Au bout de l’avenue

La nuit s’est posée au bout de l’avenue
Comme ce bel échassier tout à l’heure sur la neige

Dans la chaleur de ma voiture, je la vois qui m’attend
Opaque, blanchâtre, fantastique
A quelques mètres.

Les lambeaux de paysage succèdent aux lambeaux de paysage
Ils s’offrent par petits bouts, pudiques
Et l’on voit ce que l’on ne voyait pas
L’élégance discrète d’un arbre
La délicatesse d’une courbe.

Brutalement, le jour laisse place à l’épais brouillard.
Et j’entre dans cette nuit
Comme on entrerait dans une bouche.

Derrière moi, tout a disparu
N’a jamais existé.
La route semble une impasse
Donnant sur un immense mur.

Je ne compte plus le nombre d’yeux
Nécessaires pour tout voir.
J’avance au centre du néant

J’en fais partie.

7 replies on “Au bout de l’avenue”

  1. 4Z2A84 dit :

    Certains paysages nous absorbent. Nous n’existons plus qu’en eux – un court moment, avant de disparaître. Nous ignorons alors si eux-mêmes subsistent. Ne sont-ils qu’illusion ? La nuit nous aveugle, mais dans les ténèbres d’autres créatures se repèrent si bien qu’on les soupçonne d’y voir mieux ainsi que sous le soleil. A notre tour nous disposerons d’une vue puissante. A notre tour, si nos yeux faiblissent, nous saurons nous diriger grâce à l’écho de notre voix. Rien n’est véritablement perdu…Voilà quelques-unes des réflexions que m’inspire cet admirable poème.

  2. Air-pur dit :

    Belle, ô belle nuit… Les phares ne balayent que de furtifs fantômes sitôt aperçus, sitôt enfuis, engloutis. Ainsi le passé avale les instants de la vie.

  3. Éclaircie dit :

    Lorsque décembre s’insinue jusqu’au cœur du passant, ou que l’âme du poète (Elisa) envahit l’espace.

  4. Heliomel dit :

    entre chien et loup, entre les yeux jaunes des autos, les lumières de la ville au bout de l’avenue deviennent halos, quelle belle atmosphère…

  5. Elisa-R dit :

    Rien que pour vos commentaires, le texte valait la peine d’être publié ! Je vous dis un secret : j’aime infiniment le brouillard.

  6. phoenixs dit :

    Fidèle lectrice de cet univers humain. Humain battant de son cœur.
    Humain posé sur son âme.

  7. Elisa-R dit :

    Merci Phoenixs d’être cette « fidèle lectrice ». Je le suis aussi, pour vos poèmes incomparables, ils ressemblent aux étoiles qui transforment les nuits inquiétantes en décors fabuleux.

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