Destitution

 

Un miroir à la nage remontait le courant

Dans sa barque le ciel pêchait des ortolans

amorçant l’eau avec du vent

le vent monté contre le ciel

tenu sur un ajonc

de remiser ses coccinelles

 .

Sous un pont qui passait une ombre qui pendait

haussa les épaules

Bien disposé le miroir fit de même

en tout point

 .

Difformes et violettes

des torches de bonne grâce

imitaient sur les rives des iris

Des torches entendez-vous

qu’aucune pluie ne soufflerait

Ah la pluie sous la coupe d’un tricycle

Dessus filait par les chemins de hallage

l’aigrefin siphonnant les nuages

le nez en l’air humant l’orage

 .

A bout de force et sur le dos

le miroir lui

fit la planche

C’est ainsi qu’il aperçut sans fenêtres ni portes

le bois ne trompe pas une maison ramper

A son pignon collés deux cyprès souples et délicats

comme deux cornes la guidaient

Le sentier qui la suivait éternel angoissé

interrogeait les pierres qui lui tournaient le dos

Bien incapable d’autre chose

le toit fumait l’automne roulé dans une feuille morte

 .

J’étais là sur la berge

dévasant un héron devisant sur le temps

En bataillon serré vous passiez devant moi

vos mains gigantesques en œillères

Mais ce nain chauve en bleu de chauffe

avec sur des rails invisibles

ce petit train tournant tout autour de sa tête

ce petit train sifflant

bien que vous dépassant tous

était-il des vôtres

 .

Au sommet de son crâne un voyageur égaré

la ligne  alourdie par un curieux bagage

un terrier vermillon sous un fatras de ronces

pointait d’un doigt sans fin tristement l’horizon

Un grand noyer brûlait aux confins de son ongle

je m’en suis approché les écureuils grouillaient

Je leur ai dit

                          Le Roi

Ils m’ont jeté des noix

4 replies on “Destitution”

  1. Éclaircie dit :

    En première lecture, vraiment délicieux, je reviendrai pour savourer encore.
    (juste aussi pour dire que les PPV vous accueilleraient bien volontiers si vous aviez un peu de temps, la proposition est toujours de mise)

  2. Éclaircie dit :

    N’est pas Maître du Monde qui veut, encore faut-il que les écureuils consacre le postulant
    Pourtant, vaste choix de l’alexandrin à l’octosyllabe, du lac au faîte, revenez en prochaine saison, ils vous sacrerons.

  3. 4Z2A84 dit :

    On se perd dans cette simulation du délire. Et ça n’est pas pour me déplaire ! Ce genre de poésie parfois nonsensique se retrouve assez souvent dans les PPV que nous publions ici même tous les vendredis et auxquels Eclaircie songe avec à propos…

  4. Yokshares dit :

    … »
    Sous un pont qui passait une ombre qui pendait
    haussa les épaules
    Bien disposé le miroir fit de même
    en tout point
    « …

    Époustouflant!

    Le reste? revenir. J’en ai sûrement loupé les trois quarts.

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