Le chien

Pas de pièces à visiter cette nuit. Les autres fois, j’avais découvert une pièce cachée. Cette nuit, j’ai suivi mon chien dans le jardin. Un beau jardin ! Quelqu’un a dû s’en occuper durant l’hiver : son côté sauvage semblait très travaillé.
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La promenade m’a profondément détendue. Mon chien, presque paralysé la veille encore, était très en forme et je l’ai laissé profiter de l’endroit. Je suis rentrée en attendant qu’il souhaite revenir. A l’intérieur, j’ai réalisé qu’une fenêtre était encore protégée par de vieux volets métalliques. J’ai décidé de les ouvrir.
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Des toiles d’araignées et la difficulté pour les manipuler, m’ont fait comprendre que ces volets n’avaient pas été touchés depuis de nombreuses années. J’ai tout de suite senti que quelque chose d’étrange se produisait : la fenêtre s’ouvrait, non seulement sur le merveilleux jardin, mais aussi sur d’autres fenêtres, percées dans d’anciennes maisons du XIXème siècle, parfaitement entretenues. De l’autre côté de ces fenêtres, quelqu’un pouvait voir tout ce qui se passait chez moi.
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Un peu destabilisée, je suis restée là, debout. Immobile.
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Tout à coup, j’ai vu revenir mon chien. Il a gravi facilement les six marches, lui qui tient à peine debout depuis un an. Un autre chien, vieux et doux, était couché à ses côtés. J’ai pris conscience qu’il y avait des invités dans la même pièce. J’ignore qui, des gens que je sentais sans danger pour moi.
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Soudain, j’ai compris, simultanément, que j’avais ouvert toutes les portes et toutes les fenêtres, et qu’un troisième chien, énorme et féroce, se dirigeait vers la maison : il y avait un passage dans le mur d’enceinte !
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J’ai fermé tout ce que j’avais ouvert, sauf la porte-fenêtre par laquelle j’ai hissé à l’intérieur les deux vieux chiens. Puis, l’animal féroce et moi, nous sommes jetés presqu’au même moment, sur la porte. Lui, pour me sauter à la gorge, moi, pour l’en empêcher en fermant celle-ci.
Je ne sais pas comment, j’ai été plus rapide que lui. Il a eu l’air furieux et il s’est évaporé.
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Evaporé !
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Quel genre de fenêtre avais-je ouverte ?
Le rêve s’estompe ensuite dans ma mémoire. J’ai revu, à plusieurs reprises, cette apparition. A la mer, en ville.
Je sais qu’il me cherche, moi et qu’il me faut rester sur mes gardes, en permanence.
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Je sais aussi que j’ai peu de chance de lui échapper…

7 replies on “Le chien”

  1. Éclaircie dit :

    Voyage au pays de l’angoisse, des ouvertures sur nos peurs ancestrales.

  2. Elisa Romain dit :

    Prétexte aussi pour un retour. Les mots reviennent, petit à petit.

    Merci Eclaircie.

  3. 4Z2A84 dit :

    Oui, tu distilles l’angoisse avec un art auquel je suis très sensible. Le fantastique moderne fait aussi appel à la délicatesse – tu l’as – et non pas qu’aux hauts cris comme dans sa vulgarisation désignée sous l’appellation de « gore ». Un récit passionnant à l’écriture précise et affûtée comme le scalpel d’un très habile chirurgien.

  4. 4Z2A84 dit :

    Entre autres textes magnifiques tu as aussi écrit ceci :
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    Poème d’Elisa-R

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    « Impressions aquatiques
    .
    Là où penche la terre se trouve la faille ouverte sur une lumière
    extraordinaire et nimbée d’irréel
    C’est une source inépuisable de paroles dessinées au khôl
    Certains y baignent leur nuque masculine et fière
    Les lettres y prennent vie
    Des nuages s’y posent adoucis afin de rejoindre ensuite un ciel serein
    On y voit des chevaux déliés, des nattes détressées des mains ouvertes
    Dans ces mains des cailloux lourds comme le monde légers comme le souffle
    Je voudrais y nager en écailles irisées
    Comme cette baleine au bonnet élastique qui s’éloigne du bord
    Je la suis
    Sous l’eau mes nageoires se déploient
    Je touche les murs de verre du bocal à sardines
    De gros yeux déformés par la vitre du foyer observent les algues et leur lent mouvement pendulaire
    L’heure est à l’oubli
    Pas de bleu sans le vert pas de jaune sans l’orange
    Plus loin dort une lune de septembre endormie sous l’ombre calme d’un loup comte alto
    Vieux comme l’enfant qui vient de naître
    Là, une rivière éprise de profondeur c’est une mère nouvelle dans ce monde
    Elle est aussi belle que l’orage quand il couche les blés sous son haleine chaude
    La faille est un gouffre d’espoirs une armoire luxuriante déposée au coeur des plus belles forêts…en présentation  »
    « Impressions aquatiques après lecture du Passage  »

    Elisa-R

  5. Elisa Romain dit :

    Merci 4Z pour cette appréciation généreuse. Le mutisme cessera bien un jour.
    En attendant, les oiseaux chantent déjà le printemps et les nuits s’ouvrent sur l’invisible…

  6. Phoenixs dit :

    Le printemps entre les pierres et surtout sur les mots +++

  7. Elisa-R dit :

    Vos commentaires me touchent autant que vos poèmes Phoenixs. Merci !

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