La forge verte

 

Je garderai pour moi l’errance des bois

les billets doux de l’eau qu’on écaille sur l’évier

Comment me faire entendre alors que dans sa forge

le printemps en cadence emboutit ses bourgeons

Écoutez sous l’aubier le vacarme des sèves

A peine peut-on suivre la course des loirs

comme un lancé de dés au creux de nos gouttières

Je voulais vous parler de toutes ces lumières

sur les grains d’une treille épinglées par le jour

qui guide le soleil aveugle dans nos cours

vous dire le vertige de l’étoile qui boite

qu’un rêve à ras de terre a versé en chemin

Me reste à soulever la fonte de ces heures

à étayer de lampes la table où j’écris

poser sur un feuillet la romance des lauzes

chantant l’éternité en boucle à nos oreilles

Avez-vous vu la nuit debout sur une chouette

poussée par une main sur l’argile des toits

et toutes ces abeilles ardentes et muettes

qui butinent nos yeux quand elle ouvre ses bras

J’écrirai quelques mots sur cette ruche immense

Mais je vous laisse là car les lavandes ont froid

Le bleu de leurs longs doigts jamais ne me trompa

Amis qui jusqu’au bout lirez avec raison

qu’aurais-je donc perdu que je ne cherche pas

J’ai dessiné au bas de ce brouillon

un trou

Tirez-en

et bien à vous

le ver rampant des conclusions

7 replies on “La forge verte”

  1. Air-pur dit :

    J’ai beaucoup aimé cette évocation du printemps comme on le ferait dans une veillée d’hiver (le bleu gris de la lavande est bien triste en ce moment).
    Seule petite critique concernant la métrique sur les deux premiers vers et celui des lavandes.

  2. Orgue-rouge dit :

    Air-pur, si je parle en effet du printemps, ce texte n’en est pas, je crois, l’évocation.
    Mais, perdant parfois moi-même le fil de mes idées lorsque j’écris, je comprends que le lecteur se perde aussi en me lisant.
    Concernant la métrique, je ne compte pas les pieds sur mes doigts, au risque de chagriner les puristes.
    Merci Air-pur, de m’avoir lu.
    Amicalement.

  3. Éclaircie dit :

    Je suis passée par google, pour vérifier où l’on trouvait des lauzes, ce mot que j’aime que je voyais enfant sur les toits de mes vacances, qui n’est plus, remplacé par les tuiles (en écaille, pour les plus belles).
    Ensuite ce poème, ce printemps qui devrait être léger qui ne l’est pas, il me semble. Si les éléments extérieurs appellent à l’envol, un poids retient l’auteur.
    J’ai vraiment beaucoup aimé.
    Sans compter (les pieds) le rythme est très bon à l’oreille.

  4. Éclaircie dit :

    Y avait-il des « sauts de lignes  » entre certains passages, soulignés par une majuscule ?
    (on peut les marquer avec un petit truc, mettre un point sur la ligne « saut de ligne » et seulement un point. Ensuite selectionner ce point et le peindre an blanc (choix de la couleur de texte, dans le bandeau de publication)
    Sinon, je les aurais bien vus marquées, ces séparations, à la lecture.

  5. 4Z2A84 dit :

    Perdre le fil de ses idées lorsque l’on écrit, n’est-ce pas reconnaître que l’on pratique, le sachant ou non, l’écriture automatique, la « pierre angulaire » du surréalisme et que l’on se fie à une sorte de murmure intérieur qui est la voix de l’inconscient ou du subconscient ?
    Ton poème est très, très intéressant. Le fait aussi d’y trouver maints vers mesurés me ravit. Continue !

  6. Orgue-rouge dit :

    Eclaircie, je les trouvais, enfant, beaux et inquiétants ces toits de lauze, comme des morceaux de nuit posés en plein jour au- dessus de nos têtes.
    Non, il n’y avait pas de sauts de lignes. Et vous avez raison, le texte aurait pu être aéré.

    4Z2A84, je ne sais pas quelle écriture je pratique, mais j’écoute souvent ce « murmure » que vous nommez très bien, ce petit chant lointain qui éclaire d’évidences enfouies les choses et les êtres .

    Merci à vous deux.

  7. Aquae Sidonie dit :

    ça calme. Je le trouve beau ce texte, beau est un mot un peu galvaudé mais pas pour moi, quand je lis, les mots me capturent d’émotion, comme une évidence.

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