espace
    quitte à se mentir
    et dessiner le jardin
    à sa démesure
    son envie

    Lorsque bridé dans son pas
    on ne verra plus tard
    que le mur dont les pierres respirent
    s’enroulent dans le lierre
    pour disparaître
    enserrant pourtant le souffle

    Le bleu s’impose
    à la minute
    où le vent
    s’enfuit vers l’océan

    Le cadre du miroir
    s’étire sur le tain
    il ne reste que l’étang
    attirant le reflet
    et le regard éteint

  159. Éclaircie dit :

    L’ogre est là
    à dévorer le jour
    La satiété n’est pas

    Lorsque le souffle s’emballe
    il te faut courir
    pour le suivre
    le dépasser
    qu’importe la casse
    la trace
    ou même la fuite
    le vide

    En soi
    l’éclair jaillit
    sans bruit
    juste cette lumière aux yeux
    les pommettes rosies
    et les mains qui se crispent

    Trouver toujours
    l’écho
    quand l’impatience
    ne contient plus
    le feu qui couve
    la sève qui brûle
    le mot plus loin.

  160. 4Z2A84 dit :

    Le jour se traîne
    On va d’arbre en arbre
    Le long d’une avenue qui conduit à la gare
    Le voyageur sans souvenirs
    Son train transpire
    Dans la serre parmi des fleurs
    Cueillies au loin
    Sous des soleils cruels
    Par des mains brûlées
    Le tunnel est un gant
    Dans lequel les locomotives s’enfoncent
    Avec tous leurs wagons chargés d’animaux inquiets
    L’ornement de nos cornes
    Prélude à la beauté de notre robe
    Tes naseaux sur les miens se collent
    Les poumons l’un dans l’autre nous naviguons
    Sur l’essoufflement
    Comme la barque sur le lac en feu
    Le jour cède sa place au tremblant crépuscule
    Le travail du tricot finit dans un panier
    Mais on rêve et les doigts remuent
    Les doigts recréent le monde
    En tirant sur la laine

  161. Éclaircie dit :

    Le cri ne peut durer
    au delà de l’instant
    de l’instinct du premier jour
    Les arbres protègent le germe
    qui les a vu naître
    Le nageur immobile retrouve le ventre de la mère
    La lune perdue dans l’eau
    est ce reflet inaccessible
    mouvant
    comme le sable envahirait
    les plaines autrefois fertiles
    Le silence n’est qu’un leurre
    émanant de cerveaux aveugles
    Quand les murs se dressent
    rempart à nos regards vides
    les mains tentent de saisir la pierre
    pesante pourtant fuyante
    Seul l’océan broie la roche
    pour l’emporter au large
    La falaise se creuse
    laissant le soleil accablant
    dessécher les membranes
    qui ont perdu l’ombre

    Puis la terre se referme
    sur la voix qui n’a pas su dire

  162. Éclaircie dit :

    Les mots se croisent, s’entrecroisent. Sous la cloche de verre, elle ne voit que l’onde vibrante de la parole.
    Dans un œuf, un ventre, elle attend l’instant d’éclore. Sous la lune, ou la mer. D’un geste, elle dira aussi.
    L’aube frissonne. La lumière éblouira le jour. Les bourgeons savent. Ils s’élancent pour abriter le fruit. La sphère s’étire en cet ovale laiteux.

  163. Éclaircie dit :

    Tout ce que j’écris est vrai, je le vois à ma fenêtre ou dans l’âtre, dans le thé sans marc…mais pourtant.

    La facture d’eau dodeline de la tête
    au pilier des pense-bêtes
    La pluie envahit le bocal
    et la salade s’épanouit du bonheur
    de se faire croquer, lascive, par la limace de passage
    on réclame le hérisson au quai numéro douze

    Pourquoi viens-tu toujours en retard
    lorsque nous n’avons pas rendez-vous

    Le cerisier mal greffé
    entouré de mille rejets
    nous privera de la joie
    de goûter le fruit rond
    rouge juteux
    comme une lune de juillet

    Pourquoi n’es-tu pas là
    lorsque je te crois ailleurs

    Le thé frémit de toutes les ondes
    qu’au micro je lui insuffle
    la maison tourne et tourne encore
    pour que chaque fenêtre sourie
    à la nuit

    Pourquoi t’attendre encore
    lorsque tu me tiens la main.

    Il suffirait que j’ouvre les yeux
    que tu te regardes
    récitant le nom des arbres
    de l’avenue.

  164. Éclaircie dit :

    5.40 h, ici, ailleurs mais pas partout.

    J’aime la nuit seulement le matin. Sans doute parce que le jour le suivra…peut-être. Il me semble avoir une puce dans la socquette, sûrement offerte par le chien. Comme « Richard de Graeme Allwright », je devrais essayer de mettre ma chaussette sur la tête et plonger dans la baignoire, je promets de ne pas m’y noyer.

    J’aime lire ici, jusqu’à ce que la tête m’en tourne. Puis au bord du vertige, je repars trouver « Fush une biographie » que je lis à haute voix à « Patoche » ma chienne, elle adore…Merci, à titre posthume, à Virginia Woolf.

  165. Éclaircie dit :

    .05.01
    Puisque le titre est « ma lyfe », je vais vous conter ma bien triste histoire.

    Pleurez dans les chaumières
    il a fait froid
    Cette hiver là
    mais
    je suis née au printemps
    et parce que le lilas était en avance
    moi aussi
    La vie commence parfois tristement
    braillarde pour me faire taire
    on n’avait pas trouvé
    autre moyen que m’emmaillotter
    jusqu’au nez
    ainsi j’ai trouvé mon puce
    et déjà suis tombée dans le silence
    Quelques années plus tard
    y’avait pas assez de chaises à l’école
    comme j’étais en retard
    on m’a trouvé une place ailleurs
    voilà comment toute petite
    je me suis retrouvée avec les grands
    Puis on m’a envoyée à la mer
    je devais être un peu pâlotte
    oui mais c’était l’hiver
    pas de soleil sous la paillote
    Et c’est ainsi que de dépit
    avec une telle maltraitance
    je suis tombée en poésie
    et j’y reste avec insistance.

    (ouais, on fait ce qu’on peut.
    05.18)

  166. 4Z2A84 dit :

    Je ne peux plus suivre. Je m’avoue vaincu par votre fertilité. Vous êtes déjà très au-delà de l’et coetera sur lequel je clôturais un poème que je croyais assez long. Mais il est bien vrai que mettre un point final à l’écriture déboucherait sur une fin du monde par une sorte d’asphyxie. Je vous lis, je descends vos fleuves, lesquels remontent parfois aux sources de la parole y puiser la dynamique nécessaire à un nouvel élan, y cueillir ces fleurs nées en rêve dans des clairières à la fois marines, terrestres et célestes.

  167. 4Z2A84 dit :

    Un peu d’air :

    La rue s’est cachée
    Derrière le mur
    Pour que les passants
    Soient déconcertés
    Quand ils chercheront
    Par quelle blessure
    Coule le sable
    Et comment l’arrêter
    On entend pleurer quelqu’un dans la pierre
    Ou c’est un écho venu de très loin
    Non répercutée la voix désespère
    De franchir l’obstacle qui la retient
    Même le vent
    Retourne sur ses pas
    Quand il renonce à trouver une porte
    Après avoir
    Forcé et mis à plat
    Sa pile qu’il porte
    Comme une morte
    Mais le toit parfois laisse voir son aile
    Elle est trop bien cachée pour lui servir
    Se contentant d’être comme l’eau belle
    Et comme l’eau de bercer le navire
    Cette femme attendait peut-être quelque chose
    Du ciel nocturne où l’astre endormi s’ankylose
    Sous un masque de soie lustrée qui le dessert
    Et dans ses cheveux longs et roux bramaient des cerfs
    Aux rivières en crue tombant sur ses épaules
    Se mêlaient pour se perdre au loin les pleurs des saules
    Son sourire éloignait d’elle les incendies
    Que ses yeux allumaient partout ces étourdis
    La mariée monte
    Et la marée descend
    Les armures perdent du sang
    On se cache dans des taillis
    Qu’en peu de temps l’aube vieillit
    L’hydre
    Sur le point d’apparaître
    Mord le bouchon de la fenêtre
    Dont le cadre crie comme un rat
    La vitre siffle
    Est-ce un cobra
    Rien n’arrête le TGV
    Il est interdit d’y rêver
    Mais un ongle cassé l’émeut
    On trouve le café
    Fameux
    Quand il est servi par des fées
    Sortant du lit
    Ebouriffées
    Nuages nous prenions des risques en roulant
    Près de ce fleuve vert dont le débit trop lent
    Contient mal la fureur mais nous avions le temps
    Car les crues annoncées n’arrivaient qu’au printemps
    En attendant on joue aux cartes
    Celui qui les distribue sort à peine de son ombre
    Où il a passé plus d’heures qu’au soleil
    Le soleil d’ici toujours voilé ne l’inspirait pas
    Il préférait fumer cigarette sur cigarette
    Comme une femme dont j’aime lire les poèmes
    Elle écrit sur le ciel les nuages transmettent
    Des nuages sans commencement ni fin
    Des nuages ininterrompus des taches d’encre
    Etalées comme de la confiture sur des plages
    Sur des pages et des pages de poussière
    Sur le temps dont les lèvres s’allongent
    En prévision du sourire indicible
    Que l’espérance d’une vie meilleure nous adressera
    Quand nous marcherons à la suite de nos pas trop vifs
    Pour les suivre mais nous les suivrons quand même
    Vers notre point final après avoir désespérément
    Agrippé des points de suspension glissants
    On essaie on sait vaines
    Ces aspirations à durer plus que ce qui serait écrit
    Quelque part
    Le vent se précipite
    On le retient par ses bretelles
    Il court vers l’abattoir
    Pour en chasser l’odeur de viande fraîche
    Et d’organes arrachés convulsifs
    On le retrouve au coin de la rue
    Il y gagne un autre nom
    Le courant d’air
    En claquant une porte le désigne
    On entre chez quelqu’un que l’on ne connaît pas
    On le surprend en train de changer de visage
    Il ne nous offre pas de siège
    Ni son lit ni même un verre d’eau
    Ni de partager son lupus tuberculeux
    Sa peur des mouches et des tremblements de terre
    Il voit pourtant combien nous sommes démunis
    Il voit par les trous de nos vêtements
    Notre chair blanche comme celle des bébés
    Il distingue nos yeux sous leurs croûtes
    Si nous parlions il entendrait nos plaintes
    On entre chez quelqu’un et l’on se retrouve chez soi
    Face à son miroir cherchant à percer
    Le tout petit bouton que l’on a sur le nez
    Ou sur le coin de la bouche
    Sa tête est blanche
    Comme l’écume soulevée par la vague quand elle bave
    On entend marcher sur le toit
    Entre les tuiles ou les ardoises
    Coule un liquide noir
    Du pétrole ou du sang
    On espère recueillir l’humeur d’une mère
    Elle vit enfoncée dans un nuage
    Comme dans un fauteuil une reine imposante
    Son regard l’examine de l’extérieur
    Pour s’assurer qu’elle est en place et en forme
    Puis il réintègre ses nids sous des sourcils non épilés
    Certes l’océan s’abreuve de honte
    Quand il compare sa faible respiration
    A celle de cette poitrine d’où pourtant chacun tire
    Le lait et la neige tiède et nourrissante
    Ainsi tu dors ou fais semblant de dormir au-dessus de moi
    Ainsi la vapeur n’est qu’un leurre ainsi l’azur me dissimule ton sexe
    Ainsi l’œil explose lorsqu’il s’obstine à prendre tes mesures
    Ainsi mes cinq sens tu les multiplies en lançant les dés
    Oui nous roulons toujours sur l’herbe
    La pente nous entraîne
    L’ombre de cette femme était aussi légère
    Que la conversation des sources qui suggèrent
    De prendre du repos près d’elles sans tarder
    Aux animaux rêveurs venus les regarder

    • Éclaircie dit :

      Là, c’est moi qui ne peut plus suivre…Je prendrai le temps de plonger dans ce gouffre « capitonné »

    • Éclaircie dit :

      Comme les vagues, régulières mais surprenantes, qui se mêlent et s’emmêlent et qui enfin forme l’océan. Tour à tour images réfléchies, puis plus légères et loufoques. Le mot suivant replonge dans la méditation pour finir sur un incroyable mélange des deux.

      Je m’assiérai sur la plage
      la sable jusqu’au cou
      et je boirai la mer
      pour son sel sa force son sexe

      L’océan rugira
      j’aurai cette violence
      pour le défier
      plonger en sa nuit
      et m’abandonner

      Je remonterai les fleuves
      jusqu’au torrents
      alors je pleurerai
      pour leur faire connaître le goût du large

      Je suis la neige sur le lac
      le vent qui chante à vos oreilles
      de la toile la couleur pâlie par le soleil

      J’ai aimé les hommes que j’ai chassés
      pour ne pas les dévorer
      ne pas les brûler de ce feu qui couve

      Je suis égarée dans l’univers pas encore né

  168. Éclaircie dit :

    Le chat est rentré tellement mouillé qu’il s’est étalé sur le carrelage. Vexé, il a filé se coucher dans mon lit (très très désagréables ses élans d’amour)
    Le jardin est-il devenu un torrent furieux ? la maison, l’ébauche d’une cité lacustre ? Sans pilotis, comment résistera-t-elle au courant ?
    Peu importe, j’ai toujours rêvé de l’océan.

  169. Éclaircie dit :

    Les livres que j’aime sont dans mon lit
    comme un fleuve m’abreuvant

    Dans la chaleur du monde
    aux sources vagabondes
    je confie mon sommeil
    aux heures de veille je caresse la page
    Les mots égrenés d’argent or et vermeil
    sont autant de voyages

    Le train m’emporte
    le rêve m’escorte

    Roulis tangages
    le cri du rail
    vent de corail
    gomment les âges

    Je voudrais un matin devenir la rosée
    celle qui du papier sur la main déposée
    bruisse comme forêt quand le songe s’évade
    et porte la couleur à l’acmé des aubades

  170. 4Z2A84 dit :

    Les livres se lisent au lit
    mais aussi dans le train quand le train est un lit lancé à toute vitesse sur des rails.
    Privé d’électricité comme de la lumière du jour
    le lecteur dont le wagon passe sous un tunnel
    récite par coeur ce qu’il a retenu
    ou invente une suite à des aventures pourtant sans lendemain
    à des poèmes cueillis juste avant leur chute
    sur l’arbre où figues et abeilles flirtent.

  171. Éclaircie dit :

    Le chat mouillé dessus dessous, les genoux seront vite rouillés. Déjà ils font d’étranges bruits. Serait-ce un fantôme et ses chaînes cliquetants dans le matin avant le jour (pas le chat, le maître) ?

    Les réverbères s’éloignent un peu
    guettant le jour
    les ombres s’allongent
    comme au soleil de fin d’après-midi
    juste un peu plus pâles
    plus craintives
    plus timides

    On attend le bruit
    parfois on le redoute

    Seul maître des silences
    et de cette pénombre épaisse
    on serait roi
    si le ruisseau imperturbable
    ne venait chanter à toute heure
    quand le sommeil ou le rêve
    envahit les chambres

    On s’illusionne
    Et l’on attend ce craquement du parquet
    ou d’une bûche dans l’âtre
    un papillon de nuit
    une araignée qui ne dormirait pas
    dont la toile prise par le vent
    afficherait les couleurs
    que l’aube pressent

  172. Éclaircie dit :

    Le figuier capricieux réserve ses bourgeons
    pour une autre saison
    un autre lieu une autre raison
    Dans ce tunnel où seule l’eau s’étale
    les feuilles-de papier ?- s’étiolent
    quand les abeilles s’étoilent
    Le miel se fige sur le pétale pâli
    pépins cœur rouge
    S’embrase l’est ou l’ouest
    feu sur la banquise
    fleur flocon de cette neige
    brûlante d’être glacée
    fondante sous les lustres

    La forêt indifférente déploie ses ailes
    protège ses volutes d’oiseaux
    Les jeunes pousses à l’abri
    grandissent loin des regards
    puisant à la source sauvage et libre
    le chant qu’elles aiment fredonner

  173. 4Z2A84 dit :

    On ne joue pas avec les mots.
    Ce sont eux qui…se jouent de nous.
    Sur le papier ou sur l’écran les mots nous précèdent.
    Nous traînons, quelquefois loin derrière eux.
    Quand enfin nous les rattrapons ils se hérissent.
    Les mots sont des hérissons.
    Les saisir avec des gants, pendant qu’ils dorment
    Je m’y emploie mais je reviens souvent bredouille
    De ces excursions dans le vocabulaire et le langage
    Où comme des araignées veillent les règles grammaticales
    L’oeil ouvert, prêtes à fondre sur le hors-la-loi…
    Mais si je veux être ne serait-ce qu’un tantinet compris
    Par moi-même et occasionnellement par les autres
    Je dois faire gaffe.

  174. 4Z2A84 dit :

    Autre version.
    .
    On ne jouerait pas avec les mots.
    Ce sont eux qui…se joueraient de nous.
    Sur le papier ou sur l’écran les mots nous précèderaient.
    Nous traînerions, quelquefois loin derrière eux.
    Quand enfin nous les rattraperions ils se hérisseraient.

    Les mots sont-ils des hérissons. ?
    Les saisir avec des gants, pendant qu’ils dorment
    Je m’y emploie mais je reviens souvent bredouille
    De ces excursions dans le vocabulaire et le langage
    Où comme des araignées veillent les règles grammaticales
    L’oeil ouvert, prêtes à fondre sur le hors-la-loi…
    Mais si je veux être ne serait-ce qu’un tantinet compris
    Par moi-même et occasionnellement par les autres
    Je dois faire gaffe.

  175. Éclaircie dit :

    Je préfère la seconde, qui lui donne un côté enfantin charmant.

  176. Elisa-R dit :

    Je vais imprimer ces pages pour les lire, le soir venu, bien au chaud dans mon lit. Ensuite, je ferai de nouveaux rêves qui me mèneront sur une face inconnue de la lune, là où l’on nage avec les éléphants et les étoiles de mer.

  177. 4Z2A84 dit :

    Sans le soleil la lune serait invisible…à l’oeil nu – mais dès que la paupière le recouvre les rêves affluent comme les poils sur le dos des baleines émancipées.

  178. Éclaircie dit :

    « La baleine émancipée »
    s’éboue dans le pré
    où les herbes la chatouillent
    la font rire
    jusqu’aux confins de la lune
    Sur le verre dépoli
    les cachalots glissent et se brisent les dents
    tombent dans le soleil
    surpris
    fâché même
    de cette intrusion dans sa gloire
    immense qu’il est seul à mesurer
    Quand à petits pas les arbres
    s’en vont par les avenues
    pour les soldes d’hiver
    Sont-ils las de porter le vert ?
    Le ver tout nu
    se mire en la pupille
    tandis que les papilles
    rêvent de papillons
    dans un filet de moutarde
    ou d’estragon
    L’araignée sur son étoile
    songe à la folie des hommes
    se rendort
    attendant les diptères
    au retour de l’exode

    Le jardin fait silence
    peur d’être incompris
    par les nuages et voilages
    chut….
    je dors

  179. Éclaircie dit :

    La salade est malade
    d’avoir trop goûté
    à la goutte de kirsch
    posée sur son oreiller
    quand la musique la berçait
    jusqu’à devenir frisée

    On entend l’étincelle
    sur le prunier
    avant que l’alambic
    ne presse la poire
    sur un visage trop gai
    d’avoir si bien chanté

    Il pleut et les grenouilles
    se gavent de chicorée
    le café est amer
    la tasse s’est brisée
    comme la pâte à chou
    pommé blanc en bouquet

  180. Éclaircie dit :

    Les dents qui grincent
    Les muscles fondent
    Et puis la pluie
    Sur les façades
    Ce n’est pas l’heure
    Du renouveau
    Si tout est leurre
    Souvent maussade
    Chercher le puits
    Rompre la ronde
    Qui nous évince

    Monde nouveau

  181. Éclaircie dit :

    Le cadre immuable
    Blanc cerné de brun
    Appel des matins encore sombres
    Une porte claque
    Sur un silence trop lourd

    La brume sur le champ
    le protège de ses propres peurs
    le voile à la fenêtre
    s’agite
    le vent s’invite
    la couleur renaît
    aux bourgeons des pensées

    On attend
    demain

  182. Éclaircie dit :

    On actionne la molette
    Comme une clé sur l’horizon
    Un envol au dessus des fleuves
    Des toits et des greniers qu’ils protègent
    Des regards dans les tunnels sombres
    Des couloirs du métro lorsque l’on n’a pas de tickets
    Mais l’envie de découvrir les gouffres
    Les catacombes et les clairières

    Et les tables tournent
    Lorsque le vertige nous enlace
    Les convives déposent leurs dents
    Pour rire à gorge déployée
    Entre deux falaises de murs bleus
    Les paroles s’échangent comme timbres poste
    On enveloppe ses songes dans une boîte à gants
    Les crânes souffrent de rester enfermés
    Eux qui rêvent d’azur et de coques de noix
    Perdus au fil de l’eau

    Au matin les fantômes se drapent d’indifférence
    Les yeux mi-clos comme croissant de lune
    Dans les bols les sucres fondent
    Et le monologue s’éteint ainsi que la lumière au bord du vide

  183. Elisa-R dit :

    Il reste l’odeur du sucre dans le café
    Ou la trace de la main autour du bol
    Il reste ce froid devant le vide

    Certains matins tombent du sommeil
    Comme les pommes d’un arbre
    Pour échapper à la torsion des rêves

  184. 4Z2A84 dit :

    Joyeux anniversaire Eclaircie !
    26 bougies à éteindre en un seul souffle…

    • Éclaircie dit :

      Bon anniversaire 4Z2A84, j’attends pour souffler mes bougies que tu souffles les 27 qui ornent ton gâteau (je pensais que nous soufflions cette années nos 17 et 18 petites flammes…)
      Je souffle (il m’en reste) mes 5 ans de poésie, pas même l’âge de raison, que j’espère bien ne jamais atteindre.

  185. 4Z2A84 dit :

    Une erreur dans le message précédent : lire 23 avril et non 24.

  186. 4Z2A84 dit :

    Peur de rencontrer
    Son semblable dans le métro.
    Vide l’intestin serpente
    Très loin sous terre.
    – Où sont les marchandes de violettes
    Au sourire ambigu ?
    Elles sont toujours dans le dernier wagon
    Du train qui ne s’arrête qu’entre les stations
    Là où les ténèbres s’épaississent
    Les échos y répondent : On vient !
    Quand ils entendent : Au secours !

  187. Elisa-R dit :

    Bon anniversaire à tous les deux.

    Si vous êtes rêveurs, vous vivrez une belle journée ensoleillée. Si vous êtes sages, vous aimerez, aujourd’hui plus encore, le chant discret mais gai de cette petite pluie fine qui semble s’installer.

  188. 4Z2A84 dit :

    La pluie fine et douce comme une femme que l’on rencontre un matin de brouillard, que l’on perd, que l’on retrouve, que l’on perd à nouveau puis dont on presse pour un court instant la main dans sa main.
    .
    Mille fois merci E et E.

  189. 4Z2A84 dit :

    On commence à devenir sérieux trop sérieux quand on compte cinq ans de poésie. Mais la machine à voyager dans le passé permet de se retrouver trois ou quatre ans plus tôt et de voir en l’écriture une amie avec laquelle on peut se rouler dans l’herbe ou dans les vagues sans aucun risque.

  190. Éclaircie dit :

    Merci à vous deux.
    La pluie a été douce, le soleil pour l’illuminer, les arcs-en-ciel comme voûte de jour. La machine à voyager dans le temps a su prendre la bonne direction. L’herbe est haute et accueillante, la crête de la vague confortable.

  191. Éclaircie dit :

    La plénitude du vide lorsque l’encre a coulé. Le jour peut advenir, la page n’est plus blanche. Les draps froids sur le fil attendent le vent pour ressembler à ses ombres protégeant les songes.
    Le ventre épouse le souffle, la main esquisse le geste, les lèvres encore, murmurent les mots de la nuit. Pourtant l’aurore blanchit, elle sera belle.

  192. 4Z2A84 dit :

    Réfléchir avant d’écrire c’est aussi ne pas déblayer de leur neige la page et l’écran.
    Le silence assourdit qui tend l’oreille.
    Les premiers pas dans la neige rompirent l’équilibre du monde.
    Convaincus de leur pouvoir, nous nous servons des mots, un assemblage de lettres dont la suite gravée de force dans la mémoire conditionne jusqu’à la fin notre existence.
    On apaise souvent un violent avec des paroles. Mais la mer ? Je préfère quitter la plage que de croire pouvoir la calmer avec des mots quels qu’ils soient.

  193. Éclaircie dit :

    Sur la scène de notre grand théatre
    spectacle ce jour exceptionnel, stip-tease géant,
    sensations garanties (c’est une réédition, j’avais envie)

    Timidement je m’avance
    le geste doux le regard tendre
    Commence alors cet instant subtil
    où vos coeurs battent
    sens en émoi
    Monte en vous l’envie
    l’envie de voir
    Je vous somme d’attendre
    d’être patient

    J’effeuille lentement le manteau de mots
    laisse glisser l’écharpe des rimes
    roule les bas noirs des idées sombres
    Je prends la pause
    Mesure l’attrait que j’ai sur vous
    Vous qui me rassurez
    m’encouragez
    à poursuivre
    Écrire toujours
    encre multicolore
    J’arrache brusquement
    les derniers pans
    qui me voilaient encore

    je suis là nue devant vous
    et que faites vous?
    vous déposez à mes pieds
    vos plus beaux atours
    ou vos oripeaux
    vos cris
    vos armes
    vos mots
    vos révoltes
    vos amours
    vos dieux
    qui n’en sont plus
    vos larmes
    aussi

    Votre nudité
    résonne sur la mienne
    Espace ouvert
    sur mes nuits et vos jours

  194. Elisa-R dit :

    IL fait doux ce matin, personne n’aura froid. A fleur de peau, celui ou celle que nous sommes pourra t’applaudir chaleureusement sans craindre la fluxion de cerveau.

    Tu as bien fait de rééditer ce poème, je le trouve pertinent et joyeux. Aucune idée noire ne peut demeurer après cet élan de vie.

  195. Éclaircie dit :

    Une lumière là-bas, fenêtre sur la nuit. Les chevaux ne dorment jamais, répondent par leur galop, leur souffle.
    Souvenirs du périphérique. Plus bas, le chuchotis des pneus sur la voie mouillée de cette pluie de printemps. Peu de passage, heure calme. Est-on plus près du ciel dans ces grandes tours ? Pas un arbre ne parvient au balcon. le chant du grillon, si.
    Puis on a pris l’escalier, spirale folle, l’herbe s’étend dès la porte ouverte. Cocon ouaté, les yeux loin du monde, sur cet océan infini, pour l’ivresse. La main caresse l’eau, le sable, le livre.
    Au loin ronronnement d’un matin qui se profile. le ciel se dévoile, la lune a dépassé l’horizon, on restera le regard plein d’étoiles.

  196. Elisa-R dit :

    Du haut des grandes tours, on ne regarde plus le ciel mais le sol tapissé d’étoiles artificielles.
    Je reviens de ton poème « le regard plein d’étoiles ».

  197. Éclaircie dit :

    Un grand cahier de couleur beige un peu passée. Le temps du regard par la fenêtre la plus haute. Tourner le dos, laisser le silence choisir le chemin, ou la musique, la vague à suivre.

    On n’a pas oublié ce vide dans lequel on croyait s’envoler, ni ces bulles qui vous retournaient l’estomac. Pas plus que ces non en écho à la main tendue. Cette porte ouverte que personne n’a franchie. les pas dans la rue jouant avec les réverbères, quand l’obscurité rassurait. Cette ombre que l’on ne reconnaissait pas, fuyant alors le soleil. Tous ces sourires sans visages, le corps trop lourd pour se redresser. Ces escaliers jamais parvenus dans les greniers, escalier aveugle quand on fermait les yeux.

    Et cette femme indifférente, enfuie ailleurs, loin, trop loin. Le printemps trop beau pour tout balayer.

  198. Elisa-R dit :

    Ce printemps ne peut que devenir de plus en plus beau

  199. Éclaircie dit :

    Dans le tréfonds de la cave
    un visage s’est perdu
    son œil seul apparaît encore
    au soupirail voilé
    de ces sacs de jute
    vides où l’on plaçait jadis le grain
    des moissons abondantes
    dans les greniers
    les rires sous les tuiles
    étaient autant de bulles
    répondant en écho aux reflets de la lune

    La maison se serait-elle repliée
    sur le dernier des songes
    La pierre éclate comme les cris
    retenus trop longtemps
    au cœur de ces murs
    que l’on croyait bâtis pour protéger le temps

  200. 4Z2A84 dit :

    Comme l’écho à l’écho la cave répond au grenier
    Les anneaux entrelacés de la chaîne sont à l’image de notre amour
    Fidélité fidélité les lettres de ton nom s’inscrivent sur le ciel
    Balayant les formules publicitaires qui y flottent
    Mais le pilote mitraille les oiseaux
    Et les oiseaux un à un tombent
    Dans les bras de ceux qui n’ont plus personne ni rien à étreindre

  201. Elisa-R dit :

    J’ai surpris le soleil se faufilant par le soupirail, dévoilé et complice…

  202. Éclaircie dit :

    Les cerveaux se promènent avec des béquilles
    Lorsque devenus trop lourds les crânes les rejettent
    Tant une tête penchée manque de distinction
    Pour gravir les marches de cet escalier interminable
    Qui se plaît à ne jamais atteindre le grenier
    Préférant le plancher de la lune
    On ne sait pas marcher sur le coton de la nuit
    Les squelettes se retranchent dans leurs draps
    Aux chambres labyrinthes dont les murs étouffent les paroles
    Seule la couleur noire répond aux rêves

  203. Elisa-R dit :

    Dissimulés sous l’étoffe de leur chair, les squelettes se font oublier
    Même si les murs deviennent peu à peu ces pierres gravées
    Qui content le début et la fin de leur vie
    La lune s’attarde jusqu’au bout du jour et les invite à effacer les cloisons
    Derrière lesquelles une mer de brume joue avec le soleil

  204. Éclaircie dit :

    Dans le ciel, les nuages. Pareils à ces statues de marbre qui sont autant d’angelots, de madones et de figures graves. Ils se font des politesses. L’une arrange les plis de sa robe, tel autre arbore une barbe majestueuse. Les anges replient leurs ailes.
    Tout s’efface laissant la place aux sirènes et licornes, hippocampes et cachalots, ou musiciens d’un opéra.
    Le rideau tombe. L’orage vient.

  205. 4Z2A84 dit :

    Le rideau tombe ou se lève c’est selon
    Les statues que l’oiseau rencontre en vol
    Copient les attitudes que l’on prête aux nuages quand le vent ne contrarie pas leur propension à la paresse
    Le soleil roule sur l’horizon dont le câble crépite et crache des étincelles
    Un marchand de beignets ou de gaufres arpente la plage là où la gueule écumante les vagues se brisent
    Toutes les deux ou trois minutes il hurle les mêmes mots
    Parfois des enfants l’entourent un billet de banque aux doigts
    Je comprends trop tard qu’il connaît le secret
    Le Secret
    C’est-à-dire la Réponse aux questions essentielles
    Et qu’il cherche à me la communiquer en criant de toutes ses forces

  206. Éclaircie dit :

    Les images s’effacent
    prisonnières de ces bulles opaques
    trop denses pour laisser s’échapper
    le moindre son
    la moindre graine qui aurait voulu naître

    Hier le silence protégeait les songes

    Le temps court sans reprendre son souffle
    Le grillon s’étonne
    Son chant écrasé par le vent
    ne porte pas au-delà du mur
    les reflets de la nuit

    Hier la couleur jouait avec la lune

    Dans la poussière du chemin
    les traces disparaissent
    Le pas n’aura pas trouvé le seuil
    et se perd dans les heures fuyantes
    au cadran du clocher

    Hier la main s’ouvrait pour recueillir le rire

  207. 4Z2A84 dit :

    Le rire la main l’étouffait
    Mais dans la poussière les traces de pas réapparaissaient
    Y aurait-il une vie après la mort demanda l’oiseau
    Le seul à occuper sur la même branche plusieurs maisons de poupée
    De la fronde un caillou s’envola
    Je le suivis longtemps des yeux
    Puis je le perdis de vue quand il franchit à la fois et en même temps la muraille de chine et le mur du son
    On ne tue pas les petits oiseaux criai-je mais ma voix
    Ma voix quelqu’un s’en servait comme d’un parapluie
    Comme d’autres téléphonent à leurs amis lointains en soufflant dans une citrouille
    En 1818
    Je sortis d’un cinéma
    Où le film que l’on projetait sur un drap tendu
    S’enrayait et tirebouchonnait sans rougir ni même regretter de n’être pas né à une époque où la réverbération de la neige et de ses instruments cesse s’attirer les foules
    Sur les trottoirs le sang fumait
    En tombant les feuilles faisaient plus de bruit que des tanks dans un tunnel
    Une fourmi me salua mais son chapeau resta obstinément vissé
    Même avec des pinces Monsieur ne réussit pas à le déloger du crâne de l’insecte
    On part à l’aventure
    A cheval sur son ordinateur
    On oublie de changer le bébé
    Dont le biberon plein de rêves déborde
    On oublie de respirer et c’est la mer qui se met au travail
    On oublie d’écrire et le poème s’automatise mieux sans nous
    On oublie de fermer le gaz et la fenêtre s’ouvre et crie
    On oublie d’offrir des fleurs et les jardins flottent comme des toits privés d’assises

  208. Éclaircie dit :

    Encéphalogramme plat
    le corps poursuit sa route
    seuls les nuages se disloquent
    pour mieux dessiner les éléphants
    le linge sur le fil
    les cages d’ascenseur
    et la respiration des poissons
    quand leur bocal éclate
    sous le vibrato des grillons

    La mer est oubliée sous l’échelle de meunier
    elle piaffe d’impatience de retrouver les vagues
    celles qui agitent tendrement les arbres endormis
    quand dans les ramures le vent fait son nid
    qu’il retient son souffle
    pour ne pas réveiller les chevaux galopant
    dans le pré sans rosée
    où les lucioles sont la seule lumière
    pour guider la lune dans sa course

    On plonge dans le fleuve
    comme on le ferait dans la vie
    quand l’estomac se révulse
    en attendant de retrouver la mémoire
    la mémoire de l’eau
    la mémoire des temps où le cerveau
    brillait comme le verre
    avant qu’il ne soit dépoli
    par le miroir n’osant plus le reflet
    d’un visage trop tôt pâli

  209. 4Z2A84 dit :

    Cette eau qui me noie
    Se souvient de moi…
    Et m’emporte pauvre Ophélie
    Loin des rivages de mon lit
    Vers la mer où les vagues dansent
    Comme sur une piste immense
    L’orchestre joue accompagné
    Par un vent toujours mal peigné
    Quand je ne plonge pas je flotte
    Enfant fâchée poupée pâlotte
    Et je me revois me jetant
    A l’eau pour fuir le rebutant
    Mari que mes parents m’imposent
    Son rugueux museau sur ma rose
    Joue ne se frottera jamais
    Il faut vous dire que j’aimais
    Roméo lui seul et la lune
    Quand finissant d’être importune
    Elle éclairait son front radieux
    Et dissimulait à ses yeux
    Le tout petit bouton de fièvre
    Que j’avais au coin de la lèvre
    Trop coquette en cette année-là
    Une forte odeur de lilas
    Parfumait jusqu’à mon haleine
    J’en mordais les pétales pleine
    De préjugés et de dégoût
    (comme pour l’aumône un grigou)
    Pour de simples billevesées
    Sans poudre je n’aurais osé
    Sortir de boudoirs confortables
    Et me mêler à mes semblables
    Ou minauder avec Romé-
    O que l’on m’empêchait d’aimer…
    Je me souviens de moi
    Dans cette eau qui me noie

    • Éclaircie dit :

      Un style classique pour la forme, des enjambements parfois audacieux, ces références à la littérature, ah ! j’ai aimé.

  210. 4Z2A84 dit :

    Je trouve sympa que tu aies aimé ce texte. Il ne me plaît pas trop, à moi. Une sorte de jeu. Rimes faciles, images plutôt fades. Un seul vers à sauver : « Enfant fâchée, poupée pâlotte ».

  211. Éclaircie dit :

    Brouillard, le tilleul se défait déjà de ses feuilles. Les saisons se joueraient-elles de nous ?

    Le jour se lèvera-t-il avant de poser
    le regard sur l’ombre
    la main sur le miroir qui a perdu son lustre
    son reflet dans la nuit
    dissout dans l’eau de la rivière

    On cherche au fond des tasses
    la raison de croire à demain
    la fraîcheur d’un sourire
    la fièvre d’écrire

    Et puis

    le peuplier se redresse
    sur son tapis le chien soupire
    la fenêtre est ouverte
    toujours
    pour que le vent se sente à l’aise
    et si la poussière épouse le carreau
    le chant traverse la chambre et le sommeil interrompu

  212. 4Z2A84 dit :

    Le marc de café – que tu ne nommes pas – revient dans tes poèmes. Ici sous cette forme :
    « on cherche au fond des tasses
    la raison de croire à demain ».
    Présages…
    « La fenêtre reste ouverte pour que le vent se sente à l’aise  » : merveilleux.

  213. Elisa-R dit :

    Je suis au fond de la tasse cet ours malicieux
    Dessiné là comme sur un carrelage
    Livre ouvert sur les rêves sans âge
    Irma loin si loin d’Ophélie voit
    Des animaux savants nageant sous nos matins
    Même si les arbres les dissimulent
    Derrière leurs feuilles condamnées à l’automne

  214. Éclaircie dit :

    Nuit d’orage, le tonnerre et la musique mêlés, gravir les Monts d’Or pour chercher la fraîcheur des gouttes, et ces deux ombres ivres des rythmes, ivres des sons.
    Pas un nuage ne dessine, au matin, le retour.

    Je plongerai ma main
    dans la terre
    mêlant à la graine
    cette envie de me fondre
    pour mieux jaillir
    un matin de fraîcheur

    Je serai la brume qui ondoie
    caressant les épis
    lourds d’avenir

    Au bord des avenues
    j’éteindrai la lumière
    Votre sommeil sera paisible

    Puis je marcherai
    jusqu’à votre réveil
    dans une aube d’ivresse

    Nous goûterons l’eau
    au ruisseau de l’enfance
    Et nous inventerons les couleurs
    à poser dans nos yeux
    pour dessiner l’été

  215. 4Z2A84 dit :

    Un poème au futur ne s’achève jamais.
    On marchera toujours dans ses propres pas pour se reconnaître dans celle ou celui que l’on croisera prochainement ou qui occupera sous nos draps notre place. Enfant couché en chien de fusil. Il serre contre lui son rêve comme un trésor, comme un nuage ou une ombre dans un coffret, comme un génie dans une bouteille. L’empreinte de ton corps dans le sable, ni le vent ni les vagues n’osent l’effacer; ils contourneront toujours ce moulage. Ailleurs se dressent les statues qui furent des phares ! Ailleurs s’élancent vers leur summum les flèches que nous décochons par désoeuvrement aux oiseaux inventés, aux colombes issues d’un chapeau de prestidigitateur !

  216. Éclaircie dit :

    Une prose bien réjouissante.

    Le phare s’est éteint
    aucun bateau ne cherche plus le port
    Mais la banquise
    la voie lactée
    ou bien l’île aux fenêtres ouvertes

  217. Elisa-R dit :

    J’ai vu la lune cette semaine, ronde comme l’oeil d’un phare.

  218. Elisa-R dit :

    « L’île aux fenêtres ouvertes », j’aime ! On la voit de loin et on entend le vent entrer et sortir, jouant de ces fenêtres douces. Et puis, ce joli bateau blanc, tantôt esquif, tantôt navire, aime autant se cacher sur un banc de sable qu’à l’orée de nos rêves.

  219. 4Z2A84 dit :

    Actualités.
    Récemment
    le dernier gardien de phare a pris sa retraite,
    l’un de nos meilleurs poètes est mort : Robert Sabatier.

  220. Éclaircie dit :

    Triste actualité. Robert Sabatier que j’ai découvert à travers ses romans et dont j’ai le souvenir du « Roman d’Olivier », romans attachants. J’ai lu, il y a très longtemps « Les allumettes suédoises », « Trois sucettes à la menthe » et « Les noisettes sauvages ».

    Tu nous avais offert un poème de lui  » Ode à la multitude » que je viens de relire.

  221. Éclaircie dit :

    Ne plus savoir entendre le ruisseau
    serait-il englouti par le sommeil trop lourd
    Se hâter avant le jour
    que la lumière vive n’éteigne le chant de nuit

    On imagine le ciel lorsque aveugles
    sa vibration effleure nos paupières
    Le vent pousse la fenêtre et offre ce frisson aux draps
    celui qui nous dit que l’aube sera belle
    même sans la connaitre
    Il s’enroule dans les chevelures
    pour que les têtes restent droites
    demain quand il faudra sourire

    La dernière chouette pousse son cri
    on referme le cahier sans l’avoir noirci

  222. 4Z2A84 dit :

    N’osant pas s’y poser sans autorisation
    Le sourire volette autour de la bouche
    Et le nez tout aussi timide
    Hésite à trouer le visage
    Pour en occuper le milieu
    Et de là voir les yeux le regarder avec circonspection
    Eux non plus ne sont pas persuadés
    Que deux grottes leur offrent l’hospitalité
    Sous un front mort de trouille
    A l’idée de se heurter contre les murs
    Sur un ordre du cerveau
    Ce cerveau qui commande à tout
    Mais où se trouve sa place
    A l’intérieur ou à l’extérieur de la tête
    Peut-être dans une assiette
    Quand une enfant met le couvert
    Très prudemment
    Car elle a déjà cassé un verre
    Les éclats quelqu’un nous en débarrasse
    Quelqu’un de pas fini
    Son visage il le cherche
    Partout
    Il ouvre les tiroirs
    Mes tiroirs
    Il me surprend en train
    De le manger
    Je l’ai fait cuire dans la baignoire
    Et puis plus tard beaucoup plus tard
    Ma brosse à dents disparut
    Délibérément je regardai Dieu dans les yeux
    Il soutint mon regard
    Je fronçai les sourcils
    Alors il me sembla
    Mais ceci n’est sans doute qu’un rêve
    Ou un rêve dans un rêve
    Il me sembla Le voir se dégonfler
    Mais je n’eus pas le temps de m’en assurer
    Ni même de lire un nouveau chapitre des Ames Mortes
    La restitution de mon visage
    Par son voleur
    Me fit l’effet d’un soleil absorbé avec une paille
    La nuit tomba comme un cheveu que l’on perd
    Au-dessus d’une soupe déjà froide
    Ne laissez jamais refroidir vos pieds
    Ni l’étoile qui vous protège
    Les rivières causeraient causeraient causeraient
    Pour ne rien dire
    Moi je me flatte d’écouter d’une oreille attentive chaque goutte d’eau
    Et d’ignorer la fin
    Quand la pelote diminue à vue d’œil
    Le tricot nous protègera du froid
    On le caressera comme on caresse un chien affectueux
    On nous enterrera avec
    Nous nommerons une à une toutes les fleurs qui le parfument
    Et l’odeur de sa sueur ne tuera personne
    Nous le presserons contre nous en attendant l’arrivée du transatlantique
    Du transatlantique dont on ignore l’itinéraire
    On s’en passe
    On se passe de tout
    De tricot
    Des Ames Mortes
    Des débris de verre
    De rêve dans un rêve
    De sa brosse à dents
    Et même de visage (mais sans bouche la nuit n’a pas d’issue).

  223. 4Z2A84 dit :

    N’étant ni jeune ni vieille, elle pouvait prétendre n’avoir pas d’âge. Ce genre de formule lui permettait d’échapper à un certain nombre d’années qu’un simple calcul lui eût révélé et auquel elle ne se livrait pas de gaieté de cœur. Pour s’en préserver, il lui avait aussi fallu oublier sa date de naissance. La mémoire ne se laisse pas dépouiller sans combattre. Ce fut une lutte que seul le temps lui permit de remporter. Le temps ignorait-il qu’il s’alliait à une volonté de le tuer, d’en finir avec ce qui, en lui, semble trop apprivoisé, limité, convenu, intelligible,…humain ? Il ne parut pas s’en rendre compte. Ou se débarrassait-il avec soulagement d’une part de lui-même qu’il n’estimait pas, qu’il verrait sans regret lui fausser compagnie et dont il se prêtait à encourager la disparition dans l’esprit d’une de ces créatures qui croyaient pouvoir le soumettre définitivement à leur confort…. Mais le formulaire ne badinait pas. Avec un sérieux imperturbable, il exigeait qu’au-dessus d’une ligne en pointillé fût indiquée la date de naissance que l’on avait eu tant de mal à effacer, à chasser de son esprit. Et il réussissait, ce formulaire sans pitié répandu à des milliers d’exemplaires pour des milliers d’hommes et de femmes obéissants, à tirer de l’oubli les chiffres de cette date, un à un, comme on extrait de mauvaises dents, si mauvaises qu’elles ne faisaient même plus souffrir.
    Mademoiselle Stawicz saisit le stylo qu’on lui tendait et remplit les blancs.
    – Allez vous asseoir, dit l’hôtesse, on vous appellera.
    La voix était neutre, on eût dit celle d’un répondeur automatique. Aglaé se leva, fit quelques pas ; un siège assez confortable la reçut après tant d’autres qui, comme elle se préparait à le faire en soupirant, avaient patienté, assis là, croisant et décroisant les jambes, avalant leur salive, regardant à droite, à gauche, devant – les employés traversaient la salle d’une traite, des gens qui, eux, occupaient un poste, partageaient des responsabilités, des hommes fringants, des femmes qui se déplaçaient sans hésiter -, observant les autres, ceux qui étaient assis sur des fauteuils semblables et attendaient aussi en remuant les pieds, en se penchant en avant, en suivant des yeux les fonctionnaires, en examinant du coin de l’œil leurs voisins. Les mots : travail, profession, emploi, poste, situation, carrière, place, passaient lourdement dans l’air, étranges papillons de nuit que des obstacles se renvoient et qui, malgré leur vol incertain, dans lequel on décèle comme une grande fatigue, n’en continuent pas moins de battre inutilement des ailes, cherchant peut-être à se poser, mais ne se posant jamais plus d’une minute, comme pour tâter du bout de leurs pattes vite dégoûtées un terrain qui ne leur convient pas…. La voisine d’Aglaé, une habituée sans doute, tricotait ferme ; c’était une grosse femme tout de noir vêtue dont on ne voyait que les doigts traversés par les aiguilles toujours en mouvement ; elle penchait la tête sur son ouvrage, un grand foulard lui cachait les joues, seul son nez apparaissait quelquefois pour disparaître aussitôt ; mademoiselle Stawicz, qui la voyait de profil, crut qu’elle tirait la langue, la sortant et la rentrant avec vivacité, comme un enfant espiègle. En face des deux femmes se trouvaient quatre hommes dont rien n’indiquait que, placés dans des circonstances plus favorables, ils eussent joué à la belote ou devisé sur la prédestination. Les trois plus âgés n’arrêtaient pas d’étirer leurs jambes, de bâiller, de changer de position, de tendre le cou dès que s’ouvrait une porte, celui qui portait une casquette se mouchant souvent dans un chiffon indescriptible qu’il extrayait péniblement de la poche de son pantalon où il formait une grosse boule. Le quatrième, qui semblait très jeune, baissait les yeux ; il serrait les genoux. Deux ou trois fois, il releva la tête, et mademoiselle Stawicz avait senti qu’il la regardait. Il était vêtu d’un pardessus sombre trop grand pour lui. Seules ses mains l’occupaient vraiment : il en faisait jouer les doigts, les jointures des doigts, les articulations ; les passait l’une sur l’autre, en examinait les ongles, les serrait, les tordait, les massait, les malaxait, les posait en éventail sur ses cuisses, les reprenait, les opposait, les unissait, les tripotait sans jamais les oublier ; elles étaient aussi actives que celles de la grosse femme, mais leur activité ne s’exerçait que sur elles-mêmes ou sur quelque chose d’invisible ; leur fébrilité, aussi inutile qu’une maladie, soulevait le cœur. Si bien qu’Aglaé détourna les yeux. Quel dommage : le seul être sur lequel elle eût pu s’apitoyer n’intéresserait qu’un aliéniste. Elle le crut d’abord. Mais le temps passait et l’ennui, comme le cérumen, s’épaississait à mesure. Tous les six ils étaient là, plus ou moins sages, s’efforçant de ne pas trop s’endormir, car alors on tomberait de son siège et le scandale, assurément, que cet incident provoquerait, de l’indignation et de gros rires de la part de ceux qui n’ont pas de cœur ; et puis il fallait éviter, quand vous seriez appelé, d’avoir l’air trop égaré et de sortir d’un songe…. Les oubliait-on ? Deux hommes fumaient. Au début, ils se levaient à chaque fois que la cendre de leur cigarette menaçait d’aller s’écraser sur le plancher, ensuite, pour ne plus se déranger, le cendrier qui se trouvait sur une table avec quelques imprimés qu’ils avaient tour à tour feuilletés sans les lire, incapables de fixer leur attention sur un texte, échoua à leurs pieds, entre eux et à même le sol. Celui qui avait pris cette initiative dit alors à l’autre quelques mots, mais il ne lui fut répondu que par un sourire ; un sujet de conversation les frôla, il y eut dans la pièce comme un flottement qui fit ciller chacun, sauf la femme au tricot qui ne voyait rien, n’entendait rien, ne pensait à rien, puis tout reprit sa respiration nocturne quoique le jour entrât par de larges carreaux et qu’on entendît circuler à l’extérieur, comme un morceau de musique que l’éloignement ne parvient pas à tout à fait éteindre, le monde plein d’espoir et d’inquiétude.
    La porte s’ouvrit et une jeune fille concentra sur elle tous les regards ; son œil froid comme celui des médecins se fixa sur Aglaé qui frissonna immédiatement. La jeune fille avait des yeux gris qui, sur une fiche qu’elle tenait entre deux doigts, déchiffrèrent un nom. Quoiqu’elle remuât normalement les lèvres, elle dut le dire à voix basse, car mademoiselle Stawicz n’entendit rien. Les quatre hommes scrutèrent les deux femmes, surtout la plus jeune, non qu’ils s’en fussent privés jusqu’à présent, même le garçon aux mains fébriles, quoiqu’à sa manière, mais jamais leur examen n’avait été aussi intense, cela devenait presque pathétique. Ils semblaient vouloir avertir leurs sœurs en difficulté de quelque chose, d’un danger…

  224. 4Z2A84 dit :

    On marche
    Le chien ne suit plus
    Avant même de nous quitter définitivement
    Il occupe une place non des moindres parmi nos souvenirs
    Là il galope…merveilleusement
    Comme une balle que l’on lance au loin
    Mais un élastique relié à une raquette
    Nous la ramène toujours
    Et lui sa langue râpeuse
    Ne reste jamais longtemps éloignée de notre main
    Il gambade revient repart à peine essoufflé
    Il est là la seconde d’après il ne s’y trouve plus
    On le voit découvrir un trésor
    Creuser la terre
    Et quand le soleil allonge l’ombre des arbres
    Quand le ruisseau tressaute
    Comme le sang hors des artères
    Quand la cloche sonne d’elle-même
    Sans l’intervention du bedeau endormi
    Quand les fleurs des prés distillent leur parfum
    On rentre chez soi par le chemin le plus court
    Par celui qui évite la voie lactée
    Pas à pas les meules nous accompagneraient
    Si on ne les menaçait pas avec une fourche
    Les oies sauvages traversent le ciel
    On risque d’avoir la tête qui tourne
    A force de les suivre des heures du regard
    On lévite on ne sent plus le sol sous ses pieds
    Puis la terre cesse de rouler
    L’espace est peuplé de moulins à café
    Offrez-vous d’en boire une tasse à la terrasse sous un store
    Je le sers avec deux carrés de chocolat

  225. Éclaircie dit :

    Je veux bien les deux carrés de chocolat
    Même si nos visages flottent dans l’espace, même si notre chien est dans la lune, on s’incline devant « mais sans bouche la nuit n’a pas d’issue ».

    —-
    La bouée doucement s’éloigne, dodelinant de la tête. C’est elle qui coulera la première. À fréquenter la mer, on devient poisson, le plancton n’a plus de secret pour nous. Nous emportons un coquillage pour ne pas oublier le sable. les passants s’étonnent du sillon creusé au front de mer.

  226. 4Z2A84 dit :

    Le chien n’aboie plus après la lune.
    Il l’occupe.
    Il est l’un de ses habitants.
    Qui sont les autres ?
    Je vous le demande.

  227. Elisa-R dit :

    Deux carrés de chocolat posés sur une sous-tasse
    Désiraient voir la mer
    Un vieux rêve bien idiot pour des choses sans âme ?
    Peut-être
    Il n’empêche qu’ils rêvaient complotaient calculaient
    Et qu’un beau jour de juillet profitant d’un vol de montgolfières
    Distrayant trois minutes l’attention des chocophages
    Ils fondirent au soleil et coulèrent de rus en rivières
    Jusqu’à la mer la plus proche

  228. 4Z2A84 dit :

    « Mille fois.

    A Elsie.

    Parmi les débris dorés de l’usine à gaz
    tu trouveras une tablette de chocolat qui fuira à ton approche
    Si tu cours aussi vite qu’un tube d’aspirine
    tu iras loin derrière le chocolat
    qui bouleverse le paysage
    à la manière d’un soulier percé
    sur lequel on jette un manteau de voyage
    pour ne pas effrayer les passants par le spectacle de cette nudité
    qui fait claquer des dents aux boîtes de poudre de riz
    …………………………………………………………………… »
    Benjamin Péret (« De derrière les Fagots »).

  229. Éclaircie dit :

    La nuit grandit
    pour offrir à la lune une cape étoilée
    trembles et peupliers envient sa course
    et le ruisseau s’enorgueillit d’être son miroir
    la terre frissonne
    On se retourne dans nos sommeils factices
    ignorant des ombres légères
    La fenêtre soupire de rester close

  230. 4Z2A84 dit :

    Au lever le soleil aveugle la fenêtre
    Baisser les yeux voir l’essentiel
    Avec le superflu renaître
    Compter ses organes ses os
    Se trouver plus de deux oreilles
    Pour entendre l’arbre gémir
    Plus de deux yeux et trop de vagues
    Des paupières sur l’océan
    Quand sa traversée nous éprouve
    Le corps est un bel instrument
    Dont on joue pour charmer la lune
    On désarme la plus sévère
    Parmi les étoiles clouées
    Sur le ciel où le papier peint
    Se décolle et laisse entrevoir
    Le mur sous lequel je m’abrite
    Pour écrire la même histoire
    Au lever le soleil aveugle la fenêtre
    Baisser les yeux voir l’essentiel
    Avec le superflu renaître

  231. Elisa-R dit :

    De vos bouches sortent des mots. De ces mots naissent des mondes fabuleux.
    On entend les soupirs des fenêtres et l’on aperçoit cette silhouette à l’abri de son mur.
    C’est comme ouvrir un livre et voir les images se déployer.

  232. Éclaircie dit :

    Les billes s’entrechoquent, blanches. Sous le regard vide, défilent les pages, comme si toute trace avait été effacée. Le poing se desserre, lâche la clé. Un pas dans le couloir s’éloigne et le lierre se recroqueville sur le mur.
    Un ronronnement sourd accompagne la nuit à sa fin. On ferme le volet.

  233. Elisa-R dit :

    Un volet fermé n’est qu’une paupière close. Le matin viendra qui saura la séduire. Un soleil précédé de couleurs. Quelques animaux nocturnes qui s’attardent pour apercevoir cette vie dont ils sont exclus. Les premiers oiseaux du matin et les premiers premiers bruits humains. Rassurants.
    Puis ce petit café partagé, d’un bout du monde à l’autre. Ou presque.

  234. Éclaircie dit :

    La nuit est trop belle pour l’écrire
    je voulais lui plaire
    je voulais vous plaire
    Dans un souffle de vent
    elle entraîne la lune
    me laisse un ciel d’orage
    L’arbre attend l’éclair le guidant au ruisseau
    lui qui n’a pas su retenir
    le sommeil dans ses branches
    Un rêve s’efface dissout dans des bulles
    noyé dans un verre au contour imprécis

  235. Elisa-R dit :

    La lune, hier, n’était pas posée dans le ciel mais plutôt dans la mer. Quelqu’un a sans doute agité le globe pour faire tomber une pluie d’ étoiles.

  236. 4Z2A84 dit :

    On reçoit la lune dans un grenier confortable
    Une tarte au citron un bol de cidre
    Elle s’accoude sur la table
    Mange et boit sans se faire prier
    A cause de son teint je la nomme Blanche
    Nous sommes des gens comme les autres
    Ni plus ni moins fous
    On s’appelle au téléphone
    Malgré la distance je comprends tout ce qu’elle murmure
    Dans sa langue avec l’accent du sud de la lune
    Quand le cidre lui tourne la tête on dit qu’elle est pleine
    Elle agit sur les marées
    Comme on réussit une mayonnaise
    Ma barque glisse le long de son croissant
    Car je suis à mon tour son hôte
    Elle me sert un verre de lait glacé
    J’y trempe à peine les lèvres
    Et je tombe
    Je tombe de la lune
    Blanche Blanche pourquoi me chasser
    De ton jardin protégé par le givre
    On te promet à tous
    Et personne ne te reçoit en cadeau
    D’une cave où il se rafraîchit
    Le soleil songe à toi comme au dernier fanal

  237. Éclaircie dit :

    On attend des arbres qu’ils retiennent le ciel, comme on s’accroche au fil quand se découd la nuit. La rivière qui a vu naître le reflet de la lune, la poursuit dans sa course sans jamais se tarir. Mais déjà le matin abandonne le rose qu’il laisse aux nuages plongeant dans l’océan.
    On se retrouve seul dans ce cadre exigu avec la lumière écrasant tous les murs. On froisse le papier dont l’encre a disparu et l’on attend un chant pour trouver le chemin.

  238. Éclaircie dit :

    Les nuages se penchent et enivrent la terre. Le toit se souvient des reflets de la lune. Dans le grenier s’efface l’ombre du coffre à peine entrouvert.
    Je sais les jours plus courts, les grands murs, là-bas, qui n’attendent qu’un cri et ce silence à la fenêtre. Les pieds, dans la boue s’enlisent déjà tandis que le ruisseau retient son souffle. Il se souvient du torrent charriant les galets et cette musique parfois discordante.
    Immobile, j’attends le jour et la couleur ou peut-être l’océan.

  239. 4Z2A84 dit :

    A mesure que l’éventail s’ouvre le jour éclaire le monde, un monde inondé d’ombre, un monde dans lequel nous resterions emprisonnés si ne nous en délivraient pas la faim et la soif et la nécessité de se préparer un petit déjeuner confortable autour duquel tourneront des abeilles peut-être ou d’autres insectes qui leur ressemblent. Cette voix entendue ou inventée comme accompagnement quasi musical ne serait ni celle de la compagne sous la douche matinale toute à sa joie d’offrir son corps à l’eau amoureuse, ni la nôtre si nous avions desserré les dents pour saluer le soleil dans sa langue et avec la force nécessaire pour atteindre son tympan dont les vibrations sont le gage de son attention au chant de la terre comme celui des sphères indique par des sortes de pulsations sonores que nous restons à son écoute ; cette voix l’océan la revendique, elle lui appartient au même titre que ses innombrables troupeaux, mais la distinguer du bruit confus de la nature s’éveillant et s’empiffrant de lumière, le pouvons-nous sans risquer de perdre l’enchaînement des images que son audition provoque, sans mettre en péril notre barque sur le fleuve presque immobile qui nous porte de notre lit à notre table, de notre table à notre terrasse ? De cette terrasse d’où nous croyons apercevoir nos alter ego, les situant parmi la verdure, comme au fond d’une vallée grâce aux lueurs d’un objet métallique, la lame du couteau avec lequel nous coupons plus souvent notre pain que les pages du livre écrit pour nous donner la parole.

  240. Éclaircie dit :

    Le fleuve (de tes mots) sinue longuement partant du jour pour atteindre les océans présents et à venir.

    Sur le sol ondoyant, s’égarent nos pas. On pourrait se croire en mer si autour de nous les arbres ne chuchotaient pas. On voudrait entendre et traduire l’histoire mais les clôtures nous séparent de leurs racines. Nos lits pris de vertiges ne protègent plus les corps fiévreux. Nos mains tremblent et se referment sur le vide quand le miroir se brise emportant dans sa chute notre image. Les réverbères oublient notre ombre dans le dédale des rues où nous cherchons notre apparence.
    On fouille au plus profond de son cerveau pour retrouver la musique. Celle que nous entendions lorsque le vent venait à nos fenêtres.
    Et l’on se rendort sans avoir écrit un seul mot.

  241. Éclaircie dit :

    La lune chuchote à l’oreille de la nuit, les arbres tendent leurs branches pour entendre la musique.

    Silence à la fenêtre
    le vent s’est éloigné
    l’ombre grandit
    étouffant l’homme assis sur la pierre
    les yeux éteints depuis longtemps

    Je cherche le torrent
    l’étincelle
    la pierre
    mais la falaise se dresse
    retient la craie
    Sur la grève les empreintes s’effacent

    J’attends la musique
    les voiles et la vague
    dans le matin naissant

    Je veux boire à vos lèvres
    tous les chants à venir
    que l’ivresse me prenne
    pour peindre à vos côtés
    l’océan et ses lames
    nous entraînant plus loin
    plus loin que tous les mondes

  242. 4Z2A84 dit :

    J’ai sans succès essayé de me débarrasser de la lune
    On m’a vu vider mon appartement mon grenier ma cave
    Tarir mon imagination
    Retourner mes poches
    Nettoyer ma conscience
    La lune est toujours là
    Avec son air de n’y être pas
    Je lui tends des pièges
    Qu’elle évite comme la chauve-souris l’obstacle
    Armé d’une fronde géante
    Je lance des pierres dans sa direction
    Je cherche aussi à la harponner
    Quand elle joue le rôle de la baleine
    Dans le ciel où jamais son sang ne coulera
    Tour à tour je la fuis et je l’attaque
    L’idée
    La bonne idée
    Consisterait à l’attirer dans un puits
    Au moment où son reflet apparaît
    Sur l’eau au fond de ce même puits
    J’y tombe en rêve
    Et ma chute dure depuis si longtemps
    Que je doute de sa réalité
    Aussi entretiens-je de bons rapports avec la lune
    Comme avec son ombre
    Celui qui ne possède rien d’autre

  243. Éclaircie dit :

    Pour voir les étoiles, ne surtout pas les regarder. Les yeux plongeant ailleurs, elles se révèlent doucement, en grappes ou filant vers on ne sait quel destin. Seuls les arbres, veillant toute la nuit les savent toutes, leur proposent une halte au creux de leurs branches et bavardent avec elles.
    Le chien dort, oubliant son âge et l’on veille s’inquiétant de lui mais plongeant dans toutes les pages, attendant la lune pour leur donner ce reflet et la grandeur de l’océan que nul ne connait.

  244. 4Z2A84 dit :

    Sur cet arbre ni fleurs ni fruits
    Rien que des étoiles !

  245. Éclaircie dit :

    Les fenêtres s’ouvrent
    La sphère au fond du puits attend le seau
    Il suffirait d’une marche
    D’un peu de sable blanc entre les doigts
    Une empreinte que l’on sait déchiffrer
    Ou ce souffle emportant la musique

    Le zéro idéal écrase le sommeil
    il est ce néant dans lequel on s’endort
    cerné de lumière que l’autre traverse
    ruisseau tari

    Le matin voit cheminer un homme sans ombre

  246. Éclaircie dit :

    C’est l’heure où les chauves-souris se hâtent, où les mésanges sont déjà à l’ouvrage tandis que les petits moutons blancs là-haut s’égaient. La main encore légère, le cadre lumineux, aux frontières floues. la fraîcheur entre à pleines fenêtres et les sons m’appartiennent.
    Le souffle régulier du chien couché rassure. Si le ruisseau n’est plus que filet d’eau, l’animal craintif s’en approche furtivement. Les racines s’étendent, fouillent au plus profond du sol. La sève fait la pause, les feuilles frémissent et l’or s’approche des forêts.

  247. Éclaircie dit :

    L’orage s’approche, lance ses éclairs jusqu’au cœur de la poupée de chiffon. La lune a fui le spectacle tourmenté. Les collines se renvoient les grondements et les arbres se serrent un peu plus les uns contre les autres.

    Les orages anciens ont marqué le visage
    lisse mais trop fragile pour regarder les heures
    La porte basse éloignait les cris
    aussi les rires
    Un cahier aux signes inintelligibles
    surnage dans ces rigoles que la pluie creuse
    quand elle voudrait entraîner la poussière
    laver les empreintes des gestes malhabiles
    On soulève le rideau comme si le jour allait venir
    ou un passant au bout de la ruelle

    Le silence retombe sur la maison engourdie

  248. Éclaircie dit :

    Le jardin ronronne sous la caresse du pas revenu. L’outil dans la main se fait plus léger. Le chemin qu’abritent les haies offre ses herbes sèches à la foulée légère. L’étoile du Nord a su émerger de cette lourde nuit.
    Du bois scié, la dernière sève s’échappe. Dans la cheminée le vent s’engouffre révélant l’odeur des feux d’hier appelant ceux de demain. La pierre retient la moindre chaleur et sèche les gouttes de pluie osant l’affronter.
    L’été dessine les rides que la maison portera au coin des yeux.
    La fenêtre sous le toit respire au rythme régulier du sommeil de l’enfant.

  249. Éclaircie dit :

    J’ai fait un lit de terre
    pour y coucher l’absence
    les rires d’autrefois
    nourriront les racines
    de l’arbre que je veux
    entendre dans la nuit
    j’emporterais les feuilles
    que la rouille n’efface
    les nervures fragiles
    où je lisais le soir
    ce qu’abrite le vent
    et qu’il offre aux ruisseaux

  250. 4Z2A84 dit :

    On lit dans les feuilles des arbres. On caresse les jardins au même titre que des animaux familiers. Le vent dans la cheminée y provoque les souvenirs. La pierre reste longtemps chaude. Une fois couchée l’absence délivre du passé les rires. Ecoutez attentivement. Le chant d’Eclaircie se glisse parmi eux, s’en éloigne, et poursuit entre des galets longuement caressés sa course à la fois précise et vagabonde.

  251. Éclaircie dit :

    La terre fertile repose, attendant le labour. Quelque grain échappé des moissons se désaltère à la rosée, attend le sabot du chevreuil pour s’enfouir, et resurgir dans un matin brumeux sous le soc luisant avant de s’endormir au sillon encore tiède.
    Les lits abritent le murmure du temps, accueillent les vagues et remontent au torrent, s’abreuvant de sa force pour tracer le chemin que le pas apaisé, rassuré, foulera demain, invitant tous les chants à renaître aux fenêtres ouvertes sur le vent.

  252. Éclaircie dit :

    Comment leur dire le vertige calmé, l’éclair enfui, la dernière pierre blanche qui obture le puits ?
    La toile imperméable aux couleurs laisse filtrer des sons qui ruissellent jusqu’au fleuve, là-bas, si loin que les galets renoncent au voyage.
    On sait un départ, mais c’est immobile que nous voyons le train franchir le pont, la barque larguer ses amarres. Il reste cet arbre pour nous chuchoter à l’oreille que la saison avance, l’ombre grandit et la feuille toujours sait renaître.
    Et l’on réinvente le chant qui, depuis toujours masque ce balancement étrange des pas dans la ruelle.

  253. Elisa-R dit :

    J’aime ce n°263 daté du 9 septembre à 6h20 minutes. Est-ce à ce moment là que l’ordinateur fatigué a réalisé qu’il n’était qu’un intermédiaire entre les poèmes et toi ?Nous le saurons peut-être bientôt. Je l’espère.

    J’ai hâte de lire le n°265…

  254. Éclaircie dit :

    Merci de ce joli commentaire, Élisa.
    Intermédiaire qui serait indispensable, qui relie des mondes à découvrir, des océans qui mêlent leurs eaux, sans abandonner leur couleur ni leurs abysses.

    Entre écran noir et feuille blanche, je devine ces (mes) signes malhabiles, cette pensée fuyante. Tout aurait-il été dit ? ou n’est-ce qu’un entracte pour que l’oxygène enivre plus fort ?

    Est-ce une chouette, est-ce un chat, qui chantent la fin de la nuit ? Mais la nuit s’enveloppe de brume pour rester encore au chevet de l’arbre, pour entendre le chuchotis du vent dans les taillis. Pour entraîner la main fébrile à dessiner les couleurs qui viendront plus tard. Pour que s’ouvre l’oeil qui devinera les ombres et regardera le soleil, le défiant.
    Les respirations se font régulières. L’abandon ne vient que dans la pénombre, la légèreté s’invite et si les fenêtres s’ouvrent, elles ne craignent plus le silence.

  255. Elisa-R dit :

    Ce long cri était celui d’une page souffrant de silence, je l’ai entendu aussi. Certains prétendent qu’il s’agissait d’une chouette, je n’en crois rien. Le cri s’est tu , aussitôt ou presque : selon moi, la nuit a offert une part d’elle-même (son encre) pour apaiser toute douleur.
    Supposition de ma part. En revanche je ne m’étais pas trompée au sujet du n°265.

  256. Éclaircie dit :

    La musique est tapie sous l’oreiller. Au réveil, elle se tait, laisse le ululement de la chouette, le chant de la pluie, envahirent la chambre.
    On attend le jour. On sait qu’il faut prendre le chemin, le chemin jusqu’au grand mur fait de pierres ocres, douces, chaudes. On pose la main sur la paroi et l’on sent cette palpitation, ce souffle, ce battement du cœur de la bâtisse. Sur la façade est se trouve la porte, la porte sans clé, sans poignée, la porte de bois bien cirée couleur miel. Elle s’ouvre sous une légère pression et offre à la vue une vaste salle.
    Dans cette pièce lumineuse, pourtant sans aucune fenêtre, apparaissent des rayonnages soutenant des livres, des livres et des livres… C’est là que l’on trouvera la partition.

  257. 4Z2A84 dit :

    Encore un texte magique ! Les situations et les décors s’offrent comme des rêves. La bâtisse n’a rien à voir avec la maison Usher. Le coeur qui bat dans son flanc est sain. J’aime qu’une salle sans aucune fenêtre soit lumineuse. (Un détail : pour éviter « l’ululement » (plutôt que « le ululement » pourquoi ne pas choisir l’orthographe acceptée aussi par petit Robert :le »hululement » ?).

  258. Éclaircie dit :

    Toujours attentif, merci.
    En effet, c’est mieux ainsi :

    La musique est tapie sous l’oreiller. Au réveil, elle se tait, laisse le hululement de la chouette, le chant de la pluie, envahirent la chambre.
    On attend le jour. On sait qu’il faut prendre le chemin, le chemin jusqu’au grand mur fait de pierres ocres, douces, chaudes. On pose la main sur la paroi et l’on sent cette palpitation, ce souffle, ce battement du cœur de la bâtisse. Sur la façade est se trouve la porte, la porte sans clé, sans poignée, la porte de bois bien cirée couleur miel. Elle s’ouvre sous une légère pression et offre à la vue une vaste salle.
    Dans cette pièce lumineuse, pourtant sans aucune fenêtre, apparaissent des rayonnages soutenant des livres, des livres et des livres… C’est là que l’on trouvera la partition.

  259. Éclaircie dit :

    Le tilleul laisse échapper des soupirs et des feuilles. Les coccinelles réfugiées dans les recoins de la chambre attendent les premiers froids, si loin, que le temps semble en suspens. Le chien espère.
    La mante religieuse, après son amant, rêve de dévorer ses enfants, qu’ils ne grandissent pas. Le temps se figerait dans un bonheur fragile.

  260. 4Z2A84 dit :

    22 octobre 2012
    Envoyé le 22/10/2012 à 7 h 30 min
    .
    « Le tilleul laisse échapper des soupirs et des feuilles. Les coccinelles réfugiées dans les recoins de la chambre attendent les premiers froids, si loin, que le temps semble en suspens. Le chien espère.
    La mante religieuse, après son amant, rêve de dévorer ses enfants, qu’ils ne grandissent pas. Le temps se figerait dans un bonheur fragile. » MC.B.
    .
    On attend quelque part quelqu’un qui ne vient pas
    Quelqu’un dont chaque pas nous éloigne de lui
    Ou d’elle
    Sans bruit
    Pourtant ni toi ni moi ne marchons dans le sable
    Ni ceux qui nous précèdent
    Et ceux qui nous suivaient arrivent avant nous
    N’importe où
    Allions-nous quelque part
    Le sol est mou
    On s’y enfonce
    Que ça plaise
    Ou non
    On appartient tous à la glaise
    La glaise est à la fois notre atout
    Et nos mauvaises cartes
    On s’écarte du droit chemin
    On se laisse guider par une seule main
    L’autre ne sert à rien
    Réussir une tarte
    Au citron
    Sans ses mains
    Serait un tour de force
    On coupe court
    Les doigts repoussent
    Mais les bagues sont à jamais perdues
    On se marie avec un arbre
    Un tilleul
    Il demeure à la même place
    Ses racines rampent ailleurs
    Que dans le potager où la lune
    Sans parachute
    T
    O
    M
    B
    E
    Et parmi les citrouilles se fait des amies
    Ainsi l’eau court à la rencontre de l’eau
    Ne dites pas à la rencontre d’elle-même
    Une goutte d’eau ressemble-t-elle à une autre goutte d’eau
    Sont-elles sœurs
    Ont-elles servi toutes les deux à refroidir un potage brûlant
    Longtemps nous cherchâmes le morceau de viande
    Dans une soupe trop mince pour songer à se tenir à la verticale
    Le chien se souvient de cette époque où nous ne partagions pas avec lui les restes
    Je sais qu’il n’a rien oublié je vois dans ses yeux morts
    Mon passé même mon passé sans lui s’y trouve
    Et mon présent ne coûte rien aux hommes ni même à Dieu
    Puisque je suis hors du monde comme dit le poète
    Et je me souviens de L’avoir fustigé dans Son église
    Et Il est resté de marbre comme au cimetière
    Et le poète se prend pour Lui quand il se gratte l’occiput
    Ou fronce les sourcils en ayant l’air de réfléchir
    A quelque chose qui mériterait de déranger les poils
    Qui poussent au-dessus des yeux et n’en bougent guère

  261. Éclaircie dit :

    4Z, platement je dirai que le fond et la forme de « On attend quelque part… » sont remarquables, mais c’est bien plus que ça.

    L’eau frémit dans la bouilloire
    Bouillonne dans le gouffre

    Fermez les yeux pour écrire
    Les murs de la maison cesseront
    De s’attirer jusqu’à ne plus laisser
    Qu’un filet de lumière apeuré
    Au centre de cette pièce sans porte

    Le sucre dans la tasse n’ose pas fondre
    Soucieux de préserver le silence
    On ne respire pas sous un oreiller de plomb

    Le seuil attend l’empreinte de la semelle
    Signant l’absence pour quelques heures

    On ouvre les yeux
    Le vent pénètre à pleines fenêtres
    Le lit murmure et le ruisseau reprend son cours

  262. Elisa-R dit :

    On trouve ici un des plus beaux endroits du site. Merci à vous deux .

  263. Éclaircie dit :

    Un autre : la page d’Élisa.

    Ce sont des petits salons confortables, en marge des feux de la rampe. Les amateurs sont guidés par la lumière ou par la lune, la musique et les parfums. Ils poussent la porte sans clé ni serrure et prennent un siège, acteurs et spectateurs tout à la fois.

  264. 4Z2A84 dit :

    .
    « …. Mère à côté de lui rêva que son mari n’était pas du tout dans son bureau, mais avec elle dans la cuisine, où elle tirait indéfiniment du four des plaques à gâtaux en fer-blanc, avec des petites choses brunes et rondes dessus. Quand il lui demanda ce que c’était, elle répondit : « Des années. »
    …..
    J’ai rêvé que j’avais trouvé un moyen de mettre de côté le temps que je ne voulais pas gaspiller, pour pouvoir l’utiliser quand j’en aurais besoin. Comme le temps qu’on passe dans la salle d’attente du docteur, ou celui qu’on perd à revenir d’un endroit où on préfèrerait ne pas aller, ou à attendre le bus – tous ces petits espaces inutiles. Et bien il suffisait de les attraper et de les replier, comme des cartons à jeter, pour qu’ils tiennent moins de place. »
    John Crowley « Le Parlement des Fées »
    .
    « Il existe une théorie disant que si quelqu’un pouvait un jour découvrir pourquoi et dans quel but exactement l’univers est là, il disparaîtrait immédiatement pour être remplacé par quelque chose d’encore plus bizarre et inexplicable. Il existe une autre théorie selon laquelle cela s’est déjà produit. » Douglas Adams.
    .

  265. 4Z2A84 dit :

    Que j’aime, entre autres, le vent qui pénètre A PLEINES FENETRES !

  266. 4Z2A84 dit :

    correction : des plaques à gâtEaux…

  267. Éclaircie dit :

    Des rêves à la fois touchants et drôles, pleins de poésie. Le titre de l’ouvrage dont sont tirées les citations de John Crowley donne envie d’ouvrir le livre.

    Mystères de l’univers, j’aime beaucoup ces deux théories de Douglas Adams. Nous devons pouvoir les démontrer…facilement.

    Dans l’œil la flamme s’est éteinte
    Comment décrire le blanc ?
    Le ballon blanc retenu par une corde
    Attachée au poignet
    Ce ballon absorbé par la nuit
    Ou par le sommeil qui se prolonge
    Les dents grincent légèrement
    Pourtant le visage reste impassible
    Devant le miroir qui ne reflète rien
    Le tilleul offre ses branches nues
    Il n’y aurait qu’un pas à faire
    Un mur à franchir
    Le corps devient ce lierre
    Au creux de la pierre qui le retient
    Dans un semblant d’équilibre
    Avant que le froid ne le morde

    Puis le blanc efface toute trace
    Toute empreinte
    Plus fort que le silence s’étend le vide

  268. Éclaircie dit :

    L’inspiration est ce puits où parfois, la corde est légère. Quand le seau est trop lourd, la nuit reprend ses droits et la lune ne sait plus faire étinceler l’eau. Elle se drape dans un voile que lui offrent les arbres enfouissant la sève au plus profond de la terre.
    Toutes les vibrations de la musique se heurtent au rideau lourd dressé autour du lit dont les draps défaits sont déjà froids.
    Parfois une ombre se dessine au mur, fugace. Reflet du feu dans l’âtre ou souvenir de la couleur qui ne demande qu’à renaître.

  269. 4Z2A84 dit :

    Tu n’es pas sage
    Tu redoutes que l’on te regarde
    Dans les yeux
    Car tes pensées s’y lisent comme dans les nervures du ciel son âge
    Alors tu les fermes et la nuit te recouvre
    Une nuit de lait
    A l’aube après la fin du monde
    A l’aurore annoncée par les coqs qui donnent encore de la voix

    L’électricité meurt et le soleil s’installe
    Il retrouve ses meubles et son nid
    Sur cette branche du ciel où se pendent les désespérés
    Le corps se liquéfie la corde reste
    Par le nœud coulant ainsi que par le trou d’une serrure
    On voit le paysage en cascade
    Glisser vers la vallée ou le pli que dessinent les montagnes
    Quand elles parviennent à leur terme
    Le bleu des glaciers leur échappe

    Il y a sous chaque couverture quelqu’un qui ne veut pas mourir
    Enveloppez-le plusieurs fois
    Dans une feuille de salade
    Qu’il respire le vert disparu
    La fraîcheur dont on se souvient à peine

    Les pistes ne conduisent plus nulle part
    Les cols de fourrure renient la neige
    Et le vent évite de tousser

    Suivez la route jusqu’au bout sans vous retourner
    Car votre ombre ne vous précédera plus
    Mais de savoir que vous la savez sur vos pas l’irrite
    Quand votre aveuglement la réconforte

    Soleil prends tes distances
    Tiens-toi à l’écart de ce front pâle
    Sous lequel s’agitent des serpents noués
    Des rats prisonniers de leur concupiscence
    Des crocodiles en larmes
    Soleil nous t’aimions autrefois
    Nous saluions tes premières lueurs avec le chant de nos cloches
    Ou en inhalant le chaud parfum produit par tes cuves
    Et nous mettions plus que notre nez à la fenêtre
    Nous t’offrions notre squelette et toute l’eau qui l’enrobe
    Et toi avec circonspection tu toisais nos représentants sur terre

    Vous tairez-vous souvenirs
    La planète change-t-elle de comportement
    Pour un oui pour un non par caprice
    Comme nous de visage
    Mais sans nos masques demeurent comme gravés les yeux authentiques
    Et le regard qu’ils portent sur l’extérieur creuse la réalité
    Sans en atteindre ni le cœur ni l’amande ni le noyau
    Il y a trop de couches à traverser
    Trop de fleuves à tordre à presser
    Tendez votre col que l’on vous étrangle en toute amitié

    Les arbres crèvent l’écran
    La toile déchirée pend
    Et les affiches montrent sans vergogne leurs dessous
    La rue rentre dans la boîte
    Dont on referme le couvercle
    Très vite comme sur nos chambres les toits
    Celui qui respire à peine
    Compte sur ses doigts
    Les jours inutiles les nuits vaines
    La vie vaut-elle la peine d’être vécue
    Quand le poumon n’en peut plus
    De tirer sur sa chaîne
    Quand le mal évolue
    Vers la fin des haricots
    Malgré les soins médicaux
    Et les prières et tant de larmes versées
    En pure perte dans les draps des trépassés
    Dont on retient deux ou trois expressions
    Guère plus
    Lorsque pleins d’espérance ils se croyaient élus
    Immortels quand nous les pressions
    De nous donner la clé
    De l’armoire aux confitures
    Et de leur cercueil
    Car on y connaîtrait pléthores d’aventures
    Avant le port du deuil

    Aimant trop le sucre
    On en meurt
    Et ceux qui restent sur le quai parmi les balles
    Se demandent s’il faut ou non les emporter
    Est-ce que l’on traîne avec soi son mobilier
    Dans l’autre monde y trouve-t-on des vivres
    Des commerçants cédant à prix réduit
    La dernière escalope ou l’ultime chou-fleur
    Ainsi l’emportait sur l’amour la boustifaille
    Et sur la poésie le confort du divan
    Et sur le paysage un écran de fumée
    Et sur l’appel du large un rituel sacré
    L’apéritif au bar source d’élévation
    Et du génie de l’homme et du spiritualisme
    Les marchandises s’avarient le ciel balance
    Entre rester le même ou changer de prison
    Le ciel on lui confie ses papiers et son cœur
    Mais il ne sait pas lire et pour les sentiments
    Il n’en éprouve plus depuis la mort du lierre

  270. Éclaircie dit :

    Quelques braises subsistent entre les cendres chaudes. Sur le manteau de la cheminée, une tasse à moitié pleine offre sa anse quand personne ne la saisit. La maison silencieuse retient son souffle, les pierres des murs se blottissent les unes contre les autres pour faire barrière au froid. Les pièces s’amenuisent, l’air devient plus dense, chargé de ces signes que l’on ne sait plus rassembler. Des voix s’éloignent, happées par la brume.
    Les volets fermés tentent de prolonger la nuit ; celle qui m’appartenait, que je peignais de toutes les couleurs inventées, celle qui était ce puits où même votre absence laissait le chant de l’eau me parler de vous.

    Demain, je rangerai les cartes aux itinéraires illusoires. La lune saura m’attendre et nous vous rejoindrons depuis la cime des arbres jusqu’au feu n’ondoyant que pour vous. Nous gagnerons la rivière et la flamme dansera pour vous plaire par delà l’océan.

  271. Éclaircie dit :

    Entre l’éclair improbable
    et le sommeil de novembre
    on se tient sur un fil
    que le givre a tissé
    Dans la main le froid
    ravive la plaie
    dont le sang noir
    étreint la nuit
    Lèvres bleues
    balbutient
    encore
    le mot
    fuir

  272. 4Z2A84 dit :

    De cette tasse posée sur le manteau de la cheminée s’échappe la fumée en spirales. Le thé refroidit mais le visiteur se réchauffe avec ses souvenirs. C’est lorsque la maison retient son souffle qu’ils apparaissent, d’abord fantomatiques,
    puis peu à peu ils acquièrent de la consistance et vous reconnaissez parmi eux des événements dans lesquels sont impliqués des visages longtemps caressés des yeux et parfois effleurés du bout des lèvres. Mêlé à ces visages souriants le vôtre vous semble y avoir été ajouté au dernier moment, par un metteur en scène distrait ou capricieux.

  273. 4Z2A84 dit :

    Il n’y a pas de mystère. Il y a que nous ne voulons pas savoir.

  274. Éclaircie dit :

    On a soufflé sur la poussière
    Pour retrouver la couleur de la pierre froide
    Où l’on posait la main
    Quand le vertige enfui laissait le feu lécher
    L’empreinte dans la terre de nos pas égarés
    D’une fissure brune jaillit encore le sang
    Du fleuve indompté fier brisant tous les barrages
    Et l’on voudrait saisir les galets ruisselants
    Ériger le grand mur d’où l’on pourrait plonger
    Devenir cette barque offerte à l’océan

  275. Elisa-R dit :

    D’autres poussières, d’autres pierres, d’autres mains, d’autres fissures, d’autres murs mais une seule voix pour décrire de telles images avec tant de douceur.

  276. Éclaircie dit :

    On se réveille un matin
    sans bien se reconnaître
    on aura laissé son double
    entre deux pages entre deux rives
    Est-ce l’autre qui entend la musique ?

    On cherche dans un verre d’eau
    le bruit des vagues
    quand l’océan à la fenêtre
    offre son ventre doux
    à qui voudrait le suivre.

  277. Elisa-R dit :

    Je pensais qu’il pleuvait sur les vitres. A présent, je sais que dehors, attend l’océan.

  278. 4Z2A84 dit :

    Les coquillages enregistrent le bruit des vagues et l’écoutent en boucle.

  279. Éclaircie dit :

    L’île s’éloigne ou est-ce moi qui dérive. Entraînée par le torrent, caillou aux arêtes vives, je me suis laissée polir par par la force de l’eau, jusqu’à devenir sable parvenue à la naissance des vagues. Le vent parfois commande à l’océan sa part de poussière pour nourrir les déserts. Seule alors, la lumière rasante révèle une présence. Quelques notes de sel s’élancent et se perdent dans un espace sans limite, les couleurs vives des flammes n’ont pas vécu plus loin que le rivage.

  280. Elisa-R dit :

    Les coquillages, parfois lassés du bruit des vagues,écoutent la belle voix d’Eclaircie…Je me sens, certains jours, l’âme d’un coquillage.

  281. Éclaircie dit :

    J’ai pris le premier mot croisé ce matin. RELEVÉ.
    On se relève parfois, mais il nous faut abandonner le sable chauffé dans le creux de la main, le galet lisse et rond qui ne pourra ricocher, les graines que l’été avait offertes. Tandis que la rivière entraîne les épis vidés de leur substance, on remonte son cours cherchant dans l’eau le souvenir du torrent, l’image entraperçue avant la chute et ce filet de sang que nos veines réclament pour métisser nos chants.

    La brouette est plus légère, les marches moins hautes. Les murs ont disparu ; ils se sont réfugiés à l’abri sous un crâne. Le sourire esquissé ne laisse pas deviner la pierre. Seule parfois la tête s’incline et le regard semble fouiller la cendre répandue pour y trouver le souvenir de la sève et ses palpitations sous l’écorce tiède.

  282. Elisa-R dit :

    De dos, le corps du passant semble celui d’un assoupi : assis, la tête posée contre l’arbre, léger mouvement des épaules témoignant d’une respiration lente et régulière.
    De face, la position est identique, ainsi que la respiration. Cependant, le beau sourire qui s’épanouit au point d’illuminer tout le visage est bien celui d’un éveillé qui goûte et savoure chacun des mots entendus ci-dessus…

  283. 4Z2A84 dit :

    Eclaircie, Elisa : je vous lis et je m’émerveille !… Rester en marge, moi ? Non. Voici :
    …..
    Les maisons ne regardent pas que dans le vide
    Elles fixent sur nous leurs yeux étroits
    Comment fausser compagnie à la rue
    Comment sortir de la ville
    Sans y laisser des plumes
    Tu parlais trop bas pour me dire
    Des choses convenues
    Je savais par bien d’autres voix
    Que nos âmes cherchaient vainement une issue
    La voie n’est jamais libre
    Même après le dernier soupir
    Il y faudrait la crémation
    De l’ombre et des esprits dont elle abuse
    On se heurte à un mur
    Ce mur dur comme un crâne
    Semble serrer les dents au bout de son impasse
    Dans laquelle les orties brûlent
    Tu n’entends presque plus les bruits du boulevard
    Les battements de ton cœur s’accentuent
    Quand il frappe du bec
    Contre les barreaux de sa cage
    Personne n’est chargé d’ouvrir à cet intrus
    Il a perdu trop de sang dans les rues
    Pour espérer lutter longtemps contre les griffes
    De l’analyse
    Elle se glisse en lui et demande des comptes
    Et de bonnes raisons à son comportement
    Si changer de trottoir exige un passeport
    Partir ne se peut pas sans autorisation
    On tend son ticket à la mort
    Qui le poinçonne ou n’ouvre pas la porte
    Retrouvons-nous devant nos juges
    Il faut tout expliquer même ses cauchemars
    Dire pourquoi nous quittons notre peau
    Pour une peau ni meilleure ni pire
    Car d’un costume à l’autre on reste avec ses os
    Qui es-tu je suis ma cité
    Voyez le plâtre sous mes ongles
    Et le trou qu’en quelques secondes
    Creuse la perceuse électrique
    Dans mon cœur sans qualités
    .

  284. Éclaircie dit :

    Partant de « marge »

    La marge de ses cahiers grandit, jusqu’à ne plus laisser qu’un point en suspension, une virgule abandonnée et quelques notes dont l’encre qui fut rouge déborde sur la nappe comme ce vin baptisé s’échappe du verre pour masquer la honte de troubler l’eau.
    Bébé vagissant, il lui fallait déjà se taire, bras serrés dans ses langes, derrière un paravent masquant la fièvre et les cernes. Plus tard, c’est un rideau qui cachera le sang, comme si le rouge était trop brûlant pour libérer le cri.

  285. Éclaircie dit :

    Le lierre enserrait la branche jusqu’à l’étouffer. On a brûlé le lierre…et la branche

  286. 4Z2A84 dit :

    La branche repousse – comme le bras du manchot.
    Parce que je l’écris.

  287. Elisa-R dit :

    La marge au front rêveur…

    La marge était le bord
    La feuille tremblait comme l’eau.

    Au bord, des pieds petits et beaux laissaient une trace.
    Une ombre découpée dans la chevelure du soleil
    S’étirait vers eux voulant sans doute les retenir.

    La marge était la mère
    Et l’eau tremblait comme elle.

  288. Éclaircie dit :

    On ne part pas, on laisse l’autre aller plus vite. Les mots se figent. Demain n’est déjà que souvenir.

    Ce sera un matin de musique
    d’éclair sans orage

    Le torrent brisera son carcan de glace
    pour dévaler toutes les ruelles
    laver tous les silences
    éclabousser les murs
    jusqu’à les faire chanter
    puis voler en éclats de rire
    étincelles bruyantes
    ricochant sur les marches
    de l’escalier ouvert à tous les vents

  289. 4Z2A84 dit :

    Elisa :
    « L’amertume
    C’est l’hiver aux coins d’une bouche
    Les soucis blancs des vagues qui intriguent la mer
    C’est un oeil si grand que l’on s’y noierait
    S’il n’était aussi bleu
    C’est ce petit pli d’espoir qui se grave sur un visage
    C’est un mot doux comme ce gros nuage
    Qui rappelle les rêves des enfants
    Allongés sur l’herbe tendre. »
    .
    Eclaircie :
    « On ne part pas, on laisse l’autre aller plus vite. Les mots se figent. Demain n’est déjà que souvenir.
    Ce sera un matin de musique
    d’éclair sans orage
    Le torrent brisera son carcan de glace
    pour dévaler toutes les ruelles
    laver tous les silences
    éclabousser les murs
    jusqu’à les faire chanter
    puis voler en éclats de rire
    étincelles bruyantes
    ricochant sur les marches
    de l’escalier ouvert à tous les vents »
    .
    4Z
    .
    « L’herbe se laisse caresser par toutes sortes de mains
    Mais elle a une préférence pour les mains coupées
    Qui n’ont pas d’arrière-pensée
    Ni ne doivent en référer au cœur
    Cet organe dont la vanité nous étonne
    Quand il pérore
    Car il ne parle que de lui
    On a beau le bâillonner
    Il est le seul à décider de se taire
    Et le reste du corps le tient en haute estime
    Quoique chacun se soit exclamé : Quel raseur !
    En l’écoutant faute d’autre musique
    Mais les mains coupées les mains libres
    Sur le dos des collines
    Lissent l’herbe
    Et l’on entend gémir de plaisir la terre
    Sous leurs paumes accueillantes
    Dans lesquelles on trouve un peu de tout
    Un trousseau de clés
    Dont plusieurs remontent le ressort des lacs
    Lorsque la neurasthénie les guette
    Des graines pour produire une tornade
    Une plume pour écrire sur la lune
    Des coquillages magnétiques
    Les dents de lait d’un ruisseau »
    .

  290. Elisa-R dit :

    Ce n°300 me fait énormément plaisir.

  291. Éclaircie dit :

    La vague sommeillait, on aurait pu la croire morte. C’était sans connaitre la force de l’océan.
    Bien sûr, la falaise tremble. Mais la craie, qu’elle soit bloc compact ou poussière diluée ne perd jamais sa couleur.


    Le chien, peut-être ne verra pas dimanche. Les hérissons, par les douces soirées d’été viendront à la fenêtre et nous dirons toutes les courses qui ont laissé le sillon marqué, celui que l’herbe entoure tendrement sans jamais le combler.

    Dans le mot courage, je vois surtout « rage », la rouge, celle qui laisse une trace brûlante mais lumineuse. On oublie la douleur et l’on ne voit que l’arabesque ouvrir le chemin menant aux forêts. Là, au creux d’un tronc se trouve la couche où l’on pourra pleurer. L’écorce inondée donnera la sève, baume que l’on partagera avec la feuille avant de s’endormir, apaisé.

  292. Éclaircie dit :

    vouloir tout savoir, tout voir, tout comprendre, et rentrer dans son trou de souris.

    Le chien dort, avant son grand sommeil.
    j’ai vu la lune, ce matin, ou plutôt je l’ai deviné, là, masquée par le tilleul et la brume.

    De gauche, je deviendrai gauchère, parce que je le veux ! et parce que seule la rapidité de la frappe, synchrone avec mes méninges surchauffées, laisse les blancs et noirs que je veux vous offrir.

  293. Éclaircie dit :

    Impossible de rester silencieuse, immobile. Il faut dire le bruit des pattes dans le silence de la maison. L’attente, deux heures encore.
    Puis, puis le vide, plus de chien. Et la pensée sournoise qui s’insinue. Et moi, qui fera le geste lorsque se lever ne sera plus possible, manger, une souffrance et que le noir sera la seule couleur visible, encore inscrite au mur des heures ?
    Revient en mémoire ce geste, et le dernier soubresaut de la Mère dans les bras de ses deux filles.
    Et cette peur d’être obscène, allant de la mort du chien à celle de l’humain.

    Je crois que j’envie le chien…

  294. Éclaircie dit :

    Y’a plus de Patoche, juste dans la mémoire ; mais là ! oh ! rien que du beau ! Elle était entrée en Févier 2000 dans la maison, n’avait jamais accepté l’enclos dehors ; elle avait lu Harry Potter avant son maître (qui a dû y renoncer dans la première version), jamais mangé de chaussures mais quelques hérissons bleus, rouges et jaunes. Elle nous emmenait promener tous les jours dans le pré, le pré dans la pente pour que nous l’admirions courir, sauter, descendre et toujours remonter.
    Ses gamelles sont en attente d’être rangées, ses coussins d’être lavés et moi, oh, ce n’était qu’un chien… mais je suis triste, un peu.

  295. Éclaircie dit :

    Derrière le canapé, la place du chien, vide. Ne reste que ses coussins rassemblés, celui de la chambre, au pied du lit et celui du bureau, ou elle m’a tant de fois vu pleurer ou rire mais toujours pianoter dans cette frénésie de dire, de lire, de vivre.

    La lune a su faire le signe
    celui que l’on attend
    quand le jour vient trop tard

    En suspens sur les lèvres
    le chant de midi
    appelle le plein soleil

    Le pas plus lourd
    du crépuscule
    résonne encore
    dans l’allée déserte

  296. Elisa-R dit :

    Patoche avait trouvé aussi une petit place dans un coin de notre cerveau…elle la gardera.
    Je fouille sous la neige : il s’y trouve déjà de jeunes pousses de soleil; je t’en envoie quelques unes . A repiquer dès le plâtre disparu.

  297. 4Z2A84 dit :

    Sur la lune il y a de légères ombres. On y voit ce que l’on souhaite y voir. Si tu regardes attentivement, Patoche apparaît, disparaît, réapparaît…Insaisissable elle court à la surface de la lune dont le vent modifie la forme sans l’altérer.

  298. 4Z2A84 dit :

    Insaisissable elle court à la surface de la lune comme une fumée dont le vent modifie la forme sans l’altérer.

  299. Éclaircie dit :

    J’aime ces matins d’hiver, très froids, électriques mais clairs. Le sol épouse le blanc grisé pour protéger la moindre brindille qui se sera hasardée trop tôt à la lumière. Les branches nues des arbres, au sommet de la colline, se rétractent pour laisser libre cours à la clarté du soleil à venir. Il ne chauffera pas, non, il soulignera la lame de tout relief, avivera le tranchant de la pierre et tentera de « dépiéger » l’eau de ses reflets immobiles et dans la sourdine de la saison du silence.

  300. Éclaircie dit :

    Sans transition, le printemps. La lune à demi réveillée n’en croit pas ses yeux. Pourtant rien ne changera sa trajectoire ; effleurer le sol, à côté du bûcher, soigneusement éviter de surprendre le mouton endormi là ; vérifier l’humidité du papyrus ; se pencher sur mon épaule qui n’attendait qu’elle.
    Les coccinelles aimeraient bien trouver l’issue. Dans l’attente, elles hantent le carrelage blanc, insouciantes de tous les pas et pattes les mettant en danger.
    L’épeire avait tisser sa toile entre le plafond et l’ampoule se balançant au bout de la douille nue du bureau. Loin de son rosier et de sa lavande, le spleen l’a entraînée dans le tube d’alimentation électrique. Reverra-t-elle un jour une épine, ou la moindre ortie ?

    L’aube approche, les crocus défroissent leurs joues, le lilas compte ses bourgeons. Le chat déserte sa nuit et viendra s’endormir sur le fauteuil, le premier à entrapercevoir le soleil.

  301. Éclaircie dit :

    La lune, timide, est à demi dans l’ombre. Elle m’offre cependant cette lueur que tout le jour, je porterai aux yeux.
    Quand l’homme, à la tribune, sur son estrade, m’intime l’ordre de m’agenouiller, c’est elle, de son souffle léger, qui est coussin entre le sol froid et la chair fragile. elle sait ouvrir le livre, où mon regard plongera. Elle porte son reflet sur la main tournant pour moi les pages.
    Puis elle s’en va dormir chez le Poète qui m’attend, qui m’invite à me relever et regarder, avec lui, le soleil en face.

    Peu importe notre ignorance, bénie soit-elle, nous avons tout à apprendre.

  302. 4Z2A84 dit :

    « Quiconque a regardé le soleil fixement
    Croit voir devant ses yeux voler obstinément
    Autour de lui, dans l’air, une tache livide. »
    Gérard de Nerval.

  303. Éclaircie dit :

    La fièvre retombe
    la parole s’éloigne
    Elle m’est étrangère
    étrange aussi

    Le son viendra heurter le mur
    quelque feuille de lierre
    l’étouffera dans sa couleur terne
    de l’hiver qui l’attache

    Mouvements mécaniques
    pourtant douloureux
    les chemins n’ont jamais
    compté autant de pierres

    La pluie tente de raviver l’éclat
    des pavés sonnants
    sous les pas inutiles

    On ne voudrait jamais
    que demain parvienne
    à l’orée du silence

    La maison reste la même
    seul le soleil
    n’ose plus
    en franchir le seuil.

  304. 4Z2A84 dit :

    « La fièvre retombe… » : Il y a des moments délicieux dans ce poème. Des moments de douleur aussi. L’écriture est efficace. Aucun pathos.

  305. Éclaircie dit :

    Le corps disloqué ne forme pas même une phrase
    On dirait que les mots s’effacent
    il ne reste que le battement du métronome
    inutile quand tous les gestes signifient
    la perte
    l’absence
    L’angle de la pierre est trop vif
    à la main qui ne peut saisir que le sable

    Mais l’arbre demeure fier de ses bourgeons
    et des graines envolées dans l’automne
    Le vent
    la pluie les berceront encore

    Un jour s’élèvera cet ancien chant

    Sur son rythme
    les silhouettes se relèvent
    dansent et se jouent de toutes les poussières
    volutes translucides voilant la lumière
    que ne brûle pas le souffle renaissant

  306. Elisa-R dit :

    Comme il est bon de te lire…

  307. 4Z2A84 dit :

    Avant de disparaître les étoiles chantent
    Mais qui peut dire qu’il les entend si la nature ne lui a pas accordé une oreille immense
    Dans laquelle tous les sons triés ou non se jettent
    Avec le chef d’orchestre et ses musiciens en vrac et en frac
    La musique m’exaspère même étranglée dans l’œuf
    Le cri du fœtus les ordres qu’il transmet à sa mère
    Et le menu qu’il lui commande
    Comme au restaurant
    Pour se mieux porter qu’elle
    Je la vois entre ses genoux le violoncelle grince
    Lui aussi se plaint toujours
    Lui aussi accouchera d’une créature exigeante
    Dont la voix nous fera regretter de n’être pas sourds
    Si le coton ne suffit pas
    A nous couper du monde
    Vague je compte sur toi
    Vagues sœurs de la vague sur laquelle je compte
    Joignez-vous à elle pour m’emporter
    Loin de moi-même et de tous les autres dont on dit ce sont tes frères ils te ressemblent
    Je ne veux plus ressembler à personne
    Ni sortir d’un ventre de femme
    Pour jouer du tambour ou de la trompette
    Et réveiller les morts ou ceux qui font semblant de vivre

  308. Éclaircie dit :

    J’ai pu, ce matin, assister au coucher de la Lune. Elle s’est plongée dans un bain à la mousse légère et noire puis enfouie dans les grands arbres qui contiennent ses rêves que l’on devine lorsque l’on empreinte le chemin à peine visible menant à la source tapie dans les hautes herbes.

    Les dernières chauve-souris tournoient autour des toits qui cachent leurs nids et leurs petits tandis que moineaux et mésanges les prient de se mettre à couvert afin que le jour, miracle de chaque matin, se lève.
    Que le soleil trône, ou pas, au zénith, importe peu. S’il boude le plaisir de marionnettiste jouant des ombres de chaque brin d’herbe, nous ne bouderons pas le nôtre de lire dans les gouttes de rosée ou de pluie, l’histoire écrite par le vent au ventre des nuages.

  309. 4Z2A84 dit :

    Les rivières en crue se creusent un lit dans le ciel
    D’où les nuages s’échappent avec tous leurs bagages
    Au-dessus de nos têtes sonne l’orchestre lacustre
    Pour accueillir les regards rêveurs des animaux
    Que nous sommes quand nous cherchons à vivre
    Ailleurs une aventure pourtant terrestre
    Alors aux pages se substituent les fenêtres
    Dans ce livre toujours ouvert et qui tourne
    Comme épaulées par les torrents les ailes
    Des moulins chargés de réduire la montagne en poudre
    Les libellules envient la taille et le vol des hélicoptères
    Dont les pales ventilent les plages et bercent les cocotiers
    Au confluent de plusieurs fleuves imaginaires
    Se tiennent debout les plus démunis d’entre nous
    Des femmes et des hommes que leurs yeux obligent à regarder
    De haut en bas l’océan lui aussi dressé sur ses pattes de derrière
    Dans ses eaux circulent le lit l’armoire et la lampe de chevet
    La bougie s’est éteinte après une dernière larme
    Nous vivions de nos charmes
    Auprès d’arbres fruitiers généreux
    La pluie ne comptait pas ses baisers aux salades
    Et dans nos granges s’abritaient du soleil des poissons en exil
    Te souviens-tu te souviens-tu des ha des ah des oh et des ho
    Le silence effrayé par les cris des enfants
    Se réfugiait dans les grottes au pied de la falaise
    Gamines et gamins s’enroulaient dans les vagues
    Un phare éclairait la scène
    Bouche bée le public se dissolvait dans l’ombre
    Et les rivières revenaient au galop
    Tombant du ciel s’abattant sur les champs poussiéreux
    Comme des carafes d’eau fraîche dans la gueule d’un four
    Quelle œuvre symphonique écoutions-nous alors
    Persuadés d’être à la fois partout
    Sauf devant une cheminée froide faute d’amour.

  310. Elisa-R dit :

    Juin n’est plus qu’un souvenir mais la lune, hier, a veillé longtemps le début du jour.

  311. Éclaircie dit :

    Retourner dans le puits du bonheur
    Même si ce dernier abandonné frissonnant
    S’est réfugié sous une feuille de lierre
    Ce lierre que l’on coupe
    Pour trouver sur la pierre
    Les traces que l’on avait écrites
    Avant
    Avant l’orage et la foudre
    Quand le temps lourd pesait sur la main
    Rien ne vaut l’éclair
    Lorsqu’il frôle les arbres sans les brûler
    La forêt en pointillé retient sa respiration
    Et demande au vent
    De porter plus loin le chant des cimes

  312. 4Z2A84 dit :

    La pierre monte au ciel
    Aspirée par l’orage
    Un orage à l’envers
    On retourne le sablier
    Et la cave monte au grenier
    Avec tous ses tonneaux
    Avec ses toiles d’araignée
    Avec la hache qui ne compte plus les arbres
    Qu’elle abat
    Pour le compte des cheminées
    Quand l’hiver nous mouche
    Enfants que des jupons n’abritent plus
    Enfants rêvant de retourner à l’état sauvage
    Le nuage le plus sombre tu le presses dans ton poing
    La nuit la plus froide tu lui offres ta soupe brûlante
    La forêt la moins perméable tu la siphonnes
    Toutes les vagues sur une même plage
    Soupirent puis s’endorment
    Les jours d’avis à la population
    Le tambour sert de nid aux guêpes
    On voit le vent on ne l’entend plus
    Les mots sortent de l’oreille
    Ta bouche se promène
    Tes dents la suivent
    Ce que j’écris fond
    Ce dont je rêve se produit sans moi
    Ailleurs
    Toujours ailleurs
    Si près du but que ce but s’éloigne
    Comme une montagne absorbée

  313. Éclaircie dit :

    On commande un café
    comme d’autres une muse
    ou encore à la rive
    de nous aimer dans nos songes

    Mais l’on ne boit
    que l’essence des mots
    quand le marc ne sait plus dire
    ni le passé ni l’avenir

    Les yeux fermés
    on écrit encore
    et ce sont les oiseaux
    qui picorent cédilles et virgules

    Le jardin soupire
    d’être suspendu
    entre un paradis abandonné
    et des herbes folles

    La chouette appelle encore le chien
    oubliant qu’il n’est que souvenir
    le chemin creusé par sa course
    s’efface peu à peu

    Les avenues et leurs arbres
    guindés et citadins
    résonnent des pensées
    portées vers l’océan

    Le monde est dans ta tête
    plus grand
    plus attirant
    et toujours m’entraîne dans la blancheur des pages

  314. Éclaircie dit :

    J’ai oublié le nom du grand arbre
    Le chemin se dessine au fil de mon pas
    et se referme dès mon passage
    Les voix qui m’accompagnent
    n’appartiennent à aucune bouche
    J’entends les vagues
    se retourner dans leur sommeil
    La poignée de sable dans ma main
    cherche à fuir
    comme l’air de mes poumons
    voudrait croiser le vent

    Apparaissent le grand voilier
    et son océan
    prisonniers d’une bouteille

    Devrais-je plonger
    pour retrouver mon île

  315. 4Z2A84 dit :

    Nous ne traversons plus l’océan sur son fil
    La vie ne vaut d’être risquée qu’à l’infini
    Souvenez-vous de la forêt
    On y entrait par une porte dérobée
    Par des degrés en verre
    Nous montions jusqu’au faîte des arbres
    Et de là quel spectacle
    Sur la scène de la nature en ébullition
    Les impatientes tirant leurs graines comme des pruneaux
    Contre la robe des cerfs aux abois
    Les liserons enroulés autour des fûts
    Telles autrefois les pieuvres autour des phares
    Les trèfles travaillant dans l’ombre
    A la confection d’une quatrième feuille
    Les fougères plus nombreuses que les fourmis
    Dans leurs limbes on enveloppe des momies
    Un fleuve obéissant au coup de sifflet
    Apparaît au bord du quai
    On lui jette avec le sarcophage fleuri
    Des murènes peintes pour séduire
    Le tapis vert de la forêt fait des plis
    On se sent obligé de photographier le gave
    Tellement il éclabousse
    En sautant d’une pierre à l’autre
    Sous les ricanements des oiseaux moqueurs
    Vous oubliez souvent de fermer la porte
    Alors la mer entre et chaque vague occupe un fauteuil
    De notre petit salon corallien
    On jouit même au creux d’une main
    Quand sur la paume de cette main les lignes
    Partent dans toutes les directions
    Un choix illimité pour les voyageurs
    Dont les bagages sont aussi légers
    Qu’un baiser dérobé entre deux trains
    A une ou un hermaphrodite aux yeux vairons
    La gare s’amalgame à la forêt
    Elles formeront une même dragée
    Le vin est tiré il faut l’offrir à la lune
    Qu’elle tombe ivre du clocher
    En entraînant le coq programmé pour sonner à l’aube
    Dans sa chute splendide de pore en pore
    Vers le nombril en forme d’étoile
    Cette île qui se souvient de la Mère.

  316. 4Z2A84 dit :

    On…on…on…
    Le o de ce on forme un cercle
    Dans lequel on n’entre pas sans montrer patte blanche
    Ces gens qui vous expliquent comment vivre
    En paix avec votre ombre
    Ignorent tout du côté nocturne
    De la personnalité d’un poète
    Car vous êtes un poète
    C’est-à-dire ni un homme ni une femme
    Encore moins un animal
    Mais une créature à part
    Une ombre
    Oui vous êtes votre ombre
    C’est pourquoi vous décrivez
    Des jardins suspendus aux lèvres de la lune
    Quand le soleil lui transmet son fluide
    Des vagues dont un coiffeur coupe les mèches blanches
    Des arbres en armure défendant leurs fruits
    Contre des attaques d’oiseaux dessinés au fusain
    Des maisons transparentes glissant sur des rails
    Vers des cerceaux enflammés
    Qui roulent comme des lacs
    Des lacs dévalant avec tous leurs jupons
    Les pentes creusées par les glaciers
    Sur le flanc des volcans amateurs de cigares
    Des vitres lâchées dans la nature
    Pour tondre les toundras en rut
    Et les moutons mal comptés
    Qui sortent de leur lit somnambules et funambules
    On les retrouve au bord du toit
    Prêts à plonger dans la soupe servie régulièrement
    Ou à la pointe des herbes avec la coccinelle
    Dont les élytres évoquent un roman romantique
    Les poètes se tuent à la tâche
    Les poètes ne font rien de leurs dix doigts ils se laissent écrire
    Chez eux c’est leur ombre qui fait le ménage
    Il y a de la poussière dans le vent pourtant tamisé
    Comme on trouve sous le figuier des statues ensablées
    (Seul le buste plein d’abeilles apparaît)
    On trouve au bout du chemin arrêté par un piège
    Une borne indiquant où se cachent les ombres
    Où elles prient comme des draps qui sèchent

  317. Éclaircie dit :

    J’écrirais (n’importe quoi…) juste pour le plaisir de te lire ensuite.

    La descente en spirale semble douce
    Comme dans un immense toboggan
    Sur lequel le chemin creusé dans le vent
    Est bordé des couleurs
    Que l’on n’ose pas même imaginer
    Et la palette des bleus
    Annonce la nuit de l’océan
    Une poussée
    La spirale s’inverse
    Nos oreilles sourdes nous éloignent du chant
    Les mains ouvertes saisissent l’absence
    Et l’on ne sait plus où trouver la route
    Des rendez-vous d’octobre autour de l’écritoire

  318. 4Z2A84 dit :

    « La descente en spirale… » loin d’être n’importe quoi nous entraîne dans un tourbillon d’images dont les couleurs éclairent notre course en toboggan. N’ayez pas peur de plonger dans l’Inconnu décrit par des mots impatients !

  319. Éclaircie dit :

    Des ornières du chemin
    Du puits profond
    Où pas une pierre ne renvoie d’écho
    De l’étang silencieux même s’il n’est pas assoupi
    S’échappe une brume
    Pour les arbres désireux
    De se dénuder à l’abri des regards
    Leur feuilles jamais ne crient en tombant
    C’est sur les sentiers qu’elles murmurent leurs souvenirs
    Elles y dévoilent les lignes de leur vie
    Les étoiles de leur squelette attirant la lune
    Et leur essoufflement lorsque le feu de l’automne
    Les invite à revêtir le rouge du sang
    Battant sous l’aile de l’oiseau
    Dont le nid défait par le vent
    N’est plus qu’amas de brindilles disloquées
    Derrière les volets fermés
    Le sommeil se prolonge attendant le soleil
    Qui désagrégera ce tapis suspendu

  320. 4Z2A84 dit :

    Avec une pierre
    Pour être sûr de ne pas flotter
    Il se jette à l’eau
    Décidé à mourir avant son heure
    Cette pierre vous l’avez compris c’est son cœur
    Je songe à Virginia Woolf
    Les nuages qu’elle regardait
    Je ne puis à mon tour les regarder
    Le ciel et l’eau toujours changent
    Rien ne dure assez longtemps
    Pour en saisir
    Non pas la substance
    Mais ne serait-ce qu’un poil
    Un poil comme on en trouve pourtant toujours
    Dans la baignoire
    Ou collé au savon
    Poème et poil commencent par les deux mêmes lettres
    Qu’y a-t-il de commun entre ces mots
    Ils figurent dans le même vers
    Le dix-septième de ce poème
    Car il s’agit d’un poème
    D’un poème en vers libres
    Assez contents de l’être
    Mais parfois nostalgiques
    Se souvenant de la rime
    Et du compte des syllabes
    Ils se plaignent de leur absence
    Je songe à la pluie
    Quand elle hésite
    Puis tombe
    Et quand elle tombe elle tombe
    Elle ne revient jamais sur ses pas
    Ni ne retrouve ses nuages d’origine
    Des nuages que ne regardait pas passer Virginia Woolf
    Car je les garde pour moi seul
    Ils m’appartiennent comme à toi la lune
    Puisque tu y tiens tellement
    Elle nous éclaire avec parcimonie
    Son sourire ressemble à celui du requin
    Rousse elle déteint
    De miel sa douceur ne dure pas
    Sans parler de nos fusées
    Qu’elle n’accueille jamais avec des fleurs
    Ni même un tapis rouge déroulé
    Devant nos cosmonautes groggy
    Son influence sur les marées
    Le cours des rivières et du sang
    Nous feindrons de l’ignorer
    Pour nous tourner du côté de l’Angleterre
    Où Virginia vécut parmi des intellectuels
    Sans aucun souci matériel
    Sauf celui d’avoir à renoncer aux nuages
    Qui passent trop vite au-dessus de nos têtes
    Et sont trop éloignés trop vaporeux
    Pour que nous espérions nous en saisir
    Ne serait-ce qu’un instant
    Alors ils fondraient dans notre main
    Comme la neige à la chaleur du sentiment
    Comme nous quittent les feuilles
    Quand l’automne leur montre le mot FIN
    Gravé dans l’écorce .

  321. Éclaircie dit :

    La porte entrebâillée du jour
    donne à la toile des reflets vacillants
    entre lesquels l’incertitude rampe
    comme le brouillard lèche les arbres
    jusqu’à faire oublier les collines

    Les marches de bois de l’escalier
    respirent bruyamment
    Elles attendent le pas qui saura s’élever
    pour tracer sous les tuiles
    un message à la lune

    Le tourbillon à la surface
    du bol de café brûlant dessine mieux que la main
    la rondeur de quelques lettres oubliées
    Sa fumée se reflète sur le miroir
    où déjà s’estompe une silhouette

    Le silence s’incruste dans chaque geste

    Et le soleil fera danser la poussière
    révélant les images que personne
    n’a pu poser sur le drap de la nuit

  322. Éclaircie dit :

    Rendez-vous devant la porte bleue. Nous abandonnerons nos ombres auprès du banc. Nos mains, dans nos manches trop grandes se chercheront. Tu laisseras errer ton regard bien au-delà de la dernière vague. Ton pas décidé résonant sur les parois abruptes saura reconnaître ce sentier, que nous avons tant exploré, les yeux fermés, avec les mots qui ne nous fuyaient pas encore.
    Au creux de l’arbre, la mousse guette les dernières feuilles pour parfaire la couche de l’animal apeuré. Lorsque les branches nues se tendront vers nous, nous tisserons de grands canevas, que notre clairière, jamais, ne soit révélée.

  323. 4Z2A84 dit :

    Les branches retiennent les mots qui fuyaient, ils s’y installent à la place des feuilles. Eux résisteront au froid. Derrière la porte bleue, la maison a disparu. C’est par cette même porte que l’on pénètre dans la forêt. Il y fait chaud. Le long du sentier des radiateurs électriques font le nécessaire pour que les arbres ne s’enrhument pas. Si le soleil reste sous ses couvertures de laine, nos ombres se plaindront-elles d’être négligées ?

  324. Elisa-R dit :

    J’ai pris du retard dans mes lectures. Je n’ai plus qu’à chercher la « porte bleue ».

  325. Éclaircie dit :

    Nous étions si loin que tout semblait merveilleux. Nous creusions des galeries dans les dunes instables. Elles ne s’effondraient jamais avant que nous n’ayons peint chaque grain de sable sur lesquels nous dansions. La couleur nous imprégnait et notre chant épousait ce rythme que nous seuls comprenions.
    L’océan et le vent se sont mêlés pour nous offrir un espace plus grand encore mais contre notre silence.
    La parole s’est émiettée sur tous les chemins. Nous ne sommes plus. Nous sommes tout.

  326. 4Z2A84 dit :

    Ils nous ont cherchés
    Partout où vivent des hommes
    Dans le confort comme dans la peur
    Ils ont fouillé les tas d’ordures
    Qui encombrent nos rues
    Ils ont passé au peigne fin des palais
    Où même les fantômes ne sévissent plus
    Des maisons bâties pour se protéger du vent
    La niche des chiens devenus sauvages
    Les repaires les grottes les caves les abris les tunnels les puits
    Ils ont ratissé la campagne
    Coupé l’herbe toujours trop haute à leurs yeux
    Exploré les forêts avec des armes monstrueuses
    Le sable des déserts ils l’ont tamisé
    On dit même qu’ils auraient culbuté la mer
    Pour s’assurer qu’elle ne nous cachait pas
    Sous ses jupons
    Leurs recherches durèrent des siècles
    Ces siècles je les comptais sur mes doigts
    Puis vint le jour où mes doigts n’y suffirent plus
    Eux fouillaient toujours
    Perquisitionnant chez les divinités immatérielles
    Auscultant les volcans
    Ouvrant de force les livres
    Les huîtres
    Retournant leurs propres poches
    Sans jamais trouver ne serait-ce qu’une trace
    De notre venue sur terre
    Je me mordais les joues
    Je croyais ainsi prouver mon existence
    Regardez criais-je ceci est mon sang
    Et je crachais sur le sol entre leurs pieds
    Mais ils ne m’entendirent pas
    Ni ne nous virent moi et mes compagnons d’infortune
    Nous sommes pourtant tout près d’eux
    Tout près de vous
    Entre vos bras.

  327. Éclaircie dit :

    Fabuleux, 4z.

    Je lis ces jours, « L’amant » de Marguerite Duras et une phrase m’est venue à l’esprit en découvrant ton poème :
    « Je n’ai jamais écrit, croyant le faire, je n’ai jamais aimé, croyant aimer, je n’ai jamais rien fait qu’attendre devant la porte fermée. »

  328. Éclaircie dit :

    Comment rester en contact avec tous les signes qui nous reliaient, hier encore ?

    L’apesanteur procure l’ivresse du vol
    C’est aussi l’instant où le corps n’est plus
    Plus vraiment différencié
    Mêlé au vide environnant

    Que deviennent les pensées
    Dispersées dans un espace si grand
    Alors même que la lumière n’a plus de nom
    Plus de réalité

    Pourtant la tête trop lourde
    Toujours se courbait scrutant le sol
    Du plus loin des souvenirs
    La poussière ou la fange du chemin
    Ont été le seul horizon

    On aura manqué tous les rendez-vous
    Et l’on dort les yeux ouverts
    Les paupières n’ont aucune étincelle à préserver

  329. Éclaircie dit :

    La main se tend et caresse la cime
    Des arbres de la colline
    Le frissonnement des branches
    Entraîne quelques feuilles
    Qui viennent se poser sur l’épaule de l’homme
    Manteau d’or veiné de sève sèche
    La silhouette immobile semble
    Un de ces troncs fiers
    Passant l’hiver
    Bravant le vent le gel
    Gardant le feu de la vie enfoui dans la terre

    L’enfant s’approche en silence
    S’adosse à un arbre et lève le visage
    Elle sait lire dans les yeux de l’homme
    Les paroles qu’il a oublié de laisser à son chevet

  330. Éclaircie dit :

    L’eau du ruisseau chante plus fort
    la nuit
    Son chant s’adresse à la lune
    l’invitant à se baigner
    et nourrir de ses frissons
    les songes des galets
    Ils retiendront de la caresse de l’onde
    l’éclat des poussières de l’astre
    et guideront la mélopée
    dans tous les méandres des rivières
    L’enfance de l’eau gagnera l’océan

  331. 4Z2A84 dit :

    « L’enfance de l’eau » fait évidemment songer à la mémoire de l’eau – et l’on remonte le cours du ruisseau comme le temps avec la fameuse machine de Wells. Oui, le chant des rivières s’adresse à la lune, à la pleine lune comme à ses quartiers. Pourquoi ? Parce que notre satellite se baigne (on croit que ça n’est que son reflet) dans nos mers, dans nos fleuves, dans nos étangs…dans nos flaques. Et les galets, se souvenant d’avoir été des crânes, songent et guident vers l’océan les sécrétions de la terre.

  332. 4Z2A84 dit :

    Quoique démunis d’ailes, nous sommes faits pour voler – pour survoler la terre et, d’un point très éloigné dans l’espace qui s’ouvre au-dessus de nous, pour nous apercevoir nous regardant planer, portés par le vent dans les couloirs aériens où sa force et sa souplesse se conjuguent pour soutenir des oiseaux de l’envergure du condor.

  333. 4Z2A84 dit :

    Les racines de l’arbre qui « garde le feu de la vie enfoui sous la terre » traversent notre inconscient comme des vers géants dans la pulpe d’un fruit. Autour du noyau gardien de l’amande circulent des rivières qui sont des serpents des serpents qui sont des pensées trop peu communes pour s’extérioriser.

  334. 4Z2A84 dit :

    Plus nous cherchons l’introuvable
    Moins il apparaît dans notre champ de vision
    Nul ne s’engage dans le désespoir
    Sans provisions
    Des larmes trop lourdes pour sécher
    Sur les joues offertes comme des fruits
    A qui veut boire
    On se couche dans des rivières
    Dont le lit refroidit
    Lorsque nous le quittons pour d’autres bras
    Des bras beaucoup plus tendres
    Un sein à l’image d’une île
    Une gorge à l’image d’un continent
    On découpe le ciel
    Avec des ciseaux de couturière
    Mouchoirs robes et draps bleus lavande
    Sont exposés suspendus aux fenêtres
    Par des mains dont au moins un doigt porte un dé
    Comme un chapeau de magicien
    Il protège la chair fragile
    De l’épingle
    Ce même doigt désigne un œil
    De là on verrait l’introuvable
    Sans même avoir à le chercher
    Dans une meule de foin
    Il nous ferait signe depuis des siècles
    Mais mesurer l’espace et le temps
    Dites-moi qui en est capable
    Sans perdre en chemin son binocle
    Si les sources se plaignent si
    Le vent refuse de porter les oiseaux si
    Les nuages trient les gouttes de pluie si
    La lune fond trop vite dans l’étang si
    La voûte étoilée vainc le lustre
    Aurons-nous saisi la comète
    Par les cheveux avant sa chute
    Dans notre assiette.

  335. Éclaircie dit :

    Pour nous consoler du passage des saisons, lorsque nous voudrions demeurer au printemps, en été, peut-être en automne, pourquoi pas en hiver, nous avons la lune qui traverse le ciel avec cette régularité si belle à voir.
    Elle qui ne craint pas de se baigner dans les lits froids des rivières, qui partage son teint laiteux et opalin avec les jeunes couturières aux doigts de fée, qui connait l’introuvable mais se garde bien de l’éclairer, amoureuse de tous les hommes qui gardent espoir même sachant que leur quête ne sera jamais assouvie.

  336. 4Z2A84 dit :

    Merci Eclaircie pour ces lignes fidèles à ma rêverie.
    Le but de la quête n’est, en effet, jamais atteint.
    Faut-il s’en plaindre ?
    L’introuvable saisi, nous n’aurions plus à chercher – nous risquerions de mourir…d’ennui.

  337. Éclaircie dit :

    « Je ne suis pas sûr que la découverte de l’amour soit nécessairement plus délicieuse que celle de la poésie. »
    Marguerite Yourcenar -MÉMOIRES D’HADRIEN-

  338. 4Z2A84 dit :

    Cette proposition de Marguerite Yourcenar vraisemblablement attribuée à Hadrien est comme l’indique les premiers mots : « je ne suis pas sûr » – discutable. On peut, par exemples, affirmer que la découverte de l’amour est AUSSI délicieuse que celle de la poésie, ou démontrer que l’amour et la poésie sont…incomparables.

  339. Éclaircie dit :

    C’est en effet Hadrien qui écrit ces mots, en fin de vie, lorsqu’il raconte sa vie. On peut bien sûr tout en dire. J’ai trouvé très intéressant le rapprochement des deux notions.
    Et la découverte de la poésie n’étant pas comme l’amour,parfois aussi source de souffrance, mais toujours plaisir renouvelé, pourquoi ne pas la trouver plus délicieuse.

  340. Éclaircie dit :

    La lune a ordonné aux nuages de s’écarter, à la brume de se dissiper afin qu’elle entre dans mon logis pour me souhaiter le bon jour.
    Sa rondeur parfaite évoquerait une hostie au croyant, les branches du tilleul lui servant de calice. Elle se prête gracieusement à tous nos songes mais lorsque nous approchons trop, lentement, elle se glisse entre les arbres de la colline, insaisissable. Demain elle aura laissé un peu de son cercle parfait à quelque rêveur pour l’accompagner pendant qu’il dessine un monde dont le galbe rejaillirait sur tous les chants des hommes.

  341. 4Z2A84 dit :

    Poème de Victor Hugo :
    « Relligio.
    L’ombre venait ; le soir tombait, calme et terrible.
    Hermann me dit : — Quelle est ta foi, quelle est ta bible ?
    Parle. Es-tu ton propre géant ?
    Si tes vers ne sont pas de vains flocons d’écume,
    Si ta strophe n’est pas un tison noir qui fume
    Sur le tas de cendre Néant,
    Si tu n’es pas une âme en l’abîme engloutie,
    Quel est donc ton ciboire et ton eucharistie ?
    Quelle est donc la source où tu bois ?
    Je me taisais ; il dit : — Songeur qui civilises,
    Pourquoi ne vas-tu pas prier dans les églises ? —
    Nous marchions tous deux dans les bois.
    Et je lui dis : — Je prie. — Hermann dit : — Dans quel temple ?
    Quel est le célébrant que ton âme contemple,
    Et l’autel qu’elle réfléchit ?
    Devant quel confesseur la fais-tu comparaître ?
    — L’église, c’est l’azur, lui dis-je ; et quant au prêtre… —
    En ce moment le ciel blanchit.
    La lune à l’horizon montait, hostie énorme ;
    Tout avait le frisson, le pin, le cèdre et l’orme,
    Le loup, et l’aigle, et l’alcyon ;
    Lui montrant l’astre d’or sur la terre obscurcie,
    Je lui dis : — Courbe-toi. Dieu lui-même officie,
    Et voici l’élévation. »
    Victor Hugo.
    Marine-Terrace, octobre 1855. (« Les Contemplations »).

  342. Éclaircie dit :

    Merci de l’extrait. D’autres ont pensé à la lune comme à une hostie et là non des moindres ! Hugo !

  343. 4Z2A84 dit :

    Aujourd’hui la lune est une aspirine blanche effervescente. Aussi ,par peur de se dissoudre dans l’eau, se contente-t-elle de s’y refléter.

  344. Éclaircie dit :

    La lune n’a pas paru au travers du tilleul, pas plus que perchée au faîte de la vieille bâtisse.
    Elle prépare le ballet qu’elle doit bientôt diriger. Mille petits flocons qui ne rêvent que de lui ressembler. Au final, elle leur offrira une place d’honneur aux côtés de son reflet, sur les ruisseaux endormis, sur les toits et au creux des branches les plus accueillantes dans les forêts silencieuses.

  345. 4Z2A84 dit :

    Aujourd’hui on séjourne sur la lune
    Pour un prix modéré
    Dans des hôtels confortables
    Or souvenez-vous qu’à mon époque
    Un voyage vers notre satellite
    Coûtait la peau des fesses
    Et seul le silence y accueillait
    Le milliardaire et sa famille
    Pour une courte visite
    Sous la coquille de cet œuf dur
    De chambres mal aérées
    Où somnolaient dans le plus simple appareil
    Des lunaires mâles et femelles confondus
    Leur extermination
    A l’aide de vaporisateurs
    Ne dura que quelques semaines
    Ils tenaient si peu à la vie
    Nous les regardions disparaître
    A la télévision sur terre
    Car les colonisateurs filmaient pour l’instruction
    De l’humanité leur inhumanité
    (Il me faut ici rappeler
    Combien belles et beaux étaient les lunaires
    Avec un œil unique au milieu du front
    Des bras souples comme des serpents
    Et leur espèce de harpe
    En guise de colonne vertébrale)
    Aujourd’hui des marchands de sandwichs au chien chaud
    Vous attendent sur le sol crayeux
    A peine avez-vous le temps de poser un pied par…lune
    Ils vantent les mérites de leurs produits
    L’épagneul à la moutarde
    Une de leurs spécialités
    Ne s’exporte pas
    Mais dans le vaisseau nous avons déjà mangé
    Et bu du vin de Champagne en abondance
    La terre vue d’ici ressemble au derrière du démon
    Qui ne se fait pas prier pour le tendre
    A ceux qui veulent le baiser
    Car le démon a de nos jours beaucoup de fans
    Même les chanteurs de rock n’en comptent pas autant
    On descend dans le meilleur hôtel
    On nous y assure de la plénitude de la lune
    Ailleurs vous risqueriez de sentir ses cornes
    Et croyez-moi elles ne sont pas tendres
    Nous prévient l’homme aux clés d’or
    La nuit impossible de dormir
    A cause des aboiements de chiens torturés
    Le souvenir de la terre
    De ses rivières parfumées à la menthe
    Nous tient éveillés jusqu’à l’aurore
    Alors apparaissent les symptômes
    D’une maladie très courante sur la lune
    On a l’impression de voir migrer des virgules
    Bientôt suivies de points-virgules plus lourds
    La voie lactée bordée de parenthèses
    Lâche avec d’autres signes de ponctuation
    Des notes de musique
    Mais on n’entend rien
    Que le bruit de son estomac
    Un chiot y dort comme un enfant à naître
    Ah ne me dites rien de ces arbres
    Qui parlent tout bas pour ne pas être entendus
    Des passants peu pressés par l’heure
    Ne me montrez plus le bout de vos doigts
    Les ongles n’y repousseront pas
    Ni les roses ne refleuriront sous nos fenêtres
    Ne glissez plus votre langue entre mes dents je la mordrais
    Ne m’enseignez pas comment dormir sans risquer de tomber
    Si bas qu’il semble impossible de se relever
    De se rasseoir devant la table
    De constater la présence dans un bol
    Du café et de la lune flottant sur ce liquide noir
    Noir comme nos yeux quand nous sommes méchants.

  346. Éclaircie dit :

    Ah ! la colonisation de la Lune. Le film que tu en as tourné est fantastique !

  347. Éclaircie dit :

    Il dompte le vent, assis au bord de la grève
    Chef d’orchestre des vagues
    Elles jouent pour lui, inlassablement
    Une musique sans cesse renouvelée
    Il invente les sirènes pour les marins rêvant
    D’infinies aventures
    L’océan lui creuse des gouffres de douceur
    Où la lune illumine sa chevelure
    Du haut des falaises les arbres s’inclinent
    Et renvoient en écho leur couleur à l’écume
    Abrité des regards trop ardents du soleil
    Il tisse des filets pour rassembler les notes
    Que vous découvrirez en ouvrant vos volets
    Si vos yeux savent regarder plus loin que le jour

  348. Elisa Romain dit :

    Du ruisseau se baignant dans un reflet de lune à la lune terrifiante en forme de derrière, combien de fois nos paupières clignent-elles ? Jour et nuit alternent et favorisent la naissance des images.
    Entre deux clignements, mes yeux tenteront de « regarder plus loin que le jour ».

    Vos écrits sont fabuleux. J’ai l’impression, en vous lisant, de saisir un instant magique et qu’il faut me taire pour ne pas le faire disparaître…

  349. 4Z2A84 dit :

    Pour mesurer le temps
    Mieux vaut s’adresser au sablier qu’à l’océan
    Car l’océan nous mène en bateau
    Où nous ne voulons pas aller
    Vers ces îles paradisiaques
    Dont la barque coule sous le poids d’une libellule
    Bien sûr les palmiers y sont plus qu’ailleurs langoureux
    J’en connais toutes les ficelles
    La corde pour me pendre à leur cou
    Mes vagues sont dociles je les caresse
    Leur nombre ne dépasse pas celui des étoiles
    Mais je m’en contente
    A chacune je donne le nom d’un de mes cheveux
    A chacune le vent balaie les cils soulève les paupières
    On voit alors l’œil de la mer
    Un œil plus grand que le plus grand des continents
    Un géant clair
    Comme le soleil quand sa lucidité l’emporte
    Sur les manigances de l’ombre
    Les roues déplacent les maisons
    Suivies des rues attelées où tremblent les vitrines
    Au volant des automobiles
    Les conducteurs changés en momies dorment
    Ou font semblant un doigt sur la gâchette
    On se tue à tour de rôle dans les jardins
    Où les statues savonnées sentent la violette
    On suit mes conseils
    Même la montagne se couche
    Pour éviter la déferlante salée
    Qui sort de son boudoir en robe de tulle ramagée
    Avec en guise de crête un poisson
    Un léviathan devenu camériste.

  350. Éclaircie dit :

    Les poissons s’inquiètent des caprices de l’océan
    Lorsqu’il s’invite à la table de la lune
    Et pour elle se creuse, se cabre, gonfle et danse
    Ils savent ce qu’il advient s’ils sortent de l’eau
    Tout le poids du vent s’abattra sur les écailles
    Elles perdront leurs reflets nacrés jusqu’à devenir translucide
    Et se fondront un jour entre des grains de sable
    Heureux de leur ravir le temps
    Leur branchies devront apprendre à demeurer sèches
    Le chant qu’ils pourront faire entendre ne les console pas
    De perdre cette apesanteur lumineuse
    De perdre cet espace où la rondeur les entoure
    Où le silence est la musique de l’eau
    Qu’ils sont seuls à comprendre

    La lune au fil des nuits s’amenuise et disparaît
    Laissant les flots s’assagir
    Quelques poissons volants plus téméraires
    S’élancent encore à l’assaut de l’azur
    Offrant l’irisation au zénith avant de s’engloutir
    Retrouver la caresse des vagues

  351. 4Z2A84 dit :

    Poissons ne volez plus vous encombrez l’espace
    Que votre aire soit de repos et non aérienne
    Votre chair salée nos hélices la tranchent
    Et vos nageoires sont d’un faible secours
    Contre notre fuselage à l’épreuve du feu
    Et le profil aérodynamique de nos ailes de bronze
    Poissons le passé vous retient dans ses nasses
    Je suis un bombardier
    Je sais de quoi est faite la fumée
    Qui s’élève des trous que je creuse
    Dans la terre en lâchant mes engins de mort
    On y voit des âmes se tordre
    Car les âmes souffrent à l’instar des corps
    Et leur visage se crispe
    Comme en hiver la feuille de l’arbre sans défense
    Un sourire devient une fente
    Celle d’une boîte aux lettres
    Dans laquelle les missives d’adieu à la vie flambent
    Les yeux sautent hors de leurs alvéoles
    Et se séparent pour porter sur le monde
    Alors en adoration des regards différents
    Car devant le champignon les hommes s’extasient
    Comme devant l’autel où le prêtre officie
    Toutes les rivières même en colère échouent
    A éteindre mon lustre à souffler mes bougies
    Dans le silence où les poissons se réfugient
    Se trouve une lame de couteau
    Aussi large que le soleil
    Sur son disque tournent des chairs
    On s’aveugle
    En forçant le miroir
    Qu’il garde pour lui notre image
    La mienne parmi tant d’individus
    Recherchés pour leur inaptitude
    A vivre sans rêver.

  352. Éclaircie dit :

    L’eau a gelé dans le grand seau
    Retenant sous la glace
    Le reflet de la Lune
    Le froid sur ses joues
    S’amuse à lui blanchir encore le teint
    Dans le creux de cette nuit
    La lueur appelle à déchiffrer les signes
    La terre devant si beau tableau
    Retient son souffle et s’immobilise

    Le dormeur ne saura pas à son réveil
    La durée de son repos
    Ni le temps qu’il a fallu
    Pour que nos pensées se rejoignent

    Le vent plus doux libère l’image
    Nous marchons désormais
    Dans des chemins écartés
    Loin les uns des autres
    Offrant pourtant le même sourire
    Aux collines qui nous séparent

  353. 4Z2A84 dit :

    De « L’eau a gelé dans le grand seau… » j’avais dans un premier temps l’intention de citer les vers qui m’apparaissaient comme les plus poétiques. Pour cela je relus plusieurs fois ce texte et très vite je sus qu’il me serait impossible de choisir car TOUT y est nécessaire, nous donne à voir et à nous émouvoir. Il s’agit d’une description dans laquelle la rêverie prend « en douceur » le pas sur le réel. Chaque mot, perçu comme une note de musique, saute du clavier sur l’écran où tu l’accueilles avec ton sourire en lui offrant une place sûre dans un poème heureux.

  354. Éclaircie dit :

    Je me laisse bercer par tes compliments, 4Z, merci.

    ___

    Sous le givre l’herbe suspend son souffle
    Afin de retenir les paillettes
    Offertes par la nuit
    Lorsque le soleil caressera le pré
    C’est un ciel constellé d’astres
    Que le sol arborera au pied de la colline
    Les arbres pour le fêter auront accroché
    Ces petits lumignons à la pointe de chaque rameau
    Illuminations des plus éphémères
    Accompagnées de crépitements si légers
    Que seuls les oiseaux perçoivent
    Ou peut-être aussi l’enfant
    À peine sorti de la chaleur de son cocon

    Le plus grand mur de la maison protège ce tableau
    Tandis qu’à l’opposé la façade écarquille ses fenêtres

    Cet instant volé au petit jour
    Efface la brûlure du froid
    Pardonne le noir de la suie
    Entraîne la flamme
    Dans une danse toujours plus folle
    Et dessine dans la cendre
    Le sentier des saisons

  355. Éclaircie dit :

    Je réponds au silence
    je le sais qui m’entend
    au givre déposé
    sur le miroir du temps
    quand il suffit de lire
    les signes avant le jour

    Si je suis seule à dire
    à l’heure enténébrée
    la musique en suspens
    jamais ne se dilue
    sans recevoir d’écho
    ou de lumière vive

    Je laisse ouvert le livre
    dans l’ombre de ma vie
    la flamme partagée
    dessine les contours
    du regard destiné
    au veilleur de l’hiver

  356. 4Z2A84 dit :

    Le silence s’éveille
    Il sort de sa coquille
    Et salue le soleil
    Un soleil de décembre
    Qui renonce à lutter
    Contre le vent glacé
    Le trille d’un oiseau
    Ne trouve aucun écho
    Parmi les arbres morts
    Dont les nids désertés
    Pourriront sous la neige
    Cet oiseau que sa cage
    Abrite des frimas
    Compte sur son plumage
    Pour attirer les elfes
    Mais le ciel reste vide
    Nul vol ne trouble l’air
    On dirait que la terre
    A cessé de tourner
    On dirait qu’elle essaie
    De prouver quelque chose
    A quelqu’un d’insensible
    Vainement le silence
    Insiste pour parler
    De la mort à des sourds
    On lui ferme le bec
    La maison sous le givre
    S’endormirait sans une
    Œillade vers la lune
    Si la nuit prenait corps
    Les rêves chassent l’ombre
    Et la chambre s’allume
    Quand la cheminée fume
    Et que fondent les murs
    Alors l’écorce éclate
    Et l’on entend le cœur
    De la nature battre
    Un souvenir sonore
    Autour d’un berceau vide.

  357. Éclaircie dit :

    Beaucoup de charme et d’allure dans ces hexasyllabes. J’aime beaucoup, beaucoup !

    ____

    La lune
    depuis toujours intimidée
    par le regard brûlant
    du soleil
    se réfugie dans le giron de sa mère
    la terre

    Attirée pourtant
    encouragée par les étoiles
    et les poètes
    Elle ose la nuit
    afficher son profil
    ou son visage
    ronde opale
    Que jamais l’astre solaire ne brunira

    Toujours le vent l’escorte
    calmant le feu
    offrant voile de brume
    et fraîcheur de la pénombre

    Se dessinent alors sur ses joues
    les fines marbrures du plaisir
    que le froid de décembre rehausse

  358. 4Z2A84 dit :

    Je ne me lasse jamais des aventures de la lune racontées par toi.
    *
    Eclairé par un rayon de lune
    Ton visage tenait dans ma main
    Tu répondais à mon sourire
    En ouvrant largement les yeux
    Comme si tu étais étonnée
    De notre rencontre en rêve.
    Rien ne troublait les nuages
    Ils se contentaient de mourir
    A force de s’effilocher
    Ils ne couraient plus comme autrefois
    Quand nous leur faisions la chasse.
    Déployées les ailes fendent l’espace
    Comme la proue l’océan.
    Nous hésitions entre l’eau et l’air.
    Entre la terre et la lune des missives
    Voyagèrent à dos d’aigle.
    Et je t’écoutais me dire
    Que mes doigts cherchaient en vain
    Sur le clavier des touches miraculeuses.
    Rien ne s’exposait aux regards
    Des étoiles suspendues à la voûte céleste
    Ces mêmes étoiles ou peut-être d’autres
    Tissent aujourd’hui entre elles des fils
    Pour y prendre les mouches distraites
    Ainsi elles agissent comme les araignées
    Guettant avec une patience infinie
    Leurs proies toi et moi.
    Toi dans le creux de ma main
    Moi parmi tes ondes une note
    De musique hors de portée.
    On réparait la lune avec du béton.

  359. Éclaircie dit :

    Mais que dire de tes retours ? qu’ils sont enchanteurs.

    Cependant la lune ne t’est pas reconnaissante d’avoir évoqué le béton.
    Elle si légère chaque jour, chaque nuit. Résistant au vent par son charme, elle danse, en apesanteur dans tous les ciels. Une danse si lente qui lui demande une souplesse, un équilibre, une gracilité tels que le profane la voit immobile.
    Pour avoir voyagé à ses côtés, nous savons que rien mieux que la poésie ne répare ses fêlures s’il devait en apparaître dans la rondeur de ses courbes.
    Ne pensez pas qu’elle soit blessée, quand nuit après nuit, elle s’éclipse régulièrement. Elle se réfugie seulement auprès de ceux qu’elle aime et qui savent l’inviter au sommet d’un tilleul dans une ruelle ou d’un arbre sans nom sur la grande avenue.

  360. 4Z2A84 dit :

    …On armait la lune avec du béton.
    Mais tu as raison : elle repoussait cette arme trop lourde pour sa chair diaphane, elle glissait le long du fil tendu entre les deux étoiles invisibles à qui nous nous adressions quand s’épuisait l’espoir, elle souriait de s’entendre susceptible de voler comme une boule de neige par des enfants circulant en traîneau parmi des pins, elle suivait de l’ongle le sillage d’une comète, elle se souvenait de son éclosion quand la coquille de l’œuf se brisa enfin et que le soleil lui apparut, elle traversait à la nage des fleuves ou se laissait porter sur leurs lombes vers les deltas d’où les coquillages enregistrent la rumeur de la mer proche, elle adoucissait le feu en mêlant des glaçons aux bûches et aux brindilles qui l’entretiennent, elle extrayait de leur cadre les miroirs pour les restituer à l’eau, mère de tous les visages qui s’y noient…

  361. Éclaircie dit :

    J’ai accompagné la lune épanouie dans sa course du levant au couchant. Elle a choisi le plus grand arc de ciel prenant le temps d’illuminer la moindre fenêtre aux carreaux éteints. Lorsqu’elle est sortie des bras de la forêt, l’horizon s’est fait plus sombre afin que les ombres des arbres déjà nus se couchent au chemin offrant au gravier un reflet évanescent. Les vagues lointaines renvoyaient sur l’azur des marbrures d’écume sans affecter les contours affirmés de l’astre. Pas même de halo incertain pour ceindre son visage. Radieuse, elle a frôlé le toit de lauzes, caressé une dernière fois mon regard puis s’est retirée silencieuse.

  362. Éclaircie dit :

    La lune est la plus belle, juste au sortir du bois. Elle offre les couleurs de l’aube quelque soit l’heure. Du rose à l’orangé, se devine déjà le blanc dans toutes ses nuances crémeuses et fluides. Son reflet sur le carrelage, après son ascension, est chargé des paillettes de toutes les teintes qu’elle traverse.

    Liseré brun encadrant le blanc
    Le rectangle attend de s’étirer
    Tableau assis sur sa base

    Devenir carré sans ternir
    Grandir
    Se dresser sur le côté le plus frêle
    Résonner de tous les pas à venir
    Briller sous tous les regards
    Tapisserie aux points sans cesse renouvelés

    Puis l’espace plan gagne en volume
    Comme une bâtisse sans porte
    Ou toujours ouverte
    Que le vent trouve son chemin
    Conduise les échos
    Dans tous les angles … même plus loin

    Seuls quelques uns déploient le souffle
    Pour donner vie à l’ensemble

    J’entre et j’ouvre les yeux
    Je sais que vous m’accompagnez

  363. 4Z2A84 dit :

    Entre être SUR ou DANS la lune j’hésite
    Puisqu’il faut choisir je reste sur terre
    Car sur terre on peut rêver
    D’être sur la lune
    Un balayeur
    Là-haut en effet les feuilles mortes sont innombrables
    Quoique l’on n’y trouve pas d’arbres
    D’où viennent-elles on l’ignore
    Où vont-elles le balayeur le sait-il
    Interrogé il répond écrire sur des feuilles déjà mortes
    Telle fut depuis toujours la passion des poètes
    Mangées par la rouille leurs œuvres
    Produisent des gaz dans l’estomac de la lune
    Ils savent enfin que rien ne résiste à l’oubli
    Que tout finit emporté par le vent
    La vanité des poètes comme celle des dieux
    Mourut broyée par une machine à créer le néant
    Désormais nul d’entre eux ne sera jamais surpris dans la lune
    Par ses frères les hommes à la cervelle de canut
    On n’écrit plus que pour être compris d’eux
    J’écoutai ces paroles avec ma troisième oreille
    Puis je m’endormis sous un tas de feuilles
    Dont je ne jurerais pas qu’elles étaient toutes mortes

  364. 4Z2A84 dit :

    Chère Marie-Claire,
    Merci de remercier chaleureusement Vivien. Il fait de Poésie Fertile un site accueillant comme un jardin au printemps !

  365. Éclaircie dit :

    Message transmis, Jean-Claude. Vivien, dans son domaine, est pareil à nous, il apprécie le compliment…

  366. Éclaircie dit :

    On s’endort quelquefois si loin de tout décor
    Lors la vague grondante devient chant de sirène
    Nager plus loin
    Que l’eau soit notre peau

    Devenus bras de mer
    Nous étreignons l’enfant
    De l’océan
    Celui que nous portons et qui nous a porté
    Jusqu’aux sons étouffés

    Dans les profondeurs
    Où les yeux inutiles
    Sondent l’intérieur de toute image
    Les battements assourdis du sang dans nos tempes
    Scandent le refrain de la vie avant la vie

    Cette légèreté nouvelle
    Entraîne dans le sillon des flots
    Une danse dont on ne sait plus distinguer
    Les corps

    Et soudain les couleurs renaissent
    Les contours d’une chambre apparaissent
    Sur la page blanche et sèche
    On retranscrit le voyage
    Avec cette hâte de retrouver l’ombre
    De votre main rassurante

  367. Éclaircie dit :

    Elle vient et revient dans l’attente d’un écho
    Seul signe de sa réalité
    Comme la vague bat la grève et s’éloigne
    Pour toujours revenir
    Dans une étreinte éphémère
    Intense et désaltérante
    Si brève que l’on ne ressent ni l’attachement
    Ni le déchirement
    Mais le mouvement sans cesse renouvelé
    La caresse qui échappe à la main
    Celle qui se perd sur un tapis d’écume
    Et l’autre partagée le temps d’un éclair

    Elle garde les yeux ouverts
    Sur la lisière des vagues
    Même si le soleil l’invite à plonger
    La brûlure n’atteint pas le cristallin
    L’océan la protège de ses propres démons
    Il lui permet le temps d’un murmure
    D’être parcelle des flots à qui le ressac
    Offre enfin l’ébauche de la silhouette entrevue

  368. Éclaircie dit :

    L’attente est moins fiévreuse
    Mais un peu douloureuse
    À l’abri
    Sous l’arbre les primevères tentent
    De nous faire croire en un printemps précoce
    Le rouge du ciel matinal voudrait leur donner raison

    Pourquoi cette sensation de froid
    Au milieu des phrases

    L’eau partout envahit la moindre ornière
    Le ruisseau gronde sortant du lit
    Sur le forsythia une fleur s’est égarée
    Mais non
    Les oiseaux le savent et se gardent de chanter
    Trop fort afin de ne pas éveiller l’envie de nid

    Tous les miroirs éteints
    Restent de marbre sur mon passage

    On croise le vieux chien
    Pour combien de semaines et de jours
    Encore
    Le toit de la vieille bâtisse
    N’a pas résisté
    La pluie et le vent se sont joués de lui
    Les lauzes s’effritent songeant au muret
    Qu’elles auraient voulu voir se dresser
    redonnant vie au potager

    Jusqu’où le silence peut-il s’étendre
    Sans blesser la feuille sèche et fragile ?

    D’arabesque en arabesque
    Tous les jours
    Je guetterai sa venue

  369. Éclaircie dit :

    Au chevet de la nuit, je me suis attardée. Non qu’elle soit souffrante, mais j’aime guetter sa respiration tranquille, le moindre souffle de vent qui, dans le vieux cerisier, engendre une plainte à peine audible. C’est l’heure ou le ruisseau lance son chant tantôt doux et clair, tantôt grondant. La lune, croissante me laisse l’obscurité entière à voir. Elle a choisi le jour pour arrondir son profil.
    Ainsi nous nous croisons, elle me confie quelque nuage ou une étoile faiblement lumineuse.

    Et j’attends la première clarté pour découvrir les signes de vos passages.

  370. 4Z2A84 dit :

    On n’aurait jamais dû dire à la nuit je t’aime
    Car elle en profite pour profaner notre lit
    On a beau s’envelopper de draps noirs
    Se mettre à l’abri sous des plumes
    S’emmitoufler dans des langes
    Une oreille ou le nez dépasse
    Un orteil sort prendre l’air
    Une main pend hors du cocon
    La nuit trouve en eux des complices
    Elle s’introduit dans nos narines
    Et la voilà en train de squatter notre crâne
    Où l’encéphale réveillé en sursaut se dresse
    Et se dirige d’un pas féminin vers la croisée
    Qu’il ouvre largement en soufflant sur les vitres
    Il s’y penche pour voir de plus près la rivière
    (Car il y a toujours une rivière dans une de mes manches)
    Se brosser les dents avec des saules
    Ses dents sont trop nombreuses elle en a à revendre
    Elles luisent
    On dit qu’elles chantent
    Mais reconnaissez en l’eau la diva
    Dont le murmure enchante les mélomanes.
    Préparez-vous jardins à vous suspendre
    Et toi lierre trop affectueux à m’étrangler
    Avec la nuit d’où je m’échappe
    Par une issue de la taille d’un chas.
    Il nous manquera toujours de boire
    Le lait de la lune
    Dans un bidon tintinnabulant
    A l’aube à califourchon
    Sur le sillage d’une étoile filante
    A défaut d’une rampe d’escalier
    Sur laquelle repose la structure d’un immeuble de trente étages
    Sans ascenseur
    Mais chacun dispose d’une paire d’ailes
    Découpées dans le cuir et cousues à la main
    Par des viragos nées sur Vénus.

  371. Éclaircie dit :

    Entends la colline respirer calmement
    Son haleine de brume masque ses plaies
    Ouvertes par le vent devenu fou
    Après que la neige pesante a plié le moindre rameau

    Les cicatrices sur les branches à terre
    Ont encore la couleur du bois vivant
    La pluie et le soleil même froid
    Auront bientôt raison de ces géantes abattues

    Certains troncs se sont accrochés
    La bise est parvenue à soulever les mottes
    Solidaires des racines qui se croyaient à l’abri
    Dans la pente de l’ubac
    Plusieurs arbres couchés ne seront plus
    Que refuge aux insectes aux lierre et champignons

    Déjà les jeunes pousses dénudées par l’hiver
    Entrevoient leur avenir
    Le front haut la silhouette élancée et la mousse discrète
    Vert tendre et toujours humide dans le versant ombreux

    Nous guetterons anémones et muguets
    Que l’humus en abondance nourrira dans son sein

  372. Éclaircie dit :

    La lune m’a souri avant son bain de brume et m’a promis de revenir demain, dans sa rondeur parfaite, l’œil étincelant, riche du reflet des univers traversés et des regards que tu lui offres dans tes nuits sans sommeil.
    Elle habille de soie bleutée les branches que le froid entoure et jette aux chemins de petits éclats d’étoile crissant au matin sous le pas pourtant léger du passant à peine sorti du rêve.
    Elle attend la neige pour révéler toutes les teintes de blanc qu’elle sait peindre sur les coteaux.
    Une trouée au cœur des nuages chargés de flocons et l’on pourra la rejoindre depuis la colline jusqu’à ses quartiers d’hiver, évoluant dans cette ouate qu’elle seule peut illuminer.
    Elle sait attendre que notre marche nous conduise à l’orée du chemin ouvert sur son abri, là où même en l’absence de parole elle nous entend et nous répond.

  373. 4Z2A84 dit :

    A l’exemple de la Muse chère aux romantiques la Lune nous inspire. Et pourtant l’une et l’autre ne nous épargnent pas leur silence. Un silence dont on doit se débarrasser à coups de pelletées comme de la neige quand elle bloque les issues.
    Tes textes où la nature est magnifiée et rendue sensible dans sa propension à nous émouvoir et à donner à nos rêves une substance, illustrent ces peintres que nous aimons : Claude Lorrain, Caspar David Friedrich, Camille Corot…

  374. 4Z2A84 dit :

    « Un souffle vient de plus loin, qui traverse et dépasse les murailles grises de notre malheur commun. Mais son accueil en nous-mêmes exige patience et silence vigilants. L’ouverture à l’infini agissant, au Vivant-Qui-Parle, troue les brouillards monotones de l’ennui. Cette ouverture constitue pour nous la seule révolte efficace, la rupture démesurée des cloisons carcérales qui nous écrasent de tous côtés. Le lieu de nulle part, invisible mais charnellement présent, est, en nous, la seule et vraie patrie. »
    (Claude Vigée, « Apprendre la nuit »)

  375. Éclaircie dit :

    Le titre du recueil de Claude Vigée, « Apprendre la nuit » est déjà si beau. L’extrait choisi m’évoque la relativité des cages, l’aptitude de l’homme à trouver l’équilibre entre l’infiniment blessant ou/et exaltant, l’appropriation des musiques inaudibles les yeux ouverts…

    Travailler en poésie, n’est-ce pas tenter de parvenir à écrire ce que l’on n’ose ou ne sait pas même se dire à soi ?
    Cette recherche est infinie, tant les mots à leur création ont servi la seule survie alors que les sens de l’homme lui ouvrent un univers qu’il ignore en partie.

  376. Éclaircie dit :

    Le feu sans flamme sans braise couve en mon ventre. Tous les signes que j’envoie se veulent étincelles, les yeux grand ouverts pour saisir l’infime lueur qui révélerait l’image encore inconnue.
    Parfois seul le froid reste entre les doigts et le grondement silencieux des entrailles devient blessure.
    Blessure palpitante, aux couleurs du couchant ou du torrent choisissant les rocs qu’il soumettra par sa force et son attraction vers les gouffres.
    Dans le moindre interstice de la paroi de cette grotte, se tapit l’immensité bien cachée pour ne pas effaroucher le balbutiement encore malhabile mais perceptible lorsque les fenêtres s’ouvrent sur le vide ou sur la surface du lac, miroir des peurs et des espoirs.

  377. 4Z2A84 dit :

    Je fais un pas vers l’abîme il s’enroule
    Autour de ma cheville
    Et je recule épouvanté
    La fraîcheur d’un serpent
    Ne convient pas à ma température
    J’ai besoin de chaleur et d’un peu d’amitié
    D’un volcan à proximité de mon cœur
    Mon cœur que vous utilisez
    Est-il un fer à repasser
    Le linge
    Le linge de l’humanité
    On le lave on le frotte on le tord on le sèche
    Il reste sale – un drap
    Or sous ce drap mourir semblerait doux
    La lampe s’endort avec nous
    Autrefois on soufflait la flamme
    De la rassurante bougie
    Je vous ai vue l’éteindre entre vos doigts humides
    Je vous ai vue fermer mes yeux
    Quand vous les occupiez si bien
    En robe de mariée ou nue
    Ils n’étaient jamais assez grands
    Pour accueillir tous vos jardins
    Ni pour y poser des fenêtres
    D’où nous regarderions la mer
    Dans son numéro de diva toujours le même
    Alors nous manquerions de mains pour l’applaudir
    Nos poumons au fond de l’abîme
    Ne cessaient pas d’aspirer l’air
    Le mauvais air celui des chambres
    De convalescents attardés
    La montagne écartait ces nains de son royaume
    Ambitionnant un trône au ciel plafonds et voûtes
    La contrariaient au point de lui insuffler l’art
    De se bâtir un escalier monumental
    Avec l’appui du vent ce rêveur difficile
    A convaincre ce puits
    Retourné comme un gant
    Cette eau privée de chair
    Le sol glissait au-dessus de nos têtes
    Quelqu’un sifflait à qui les oiseaux répondaient
    N’entre pas chez nous par la bouche
    Ni par le trou d’une souris
    Nous fermons les forêts au cadenas la nuit
    Puis l’aurore chasse les monstres
    Nous serrions dans nos sacs toutes les provisions
    Dont il faut se munir pour affronter une ombre
    Elle attendait
    Nous n’osions pas bouger
    Nos mains jouaient les mortes
    Et notre souffle retenu patientait mal
    Au tissu déchiré de la terre une aiguille
    Et du fil répondirent
    Au feu l’eau s’empressa de donner la réplique
    Je m’avançai vers toi
    Pour me baiser au front
    Nos peaux n’en firent qu’une
    Un abri dont la pulpe
    Profita – sans compter le ver qui s’y creusa
    Un tunnel comme nous dans le sable spongieux
    Nous ouvrîmes toutes les portes
    Elles empêchaient les glaciers
    De glisser le long des gouttières
    Ainsi ton embonpoint montagne
    Fondit comme neige brûlée
    Nous fermâmes les robinets
    Des averses les plus abruptes
    Disciplinée la pluie subsiste
    La grêle frappe d’autres toits
    Que ceux qui disposent de nous
    Pour cultiver parmi leurs tuiles
    Des arbres apprenant à voler sans bréviaire
    Des cigognes à la retraite
    Des citrouilles écervelées
    Des vignes en conflit social avec le vin
    Sur le dos des dragons au repos tout fleurit
    Tout dans vos yeux se lit
    Même vos plus secrètes craintes
    Les miennes sont tombées en automne – on ramasse
    Les plus légères pour l’exemple
    L’humus se nourrira des autres

  378. Éclaircie dit :

    Envoûtant, à plusieurs titres. Les divers temps employés dans ce long poème nous mènent dans des époques parallèles, dont on ne sait plus très bien distinguer le présent , ou plutôt les présents, le réel et les réels.
    Images fabuleuses. Qu’elles s’impriment dans un coin de mon cerveau et peut-être saurai-je poursuivre.

    Matin de mots plus grands que les yeux
    Le drap s’écarte des visages figés
    Se déploie protégeant une silhouette imprécise
    Au souffle audible
    Comme celui des montagnes
    Nées sous ta main
    Les rivières se jettent aux pieds de ces géantes
    Les rives s’écartent
    Que l’eau vienne lécher les premiers troncs

    Plus loin
    Le sommeil prend son temps
    Il ne dissipera pas son voile
    Avant le voyage de la pluie vers l’océan

  379. 4Z2A84 dit :

    Après le « sommeil » qui « prend son temps »
    le « matin » est tressé « de mots plus grands que les yeux ».
    Splendide poursuite d’une vaine ascension. Merci Eclaircie-du-Tilleul-ailé.

  380. Éclaircie dit :

    Concilier la peau et la pensée
    Réconcilier le pas avec le rythme régulier
    Du temps indifférent à toutes les failles et fractures
    Le geste sera doux mais ferme
    Autant que ce regard sur la nuit avant qu’elle ne s’éloigne
    La main ouverte et libre pour caresser le vent
    Le chant doublé de l’écho dépassera la haie d’aubépine
    Les rides dans la voix souriront aux pattes d’oies
    Gagnées de haute lutte
    Les pupilles regardant le soleil en face
    Les yeux seulement voilés par le sommeil bienvenu

    Je sais ce personnage et ses empreintes bien ancrées
    Dans les chemins de l’hiver
    Est-il réel ? Je veux le suivre
    Jusqu’aux sentiers d’été
    Où la poussière recouvre et absorbe toute trace
    Offrant un parcours inconnu
    Mais cependant jalonné de feuilles séchées
    Laissant deviner quelques bribes
    De conversations improbables

  381. Éclaircie dit :

    Espace blanc cerné de bleu
    Ne pas le souiller de mille signes incohérents

    Quand la limite entre le rêve et le jour s’estompe
    Poser le regard sur l’instant fragile
    Entre quatre murs rien ne distingue l’irréalité
    Le soleil franchit la fenêtre et révèle
    Toutes les poussières accumulées
    On s’imagine parlant des heures et des heures
    Pour un public ébahi
    Seules des statues entourent la pièce

    Puis nous sortons poser la main sur le tronc
    De cet arbre que nous avons toujours vu là
    Dans les sentiers
    Ce sont nos pas qui marquent de leurs empreintes
    Le creux du passage
    Mêlées à tant de traces dont on voudrait connaître
    Chaque origine

    Au retour une petite musique nous ouvre la voie

    La colline nous attend
    Demain
    Qu’importe notre démarche
    Les feuilles de la saison dernière
    Sont encore ce tapis si doux sous le pied

  382. 4Z2A84 dit :

    Si nous voyagions sur des ressorts de toit en toit
    Nul ne s’en souvient ni n’a filmé nos exploits
    Ne cachez plus sous votre lit des rivières
    Dont le chuchotis berce les explorateurs du silence
    Car on ne trouve rien sans sel
    A l’homme les condiments sont plus nécessaires
    Qu’aux marées la soufflerie d’une forge tempérée
    Les nuages se forment ils se font et se défont avec le concours de nos viscères
    Si nous cessions de battre tambour la boue se mêlerait à la bonne purée
    Comment distinguer de ses rives et de ses quais le fleuve
    Comment ne pas se noyer dans la pierre
    Comment ne pas heurter l’eau comment éviter l’œuf
    Quand cette eau cette pierre et cet œuf inspirent au singe son unique tableau
    On peut le voir sur un de ces murs en mouvement perpétuel
    Exposé la nuit à l’heure indue où la lune éclaire
    Nos chambres avec nos lits dont les rames plongent sans résultat dans la vase
    Nos vains efforts pour nous sortir des marais stimulent le coucou
    Le plafonnier s’éveille il en tombe des poissons rouges
    Alors la mer ne se contente plus de lessiver nos côtes
    Elle entre dans les salles de spectacle où viennent d’être frappés les trois coups
    En robe tissée de vaguelettes avec un col d’algue et de lierre subtilement parfumé
    Vous l’admirez comme on saluerait l’apparition
    D’un sentier de chèvre dans un jeu de cartes
    Vous me prenez par la main pour que nous franchissions tous les obstacles
    Même ceux qui ne se dresseront jamais faute de munitions
    Les arbres ont bu trop de nuages ils sont ivres
    Leur ombre si elle les rejoignait ne se tiendrait pas longtemps debout
    Leurs feuilles en tremblant produisent une très fine musique
    Ceux dont les oreilles traînent partout l’écoutent
    Cesse alors de ruer la mer enfermée dans l’armoire
    Près du linge plié propre aromatisé aseptisé vidé de notre mémoire.

  383. Éclaircie dit :

    Ne cessez jamais de me parler de l’océan
    Que l’étendue soit trop vaste
    Pour en faire le tour
    Commencez par le ruisseau
    Qui au soleil se cache
    Ou par la neige, la glace respirant à peine
    En attendant de dévaler la pente
    Des montagnes qui cueillent le printemps
    Comme le regard guette l’étoile reflétée sur le lac
    L’eau s’étale sur les champs encore brun
    Regardez dans ces mares les prémices de vie
    Si parfois les galets s’entrechoquent
    Laissez les se polir
    Qu’ils soient doux dans la main
    Même lourds dans la poche

    Ne cessez jamais de me dire la rivière
    Mon lit sera le sien
    Son lit sera le mien
    Nos mémoires s’épouseront
    Et dans les vagues géantes ou calmes
    Nous dessinerons toujours le contour de vos chants

  384. Elisa Romain dit :

    Faut-il troubler la surface de l’eau, poser ici des mots après les vôtres ?
    N’est-il pas préférable de laisser s’apaiser le tourbillon qui est en nous grâce à cette lumière que nous cherchions et qui vit ici ?

    « La fenêtre s’ouvre sur le vide » est une image saisissante.

  385. Éclaircie dit :

    La surface de l’eau est en perpétuel mouvement. Des vagues lui parviennent de toutes les pages ouvertes, offertes.
    La lumière est celle des regards posés sur l’onde réfléchie par les ricochets qu’ils provoquent.

    Nous continuons d’écrire à l’encre noire alors que l’écriture est lumineuse. La lumière parfois si vive, si crue invite à cligner des paupières, à respirer, et revenir sur la berge de ce fleuve dont on ne connait vraiment ni la source ni la destination.
    Nous abandonnons nos visions au fil du courant. Elles deviennent tourbillonnantes ou étales.
    Combien d’espaces j’ai guettés le matin, les yeux encore fermés imaginant le miroitement du jour ou le reflet de la lune curieuse de lire entre vos lignes.

  386. Éclaircie dit :

    Les silences, s’ils ont partout la même sonorité absente,
    n’ont jamais de goûts semblables.
    J’en connais de frais sur la langue
    picotement à peine perceptible
    saveur acidulée de la joie studieuse.
    Ou, soupir qui n’ose franchir l’orée de la nuit
    sel et poivre trop présents
    masquant le fumet des sons tant espérés.

    Puis la musique prend naissance
    elle invite la voix par delà les murs
    sûre de l’écho grandissant dans le ciel
    sans que jamais l’oreille n’éprouve de souffrance
    et que les yeux ouverts jamais ne se détournent

  387. 4Z2A84 dit :

    Ton écriture est lumineuse. Comment fais-tu pour que ton encre ne soit plus noire ?
    Nous te parlerons de l’océan et des rivières car si l’eau tente parfois l’ascension du ciel elle finit toujours par retomber. Ainsi continuerons-nous longtemps à la caresser dans le sens du courant. Quant au silence il ne noiera jamais le murmure de la source, le tam-tam sourd du cœur humain, la musique de la pluie dont chaque goutte possède sa note comme chaque mot de tes poèmes participe à la floraison de la voie lactée.

  388. Éclaircie dit :

    Ce matin l’encre fût invisible. Le jour m’a surprise alors que pas un son n’était sorti de mon clavier.
    Et c’est en silence que j’ai apprécié tes quelques mots et ton beau compliment.

  389. Éclaircie dit :

    Où êtes-vous
    Lorsque je ne ne pense pas à vous ?

    Le sable déjà recouvre la main
    Blanchit la peau
    Le mouvement s’effondre
    Avant d’avoir ouvert les bras

    Le chemin creusé jadis
    Disparaît par les yeux fermés
    Les sons vibrant dans le vent
    Guident un sommeil attendu

    La rivière ne sait pas franchir
    L’écueil de nos lassitudes
    Elle s’engouffre au ventre de la terre
    Cherchant quelque grotte
    Où protéger sa limpidité

    Le réveil viendra-t-il
    Arc-en-ciel de syllabes
    De phrases désordonnées
    Que nous comprendrons
    Même sans les prononcer ?

  390. 4Z2A84 dit :

    Les torrents n’en font qu’à leur tête
    Quand ils se ruent sur la vallée
    Où l’herbe étouffe des émeraudes

    On ne fait pas un pas de plus
    Sans risquer la perte de son audition
    Car du ciel froissé tombent les notes
    De musique parmi des flocons
    Que les fleurs aériennes sèment

    Si la source ferme un œil
    L’eau s’immobilisera
    Et la montagne dont le front surplombe nos jardins
    Doucement lentement commencera de fondre
    Avec ou sans le soutien du soleil
    Comme un bonbon résistant sous la langue

    Les arbres verront s’envoler leurs feuilles
    Vers la mer où les élèves du vent
    Jouent à saute-mouton pour se désennuyer.

  391. Éclaircie dit :

    Les mains au bout des bras sauront-elles accomplir les gestes ? Les mots sont tout à la fois trop bavards et trop silencieux pour être le reflet des mouvements d’un corps enfin libéré du poids des regards.

    Je ne veux trouver dans vos regards
    Que le reflet de l’océan
    De cette eau si tendre et bienveillante
    Caressante et fraîche
    Vive et maternelle
    Les bulles formées par les phrases
    Viennent à la surface chercher l’écho de la lune
    Et s’enfouissent par un soleil trop perçant

    L’ondulation des chevelures
    Dictent le rythme de cette danse
    Exécutée tant de fois les yeux fermés
    Sans d’autre mouvement que celui des lèvres
    Ou des doigts sur le piano absent

    En apesanteur la rivière
    Choisit parfois l’amont
    Retourne à sa source
    Veut se vivre encore torrent
    Elle appelle la pluie
    À gonfler son cours
    Pour se précipiter
    Fière et haletante
    Dans le lit de son amant

    Le printemps n’est jamais raisonnable

  392. Éclaircie dit :

    On affiche un sourire pour masquer la grimace
    Intérieure
    Lorsque l’on a creusé de profondes ornières
    Juste sous son pas
    Et plutôt que de voir la libellule
    Venir se désaltérer
    La belle affiche orner le mur
    Les phrases se suivre comme écharpe de soie
    On ferme les yeux
    Les chaussures boueuses
    Devenues trop lourdes
    Nous mènent au bord de l’étang
    Nous ne ferons pas un geste de plus
    Effrayés de la limpidité qui pourrait
    Dévoiler le vide derrière le masque
    Révéler le cri qui devrait être musique
    Assortir les couleurs jusqu’au rouge vivant

  393. Éclaircie dit :

    Entre le mur et son ombre
    Se sont faufilés quelques herbes folles
    Pâles mais solides
    Entre mon sommeil et la nuit
    Se glissent les mots que vous ne prononcez pas

    Le silence emprunte les chemins abrupts
    Révèle les verts les plus tendres
    Le parfum des aubépines
    Et la hâte de s’allonger au bord du ruisseau

    L’eau toujours raconte une histoire

    La mousse sur les tuiles
    Retient les secrets que le grenier lui confie
    Par la lucarne ouverte
    La lune dépose son empreinte sur un cahier jauni
    L’escalier se replie autour des marches usées
    Les fenêtres qu’aucun volet ne masque
    Distillent les heures et les reflets d’un rire

    La toile grandit sous le pinceau de l’artiste
    Les façades oublient de se dresser
    On ne sait plus de la maison ou des collines
    Qui entend le mieux le souffle du vent

  394. Elisa Romain dit :

    Les mots, que nous ne prononçons pas, sont hébergés dans une belle maison avec un grand jardin. L’herbe y est verte, les arbres protecteurs et le vent complice et doux.
    Le silence, là-bas, n’est que de paroles. La tête levée, on peut entendre les oiseaux, les grenouilles… tous les animaux qui cherchent à nous apprivoiser.

    Et puis, dans ce lieu qui fait tout oublier tant on y est bien, tout à coup, on se dit que les jours ont passé et qu’on est le 23 avril. Alors on vient sous ta fenêtre, Eclaircie, et on se met à chanter, au risque de faire venir la pluie :

    Joyeux anniversaire
    Joyeux anniversaire
    Joyeux anniversaire
    Eclaircie,
    Joyeux anniversaire.

    J’espère qu’il fait encore beau(ou peut-être ton jardin avait-il besoin de pluie ?)et je t’embrasse autant de fois que tu as de joues, multiplié par deux.

  395. Éclaircie dit :

    Le soleil, tout aussi charmé que je suis émue de te lire, est là, à mes côtés.
    Nous tendons toutes nos joues.

    Pour accompagner tes mots, ce matin le ciel m’a offert un arc-en-ciel avant de prendre ce ton de bleu qui enjoint à sourire à la vie.
    J’ouvre ma fenêtre, toute grande, et je te remercie, Élisa.

  396. 4Z2A84 dit :

    Je réponds de toi
    Comme de moi-même
    Qu’importe le toit
    Si le jour nous aime

    Entrons dans le ciel
    Par une lucarne
    Tout semble essentiel
    Quand rien ne s’incarne

    Ton visage éveille
    En moi l’illusion
    D’une autre merveille
    Entre les avions

    Tu es le nuage
    Inutile et beau
    Dont l’air porte ombrage
    A notre tombeau

    Notre échelle atteint
    Trop vite la lune
    Ce n’est qu’au matin
    Qu’il tombe des prunes

    On nous surprendra
    Comme des voleurs
    Sous un même drap
    Presque à la même heure

    Toi changeant de sexe
    Par désœuvrement
    Moi dans une annexe
    De la nuit qui ment

    Il pleuvra trop dru
    Pour espérer vivre
    Comme une verrue
    Sur le dos d’un livre

    **
    *
    Quelque chose

    J’essaie de te dire quelque chose avec mes lèvres qui tremblent avec mes lèvres fiévreuses
    J’essaie de te dire quelque chose avec mes yeux pleins de larmes avec mes yeux noyés
    J’essaie de te dire quelque chose avec mes mains qui n’osent pas te toucher qui n’osent pas un signe vers toi
    Vers toi qui pourtant es mon signe
    Qui es mon cygne

    Quelle chose te dirais-je donc ? Ah ! tu la sais !
    Comment pourrions-nous nous la dire et nous la répéter sans cesse
    Cette chose qui n’a pas trouvé son mot pour l’exprimer ?
    Et qui fait geindre les malades sur leur lit à l’heure où le petit jour les réveille et avec eux leur tenace douleur
    Et qui fait trembler de froid les enfants sur le chemin de l’école par des matins bourbeux, dans des paysages désolés
    Et qui fait pousser de petits cris à la vieille si lente à allumer son feu parce qu’elle est trop vieille

    Mais toi tu es jeune
    Et tu as l’insolence et la majesté du cygne
    Et sa blancheur aussi.

  397. Éclaircie dit :

    Le chemin n’a jamais existé avant que tu l’empruntes
    Il attendait que tu le dises
    Le dessines
    Le bordes de ces arbres protecteurs

    Les oiseaux n’ont pas été surpris
    De cette brèche dans l’immense forêt

    Le murmure que le couvert protège
    S’élance de branche en branche
    Contourne le ruisseau après s’être rafraîchi
    Parfois s’endort dans la mousse
    Et renaît sous les rayons de lumière
    Dévoilés par le vent

    Ton pied ne sait que fouler
    Pavés et bitume
    Mais personne ne connait l’immensité
    Des paysages qui naissent à chacun de tes pas

    Dans ton pas, je glisse mon pas
    J’écoute et tu chantes
    Je chante et tu entends

  398. Éclaircie dit :

    La maison s’enfonce doucement, progressivement dans le sol.

    Dans la grande pièce, les murs sont entièrement masqués par des étagères soutenant des livres de toutes tailles et de tous formats. Le lecteur confortablement assis dans un fauteuil, au centre, n’a pas conscience du mouvement ; la lumière semble naturelle mais comme sortie des pages de son volume ouvert.
    De chapitre en chapitre, de recueil en étude, il ne reste bientôt que le toit de la bâtisse, la couverture, émergeant d’une esplanade lumineuse.
    Une main s’approche, se tend et saisit la « couverture » de cet ouvrage ouvert à la page cinquante-huit, puis en tourne délicatement les feuillets. Une table en bois soutient les coudes, une chaise paillée accueille ce nouveau lecteur. On ne sait si le jour est levé ou non. Un halo de lumière dont on ne peut déterminer l’origine permet une lecture aisée. Se dessinent alors des cloisons faites des rayonnages d’une immense bibliothèque allant du plancher au plafond.

    Puis soudain, la maison s’enfonce doucement, progressivement dans le sol…

  399. Éclaircie dit :

    Le soleil au matin
    S’est habillé de froid
    Parant ainsi le ciel
    De reflets métalliques
    Le vert de tout brin d’herbe
    Devient alors plus tendre
    Au travers de la vitre
    L’œil à peine entrouvert
    On voudrait se glisser
    Au ventre de la terre
    Observer le chemin
    De ces paillettes d’eau
    Se fondre en leurs cristaux
    Et nourrir chaque tige
    Des fleurs de nos enfances

  400. 4Z2A84 dit :

    Le soleil a surgi
    De la nuit comme un tigre
    Hors de sa cage et d’or
    Nous inonde. L’abri
    Trouvons-le sous cet arbre
    Où pour nous accueillir
    L’ombre allonge les bras
    Une ombre que l’on serre
    Et que l’on croit saisir
    Quand la terre l’absorbe
    Avec nos illusions…
    Le feu force l’obstacle
    Aucun front ne résiste
    Aux ressacs de ses kriss.
    Alarmés creusons l’arbre
    Dans lequel une barque
    Danse : notre salut.
    *
    Le soleil a surgi de la nuit comme un tigre
    Hors de sa cage et d’or nous inonde. L’abri
    Trouvons-le sous cet arbre où pour nous accueillir
    L’ombre allonge les bras, une ombre que l’on serre
    Et que l’on croit saisir quand la terre l’absorbe
    Avec nos illusions…Le feu force l’obstacle
    Aucun front ne résiste aux ressacs de ses kriss.
    Alarmés creusons l’arbre
    Dans lequel une barque
    Danse : notre salut.
    *

  401. Éclaircie dit :

    Au creux de l’arbre, certains reposent après la vie
    Au creux de l’arbre, certains s’endorment
    Si le vent ne trouve pas la brèche du tronc
    Ni ne déracine le géant aux bras ouverts
    Je marcherai jusqu’à rejoindre l’abri
    Je le partagerai, le temps d’un songe
    Avec les rires et les pleurs qui m’auront précédée

    Plus forte des coulées de sève entre l’écorce et la pulpe
    Je tracerai le chemin pour revenir au port
    Qui peut dire si sur les vagues
    Les branches blanchies par le ressac
    Ne sont pas les restes de l’asile de celui
    Dont on entend le chant au fil des marées
    Tandis que les feuilles pansent la blessure azurée

  402. 4Z2A84 dit :

    Ton arbre est magnifique.
    Il y a trois ou quatre ans j’écrivis :
    .
    L’arbre
    .
    Un arbre qui n’avait que son ombre à t’offrir
    Te protégeait contre la chaleur de l’été
    Que t’importait que sur les branches nul oiseau
    N’envisageât de se construire un nid durable
    .
    Cet arbre solitaire effrayait les passants
    La foudre l’évitait il était ton refuge
    Tu écoutais son cœur battre à travers l’écorce
    De son tronc formidable et lui devait entendre
    .
    Ton souffle Il dominait la vallée dont le fleuve
    Serpentait à travers des masses de verdure
    Des objets scintillaient sur le toit des villas
    .
    Oisive tu laissais se poser ton regard
    N’importe où sur ce beau décor Ton compagnon
    L’arbre frémissait-il de te savoir heureuse
    .

  403. Éclaircie dit :

    Très très sympathique et attirant ton « Arbre ». Il me semble le reconnaître, l’aurais-je déjà rencontré ?

  404. Éclaircie dit :

    Pas un buisson ne tait le bruissement de juin, sa douce chaleur et son vert désormais profond.
    Les arbres savent maintenant le nombre de fruits qu’ils auront à offrir. Le vieux cerisier pour sa dernière année de bout veut terminer en beauté. Les cerises, pas très grosses, ont ce parfum jamais égalé.
    Dans mes chemins, je cherche l’ombre fraîche.
    Le prince et sa princesse qui, samedi, scellent leur vie fouleront un sol sec, riche d’herbe tendre, chargé de nos rires et prometteur de toutes leurs envies.

    Les chats, allongés sur la terrasse se souviennent du chien dont le souffle régulier ponctuait les heures, attendant le soir pour profiter de sa joie de courir sur la terre chaude mais que le soleil avait déjà quittée.

    On peut rester ainsi des jours et des jours à éprouver la douceur du lieu. Si pas un être ne vient dans la ruelle, la pensée se tourne vers ceux, au loin, dont on attend les mots et l’on cherche soi-même la phrase inexplorée, celle qui dirait, lorsque les lèvres ne parviennent pas à traduire, tout ce que les yeux voient, savent, aiment, chantent, toujours en silence et en liberté.

  405. 4Z2A84 dit :

    La phrase inexplorée ! Cherchons-la autour de nous et en nous-mêmes. Elle contient tous les mots. Ainsi le cerisier y retrouve ses petits, les mariés leurs premiers fous rires, le chien sa patience avec les chats aux yeux vairons, le soleil ses chapeaux, ses toits et son feu d’artifice quotidien.

  406. Éclaircie dit :

    Pas un nuage hier n’a osé s’immiscer
    Dans ce ciel peint en vert
    Bis et noir se sont mariés
    Pour porter vos sourires
    Plus haut que la montagne boisée

    Vous voyagez sur la moindre feuille
    Visiteurs de chaque recoin de pré
    De forêt, d’étang.
    Vous ouvrez les chemins
    Inconnus des yeux baissés
    Invisibles des géants et des nains

    Demain, demain…
    Les rires d’enfants rejoindront
    Vos chants
    Le clapotis des vagues
    À vos bras caressants
    Auront le reflet
    Du soleil levant, couchant
    Étreinte plus forte que la foudre
    Au somment des mâts
    Lorsque la nuit appelle la lumière
    Le jour sait alors attendre
    Que les rampes étincelantes
    S’atténuent
    Calmes et heureuses de la vision entraperçue

    Vos regards tournés vers demain
    N’ont rien oublié de la grâce d’hier
    Et resplendissent des éclats d’aujourd’hui

  407. Éclaircie dit :

    Dans le petit sac à dos
    un oiseau dort
    bercé par ce pas irrégulier
    qui plus tard
    lui donnera l’allure chaloupée
    lors de ses premiers vols

    La lumière s’est éteinte seule
    lorsque les yeux déjà fermés
    les iris voyageaient déjà
    dans ce pays de forêts
    de sentiers menant tous
    à la même clairière
    et d’eau vivante
    vibrante
    aux reflets des premiers jours

    Vous trouverez
    ou pas
    le parchemin
    mon bonheur couché entre ses lignes
    peut attendre
    des lustres avant que la lune
    ne le mette en évidence

    Un soupçon de poussière
    Une ride
    rehausseront son éclat

    Dans les rires de vos enfants
    ma voix se mêle

    Si je ne suis parvenue
    qu’à l’orée de l’océan
    je vous vois marcher sur l’eau
    nager dans les grandes vagues
    vous nourrir des bribes
    que j’ai polies pour vous.

  408. Éclaircie dit :

    5 heures, le hérisson se glisse furtivement sous les framboisiers arrosés de la veille, à la recherche de quelque limace gourmande. Les passereaux savent que le meilleur du printemps s’étale sur de longues heures et rivalisent de pépiements et chants en tous genres.
    L’est ce matin affiche de grands nuages, dont la couleur noire n’est pas définitive. Le jour venant les parera de toutes les nuances de l’orage : gris, blancs, parfois jaunes.

    Je sens ces battements sourds et rythmés au creux de l’estomac. Les pulsations courent le long des bras pour se concentrer dans les mains, puis les doigts s’agitent, sans rime ni raison.
    Le ronronnement du chat m’invite au calme.

    Ils ont retenu le meilleur
    les gouttelettes scintillantes et non l’eau glacée
    le rose dans le ciel chargé
    l’arbre avant que le poids des ans ne le mette à terre

    Je peux fermer les yeux
    l’image restera sur ma rétine
    le chemin creusé depuis si longtemps
    comble ses ornières
    absorbe l’eau des longues pluies

    Le vent s’apprête à emporter les graines
    je lui ai confié les petits caractères
    qu’il saura mettre en ordre

    Sous la pierre
    jamais le cœur n’a été aussi vif et beau.

  409. Éclaircie dit :

    La nuit a retrouvé sa fraîcheur, la lune sa brillance, les étoiles leurs places respectives, bien sages. Le vent a abandonné la partie, les nuages sont allés si vite qu’ils n’ont pas déposé la moindre empreinte.
    Le chant des oiseaux a-t-il changé ? Non, indifférents à la moiteur ou la sécheresse de l’air, ils rivalisent d’audace phonique. Certains que leurs oisillons seront les plus beaux, les plus forts, ils l’annoncent à qui veut l’entendre. Dans cette aurore calme, papillons, chauves-souris et quelque véhicule automobile sont les seuls témoins de cette aubade.

    C’est encore l’heure de tous les possibles. Il faudra apprendre à vivre pour soi-même avec son seul reflet dans le miroir, ne pas toujours guetter les signes des échos, des ricochets. Etre la pierre et le rebond, être le son et sa résonance.

  410. 4Z2A84 dit :

    Le sable boit l’encre
    Et le vent disperse les mots

    Le monopole de l’écriture
    Appartient au passé

    Ton regard ne croise plus le mien
    Ni en rêve ni sur un fil

    Nous survolons des champs
    Où de la poésie laissée en jachère
    Ne subsistent que des cosses

    Même dans le ciel l’eau menace
    De noyer le moteur du tapis volant

    Nos visages deviennent ceux de n’importe qui
    On les gonfle avec une pompe à vélo
    Ils flottent parmi les nuages
    A coups de bec un oiseau les crèverait
    S’ils n’étaient plus protégés par leurs souvenirs
    Du plus charmant sourire s’échappait ton consentement
    Nous nous disions oui sans restriction
    Encore une fois je lis dans tes yeux notre infortune
    Encore une fois je signe sur tes joues le contrat
    Nous abandonnons le monde à la lune
    Et la lune en bonne bulle éclate
    Sans bruit comme on se tait pour toujours.

  411. Éclaircie dit :

    Énorme balle au levant, demain
    La lune joue son premier rôle
    les étoiles s’apprêtent à lui souffler
    les mots que nous voulons entendre
    si jamais elle les oubliait

    Ce rendez-vous que nous attendons
    la tête posée sur l’oreiller
    l’œil fermé mais vigilant
    à la moindre variation de lumière
    Ce rendez-vous
    nous seuls en savons le prix
    l’ombre envahissant le papier
    l’éclair masquant les signes
    et le regard des autres
    nous prenant pour des fous

    S’ils savaient comme notre folie
    est l’empreinte de la liberté
    qu’ils n’ont pas su cueillir
    au détour du chemin

    Quand nos pas vacillent légèrement
    nos têtes restent droites
    cherchant à respirer le vent
    à frôler les nuages
    pour happer la rosée avant l’aurore

    Le cadre est devenu bleu
    et quelle que soit l’heure, le jour
    ce lieu est mon refuge
    mon antre aux mille pièces
    dont tous les murs portent les traces
    de tous ceux dont je ne saurais me passer

  412. Éclaircie dit :

    Hier, sous les rejets de ces pruniers sauvages, aux mille épines et fruits incomestibles, est apparu un morceau de hérisson. De hérisson jaune. Un des multiples jouets que Patoche a déchiquetés au cours des douze ans où elles a vécu parmi nous.
    Non, ce n’est pas un chien que je regrette, c’est Patoche.

    Le vent a tourné au Nord, il y a maintenant quatre jours. Les framboises macèrent dans le sucre pour s’y fondre avant de cuire. Chat Triste, un vagabond aime à venir finir les assiettes des résidents s’ils le laissent approcher.
    Je ferme les yeux au monde, ne vois guère plus loin que cette vallée. Le tilleul me protège. Le ruisseau, en cette fin de printemps, glougloute la nuit et attire les animaux dont je reconnais les traces dans les chemins.

    Bien sûr, des feuilles de plus en plus grandes, de plus en plus blanches se dressent autour de moi. Si j’avais des couleurs, je tracerais mes rêves sur les parois abruptes.
    Et sans doute, je verrais dans leurs reflets tout ce que vous me dîtes mais dont si souvent je doute ou que parfois, je n’entends même pas.
    Je dors pour ne pas voir le jour mourir, je veille pour le voir ressusciter.
    Dans le grand bâtiment, les livres restent fermés, verrouillés de l’intérieur. Je suis la clef qui pourrais les ouvrir, les mains trop tremblantes pour y parvenir.

  413. 4Z2A84 dit :

    « Hier, sous les rejets de ces pruniers sauvages… » est un texte merveilleux, un poème en prose dans lequel je trouve toujours, quelle que soit ma façon de le lire ou de le relire, des notations surprenantes et/ou émouvantes. Ici le cœur parle, entraîné par une imagination poétique dont on soupçonne qu’elle ne se modère que lorsque tu décides de couper l’électricité pour accueillir avec la lumière du jour les hôtes de ton jardin.

  414. Éclaircie dit :

    Ce matin, très tôt, la brume m’a volé le peuplier, mais aussi, la moitié de la colline et sans doute quelques chants d’oiseaux.
    Elle m’a laissé la lumière du réverbère dont l’étrange halo orange semblait en suspension là où aurait dû se trouver le mur du jardin et les herbes folles qui l’entourent.
    La maison des voisins à moitié disparue s’est tapie un peu plus dans le coton ouaté. Bien sûr, sa cheminée lui est inutile au mois de juin. Est-ce une raison pour que celle-ci s’abandonne totalement à l’opacité ?

    Les tomates m’en veulent-elles d’avoir grand ouvert la serre ? Quand depuis des semaines, elles baignaient dans une tiédeur artificielle et néanmoins très confortable.
    Car si la brume est dense, très dense, elle est de surcroît fraîche, très fraîche.
    le ciel a-t-il peur que l’on oublie l’hiver ou seulement l’automne et que l’on refuse de tourner les pages de l’éphéméride pour arrêter l’heure sur une aube splendide, chaude et lumineuse ?

  415. 4Z2A84 dit :

    Pour le poète il n’y a pas qu’une seule réalité. Deux yeux ne lui suffisent pas. Il devine puis voit et touche ce à quoi les autres humains ne sont guère réceptifs. Certes les maisons changent de place, la lumière modifie ce qu’elle caresse, les tomates grognent d’être dérangées dans leur confort…Un nouvel œil (le quatrième ?) l’enregistre. Quant à l’écriture, elle s’exerce avec succès à nous rendre sensibles les miracles quotidiens.

  416. Elisa Romain dit :

    Te lire est un apaisement.
    J’ai soudain conscience d’être un animal un peu fou, presque enragé, qui trouve non seulement un refuge mais aussi (surtout peut-être) un guide qui l’aide à voir calmement ce qu’il y a de beau à mettre en mots.
    Je lis comme j’écouterais, je regarde comme si je voyais.

  417. Éclaircie dit :

    Élisa, un guide est pour moi la personne qui nous précède nous tend la main et nous attend. Si dans un certain domaine, c’est moi le guide, dans d’autres c’est toi. Ainsi, nous avançons côte à côte.


    Ce matin, j’ai battu le soleil. Salades, haricots et autres courgettes ont pu se désaltérer bien avant la lumière rasante mais déjà sèche et intense. On dit que c’est l’été. Non, je ne dois pas penser aux jours, qui imperceptiblement vont se dépouiller de quelques fractions de seconde dans un premier temps pour finir par abandonner des heures à l’obscurité.
    Le bonheur parfait n’existe que les yeux fermés, replié sur soi, avec à l’oreille la musique ou les mots qu’il reste à inventer.
    L’aiguille de l’horloge descend doucement pour souligner l’absurde de tels raisonnements.

    Ce matin le soleil est un farceur. À peine levé, il se prélasse déjà dans un lit de nuages.
    Pourtant, je suis heureuse d’avoir pu entendre le cheval soupirer, d’avoir entraperçu la chauve-souris dans son dernier vol, d’avoir vu le réverbère s’éteindre. Et de ne pas avoir distingué l’invasion de pucerons sur mes capucines.

  418. 4Z2A84 dit :

    Mon jardin m’observe mieux que je ne l’observe
    car il est doté de beaucoup plus d’yeux que je n’en possède
    au mois de novembre il se désole car je commence à vieillir
    et mes fruits perdent peu à peu leur saveur
    (que ne m’a-t-il construit une serre chaude pour m’abriter du frimas)
    mais au retour du printemps mon jardin jubile
    de me trouver rajeunie fraîche comme l’aurore
    et nue sous des feuilles de salade
    j’intercepte la rosée
    au moment où elle s’évapore
    entre l’eau du ciel et l’eau de la terre j’hésite à boire
    quelqu’un que je ne connais pas remplit mon verre
    avec ses propres souvenirs
    sans les trier
    je m’enroule dans la terre
    aucune vague ne ressemble à une autre
    toutes les vagues se croient sœurs
    elles n’en forment qu’une dans mon poing
    je les ai cueillies et je me les suis offertes
    car mon figuier est avare
    on pèse chacun de ses fruits sur la balance
    où mon poids en or suscite la jalousie
    de ceux qui labourent les nuages
    comme autrefois on labourait l’océan
    pour y tracer des sillons
    il suffit d’en suivre un pour arriver quelque part

  419. Éclaircie dit :

    Pucerons, fourmis, coccinelles, limaces, escargots, hérissons, taupes et chats vivent en bonne intelligence dans ce périmètre clos d’un vieux mur. Un mur tellement vieux qu’il permet à tout animal un peu curieux d’aller voir et goûter l’herbe du jardin de la tortue, à quelques mètres.
    Bien sûr, parfois un pugilat éclate. Le plus féroce gobe un plus petit que lui. ou c’est un jet d’eau, d’eau froide qui sème la panique. Peu savent nager tandis que beaucoup aiment l’eau.
    Au delà du lierre enserrant les pierres d’enceinte, les chevaux sont surtout bavards la nuit. Le jour, ils galopent dans le grand pré, broutent, s’étrillent contre les branches au bord du ruisseau, attendent avec impatience les hirondelles qui les délivrent des mouches et des taons.
    Mardi, le ciel était si bas, que le vent a poussé un de ces oiseaux par la fenêtre grande ouverte. Le toit de la maison n’a rien voulu savoir, il est resté vissé sur les murs. L’hirondelle et moi avons dû imaginer le meilleur moyen pour retrouver la liberté. Moi en ordonnant aux portes de ne point claquer sous l’appel du souffle et l’oiseau en surpassant sa peur des obstacles et sans confondre ce drôle de trou dans le paroi du bâtiment avec le reflet attirant du grand miroir.
    Maintenant lorsque je la vois voler à vive allure, je lui fais signe. Elle m’offre son petit cri en remerciement et me présentera ses oisillons dès qu’ils seront capables d’affronter les différents courants.

  420. 4Z2A84 dit :

    D’Eclaircie le 20 juillet 2014
    .
    « La mer a, ce matin, envahi le ciel. Sans encore éclabousser les champs et les bois, elle forme déjà de nombreuses vaguelettes blanches ou grises, auréolées d’écume discrète. Je sens qu’elle pourrait se mettre en colère, gonfler et déferler en longs rideaux sur tout ce qui m’entoure. Le vent, pour l’instant, est sage. Il dort d’un sommeil calme mais on sent à quelques signes avant-coureurs, que sitôt éveillé il se fera une joie de courir en tous sens. Comme ces enfants dont on dit qu’ils ne tiennent pas en place. C’est qu’ils savent ou imaginent, tout comme le vent, que seul le jour peut leur donner l’élan et les visions dont ils rêvent la nuit. »
    M.C. B.

  421. 4Z2A84 dit :

    La mer, le vent et le ciel comme si nous en possédions la clé.

  422. Éclaircie dit :

    La maison vivante.
    Le soleil s’amuse à révéler la moindre parcelle de vie de la maison et ses deux âges. Plus de cent ans pour le cœur de ce foyer et une belle trentaine pour l’extension que l’arrivée de cris et de rires a justifiée.
    Le sol de la cuisine légèrement en pente ; lorsque le puits derrière la bâtisse débordait, l’eau trouvait naturellement le chemin le plus court pour rejoindre la faille entre les pierres. Les fissures du nouveau carrelage ; quand les deux bâtiments se sont trouvés réunis, ils ont entamés une lutte pour être le plus en vue. Le sol, chatouillé par leurs joutes aura frissonné, tentant de ramener le calme. Les carreaux aux fenêtres qui ont souffert de l’ardeur des jeux de ballons et qui portent encore l’empreinte du plus lourds d’entre eux. Le départ encore récent du chien n’a pas encore effacé tous ses élans de joie ; le plâtre apparent à côté de l’entrée révèle l’enthousiasme de Patoche à partir en promenade. Tant de fois ses griffes ont tenté d’ouvrir la porte plus vite que le temps de dire « balade ? ».
    Le soleil est aussi l’ami des araignées. Il ne laisse entrevoir que les toiles, jamais l’aranéide.

    Quand parfois il s’absente, la pluie dévoile progressivement toutes les sources extérieures.
    Selon son intensité, on peut apercevoir le manque d’horizontalité des chéneaux. La neige, une année un peu plus rude, s’est prélassée trop longtemps dans cet habitacle prévu seulement pour un filet d’eau libre. Ce sont alors des doubles-rideaux qui incitent à rester le nez plongé dans un recueil en attendant l’arc-en-ciel.
    Il faut aussi évoquer la collecte des eaux du toit. On les entend s’écouler dans un tube vertical en zinc, assez court. Puis s’élancer dans le grand tonneau (d’un bleu azur) et lorsque ce dernier est plein, emplir la vieille baignoire par un petit raccord entre les deux récipients (prélevé sur un vieux tuyau d’arrosage). La contenance cumulée n’est pas extensible. Souvent une mare se forme juste au-dessus de l’ancien puits et le cycle recommence…..

  423. Éclaircie dit :

    Juillet, progressivement, entoure le peuplier d’un voile opaque. Tous les arbres pressentent la chute de leurs feuilles et s’emploient à lancer leurs graines le plus loin possible. Parfois la pluie les contrarient et plaque au sol, au pied des troncs, ce qui aurait pu être un futur solide.
    Est-ce aussi la pluie qui a précipité trois oisillons dans le conduit de la cheminée ? Ils on retrouvé la liberté quand ils ont compris que le chemin de retour serait tout autre.
    Ils ont tournoyé si près des plafonds que les fenêtres grand-ouvertes dessinaient un espoir qu’il n’entrevoyaient pas. Le premier, le plus malin a vite compris l’enjeu ; il lui fallait viser ce cadre lumineux avant toute autre exploration s’il voulait rapidement rejoindre le nid. Le second perdant l’équilibre s’est retrouvé happé par un courant d’air providentiel. Le dernier n’avait plus la force de voleter -c’était le plus chétif- et c’est dans un torchon qu’il a atterri sur le rebord de la croisée.

  424. Éclaircie dit :

    Je fouillerai sous vos crânes
    à la recherche des éclairs
    qui me permettent de poursuivre la nuit
    sans bougie ni cierge

    J’accrocherai les zébrures à mon front
    le jour n’osera pas venir
    Mes yeux irradiés connaîtront enfin
    le tracé des labyrinthes du vent

    J’irai plus loin que demain
    je me regarderai venir
    Et si le pas hésite comme toujours
    l’océan de vos paroles allégera la marche.

  425. Éclaircie dit :

    Juillet a décidé de nous aguerrir à l’automne. Qui sait si la colline sortira de la brume tenace. Aura-t-elle gardé son panache vert ? Ou écrasée par cette saison hors saison, brunira-t-elle sans se parer de l’or que le soleil lui prête au fil de l’été ?

    Les yeux sont trop lointains
    ou trop vifs
    pour oser porter le regard
    sur ces deux incandescences

    Tandis que l’arbre
    toujours accueille
    la main blessée
    le dos courbé

    La trace des pas se perd
    dans la poussière
    du chemin déserté

    Quelques mots
    en suspens sur le vent
    cherchent les lèvres
    qui les prononceront

  426. Éclaircie dit :

    La lune est un cil blanc sur la joue du ciel. Le vent souffle délicatement pour l’envoler, l’enlever à cet espace bleu parsemé de petites touches grises qui attend l’invité du jour : le soleil.

  427. Éclaircie dit :

    Elle ne viendra pas ce matin. La lune, lassée de l’orage a sans doute choisi de rester dans sa tour d’ivoire, dont les couleurs mettent en éclat son teint, depuis mille ans le même, délicat et laiteux.
    Pourtant le ciel tourmenté l’appelle et charge le vent d’être son messager.
    Je laisse aussi quelques espuisses d’une fresque dont je ne connais ni le sujet ni l’étendue.
    Bientôt, je ferai silence et tu auras l’espace pour m’interpeler. Mais avant j’aurai engrangé toute une moisson d’herbes folles ; celle auxquelles personne ne prête attention et qui fleurissent dans l’obscurité quand l’œil attentif perce le mystère de ces pétales reflets de lune.

  428. 4Z2A84 dit :

    On réveille le pilote en tirant sur ses fils
    Un marionnettiste est là
    Un chef d’orchestre disparaît emporté par la musique
    Des loges on les applaudit – mais qui jurerait
    Les avoir salués à l’instant de leur libération
    Dans une maternité clandestine
    Où les spectacles finissent mal
    Car les rideaux y prennent feu
    Et le pyromane s’enfuit sur un vélo volé
    Suis-je davantage épris d’infini que d’absolu
    Se demande-t-il en se brossant les dents
    Avec trop d’énergie pour ne pas produire une collision
    Entre la Terre et Mars la planète dont nous rêvons
    De fouler les stades entretenus par des mécènes
    Ces banquiers viennent de si loin
    Qu’en cours de route ils changent de visage
    Et dans leur perruque les drones se bâtissent un nid
    J’ai perdu leur trace et ma savonnette
    A glissé hors de mon poing
    Si je coupe l’eau la douche s’éteint
    Et la scène du Déluge ne convainc personne
    Surtout pas les marchands de limonade
    Quand d’un compartiment à l’autre ils s’assurent
    Que la neige s’élève au lieu de tomber
    Comme font les flocons bien élevés
    La neige descend du train en marche
    Suivie par quelqu’un – est-ce moi
    Est-ce toi le jour où tu éclairas le monde
    En frottant contre un toit de tuiles une allumette
    Alors nous vîmes le bout du tunnel
    Nos soldats se tranchèrent la gorge et nous bûmes leur sang
    Eclairés par la lune dont l’œil s’allonge
    On la voit en plein jour depuis toujours quand on sait regarder
    Mais personne ne nous apprend à ouvrir les yeux
    Sur le soleil ni la bouche pour le gober
    Aussi avons-nous faim
    Faim de vivre et de mourir sous la pluie coite.

  429. Éclaircie dit :

    Une fenêtre s’est fermée
    volets tirés

    La porte du grenier s’entrouvre
    il est un peu trop tôt pour la franchir

    À l’est un banc de nuages effrontés
    portent le rouge
    que l’on voudrait voir encore vibrer

    La première marche de l’escalier
    est la plus haute
    Un filet de lumière
    perce l’espace entre les tuiles
    On sait que le jour est là

    Tous les cadres affichent des visages
    dont on ne connait pas les modèles
    seulement les contours de leurs yeux
    quand d’un regard
    hier ou demain
    ils attendent l’envol de l’écho

  430. 4Z2A84 dit :

    Changer d’air d’aire d’ère
    Les murs meurent aussi
    Ils éclatent
    Quand je les regarde en fronçant les sourcils
    Dans le plancher je m’enfonce
    Comme dans le linge une épingle
    Le lit n’est pas stable il flotte
    Parmi les bouées
    Je me réveille pour me rendormir
    Le plafond se fend verrai-je
    Pétiller les étoiles
    Ou bien la lune malade bleuir
    Il y a quelqu’un que je n’identifie pas
    Sous mes draps et qui me touche
    Je sens son souffle sur mon cou
    Je l’entends dire des obscénités
    La pendule répète le même mot
    Clown clown clown clown clown
    Et dans l’évier la goutte en tombant lui répond
    Une manière d’écho
    Elles n’échangent rien d’autre
    C’est là toute leur lancinante conversation
    Mais moi j’entends l’ordre
    De vivre
    D’affronter le démon qui est en moi
    De me préparer une soupe empoisonnée
    Pour connaître la douleur
    De la restituer en la vomissant
    Même fermée à clé la porte s’ouvre
    Il entre chez moi n’importe quelle sorte d’individus
    Je ne sais pas dire non quand on me prie
    D’ouvrir le gaz et de respirer à pleins poumons
    Ainsi auras-tu le privilège d’avertir les pompiers
    Et de t’épargner une fin déshonorante
    Me murmure-t-on
    D’une voix qui fond dans l’oreille.
    Changer d’air et de costume.

  431. 4Z2A84 dit :

    On ne parle plus de la lune
    Depuis sa décolonisation
    Nous y avions nos habitudes
    Ah je me souviens des jours de chasse
    Dans la farine ou dans la neige au choix
    Nos armes légères
    Nous portaient comme ses ailes l’autruche
    On trouvait aussi de quoi se restaurer
    Sur le flanc des collines
    Un flanc toujours tendre parfois saignant
    On en prélevait une tranche
    Et quant à boire la pluie tombait sur un signe
    Il suffisait de faire claquer ses doigts
    Elle apparaissait et disparaissait à volonté
    Or rien ne fleurissait sur la lune
    Pas même l’enfant de la femme et de l’ours
    Et la mer manquait aux falaises
    Dont on sait combien elles aiment être fustigées
    Tous les mois une fusée déversait ses touristes
    Sur le sable ou sur des routes poussiéreuses
    Ils n’étaient jamais satisfaits de ce qu’ils voyaient
    Il est vrai qu’il n’y avait rien à voir
    Mais on y rêvait beaucoup
    On imaginait d’autres collines
    Moins généreuses plus fermes
    Derrière elles une succession de piscines
    En forme de cœur ou de trèfle à quatre feuilles
    Des convalescents nagent plusieurs heures par jour
    L’eau possède des vertus
    L’air aussi quand on le respire avec ferveur
    La terre offre des surprises
    A ceux qui bâtissent leur maison sur ses lombes
    Eclairés par la lanterne du ciel
    Car on travaille mieux la nuit qu’en plein soleil
    Et nos pouvoirs se multiplient
    Quand le sommeil crie victoire
    Au risque de réveiller le chien de garde
    Il aboierait jusqu’à ne plus pouvoir donner de la voix
    Contre les étoiles frileuses
    Et peut-être aussi contre lui-même
    S’il se reconnaissait parmi les voyageurs
    Qui empruntent la voie lactée

  432. Éclaircie dit :

    Le soleil, imprévisible et fougueux, sait que la Lune appelle toujours, pour lui, la nuit. Qu’il se repose, médite et décide -espère-t-elle- d’être moins capricieux.
    Cette nuit, Elle a envoyé une de ses ambassadrices, à l’Est, pour connaitre ses intentions du jour.
    L’étoile filante, la lumière offerte par son amie auréolant son visage, s’est élancée. À son retour, nous avons su que notre Soleil mûrirait les dernières framboises et les figues. il réchauffera le lézard encore en villégiature sur la grande roche et mettra à jour tous les doux messages tracés sur les vitres, par les pattes des uns et des autres ; et aussi des enfants.

  433. Éclaircie dit :

    Le curseur marque les secondes et l’hésitation face au cadre blanc. Le liseré qui l’entoure était orange, autrefois. Il est devenu bleu.
    Les chiffres ne veulent plus rien dire. On les mêle, les mélange et toujours la fenêtre renvoie l’image de l’ampoule nue.
    Dehors, chauves-souris et chouettes se hâtent de trouver leur repas, s’accordant des instants de dialogue afin d’évoquer les nouvelles des bois et des lieux sûrs où passer le jour. Elles savent reconnaitre la lumière du soleil, même et surtout les yeux fermés.

    Le café a le goût de tant de chemins. L’orange est cette planète parvenue par hasard sur la table et qui raconte l’ailleurs.

    Sous le crâne, un ronronnement régulier rassure. Pourtant ses éclairs désordonnés offraient des infinis, des couleurs, des sons que l’on peine à rejoindre.

  434. 4Z2A84 dit :

    On a planté les arbres les uns près des autres
    Pour qu’ils se prennent par la taille
    Sans attendre le printemps toujours en retard
    On a suspendu aux branches les plus robustes
    Des balançoires pour les enfants
    Mais ce sont les adultes qui se disputent l’escarpolette libre
    Des personnes chargées de les pousser ils exigent
    L’impulsion la plus forte
    Assez d’élan pour atteindre les nuages
    Car même privé d’ailes on vous imite oiseaux
    Et l’on cherche à ébahir d’éventuels spectateurs
    Or les arbres s’étreignent
    Et le sort des hommes lancés dans les airs
    Comme des projectiles par des catapultes
    Les laisse indifférents
    Seul celui d’entre eux qui soutient
    La balançoire se plaint dans une langue
    Apparemment intraduisible.

  435. 4Z2A84 dit :

    Il fait trop beau pour feindre de perdre la foi
    On ne se blottit plus dans un nuage
    Avec l’espoir de ralentir sa course
    Surtout quand le vent sort de ses gonds
    Sur le manège on hésite
    Entre le cheval et le cygne
    La musique l’emporte sur le bruit des flots
    Même quand ils se ruent contre notre porte
    Au pied du phare ou de la tour
    Le soleil en bouteille éclaire la cave
    Où nous dormirions sans la caféine
    Nos rêves sortent un à un de leur étui
    Comme un défilé de mannequins
    Ou de fantômes disciplinés
    On a beau tremper son front dans l’eau glacée
    La neige ne tombe pas du plafond
    Sur la table autour de laquelle nous trichons
    En montrant nos mains vides
    A nos juges et à tous les convives
    On sert une friture de sirènes
    Les tranches d’un citron gros comme une citrouille l’accompagnent
    Souvenez-vous que vous êtes des géants nous rappelle le maître-queux
    Je regarde mes yeux et j’y vois mon aura
    Elle attend notre train seule assise sur un banc
    Mais c’est une mariée qui entre en gare
    On ne compte plus les colombes sous sa traîne
    Ni les dragées dans le canon des revolvers
    On casse les vitres à coups de glaçons
    Ces mêmes glaçons le sculpteur les emporte
    Avec des jouets sur son dos où la hotte
    Ne chasse pas les intrus
    Les étoiles s’y engouffrent
    Les boîtes de conserve y trouvent leur place
    Près des drapeaux de toutes les planètes
    Et de tous les satellites sauf celui de la lune
    La lune à qui il manquera toujours des taches de rousseur
    Pour plaire au matelot de quart.

  436. Éclaircie dit :

    À l’abri derrière la brume
    la colline murmure
    Elle berce les arbres
    les cajole et leur promet
    de choyer leurs racines
    Elle tissera ce tapis
    de leurs feuilles déchues
    s’alliera au vent
    pour pousser au loin
    leurs enfants

    Je marcherai dans tous les chemins
    les sous-bois et les clairières
    Sous le craquement léger des rameaux secs
    mon empreintre enfouira les semences
    Je donnerai la vie encore
    Et dans les couleurs pâles noyées dans un brouillard épais
    Je chuchoterai à l’oreille de demain

  437. 4Z2A84 dit :

    Le couloir traverse la montagne dont l’estomac chante
    Elle a trop mangé d’herbe trop bu de paroles en l’air
    Les nuages l’ont moquée les oiseaux rasaient l’horizon
    On voyait des promeneurs soulever leur chapeau et s’éponger le front
    D’autres montraient du doigt quelque chose d’invisible
    Ou de trop rapide pour être observé sans perdre la tête
    On craignait l’orage mais l’orage dit je reste chez moi
    D’ailleurs les saisons se disputaient la place au premier rang
    Du balcon les enfants jetaient des pièces d’or dans la rue
    Mais personne ne se baissait pour lacer ses souliers ni pour
    Regarder par le trou de serrure tourner la Terre
    Un bouledogue se trompait de maître et suivait le premier venu
    Sur un pont qui n’enjambait rien mais débouchait sur l’Inconnu
    Les arbres recomptaient leurs feuilles il en manquait toujours
    Et les fruits occupaient déjà les compotiers
    Je ne m’étais pas vu dans une glace depuis des siècles
    Le jour empiétait sur la nuit comme la ville sur la campagne
    On confondait les époques faute de savoir lire un mode d’emploi
    Sans crier gare les collines changeaient de position
    Et décidaient de ne plus dormir en chien de fusil mais sur le dos
    Les torrents circulaient dans les salles de spectacle et dans les églises
    Vous vous êtes perdue dans votre chambre à force de vous y chercher
    Un jour sans ombre et tout se remet en place
    Les moteurs ronflent de nouveau les nuages rougissent
    Quand on leur accorde des faveurs…chut…quelqu’un écoute
    Quelqu’un se lève franchit le sas et sort de son bain
    Comme l’eau le formol est jeté le gouffre l’avale
    Il pleuvra si le papier à fleurs du ciel ne masque plus la laideur
    Les jardins pèseront davantage que notre tirelire
    La musique et la toile d’araignée vibreront ensemble
    Demain rebrousse chemin nous sommes à peine nés
    D’abord apparaît la tête le reste suit sans broncher
    De la lessiveuse s’élève vaporeux mon fantôme.

  438. Éclaircie dit :

    L’automne a-t-il un goût meilleur
    Alors que le regard s’estompe ?

    Le figuier depuis sa renaissance
    Aurait envie d’une saison plus longue
    Pour que ses fruits éclatent et donnent vie

    Tandis que la lune connait le plaisir
    D’entrer dans de longues nuits
    Où elle sait meubler le ciel
    Guetter les volets laissés ouverts
    Et déposer sur les oreillers
    Des lueurs aux teintes métalliques
    Métal précieux plus fort que le flot de sève
    Qui déjà s’endort aux confins de toutes les racines

    L’iris saura-t-il conserver sa pétulance
    Pour détecter avant le sol
    Le lieu précis de la naissance d’un nouveau rameau ?

    Savoir désormais que les âges prochains traceront les lignes
    Seulement esquissées par un été trop bref

  439. 4Z2A84 dit :

    Sous le projecteur aveuglant de la lune le figuier souffre d’insomnie
    alors il fait appel à l’oiseau dont le vol n’est suivi par aucun regard
    – les yeux se perdraient en route dans l’infini –
    cet oiseau en quelques coups de bec adoucit la clarté de notre satellite.
    Quand la lumière faiblit on risque de perdre son ombre
    ou de la voir épouser le corps d’un autre maître
    comme un animal qui ne reconnaîtrait plus celui qui le nourrit…
    un étranger l’empoisonne pour ne pas l’entendre aboyer
    ou pleurer sur son sort car sa fin il l’a lue dans les étoiles.

  440. Éclaircie dit :

    Le vent a choisi cette nuit de masquer la Lune, pleine, par une voûte nuageuse. Était-ce pour offir une couche des plus moelleuses à notre satellite dans sa plénitude ? Ou pour convaincre la marée de se faire douce, le fou de n’arrêter d’écrire ou encore pour ne point troubler le sommeil de l’étourdi qu’un seul reflet ravit à ses rêves.
    Ainsi dans les tenèbres, les lignes tracées n’ont pas la rectitude pesante de la main qui n’ose pas danser et masque sa difformité. Le chant du souffle lointain guide les spirales sans jamais les briser.
    À l’entrée du labyrinthe, peu importe que nous ne trouvions pas le chemin. En sortir n’est plus le but, marcher est la priorité. Que le pas épouse le sol, les empreintes seront lisibles.

    Je vous prête mon ombre, laissez la vôtre, un instant, s’attacher à mes épaules et me conduire dans l’univers que vous illuminez.
    La mienne s’efface devant le plus jeune arbre, à la croisée des chemins pour ne pas imposer de direction. Par grand soleil, elle se refugie sous mes semelles et la nuit, attend la lune pour enfin danser.

  441. 4Z2A84 dit :

    Le fou ne cesse jamais d’écrire
    Dans sa tête
    Jamais dans celle des autres
    Pourtant les occasions ne manquent pas
    De quitter la salle avant la fin du film
    Un fleuve sort de l’écran
    Comme un taureau fonce hors de l’arène
    Sur la cerise rouge appelée guigne
    Elle grandit dans un orphelinat trois étoiles
    Sans jamais se poser la question de savoir si du toit
    Où les cigognes défilaient comme des mannequines
    Pour le compte d’un couturier daltonien
    On dominait la mer ou un terrain vague
    Voyez comme elle se penche et fronce les sourcils
    S’efforçant ainsi de déterminer son emploi
    Parmi les bigarreaux ses époux d’un jour
    Dont le voleur de fruits secoue les branches
    Que ne suis-je une prunelle d’un bleu-noir
    Dans un jardin suspendu comme un lustre
    Auquel des trapézistes rendraient hommage
    En y exécutant une série d’acrobaties
    Dont la plus adroite des araignées jalouserait les figures
    Le fou à force d’écrire perd ses plumes
    On se moque de lui car un oiseau nu
    Ressemble trop à un poulet prêt pour la broche
    On en salive et la faim alimente la méchanceté
    J’ai trop vécu en marge
    Je n’attendais de la vie qu’un morceau de chocolat
    Je l’aurais cueilli sur son arbre loin des regards
    Du peintre toujours à l’affût
    Il ne ménage pas ses couleurs
    Il les mélange aujourd’hui au sirop de grenadine
    On dresse la table au milieu de la prairie
    La nappe trop blanche aveugle les invités
    Ceux qui déboucheront les bouteilles serrent déjà les poings
    Ceux qui n’ont pas bu ni mangé depuis belle lurette
    Serrent les dents
    Quand ils n’occupent pas au cimetière
    Une place dont ils acquitteront le loyer
    Jusqu’à leur résurrection d’entre les morts
    Quand l’ange aux joues rouges comme la cerise appelée guigne
    Soufflera dans la fameuse trompette
    Voyez comme sous un tel souffle
    Vos écharpes volettent
    En se heurtant les verres font un bruit de castagnettes
    Ou cristallin cela dépend de l’oreille
    Celle de droite n’écoute jamais qu’elle
    La gauche entend le moindre soupir
    Même celui avec lequel on s’éteint
    Quant à celle du milieu le sable l’étouffe
    Une vague m’a mis au monde
    Pour défroisser la mer avec un fer à repasser
    Et je n’ai pas su plier soigneusement toute cette eau
    Ni la ranger dans l’armoire à linge où les draps
    Veillent sur des testaments écrits à la plume d’oie
    Sur un papier blanc et fort
    Où des taches de rouille ou de rousseur apparaissent.

  442. Éclaircie dit :

    « Né d’une vague
    Tu as tenté de défroisser la mer »

    Mais…

    La mer et ses nombreux plis
    Sont le refuge de tous les rêves
    Elle abrite dans ses jupes
    Les bambins avant qu’ils ne s’envolent
    Ceux grandis trop vite
    Dont seul le cerveau voyage
    Les encres aux couleurs de sable
    Frôlant les plages et les îles
    De celles qui laissent un message
    Lorsque l’océan s’absente
    Et que des mains ouvertes lisent
    Caressant les lettres pour les comprendre

    La mer
    De jupons en jupons
    Recouvre le jour trop frêle
    Pour oser avancer au centre des villes arides
    Lorsque la lumière se réfugie dans les caves
    Et guette par le soupirail le trébuchement des heures

    La mer ne se découvre qu’à la lune éclipsée
    A qui elle tend les bras pour à elles deux se bercer.

  443. 4Z2A84 dit :

    Ai-je besoin de tout ce temps
    De ces nuits trop longues
    Et qui empiètent sur le jour – ai-je besoin
    D’un autre jour pour le joindre au précédent
    La suite se lit sur le ciel
    Même gravés les mots volent
    De bouche à oreille pour dire la même chose
    A des encéphales sourds. Le sable
    Endort l’océan à l’instar de la musique.
    Sur une plage on meurt sans effort
    Dans une rue c’est autre chose on dérange
    Et les secours craignent la vague en colère
    Ils reculent comme une armée de seringues
    Devant trop d’âmes à regonfler.
    Un enfant casse sa poupée un autre la dorlote
    La poupée accouche d’un ballon avant d’agoniser.
    Dans la nacelle des tonneaux pleins de pièces d’or
    Si nous ne les faisions pas pleuvoir
    Sur les toits et sur les jardins
    Ralentiraient notre vol on s’y résout
    Ainsi partent comme en fumée nos îles
    Motorisées elles rattrapaient l’horizon
    Nous les avions dotées de ruches à rêves
    Avant l’arrivée de notre lit
    Lit dont tordus les draps donnent le meilleur lait
    Nous y coulions des nuits blanches de pleine lune
    L’oubli les a mêlées elles n’en forment qu’une
    Dans notre barque nous bâtissions un palais
    Des astéries clouées au plafond l’éclairaient.
    Aujourd’hui sans jouer je gagne
    Mais les dés roulent toujours pipés ou non
    Je les entends malgré la neige et le coton
    Ils iront jusqu’au bout du monde sans un os.

  444. Éclaircie dit :

    « Nous les avions dotées de ruches à rêves »

    Avez-vous déjà, un matin avant le jour, délicatement trempé un rêve dans du lait mousseux et tiède ?
    Les heures alors ne défilent plus, ou plus vraiment. L’aiguille des secondes oscille, hésite et vient se poser à l’horizontale du cadran, guettant la mousse qui viendra l’enrober.
    Des rides se dessinent à la surface du liquide. Ce sont des rides d’expression ou des filets de ce miel que la lune produit quand elle nous regarde dormir, après avoir attiré sur ses paupières, les teintes de nos songes.
    Si nous sommes très attentifs, par lune décroissante, nous pouvons entendre un léger bourdonnement, comme le chant des abeilles repues et béates au cœur d’une ruche de pensées.

  445. Éclaircie dit :

    Le vieux tilleul ne prend pas ombrage des coupes sévères qu’on lui inflige au fil des hivers. Il sent que jamais ses racines ne seront visées, mises à nu, asséchées. De printemps en printemps, il se croit arbrisseau, luttant pour faire éclore ses plus petits rameaux. L’été, il offre toujours assez d’ombre au chien et à la main qui au travers de son tronc, se soucie de sa sève. Toujours le vent lui rend visite au cours des automnes, à la recherche de la moindre graine. Lorsque ces branches dénudées dépassent le toit, il voit sur le talus tout proche, son fils, fier et droit et n’ayant, lui, nul besoin de taille.

    Votre temps ne vous appartient pas
    N’en cherchez pas demain, raison.
    Je le veux, je le prends.

    Si mon ancre souvent se rompt
    Je connais le fond de l’océan
    Et le besoin de revenir
    Cueillir l’air et sa couleur
    Vos heures et vos mots
    Mon attente dans vos silences
    Vos appels lors de mes absences

    Laissez-moi croire à nos éternités
    À l’infinitude de chants pour les alléger
    Laissez-moi voir l’éclair
    Le regarder
    Puis fermer les yeux
    Et revivre le monde et nos présences

  446. 4Z2A84 dit :

    Qui ou quoi attendre
    La route ne tient pas ses promesses
    Ni le soleil contre lequel s’abat le marteau
    Depuis que nous l’écoutons tinter
    Au prix de notre cœur muré dans un silence
    Antarctique. L’éloignement
    Dans l’espace ou le temps ne résout rien
    Nos os ne nous quittent pas
    Notre enveloppe nous reste fidèle
    Il s’agirait de presser sur la détente
    Pour ne plus voir les rues ronger les maisons
    Les passants retourner sur leurs pas à la recherche des passants
    Qu’ils furent et déjà cessent d’être
    Les rigoles détourner l’eau de sa pente
    Tous les arbres blanchir même les plus jeunes
    Il suffirait d’un clou pour fixer la lune au sol
    Elle aurait alors l’air d’un étang lumineux
    Nous y patinerions comme l’archet glisse sur les cordes du violon
    Et de cet instrument s’échapperait une triste mélodie
    Les fruits ne garderaient plus leurs secrets
    Ils éclateraient avec le compotier
    La carafe aussi lancerait autour d’elle ses yeux
    Nous craignons les fléchettes et les glaçons
    Dont le vol est commandé à distance par des gosses.
    Qui se cache derrière la porte ?
    Si je l’ouvre et si je me retrouve en face de moi
    La tête dans un bocal à poissons rouges
    Dérangerai-je les mésanges en tapant du poing
    Contre le soleil ce ballon de boxe
    Un soleil dont le timbre résonne
    De chambre en chambre jusqu’au cœur du feu
    Jusqu’au foyer grésillant jusqu’à l’amande
    Enfin délivrée de son étui
    Nue et sans un grain de sable
    Comme au premier jour.

  447. Éclaircie dit :

    « Il suffirait d’un clou pour fixer la lune au sol
    Elle aurait alors l’air d’un étang lumineux »
    JCB le 1010214

    Son œil au centre de la nappe
    Avec un clou pour pupille
    Sur lequel les étoiles reprennent leur souffle
    Si vous penchez la tête au-dessus de l’eau
    Vous distinguerez un plateau lumineux
    Où vos premiers babils jouent en chœur
    Accompagnés par votre hochet favori
    Que la lune maternelle vous tend
    Adressant son sourire sage
    A une image plus loin derrière vous
    Vous ne la distinguez pas
    Mais vous savez déjà
    Qu’il s’agit de vous des années plus tard
    Et vous noyez votre regard
    Dans les iris de la lune
    Bleutés comme un ciel d’hiver
    Dénué de la moindre brume
    Jamais vous n’avez tant parlé
    Vos bras et jambes demeurent immobiles
    De peur de défroisser l’écharpe
    Que vous avez si bien tissée entre la grève et votre amour.

  448. Éclaircie dit :

    Ne plus craindre le jour et sa lumière
    les reflets dans les vitres
    ou l’éclat d’un regard que l’on croise
    Tous nous avancerions les yeux fermés
    pour ne pas savoir le plus sombre
    de nous-mêmes

    Au flanc de la colline
    le moindre tronc
    conserve ses espoirs
    de graine

    Les balles lancées dans le sable
    attendent la cristallisation
    leur donnant le rebond nacré
    écho de la parole subtilisée

    Peut-être marcherons-nous
    bientôt sur l’eau
    les mains ouvertes au vent

    L’enfant silencieux
    dessine déjà volutes et spirales
    veilleuses dans ses nuits
    chemins ouverts de ses matins

  449. 4Z2A84 dit :

    « Tous nous avancerions les yeux fermés
    Pour ne pas savoir…
    …Peut-être marcherons-nous
    Bientôt sur l’eau… »
    M.C. B.
    .
    Les poutres du plafond fleurissent
    Quand le rêveur coupe l’électricité
    Il se retrouve n’importe où hors de chez lui
    Sous son crâne rien ne subsiste qu’un ver luisant
    Il faut le suivre vaille que vaille
    Comme l’escargot il laisse derrière lui une trace
    On le distingue même dans de grasses ténèbres
    Ce n’est pourtant qu’une faible lueur
    Une petite goutte de rien du tout en route vers sa mort
    On ignore si elle glisse ou roule
    D’ailleurs on chercherait en vain une pente
    Personne non plus ne parle d’une ascension vertigineuse
    Ni d’un mécanisme caché dans un grain de sable
    Ni du vent quand il bouscule les vagues
    A peine lève-t-on le petit doigt la maison tremble
    A peine pèse-t-on sur l’oreiller le lit bascule
    Entraînant dans sa chute la chambre aux murs transparents
    On n’y voyait personne
    Et maintenant le croirez-vous
    Il s’y trouve quelqu’un avec le regard fixé
    Sur vous comme une sangsue entêtée
    Deux hommes se toisent dans la peau d’un seul
    Et pas une fée pour faire le ménage et s’envoler
    Bien vite sur son balai à moteur
    Sa chatte noire au bout du manche
    Les arbres n’en croient pas leurs yeux
    Des yeux comme il en mûrit dans le noyau des fleurs
    Des fleurs en instance de fruits des fruits en instance d’oiseaux
    Je ne compte plus mes ailes
    Chaque jour il m’en pousse une nouvelle
    Chaque nuit avec des ciseaux de couturière
    Je la menace
    On ne me coupe pas crie-t-elle en agitant ses plumes
    Et pour crier
    Comme elle n’a pas de bouche
    Je lui prête la mienne
    M’entendez-vous
    L’escalier se dérobe
    On tomberait dans le vide
    Sans la rampe
    Le jardin meurt de soif
    Il a pourtant plu ce matin
    Vous l’avez cru car vous pleuriez
    Je riais jusqu’aux larmes
    De sous le toit se détachaient toutes nos espérances
    Nous les avions accrochées là
    Telles des chauves-souris la tête en bas…
    …Celui qui ne veut pas renaître
    Vieillit-il plus longtemps ?

  450. Éclaircie dit :

    Le hamac de la lune s’est encore aminci lorsque qu’elle a franchi le faîte des arbres, à mi-hauteur de la colline.
    Bien sûr, on la distingue à peine, détendue et dodelinante dans cette couche lumineuse. Comme on ne sait pas ce qui retient la toile.
    On l’envie simplement de ce voyage au creux des nuages, des caresses des plus hautes branches, du discours des hiboux et du calme serein qui l’accompagne. Sa couleur bleutée appelle la douceur de l’automne à mimer quelques bribes d’été, éparpillant les couleurs et les graines pour lui assurer des séjours infinis au-dessus du champ de nos songes.

    « …Celui qui ne veut pas renaître
    Vieillit-il plus longtemps ? »
    Superbes vers de JCB

    Je vous le dirais dans mille ans, auprès du tilleul ou de ses fils.
    La colline aura grandi, le lit du ruisseau se sera creusé et les murs de la maison, fatigués, se seront voûtés.
    Nous serons morts depuis longtemps, mais nous écrirons toujours à la lueur de la lune souriante et ridée.
    Nos enfants ne seront jamais nés, attendant la dernière de nos pages et les labours oubliés.
    Lorsque nos mains, trop tremblantes pour tracer le mondre chemin, froisseront le drap de nos couches, les lettres dans nos cahiers fleuriront peut-être pour former des océans d’histoires. Nul n’existera pour les connaitre et comme cendres, elles s’éparpilleront guidées par le vent avide de nous croiser.

  451. 4Z2A84 dit :

    Dans mille ans nous attendrons au bord de la route poussiéreuse le passage de la diligence car éclairés par la lune les chevaux ressemblent à des centaures. Au terminus un androïde en robe à crinoline aura préparé un déjeuner de filets de sole caramélisés, notre péché le plus résistant. On lira dans les yeux de ses voisins les nouvelles du jour, rien que d’heureux évènements comme la naissance sur un nuage d’une petite fille ailée. Nous offrirons à boire aux rivières. Les rues dans lesquelles circulent la chenille et ses musiciens échangeront leurs paupières usées contre des vitrines neuves. Si un morceau de ciel se décolle, le papier peint refleurira.

  452. Éclaircie dit :

    Debout tel un écueil attendant la ciselure de la vague. Surpris des impacts lors des rencontres qu’il voudrait belles. Même immobile il n’est pas sans danger. Il se fondrait aux algues s’il savait devenir encre aux parois des falaises. Mais c’est la craie qui se dissout sans que n’apparaisse plus la moindre de ses particules.
    L’océan ne voudrait-il pas de lui ?
    Il a souvent tenté d’étreindre le ciel, mosaïque à la surface de l’eau. Parfois une étoile semble, au creux de sa main, dessiner des formes qu’il ne connaît pas. Quand il replie les doigts, ses bras ressemblent à du bois érodé par les flots. Depuis si longtemps, ses lèvres ne se sont pas entrouvertes.
    Qui l’entendrait si loin d’une île ?
    Il devient ce radeau ballotté au fil du courant. Il se souvient des toits et des greniers qu’ils protègent, là où il croisait des fantômes volubiles dans les dernières heures de la nuit.
    Sans doute aurait-il appris à écrire si’il était resté au ventre de cette bâtisse, plutôt que de s’élancer depuis le pont croyant parvenir à l’amont de toute vie.

  453. 4Z2A84 dit :

    Un texte difficile à déchiffrer. Le sujet subit des métamorphoses; il se déplace : quand on le croit sur la mer il est déjà à l’abri dans un bâtiment. Sans doute rêve-t-il. J’apprécie qu’il ait « souvent tenté d’étreindre le ciel » même si « une étoile semble, au creux de sa main, dessiner des formes » inconnues.

  454. Éclaircie dit :

    La nuit

    La nuit que je préfère est celle du matin. On sait que bientôt elle sombrera, écrasée par le jour naissant.
    Tous ceux qui la redoutent, qui la repoussent ont alors rejoint le sommeil, terrassés par la parole, l’alcool ou le spectacle épuisant de lumières factices.
    Les mots apparaissent, enfin, nus comme à leur naissance. Et l’on est seul, sans que cette solitude soit pesante. On ne sait pas si quelque endormi est proche, plongé dans ses rêves. Peut-être, il, elle se lèvera bientôt, en silence, pour lire par dessus notre épaule.
    Il faudra réinventer le présent. Un sourire, un déjeuner partagé. Des projets…qui sait.

    La maison a un langage tellement différent à ces heures. On peut entendre le foyer de la cheminée se plaindre d’être arrosé par la pluie, maintenant que plus une flamme ne le réconforte ni le sèche dans l’obscurité. Le papyrus boit à grandes gorgées. Les coccinelles se retournent dans leur sommeil au coin du plafond. De légers craquements, à peine audibles, révéleront plus tard une nouvelle lézarde entre les carreaux déjà fanés du sol vivant. Le moteur du congélateur tente de transformer son ronronnement assourdi en une petite musique facile à reproduire.
    On peut même imaginer qu’en ouvrant une fenêtre, en poussant le volet…il n’y aura plus rien. Ou plutôt une immensité que l’on devra peindre. Afin d’entendre à nouveau le coq, le soupir du poulain boiteux, le flux des vagues, le sifflement d’un train, les planches d’un vieux pont ou simplement une voix prononçant notre nom. Celui qu’il convient de réintégrer aux premières lueurs.

  455. 4Z2A84 dit :

    Oui la maison nous parle mieux à certaines heures de la nuit quand la matin n’accueille pas encore la lumière. D’ailleurs à ces moments-là l’oreille est plus attentive à ce qui pourrait rompre le silence. J’aime ces coccinelles qui s’agitent dans leur sommeil, au coin du plafond. Rimbaud parlait de réinventer l’amour. Songeons aussi à restituer au présent toute sa mesure, surtout lorsqu’il donne le sentiment de l’éternité à celle qui ne dort pas et échange avec le foyer même privé de feu des paroles murmurées comme des confidences sur ce que l’ouverture des fenêtres produira : le réveil du monde et de ses merveilles – avec une voix pour les dire.

  456. Éclaircie dit :

    Les yeux ouverts pour saisir le monde
    les mains fermées pour ne pas s’agripper
    Un lien sur une écharpe de vent
    comporte toujours deux brins de fil

    Être le lit de la rivière
    indispensable à son chemin
    Accueillir gravier et galets
    Retenir leurs angles coupants

    Le murmure de toute pluie
    glisse sur la vitre
    Les chuchotis dans les chéneaux
    cèdent au chant de la forêt
    Le ciment souvent s’effrite
    bousculé par le temps

    Je suis le miroir
    qui ne reflète rien.

  457. 4Z2A84 dit :

     » Les mains fermées pour ne pas s’y » suspendre.
    La vampire a entre autres ceci de particulier : de ne pas se refléter dans un miroir – ni ailleurs.

  458. 4Z2A84 dit :

    Un miroir qui ne reflète rien réfléchit trop.

  459. 4Z2A84 dit :

    « La nuit que je préfère est celle du matin. » Un début merveilleux – et prometteur. Toute la suite à l’avenant.

  460. 4Z2A84 dit :

    Les clapotis dans la gouttière.

  461. Éclaircie dit :

    Les yeux ouverts pour saisir le monde
    les mains fermées pour ne pas s’agripper
    Un lien sur une écharpe de vent
    comporte toujours deux brins de fil

    Être le lit de la rivière
    indispensable à son chemin
    Accueillir gravier et galets
    Retenir leurs angles coupants

    Le murmure de toute pluie
    glisse sur la vitre
    Le chant de la forêt
    couvre le chuintement des chéneaux

    Le ciment souvent s’effrite
    bousculé par le temps

    Je suis le miroir
    qui ne reflète rien.

  462. Éclaircie dit :

    …merci pour tes propositions…

  463. Éclaircie dit :

    Le chemin n’allait pas plus loin
    Tapis et rideau de brume compacte
    J’ai posé le pied sur cette ouate
    Qui m’a portée plus loin que mes pensées
    Trois heures sonnaient au clocher
    Quel clocher ?
    Un tintement assourdi comme émanant d’un lac
    Ou d’un étang calme.
    La crête de la colline semblait avoir absorbé le soleil
    L’éparpillant sur les feuilles frileuses
    Quelques lueurs, peut-être des toits
    Ou des fenêtres faiblement éclairées
    Un faux silence bercé de petits cris d’oiseaux
    Un jappement au loin afin de ne pas oublier de rentrer
    De ce jour entre parenthèses.

  464. 4Z2A84 dit :

    J’aime tout particulièrement cette interrogation à mi-poème, alors que la narratrice vient d’entendre sonner trois heures – au clocher : « Quel clocher ? » Une chapelle…une église au fond d’un lac. Un peu comme dans Rimbaud : « Il y a une cathédrale qui descend et un lac qui monte. » (« Les illuminations : Enfance »). Quel qu’il soit l’horizon absorbe, généralement en soirée, le soleil. Ici la crête des collines s’est, semble-t-il, depuis longtemps chargée de cette opération quasi quotidienne. Par ailleurs rien n’indique que le soir tombe, que trois heures soient passées depuis longtemps. Le déclin de la lumière derrière la colline, une ombre, un nuage une brève altération de la vue peuvent l’expliquer. L’éparpillement de l’astre – avant sa disparition au profit de la nuit ? – provoque des lueurs répercutées par les toits – ardoises ou tuiles – et les vitres des fenêtres. Les cris des oiseaux s’affaiblissent. Le chien rappelle – de loin – à sa maîtresse qu’elle doit rentrer. Ce jour particulier de solitude peuplée, on a tout à fait raison de le placer entre parenthèses dans sa mémoire – ainsi le distinguerons-nous des autres – il possédait une sorte de magie…

  465. Éclaircie dit :

    Souvent, à mon lever, le ciel n’existe pas encore. Bien sûr, les réverbères créent des ombres afin de fixer quelques repères. Le mur du jardin est ainsi dessiné, immuable. Assez haut pour protéger du vent les jeunes pousses, à la période des semis, et suffisamment bas pour accueillir le soleil dès son apparition en toute saison, amical au point de partager ces joints fatigués avec des racines de lierre toujours plus hardi, large, servant de couches aux chats ou aux oiseaux en leur absence.
    Au delà, on sait la présence d’un chemin, mais on attend que le ciel se teinte même très légèrement, mette en place les haies, le contour des arbres solitaires et surtout, les carrefours où l’on croise tous les mots déposés la veille ou l’année passée par un promeneur curieux, bavard et peut-être imaginaire.

  466. 4Z2A84 dit :

    Notre regard crée le ciel et tout ce qui s’y produit depuis l’apparition de la timide aurore jusqu’au coucher du soleil. Pour sortir de l’ombre les arbres doivent être nommés. Les fleurs aussi. C’est pourquoi, si nous voulons composer un bouquet, il nous faut connaître avec leur identité le secret de fabrication de leur parfum. Quant à l’artiste désigné pour les peindre, il dormirait sur une meule si la pluie n’était pas intervenue. La maison se plaint du lierre : il m’étouffe ! Même une jeune mariée n’en demande pas tant…

  467. Éclaircie dit :

    La mort n’en finit pas de danser
    Elle est cette sirène dont on se protège
    Les mains sur les oreilles
    Elle est la flamme belle
    Dont on ne craindrait pas la morsure
    Elle est ce lointain dont on rêve
    Quand demain se profile chaud et rassurant

    Je la veux proche
    Pour la tenir à distance

    Le rebond du soleil s’étale sur tout le jour
    La lune plus rapide et gracile
    A tout le loisir de l’accompagner
    Ou de se retrancher dans son ombre

    Mais c’est la lune que les vagues tutoient
    Que les femmes prient
    Et que les graines attendent enfouies ou pas
    Quand les fous l’adorent
    Les enfants la cherchent au creux des lits

    Je sais des phases sombres
    Des soleils invisibles
    Des lueurs qui mènent aux caves
    Où repliés pour ne pas crier
    On guette du soupirail
    Le signe de l’aube
    Soir ou matin peu importe
    Lumière blafarde ou aveuglante
    Rien ne nous retient de reprendre la route

  468. Éclaircie dit :

    Les chapeaux des lampes se soulèvent
    Pour saluer les passants de la nuit
    Les lumières avivées s’immiscent dans les moindres recoins
    Et ceux qui croyaient se perdre
    Voient leur reflet et leur ombre les devancer
    Dans toutes les ornières
    Les faux-pas deviennent de vraies enjambées
    Les fantômes se font de chair et d’os
    Se dessinent alors sur les murs
    Des souvenirs et des pensées enfouies
    Aux teintes pastel pour n’effrayer personne

    Et lorsque les lampes se recoiffent
    Les seules rides persistantes
    Sont celles provoquées par le vent
    À la surface du lac baigné par la lune.

  469. 4Z2A84 dit :

    Le soleil en bouteille éclaire notre table
    buvons-le au goulot
    et que la nature soit belle
    sous le seul rayon de la lune
    les ombres pèsent plus que les hommes qui les projettent
    on se prend les pieds dans le tapis volant
    et l’on reste cloué au sol
    avec les souvenirs d’un cerveau malade
    le diplôme de fantôme ne s’obtient pas sans labeur
    il y faut de la sueur et du sang
    car les étapes sont longues avant d’atteindre le détachement
    on se promène sur l’eau avec le sentiment de fouler le bon usage
    les gens nous regardent de travers traire les nuages
    la saison des pluies attend
    derrière les barreaux
    que quelqu’un de plus gros qu’une Bible
    la délivre
    il vient
    sur un cheval à ressort
    dont un manège se privera au profit d’une baignoire
    ses yeux prolifèrent multipliés par le chiffre de ses regards désapprobateurs
    car il toise la mer comme on mesure la distance qui nous sépare du premier baiser accordé à l’arbre auquel on finira pendu
    si notre viande gagne en saveur après une période de faisandage
    le soleil se noie
    je l’entends crier au secours
    mais personne ne se dérange sauf moi
    que puis-je contre la pelote de ses rayons mortels
    que suis-je face aux milliers de probabilités
    une feuille dans le vent
    le dernier caprice d’une étoile tombée dans ma soupe
    la graine perdue par le semeur
    la bouteille explose et le génie délivré s’étend sur la montagne
    dont les mamelles accueillent des troupeaux de moutons et quelques chèvres à barbiche et monocle
    le diable déguisé en loup leur mène la vie dure
    il apprend la physique quantique au berger
    lequel pose pour un peintre à peine sorti de sa tombe
    le fossoyeur jure que l’eau même empoisonnée n’empêche pas les joueurs de cartes de tricher
    tout le monde triche
    la saison des pluies sur un chemin détourné presse le pas
    elle survient au moment où dans la lessiveuse
    un enfant mange du savon puis recrache
    je connais sa mère elle a deux yeux.

  470. Éclaircie dit :

    Ah ! Ah ! Décoiffant !!
    C’est très, très bon de te retrouver dans ce registre, aussi…

  471. Éclaircie dit :

    La grande horloge s’est arrêtée à 7- dit-on.
    Personne n’a précisé s’il s’agissait de 7 heures, 7 ans ou 7 jours. La gamine a bien retrouvé la clé du remontoir mais nul n’a jamais voulu lui ouvrir la porte. Chapelets de prières se sont égrenés dans le vent. Le temps a régressé, s’est replié oubliant de lui fermer les yeux et la mémoire.

    Sur le gros buffet de la salle à manger
    Trône une photo à peine jaunie
    Les autres, des temps plus anciens
    Déchirées ou cornées
    Fermées dans la boite de fer
    Ne verront pas la lumière.

    De greniers en greniers
    Elles deviendront poussière
    S’effaceront du papier rendu à sa blancheur
    Les négatifs, depuis longtemps enfouis
    Se sont fondus à la terre, à l’eau ruisselante
    Des chemins submergés.

    Quand naître deux fois est trop douloureux
    Un part de soi jamais ne revient au jour
    Seules les graines semées renferment
    Toutes les images enfuies

    Je vous regarde avancer
    Hésitant parfois
    À la frontière de l’équilibre
    Mais ne jamais franchir
    La faille des années

  472. 4Z2A84 dit :

    Le jour oublie de se lever
    La nuit en profite pour mûrir
    On coupe l’électricité
    Dans les hôpitaux silencieux
    Où l’on doit réserver sa place
    Très longtemps avant d’y mourir
    Je ne me vois plus dans ma glace
    Depuis que j’ai ouvert les yeux
    Peut-être étaient-ils trop nombreux
    Pas assez lourdes mes paupières
    Peut-être me suis-je endormi
    Avant d’expulser la lumière
    Peut-être à pas légers a-t-on fait le tour de mon lit
    Les ressorts du sommier se taisaient
    Entendrai-je l’homme de quart crier : Terre ! ?

  473. Éclaircie dit :

    Au matin la voix n’est pas parvenue
    À transpercer les murailles inventées
    Encore et toujours par la peur
    De se fondre au tain du miroir

    La transparence de l’eau
    L’effleure sans la révéler
    Seuls les bourdonnements du temps
    Émergent aux côtés du chant des flammes

    L’œil ne voit plus la lumière ni l’ombre
    Les mains tendues sont-elles assez fortes
    Pour remonter le seau qu’alourdit l’attente ?
    Le gel n’a pas bloqué la poulie
    Mais le puits semble chaque jour plus lointain

    Sur le seuil une phrase en suspens
    Bientôt figée dans la pierre de taille
    Encadre le passage aujourd’hui déserté

  474. Éclaircie dit :

    Sous les bandeaux du toit
    les fenêtres offrent leur attente
    au front si bas de la vieille bâtisse

    La porte entrouverte
    n’est pas même une invitation
    nul ne passe plus dans la ruelle
    depuis des lunes

    Une lueur dansante
    dessine des lettres aux formes des feuilles
    du grand tilleul

    Ses branches caressent le chéneau
    peut-être y trouvent le soutien
    ou l’écho du chant du vent

    À l’intérieur sur la table
    un dédale de lignes
    incrusté dans le bois
    évoque le temps de l’écriture solitaire

    Entre les pierres de la terrasse mal jointées
    les graines oubliées des oiseaux
    plongent déjà des pousses

    Que les couleurs et les gestes s’impriment
    au tableau du havre déserté

  475. Éclaircie dit :

    Les réverbères ont abandonné leur lumière au brouillard qui seul maintenant efface les zones d’ombre tranchées. Tout l’espace est habité par une ouate oranger, humide et comme poisseuse. Les fumées s’élancent des cheminées pour aller tutoyer la lune. Elles sont aussitôt happées, agglomérées, digérées et ajoutent à l’effacement de toute trace vivante.
    Les arbres au-dessus de cette masse regrettent de ne pouvoir nous entendre, la colline est navrée d’être une île sur cette mer avide de toute parcelle de couleur qui n’est pas la sienne.

    Personne ne soupçonne derrière les murs épais cette présence silencieuse. Pourtant les mots, lorsqu’ils briseront la nappe, iront plus haut, plus loin, là où si nul ne les attend, quelqu’un les trouvera, saura les coucher sur la surface bleue d’un rocher enraciné auprès des falaises.

  476. 4Z2A84 dit :

    « Les arbres… regrettent » de ne pas avoir d’oreilles (alors que les murs en sont pourvus ? )… « La colline est navrée d’être une île »….Ainsi, dans la nature, tout ne « respire pas le bonheur » comme on dit.
    Ici la poète s’efface au profit de ce qu’elle nous dit notamment en images dont l’originalité bouleverse nos habitudes.

  477. Éclaircie dit :

    Le cœur de la nuit palpite calmement
    Accueillante l’ombre protège le visage
    La main la page et le geste indécis
    Demain le regard se posera
    Sur le sourire de l’enfant grandi
    Et même si quelque plaie à peine refermée
    Évoque la couleur d’un soleil brûlant
    Le puits offre la fraîcheur enfouie
    Que rien ne peut masquer vraiment
    Les rameaux se nourrissent de la sève
    Puisée au ventre de la terre féconde ou bien aride
    Racines et brindilles se répandent se répondent
    Univers parallèles pourtant si proches
    Les yeux baissés je sais l’image du ciel qui appelle le pas suivant

  478. 4Z2A84 dit :

    Nous sommes à la limite de l’ineffable. Ici plus rien n’est source d’angoisse – pas même le puits. En l’absence de l’homme (mais non pas de l’enfant) la nature respire mieux, plus calmement; le poème traduit son étonnant langage; le poète n’intervient vraiment qu’au moment de baisser le rideau avec ce « je » dans le dernier vers de cette suite merveilleuse :
    « Racines et brindilles se répandent se répondent
    Univers parallèles pourtant si proches
    Les yeux baissés je sais l’image du ciel qui appelle le pas suivant »

  479. Éclaircie dit :

    Un voile se forme et s’opacifie
    entre le regard et la colline.
    Dénuée des artifices la maintenant debout
    la silhouette oscille jusqu’à se fondre
    au givre du pré.

    Les années au nombre de sept
    fortes de leur raison nouvelle
    commencent à s’effriter
    se dissoudre.

    Immuable
    l’eau du fleuve porte la trace
    de l’encre dissoute

    Sur le drap la main se crispe
    puis efface le dernier pli

    L’automate poursuit le chemin
    désormais poussiéreux
    Les germes séchés
    ont oublié la saveur de la parole vivante.

  480. 4Z2A84 dit :

    Ce fleuve dont l’eau « porte la trace de l’encre dissoute » innerve ce poème qui est aussi un arbre dont les fruits détiennent sans doute des pouvoirs comme les potions magiques des sorcières ou des fées. Entre « l’automate » et la silhouette qui « oscille jusqu’à se fondre au givre du pré » se trouve la poète chargée d’ordonner les pièces d’un puzzle à la manière d’une parole vivante et libre de désobéir à cet ordre.

  481. 4Z2A84 dit :

    .
    Il m’arrive de regretter
    De ne plus être une rivière
    Ou à défaut l’un de ces innombrables petits ruisseaux
    Qui ont l’air de se cacher
    Et que l’on trouve sans les chercher
    Sous l’herbe où ils jasent
    Mais un arbre adulte domine ses émotions.
    Si mes feuilles tremblent
    Le vent saura pourquoi
    Si mes fruits disparaissent
    Les voleurs rassasiés courront plus vite
    Si mon écorce résiste aux coups de canif
    Le cœur des amoureux n’en battra pas moins violemment
    Je veille à l’orée d’un bois
    Dont les champignons seraient le trésor
    Si on ne les cueillait pas
    Pour concocter des soupes dangereuses.
    Avant d’attendre de mes racines
    Des renseignements sur le noyau de la Terre
    Je suivais ma pente
    J’ai noyé des prairies
    Sans moi les champs mouraient de soif
    Sans moi s’instaurait la disette
    Les animaux venaient de loin
    Me montrer leur museau ou leur bec
    Je les rafraîchissais
    Sans rien demander en échange
    Aujourd’hui j’échange avec le Ciel
    Dont je respire de plus près et mieux l’infinité
    De vagues idées sur le silence.
    .

  482. Éclaircie dit :

    Elle serait la rivière, lui le torrent.
    De toutes les roches qu’il lui aurait offertes
    Elle saurait apprivoiser les arêtes vives.
    De l’eau tumultueuse, parfois meurtrière
    Elle aura cueilli l’essence
    Afin de porter plus loin la musique des gouffres.
    Unis dans l’océan, on saura reconnaître le remous tranquille
    Ou bien la lame acérée des premiers sursauts
    De ces deux amants séparés par les silences de la glace
    Par les failles entre les montagnes jalouses
    Parfois par des plateaux les piégeant dans des lacs
    Immobiles comme miroir sans tain mais rêvant de profondeurs
    Où les flots impétueux perdraient leur élan et la force
    De poursuivre leur course et le chant des amours.

    Écoutez le vent qui parfois les rapproche
    Qui mêle leurs voix et leurs désirs
    Et dont la lune, par les claires nuits d’hiver
    Murmure les soupirs ainsi que les espoirs.

  483. Éclaircie dit :

    Les lettres jetées dans le puits
    jamais ne se diluent vraiment

    L’eau sait la portée des voix

    De ricochets en ricochets
    qu’elle seule fait naître
    on peut lire dans les rivières
    les fleuves et les lacs
    ce que l’océan rêve
    de nous apprendre…

    La branche roulée par les vagues
    reste de bois

    Au plus profond de tous les gouffres
    le murmure guette l’instant propice
    enrobé de couleurs
    laissant le magma n’irradier que chaleur
    il émergera plus puissant que les cris

  484. Éclaircie dit :

    La vie à travers tes yeux
    arbore les couleurs de tous les ruisseaux
    mêlées aux frémissements des branches
    dont les oiseaux recherchent la caresse
    l’été pour la fraîcheur du sous-bois
    l’hiver pour l’abri contre le froid

    De la naissance du torrent
    à l’immensité de l’océan
    les voix de l’eau sont infinies
    Si les gouttes paraissent semblables
    tu sais reconnaître entre toutes
    le chant de chacune
    et des milliers de partitions
    sont dessinées dans tes cahiers

    Lorsque le vent franchit les pentes
    de toutes les collines boisées
    les arbres devinent le voyage auquel tu les invites
    ils sentent ton regard tendre
    quand noirs et tortueux il n’ont plus ce voile
    masquant leur désarroi ou leur timidité

    La vie à travers tes yeux
    est celle qui habite nos rêves
    meilleure que la vie
    elle est notre rêve

  485. Elisa-R dit :

    J’ai eu le temps de lire ton dernier poème, puis ses deux grands frères. Le ciel n’est plus tout à fait gris, ce qui me pesait devient plus léger : les bienfaits sur moi de tes écrits sont trop nombreux pour pouvoir les citer.

  486. Elisa-R dit :

    J’ajoute le poème de 4Z dans ma petite besace, je pars avec ces provisions pour affronter les nuits d’internet.

  487. 4Z2A84 dit :

    Peu à peu le feu détruit tous mes cahiers
    La pluie se défend d’intervenir
    Elle envenimerait les relations
    Entre le ciel et la terre
    Je laisse faire et courir le furet
    On s’habitue à ne plus voir
    Son propre visage dans une flaque
    Où l’eau a séjourné trop longtemps
    Pour se souvenir de l’averse
    Sur mes cahiers je ne dessinais ni n’écrivais rien
    Je les voulais comme moi délivrés de tout
    Sans souci de ce que fut hier
    Ni du lendemain préparé par le coq
    Dans la cale du vaisseau aérien
    Nous partons trop tôt
    Nous fuyons trop vite vers d’autres planètes
    Où la mort n’est toujours pas une invention de l’homme
    Pour ne pas s’abriter sous un arbre
    Quand la foudre le menace
    Riez rivières je meurs de soif
    Et vous m’offrez de noyer mes rêves
    En courant au-devant de la montagne
    Un bloc auquel se heurtent nos têtes
    On ne compte plus les bosses
    Ni les poissons qui traversent l’azur
    En direction du nuage
    Où s’apaisent les maux
    Comme sous le masque les sentiments contrastés
    On opère dans un cinéma de quartier
    Où le public jette sur la toile des oranges pourries
    Mais les traits des acteurs expriment un grand bonheur
    Un bonheur tel que nous sentons des ailes
    Avec des plumes multicolores
    Croître sous nos bras ballants
    De l’écran surgissent d’autres aigles
    D’autres pinces à sucre trient les restes humains
    Pour absorber le sang les buvards manquent d’épaisseur
    Et le cahier crie : Assez de mots ! Assez d’élucubrations !
    On arrache les pages on écrira désormais sur les pierres
    On gravera de nouveaux vers dans l’ophite
    A défaut de mémoire
    Nous oublions trop souvent qui nous sommes
    Mon nom me reste en travers de la gorge
    Vous ne me ferez pas avouer mes secrets avec du vocabulaire
    Je tiens à ces greniers comme vous à vos caves
    Quand le torrent pète les plombs nul ne l’entrave
    Le fil ne se perd ni n’est coupé il résiste
    Et annonce un prochain numéro sur la piste
    Où tous les clowns joueront les gais comme les tristes.

  488. Éclaircie dit :

    Un mot nouveau dans ma « besace » -oui je plagie Élisa- : ophite.
    Un feu tout à la fois destructeur et source de création. Il semble, 4z, que tes cahiers ne seront jamais assez grands pour contenir tous les fruits de ton imagination.
    Des thèmes comme la mort, la création toujours mêlés à la nature, indissociables.

  489. Éclaircie dit :

    Sur le mur quelques traces de mains
    légèrement estompées
    elles aident sans doute au déplacement
    de ce personnage chancelant

    Il n’a que la fenêtre pour respirer le vent
    rectangle restreint quand l’espace immense
    l’invite encore à côtoyer l’azur
    il ferme alors les yeux et l’horizon s’offre
    s’ouvre sur des forêts bruissantes
    sur la nuit dont lui seul distingue les couleurs
    ses bras étreignent les troncs
    quand ses mains posées sur les bras du fauteuil
    se crispent sur un souvenir évanescent

    Initiation à ce voyage que seul son esprit
    peut encore entreprendre

    Ressent-on la cendre et la poussière
    avant de s’y mêler ?

    Je veux jusqu’au dernier instant
    chanter avec la lune
    voir plus loin que l’océan
    reconnaître le goût de la brume
    entendre les paroles du vent

  490. 4Z2A84 dit :

    On n’écrit plus sur la ligne de l’horizon
    elle est trop loin de nous
    et nos bras sont trop courts
    nos mains tremblent
    si la fenêtre s’ouvre
    pour inviter le vent
    qu’il ne dérange rien dans la maison
    où tout reste à sa place
    le fauteuil sur ses rails
    la table sous nos coudes
    le lit le long d’un fleuve
    rêver ne suffit pas
    apprendre avec un bon professeur à mourir
    exige de l’argent des loisirs de l’humour
    on remue trop longtemps la tête on la secoue
    on l’entend cliqueter comme une tirelire
    dans laquelle des sous se battent en duel
    pour l’amour de bonbons qu’ils ne pourront s’offrir
    qu’en scintillant sur le comptoir de l’épicier
    apprendre à partir sans se retourner
    après l’adieu des mouchoirs sur un quai
    de gare où tous les trains transportent des mourants
    vers le fleuve où patiente un nautonier mythique
    les coudes ne soutiennent plus le crâne
    la table court se cacher dans l’armoire
    là se trouvent des armes
    des rames
    on se bat contre une eau plus noire
    que ses pensées
    on lutte contre le sommeil
    au fond de sa baignoire
    les veines des poignets ouvertes
    la bouche pleine de gargouillis et de mots
    une platée de mots non triés
    mange au lieu de songer à la fin de ton livre
    mange sans faim sois ivre
    comme ces friselis sur l’eau
    quand le lait de la lune engourdit les étangs.

  491. Éclaircie dit :

    Bravo pour la performance ! et pour les trois derniers vers ! et pour l’ensemble ! À peine si l’on peut reprendre son souffle.

  492. Éclaircie dit :

    Les crêpes dansent au revers des vestons
    Quant aux hommes ils avancent encore
    La pièce dans la main la tête dans les nuages
    Ils prêtent aux chemins des histoires inventées
    À leurs proches voisins d’étranges intentions
    Ou alors un sourire parfois illuminé
    Mais gardent au plus profond du sommeil
    L’image d’un ruisseau et des reflets de lune
    Dessinés dans les yeux d’un enfant taciturne

  493. 4Z2A84 dit :

    Beaucoup de cailloux sur lesquels nous marchons sans scrupules valent plus que des diamants.

  494. Éclaircie dit :

    Les flocons de neige sont des gouttes d’eau aux multiples talents. Ils savent tracer des spirales, des labyrinthes, des arabesques en équilibre sur le vent, dont ils se jouent encore et toujours. Ils veulent l’éternité et appellent le froid, lorsque couchés sur les champs, ils refusent que la terre les absorbe. Ils savent que la graine est à l’abri sous leur manteau et ne laissent entrevoir les germes pourtant avides de lumière et d’eau. Ils aiment le bleu, le bleu du ciel, un bleu acier parfois et tolère le soleil qui rehausse leur éclat lorsque ses rayons sont assortis d’une bise cassant leur chaleur.
    Mais c’est la lune qu’ils préfèrent, la lune qui leur offre sa couleur, sa douceur, son mystère et les arcanes de son âme.
    Ainsi, personne ne peut étreindre la neige ou la lune sans se brûler ou disparaître…

  495. 4Z2A84 dit :

    Les anges mangent de la neige
    c’est le secret de leur blancheur.
    La vie des flocons, vie éphémère,
    mesurée à l’aune de la lune
    gagne en intensité;
    on parle même d’éternité
    mais en rougissant
    comme si ce mot
    renvoyé d’une joue à l’autre une fois dans la bouche
    promettait plus qu’il ne tenait.

  496. Éclaircie dit :

    Les pierres de la maison frissonnent
    Au chant du vent et sous la caresse
    De cette main qui bientôt portera son geste plus loin
    Greniers et caves retiennent leur souffle
    Et regrettent un peu les charançons du blé
    La cendre des salaisons au creux de janvier
    Le chemin se détourne pour oublier les bœufs
    Et le char aux roues ferrées tintant sur les pierres
    Les arbres depuis longtemps ont repoussé
    Mais ils ont gardé l’image du vieil homme
    De son chien de sa hache et de son amour des bois

  497. 4Z2A84 dit :

    « Le chemin se détourne pour oublier les bœufs
    Et le char aux roues ferrées tintant sur les pierres »
    .
    Le chemin ne mène plus nulle part
    C’est justement là où je voulais aller
    S’écrie le vieil homme et il saute de joie
    Et les étoiles sautent avec lui
    Comme un bouchon de bouteille de champagne vers le plafond
    Le plafond s’ouvre laisse entrer la pluie
    Le chien mouillé a honte il se cache
    Il se replie sur lui-même il disparaît aux yeux de tous
    A l’instant même où on le montrait du doigt
    Sous la table qui soudain décolle
    Avec la vaisselle les assiettes fumantes les verres pleins
    Tous nos repas flottent
    Ceux dont nous profitâmes avant la fin
    Comme ceux que nous ne destinions pas aux pauvres.

  498. Éclaircie dit :

    Le clignotement d’un œil puis de l’autre
    Laisserait supposer un demi-sommeil
    Pourtant aux éclairs échappés des pupilles
    Sombres
    On sait l’étrangeté de l’être
    Sa vigilance et toutes les images qu’il vole
    Les lettres qu’il mange les notes soufflées
    Par vent contraire
    Les cornets de gramophone
    Attachés au tympan des pôles
    À bien le fixer on aperçoit des fleuves
    Des tunnels un peu de neige
    Et quelques miettes d’une religieuse au café
    Une barbe de vingt ans
    Le premier caillou offert comme joyau
    À la fée absente de son berceau
    Puis la montagne le dévore comme l’aigle sa proie
    Et les iris dressent leurs tiges au cœur de l’eau

  499. 4Z2A84 dit :

    Le fleuve arrêté sous mes fenêtres
    je le salue comme un frère
    venu de très loin me dire il faut
    je n’entends pas la suite
    couverte par le bruit de mon cœur
    il n’y a pas de suite
    il faut devrait suffire.
    Le mur contre lequel je m’appuie cède
    pourtant je ne pèse pas lourd
    on me désigne au bout d’une fourchette
    le millefeuille entamé la crème coule
    lentement comme la boue sur mes cheveux
    celui qui peut-être me mangera ouvre la bouche
    je vois sa langue et j’aperçois au fond de son palais
    la luette comme une cloche qui sonnera le tocsin
    quand m’auront transpercé les dents de la fourchette
    et ses dents à lui de pures broyeuses.
    Quelles créatures se flattent
    de connaître un tel bonheur
    les pieds dans l’eau maternelle d’un fleuve
    le buste enveloppé dans du beurre
    et la quasi certitude de mourir croqué
    par un gourmand dont les grasses babines tremblent
    telle la gelée autour de l’œuf.
    Quelqu’un cogne à la porte il faut répondre
    il faut il faut se justifier aux yeux de sa voisine
    avec son troisième œil elle a tout vu
    elle connaît le pire
    il ne faut pas il ne faut pas lui céder
    quand elle exige une part du gâteau.
    Va t’en avec ta faux sur l’épaule
    tranche ce blé qui n’en finit pas de produire de l’or
    notre richesse intimide la mort
    elle recule elle s’évanouit dans la gorge
    et nous déglutissons sans regret.

  500. Éclaircie dit :

    Ces yeux au fond de cette gorge
    Proviennent-ils d’un être réfugié là ?
    Au temps où la lumière lui brûlait les pupilles
    Lorsqu’il n’avait pas encore de paupières
    Ou peut-être qu’un regard un geste un souffle
    L’effrayaient au point de le faire s’enfuir
    Sera-t-il plutôt tombé d’un rocher ?
    D’une chaise qui a perdu ses pieds
    Quand il a voulu s’élever plus haut que l’arbre
    Pris d’un vertige devant son ombre
    A-t-il voulu la suivre pour l’étreindre

    Ces yeux au fond de cette gorge
    Sont-ils une illusion ?
    Deux petits ronds de graisse
    À la surface d’un potage
    Une tache à mes iris
    Un éclair double imprimé dans mon œil

    Cette gorge a disparu
    Avec elle le trouble d’une voix méconnue
    Mais aussi la vision d’hier ou demain
    Mêlés comme des os dans une fosse commune

  501. Éclaircie dit :

    Le haut de l’ancienne tour est ouvert à tous les vents.
    Aux vibrations de l’air
    Aux oiseaux tournoyants à proximité
    Je sais qu’un chant s’en échappe.
    Pas un son ne parvient à mes oreilles
    Pas plus que je n’ai trouvé l’entrée
    Du fascinant bâtiment

    Il semble s’éloigner au fil des nuits
    Pour le jour reprendre sa place

    À ses pieds j’ai creusé,
    J’ai cherché la trace de marches d’escalier.
    Seul un puits, où le moindre caillou jeté
    Ne paraît jamais rencontrer d’eau
    Ni de fond solide ou vaseux,
    Ouvre son énorme gueule
    M’appelant

    Pourquoi vouloir m’enfermer dans ce lieu ?
    Quand la tour me rejette
    Me condamne déjà sans appel
    Dans ce carcan que j’ai bâti
    Fermant les yeux, serrant les poings

    D’où je m’échappe avant l’aurore…parfois.

  502. Éclaircie dit :

    Un cri rauque hante les plis du vent

    Il frôle la cime encore nue des arbres
    s’élance
    plonge
    et se tient à distance respectable
    de la surface de l’étang
    qui pourrait l’engloutir
    sans espoir de rallier une mer
    une gorge ou même un océan.

    Une chouette lui répond
    comme on s’adresse à un enfant
    dont le chagrin dépasse les murs de la chambre

    Puis il se réfugie dans l’âtre
    encore tiède de la veillée passée
    Il se mêle à la cendre et la suie
    et dessine ces arabesques
    sur les parois de la cheminée
    que seuls abeilles et oiseaux imprudents
    sauront déchiffrer
    Lui qui voulait tant dire…

  503. Éclaircie dit :

    Je voudrais que l’instant se prolonge
    Avant l’aurore
    Vos voix me parviennent m’invitant à répondre
    L’œil n’apprivoise pas vraiment le décor
    Par la fenêtre grande ouverte sur le silence
    On sait le mur et son lierre
    Le lilas et ses bougeons à l’abri du grand vent
    Mais si le ruisseau voulait venir lécher le pied du tilleul
    L’entendrais-je ?
    Le souffle des chevaux dépasse à peine la lisière du pré
    On les dit bavards la nuit
    Et je ne les entends pas
    Je sais le peuplier s’agitant à la moindre brise
    La fumée qui hésite sur la direction à prendre
    Sur les signes qu’elle laissera aux premiers oiseaux
    Je devine l’air cherchant un obstacle
    Pour freiner sa course et s’assoupir au creux du vieux cerisier
    Avant l’aube on peut inventer un ciel rouge
    Des murs translucides et la lumière émanant du puits
    Avant l’aube le jour ne parviendra peut-être jamais
    À régler l’heure sur le métronome inconscient
    De tout ce que nous abandonnons à chaque éveil

  504. 4Z2A84 dit :

    Au sommet de la tour le vent éteint les torches
    On s’embourbe dans les ténèbres
    Il faut crier pour que l’électricité sorte
    De sa réserve et nous aveugle
    Une lucarne ouverte sur le front
    De notre guide – une issue de secours
    Redonne espoir aux plus faibles – je meurs
    Chaque matin en déchirant mon cœur
    Avec mes ongles pour montrer qui est le maître
    Aux curieux dont beaucoup se croiraient au spectacle
    Si nous ne les retournions pas
    Ainsi les sabliers poursuivent leur mission
    Le temps repart la tour brûle la nuit moutonne
    Des arbres inconnus font des gestes qui privent
    Le passant attardé de son indifférence
    Avec le poil il perd ses chances
    De devenir un animal
    Que l’on caresse pour lui confirmer le compte
    De ses os – il en manque – il me faut vivre avec
    La peur d’être spolié de tout mon attirail
    Lorsque je dors un pouce entre les lèvres
    On me vole un à un mes dons comme on m’enlève
    Le pif et pour s’en faire un masque les couleurs
    De mes joues car j’étais un jeune homme sanguin
    Quand je ne portais pas la jupe et le corsage
    Dois-je changer de songe ou me jeter
    Du haut de cette tour dont vous voyez s’éteindre
    La chevelure en feu les lianes et le lierre
    Une échelle de corde où restait suspendu
    Le guide – lui aussi brûla comme l’étoupe
    Et nous ne suivrons plus personne dans la nuit
    La lumière est en nous
    Mais le moyen de l’atteindre se perd
    Comme en cuisine une recette
    Comme le cœur glissant des mains qui l’amollissent.

  505. 4Z2A84 dit :

    Le chagrin de l’enfant franchit les murs de sa chambre
    il se mêle au ruisseau vers lequel le tilleul progresse
    pas à pas depuis le renoncement de la pluie
    à éclairer les pays où l’on ne rêve plus.

  506. Éclaircie dit :

    Le vent dénoue les rubans des nuages, et l’on aperçoit ce dernier quartier lumineux, Lune qui oscille entre la sphère et le croissant, entre l’arc et la rondeur parfaite.
    C’était hier et le matin se retrouve dans un noir dont on ne sait s’il recouvre l’acier ou la perle.
    Les pierres entassées sommairement émergent de leur coque fragile et blanche. La neige n’est venue que pour rehausser les volumes, assouplir les arêtes vives, assourdir les cris des oiseaux assoiffés de printemps.

    Faudra-t-il attendre l’été pour voir l’éclair s’insinuer sous son crâne ? Voir ses yeux pétiller de toutes les lettres croisées ? Devra-t-elle échanger son regard avec celui, plus vif, d’un animal aux abois ?
    Se sentir traquée par le temps, ne pas égarer la seconde où l’œil s’ouvre sur l’invisible, dormir après que l’eau s’apaise. Sentir la lame dans le sillon, le soc contre la pierre et la graine gorgée de suc à offrir.
    Hier s’enterre dans les fondations des bâtisses vivantes.

  507. 4Z2A84 dit :

    « L’œil s’ouvre sur l’invisible »…et se ferme sur ce qui fait notre quotidien ? Nous naviguons entre le songe et le réel. Quelquefois les deux se mêlent; alors nous ne savons plus exactement qui nous sommes ni où nous sommes. Même notre passé semble appartenir à quelqu’un d’autre, peut-être à ce passant ou à cette passante pressé(e) de retrouver avec ses charentaises un coin de cheminée « illuminée par l’ardeur du charbon »…

  508. Éclaircie dit :

    Tu sais si bien peindre les rubans que je lance, au hasard des matins, lorsque la lumière sommeille encore.
    Ils ne seraient que zébrures désordonnées dans un ciel dénué de vibrations.

  509. Éclaircie dit :

    Un oreiller gonflé de tous les rêves
    Aux murmures imperceptibles
    Sauf aux oreilles des araignées
    Qui dans leurs toiles attendent la lueur trompeuse
    Et l’insecte surpris de vivre aussi peu
    La chambre ne sait pas qu’elle est théâtre
    Où se jouent drames et comédies
    Où le papier peint s’amoncelle
    Sans que quiconque ne lise les histoires
    Tapies sous la poussière et la colle
    Parfois le vent tente de franchir cette forteresse
    Il ne parvient qu’à donner l’illusion
    D’une silhouette derrière le rideau
    Visite inopinée pas même espérée
    Puis le nid creusé dans le coussin se vide
    Les couleurs s’éteignent et les charnières grippées
    Donnent à l’entrebâillement des volets
    Cette impression d’attente quand on ne sait ce qu’il convient de guetter

  510. Éclaircie dit :

    La lune, ce matin, poussée par les branches nues des arbres, s’est élevée au-dessus de la colline, à l’heure où les oiseaux déjà affairés emplissaient l’espace sombre de leurs cris, chants d’amour ou suppliques ferventes ; le soleil retardera son apparition. Brin de nuit offert à ceux pour qui la lumière révèle trop vite ce qu’ils aiment tant imaginer.

    Maîtresse tyrannique
    faudra-t-il fermer portes et volets
    oublier chiens et enfants

    Ne jamais dormir
    guetter sa venue
    tellement furtive
    que le moindre craquement d’une marche
    la chasse aussitôt
    pour une contrée où nul n’aborde jamais
    jamais consciemment

    La poésie déserte mes plages
    Mes yeux ouverts sont inutiles
    Sauf à voir le chemin uniformément gris.

  511. 4Z2A84 dit :

    Merveilleuse composition. La poésie ne se laisse pas boire par le sable; on l’entend dans chaque coquillage que l’on porte à l’oreille avec la voix du poète inspiré.
    Ne jamais dormir. Ou dormir debout.
    La maîtresse tyrannique se glisse sous la porte comme un pli où se lit sans condition notre délivrance.

  512. Éclaircie dit :

    Je suis à la périphérie
    de la nuit, de la vie
    dans un dédale qui me tient
    hors de la sphère lumineuse
    dont je vois le halo
    nimber des silhouettes
    aux gestes sûrs

    Dans mes phrases
    il manque toujours un mot

    Voir seulement le monde de dos
    les cailloux des chemins
    le reflet des étoiles
    jamais vraiment la lune
    seulement le soleil brûler la rétine
    Et souhaiter se replier
    jusqu’à devenir cette bille d’argile
    gorgée d’eau.

  513. 4Z2A84 dit :

    Dans chacune de nos phrases manque toujours un mot
    Comme il nous manque un troisième œil pour voir le monde autrement que de dos.
    Tu signes encore ici un très beau poème Eclaircie
    C’est à toi et à toi seule que la lune sourit
    Lorsqu’elle trouve une clairière dans la nuit.

  514. Éclaircie dit :

    Merci pour tes mots,
    « C’est à toi et à toi seule que la lune sourit
    Lorsqu’elle trouve une clairière dans la nuit. » particulièrement poétique.

  515. Éclaircie dit :

    Au creux de mes bras
    je berce le vent
    et son cri plaintif attendrit la nuit

    Je ne chante plus
    il ne sait entendre
    l’envie qui m’étreint de le retenir

    Peut-être le suivre aux confins du jour
    voler cette part de sa liberté
    tomber avec lui dans la mer étale
    Puis dans l’eau renaître un matin d’enfant

  516. 4Z2A84 dit :

    Pour bercer le vent, il faut pouvoir disposer du rythme. Tu le tiens ! 5+5 puis 10; 5+5 puis 10; puis 4 fois 10. Outre ce rythme agréable à l’oreille – comme au cœur (mais oui, il bat…la mesure), ce souhait de suivre le vent où qu’il aille (puisque l’on ne peut le retenir) me ravit, d’autant plus que « renaître un matin d’enfant » se profile à l’horizon.

  517. Éclaircie dit :

    Encore un essai …de mesure…

    Le ciel n’a plus voulu soutenir les nuages
    Il les a déposés au sommet des collines
    Eux qui depuis toujours rêvaient de revenir
    Au ventre de la mer et renouer le lien
    De l’écume et la vague marée après marée
    Quand chaque goutte envie les voyages du vent
    Sans connaître l’exil au cœur de l’océan
    Mariée au sel depuis le premier temps du monde
    L’eau ne voulait entendre la complainte des arbres
    Assoiffés asséchés que la pluie ressuscite
    Leurs racines gorgées de sève nourricière
    Ont offert un torrent aux rivières naissantes

  518. 4Z2A84 dit :

    J’aime beaucoup ce poème qui me permet de me mêler aux éléments naturels comme si j’étais moi-même une sorte de courant d’air, une vague, une goutte d’eau…
    En ce qui concerne la mesure, elle est impeccable aux yeux des tatillons quand ton texte se présente ainsi :
    « Le ciel n’a plus voulu soutenir les nuages
    Il les a déposés au sommet des collines
    Eux qui depuis toujours rêvaient de revenir
    Au ventre de la mer et renouer le lien
    De l’écume et la vague 6
    Marée après marée 6
    Quand chaque goutte envie les voyages du vent
    Sans connaître l’exil au cœur de l’océan
    Mariée au sel depuis le premier temps du monde
    L’eau ne voulait entendre 6
    La complainte des arbres 6
    Assoiffés asséchés que la pluie ressuscite
    Leurs racines gorgées de sève nourricière
    Ont offert un torrent aux rivières naissantes »

    Les tatillons compteront pour 13 les vers visés dans le texte suivant, et regretteront qu’ils ne soient pas mesurés à l’aune de l’alexandrin. Cependant on peut les lire comme s’ils n’étaient pas sur la même ligne; alors l’oreille les entendra comme des vers de 12 syllabes : « …De l’écume et la vagu’ marée après marée… ».
     » Le ciel n’a plus voulu soutenir les nuages
    Il les a déposés au sommet des collines
    Eux qui depuis toujours rêvaient de revenir
    Au ventre de la mer et renouer le lien
    De l’écume et la vague marée après marée 13
    Quand chaque goutte envie les voyages du vent
    Sans connaître l’exil au cœur de l’océan
    Mariée au sel depuis le premier temps du monde
    L’eau ne voulait entendre la complainte des arbres 13
    Assoiffés asséchés que la pluie ressuscite
    Leurs racines gorgées de sève nourricière
    Ont offert un torrent aux rivières naissantes »

  519. Éclaircie dit :

    Ou alors modifier les deux vers en cause, ce que je sais rarement réussir. Merci pour ton avis avisé.

    La rivière au printemps
    sourit aux moindres branches
    encore nues sous la lune
    mais déjà frissonnantes

    Elle attend que la sève
    gouttant de chaque feuille
    dans la chaleur future
    irise ses reflets

    La main plongée dans l’eau
    effleurant les galets
    je viendrai caresser
    la vie désaltérée

  520. 4Z2A84 dit :

    Pourquoi songer à modifier les deux vers en cause ? Si tu tiens à « garder la mesure » il te suffit simplement de présenter ton poème comme je te l’ai suggéré dans le premier cas, en sectionnant, et surtout ne rien changer.
    En ce qui concerne « La rivière au printemps », le troisième vers comptera 6 syllabes si tu orthographies « encore » « encor », ce qui est toléré et souvent pratiqué en poésie.
    Foin de ces comptes !
    J’aime cette rivière aux sentiments très humains, ces branches frileuses et cette main que je serre.

  521. Éclaircie dit :

    On dépose sa peur dans une terre aride,
    dans une carrière abandonnée de tous
    souhaitant que le vent jamais n’entraîne là
    des nuages trop lourds ni des graines germées.

    Et l’on oublie ce lieu, du moins on le fait croire.

    Mais la lune reconnaît les tremblements de notre rire, quand on le voudrait clair. Elle sait l’hésitation de la main sur la crémone et le regard furtif au travers des carreaux.
    Faut-il fermer les volets ou bien ouvrir largement rideaux et ouvrants ?
    La nuit est si belle ; amie qui invente les océans à nos portes, qui fait éclore les bourgeons et les mots.

    Puis l’Est rosit, le souvenir du sable ou du sel, gorgés de nos frayeurs, se dessine furtivement dans la palette brumeuse.
    On espère du soleil qu’il sache masquer la vision d’après-demain ; ou que nos yeux filtrent les lumières.
    Je voudrais apprivoiser le vent.

  522. 4Z2A84 dit :

    Un matin, au sortir d’un rêve agité, nous vîmes le soleil se lever à l’ouest.
    Cependant, comme à l’ordinaire, le laitier avait déposé la bouteille d’un litre de lait sur le seuil.
    Ce lait un peu amer sous la langue intriguait mon chat (je n’aime pas les chats en général ni le mien en particulier).
    Je lui dis : Il ne doit rien à la vache. Par contre, je le soupçonne d’affinités avec la lune !
    Dehors les nuages résistaient au vent. Même les arbres demeuraient immobiles sous son souffle.
    La Terre a cessé de tourner autour du soleil, déclara le chat.
    Nous fîmes un pas en avant, et les moteurs ronflèrent de nouveau.

  523. Éclaircie dit :

    Les bouches menaçantes se sont entre-dévorées et c’est un ciel sans tache qui maintenant accueille le soleil. Chaque grain de verdure conserve l’éclat de l’eau et les branches se tendent toujours un peu plus pour exposer les dernières feuilles nées.
    L’oiseau tombé dans la cheminée est parvenu à s’extraire de ce piège. Par la fenêtre grande ouverte, il a rejoint les siens, prompts à saluer l’exploit.

    De rive en « rêve »
    de rires en « rivières »
    si vous croisez le ruisseau
    dites-lui l’aurore fertile

    Le champ que vous traverserez
    conservera dans son sillon
    la graine de votre voix
    et demain les herbes hautes
    appelleront le vent
    pour ensemble bercer vos jours
    nourrir vos songes
    et graver dans votre mémoire
    la palette des couleurs
    que délicatement
    vous étalerez sur les murs

    Depuis votre chambre
    tous les voyages possibles
    danseront sous vos yeux
    qu’ils soient grand-ouverts
    ou doucement fermés.

  524. 4Z2A84 dit :

    On quitte sa chambre et l’on se promène en se remémorant cette délicieuse composition.
    L’herbe et le vent, le rire des rivières appartiennent à l’oiseau libre. Nous n’aurions que notre regard pour le suivre dans ses évolutions si parfois ne nous portaient pas des ailes dont la présence relève davantage d’une simple rêverie que d’un miracle.

  525. 4Z2A84 dit :

    AU PRINTEMPS ON NE DORT PLUS ! ON PROFITE DE CHAQUE JOUR DE CHAQUE NUIT DE CHAQUE SECONDE.

  526. Éclaircie dit :

    Sur la marge du cahier ou de la nuit, les forces se concentrent jusqu’à blanchir les doigts.
    Si seul le miel affleure à l’aube, le dard de l’abeille planté sous le derme lui apporte la mort. La ruche vibre, vit, vibrionne. Pollen et poison, indissociables, se côtoient, se défient. À mastiquer les mots, les mâchoires se crispent. Pas un son ne s’échappe et l’on détourne le regard, la main et le pas.
    Mais on laisse la porte entrouverte par laquelle tous les fiels s’enfuient et finissent enterrés sous les terrasses où l’on pose les pieds, nus, afin de ne pas oublier la brûlure de la course éperdue.

  527. Éclaircie dit :

    Les mirages sont des miroirs que l’on ne peut traverser, ou à l’inverse, les miroirs sont des mirages que l’on ne peut atteindre.

    Lorsque son horloge atteingnit le chiffre 7
    elle s’est figée
    le rire aux lèvres
    devenu rictus
    Pourtant personne n’a vu
    le masque
    pas même elle

    Elle tenait dans la main une clé
    La porte toujours existe
    mais les murs se sont effondrés
    et l’on ne peut effleurer la serrure
    sans craindre de la voir
    à son tour
    devenir poussière

    La peau désormais ridée
    elle cherche un âge
    qui pourrait être le sien

    À redouter les départs
    on les provoque
    le reflet du miroir
    doucement s’efface

    Le poing ou la tête dans la vitre
    ne suffira pas
    les éclats de verre sans la lune
    ou l’eau du ruisseau
    garderont le tranchant
    de la lame dont personne n’a usé
    pour rompre le charme
    ou trancher les chaînes

  528. Éclaircie dit :

    La peur lui colle à la nuque
    poids de toutes les années
    à rechercher la main de l’autre
    quand seul le reflet dans le miroir
    aurait dû l’assurer de son existence

    Et l’on ronronne
    tapie sur le verbe
    sans imaginer
    que les lettres se dilueraient
    un jour
    dans ce brouillard que l’on a crée
    pour protéger ce qu’il restait de souffle

    Le sol se dérobe
    sous le pas malhabile
    marcher sur le sable
    implique sa mouvance
    et la noyade dans un corps privé d’eau

    Faire taire cette voix narquoise
    qui ne cesse de dire
    et redire
    « C’était écrit, tracé à ta première naissance
    toutes les autres ne furent que leurres
    illusions, mirages que tu n’as pas su reconnaître »

    Pourtant les graines
    serrées entre les doigts
    lancent leurs bourgeons
    dans le moindre interstice
    Elles arborent le vert de rigueur
    que la lune
    la seule à les voir
    sait leur offrir

    Le rameau épuisé
    desséché
    pourra-t-il devenir l’humus
    que toute nouvelle pousse quémande
    à peine sortie de terre

    Le sommeil attend
    l’instant propice
    au cœur de la chambre
    Il guette le silence
    pour se déployer
    En son absence
    il se résoudra à étreindre sans ménagement
    celle qui l’a tant appelé.

  529. Éclaircie dit :

    On distingue encore la paroi de la colline qui ne renvoie toutefois plus aucun écho. Comme si les sons étaient devenus indispensables aux arbres pour qu’ils se tiennent debout et grandissent. Ou comme s’ils n’avaient plus envie d’entendre ni surtout de répondre. Devra-t-on deviner dans le mouvement silencieux des branches tout ce que l’on espère si fort lire ?
    Le silence déjà devient opaque, douloureux. La lune manque à la nuit, l’air frais aux fenêtres et le scintillement des phrases dansantes dans les yeux du lecteur.

    On s’allongera dans les hautes herbes avec les grillons dont les grésillements, on le sait, chantent les absences, lancinants depuis leurs refuges loin des griffes des animaux et des hommes.

  530. 4Z2A84 dit :

    Les arbres parleraient trop bas
    S’ils avaient quelque chose à dire
    Dès leur réveil ils chassent
    Sous terre avec des instruments aveugles
    Des armes prohibées
    Notre poids alourdit les branches
    Mais chaque feuille garde son secret
    Et si sous l’écorce le cœur
    Bat c’est pour vous apprendre en morse
    La victoire des racines sur l’eau
    Le murmure du vent s’introduit dans l’oreille
    Et le sable nous interdit d’entendre
    Privé de mots tendres l’esprit
    Vagabonde à la recherche
    D’un objet introuvable
    Comme la main d’un chêne ou d’un noyer.

  531. Éclaircie dit :

    On ne peut capturer le fleuve
    courant en aval, toujours plus loin.

    Sur la rive, le regard tente
    de retenir le chatoiement
    des gouttes d’eau mêlées aux gouttes d’eau.
    La main plongée dans les flots
    n’effleure que chimère,
    quand le voyage est si léger
    que tout le corps immergé ne pourrait jamais
    s’extirper de la vase immobile
    au fond du lit.

    On dit que le cycle de l’eau
    toujours ramène à la source
    ce liquide envolé.
    Aura-t-on le temps
    d’attendre
    la pluie, la neige ou le grésil
    les trombes et hallebardes
    qui, sur le visage imprimeront
    les signes que l’on n’a pas pu
    déchiffrer ni rejoindre…

    … On n’emprisonne jamais le fleuve
    courant en aval, toujours plus loin.

  532. Éclaircie dit :

    Le fleuve m’a portée, longtemps, si longtemps. L’esprit de l’eau m’habitait, les forêts se courbaient à notre passage. La lune se mirait à sa surface et j’accueillais sa caresse et ses murmures.
    Le fleuve m’a laissée, au matin, sur la rive.
    Je devrais réapprendre la pesanteur, la marche, aussi. La parole différente de celle du bruissement de l’eau et les sons, les cris que l’onde n’atténue plus.
    Je vois le fleuve épouser un nouvel affluent. Le mènera-t-il à l’océan, que j’avais rêvé de gagner, liée au bras du fleuve, souple et solide, insaisissable et libre.
    Je voudrais devenir alluvion des sillons tracés. Offrir au fleuve un lit à sa mesure, profond mais limpide, tapissé de signes menant aux voûtes du sommeil, à l’apogée du rêve, au verbe encore inconnu.

  533. 4Z2A84 dit :

    Avec le fleuve je n’échangeais que quelques mots
    Les plus communs bonjour bonsoir
    Il ne s’arrêtait que pour boire
    Les paroles des autres
    On lui disait dans des langues inconnues
    Beaucoup de mal de moi
    Je me cachais sous ma chevelure
    Elle était longue et lourde à cette époque
    Comparable au fleuve
    Mais je m’arrangeais pour qu’elle n’aille pas vers la mer
    On me l’enviait
    Parfois des ciseaux nous survolaient
    Ils claquaient comme des becs d’échassiers
    Les arbres ayant pris de l’embonpoint
    On ne se glissait plus entre eux
    Et les lianes rampantes entravaient nos pas
    Il y avait trop d’ossements trop de fleurs trop d’insectes
    Et pas une cabine téléphonique
    On entendait grincer le fleuve aux angles de son cours
    Et des pirogues nous parvenait le chant des pagayeurs
    Je croyais me taire
    Or je récitais à haute voix
    Des vers entendus dans ce théâtre
    Dont peu à peu la jungle enveloppait les murs.

  534. Éclaircie dit :

    Le fleuve disait toujours :
    « Ne remontez pas le cours
    N’épuisez pas vos forces dans mes méandres »
    Mais nous voulions rejoindre le torrent
    et nos pattes palmées ne nous permettaient pas
    de marcher aisément sur le sable brûlant.
    À nos écailles s’accrochaient toutes les plumes inutiles,
    gorgées d’eau, trop pesantes pour l’envol.
    Ramper ? Nos corps dans leurs carcans, certes brillants,
    refusaient le moindre mouvement oscillatoire.
    Nous paraissions ces insectes prisonniers de la position dorsale,
    que le promeneur inconséquent ou le vent avait plongé
    dans un abyme dont l’issue s’éloignait à chaque geste.
    Alors pour ne pas quitter le fleuve
    nous avons accepté de gagner l’océan…
    Quitte à nous perdre, nous choisissons l’immensité
    où pas une trace ne dira notre désarroi
    devant …le fleuve en marche loin de nos pas.

  535. 4Z2A84 dit :

    L’océan se couchait toujours à la même heure
    En été les nuits sont si courtes
    Nous dormions au grenier au centre de nos toiles
    D’où les mouches se dégageaient
    Depuis elles ont appris à se méfier des étoiles
    Il ne ronflait pas
    Ni les vagues dont le moteur s’enraye
    D’ailleurs nous n’écoutions battre que notre cœur
    On tissait des songes
    On se pendait au fil le plus long
    Comme à la dernière goutte d’une pluie nocturne
    Je t’aurais endormie avec mon venin
    Si tu n’avais pas quasiment disparu
    Recroquevillée
    Serrant un œuf entre tes pattes à peine poilues
    Vilaine curieuse criai-je vers la lune
    Coincée dans le cadre de la lucarne elle ahanait
    Sans parvenir à s’en dégager
    En hiver l’océan se couchait tôt.

  536. Éclaircie dit :

    La vague est en sommeil et la marée se fait attendre. La lune a disparu du ciel de nuit. Aucun mouvement ne se dessine sur le sable ni au creux des rochers. Même le clapotis de l’eau s’est éteint. La respiration devient plus lente comme si l’on voulait effacer du cerveau tous les paysages connus, aimés et enfuis.
    Mais une graine s’est blottie dans un ventre chaud. On voudrait que le vent se lève et l’entraîne en terre fertile. Ou que le jour apporte ce qu’elle réclame pour la nourrir.