Alerte grise

Le jour s’assoupit
Fatigué des longues pluies
Ses couleurs coulent en flot torrentiel
Sous les coques des maisons dérivant sans attache.

L’eau s’infiltre
Jusqu’aux baignoires blanches.
Les planchers de boue retiennent les pieds
Des humains détrempés aux démarches pénibles.

L’air doux
Quelque chose approche
Tapi sous les feuilles vidées de leur sève
Dissimulé par la brume squelettique.

Le néon palpite.
Les animaux s’agitent dans leur sommeil.
Une porte laisse grincer sa serrure rouillée.
Les paupières du jour tamisent l’automne d’un gris famélique.

10 replies on “Alerte grise”

  1. Frangine dit :

    Beau poème descriptif, d’où s’échappe une triste lourdeur.
    Pour moi, un bémol sur « brume squelettique », mais le dernier vers est splendide.

  2. Aquae Sidonie dit :

    Une ambiance entre deux mondes grouillant d’organique en voie de décomposition, un purgatoire terrestre, j’ai aimé tous ces mots qui bougent en direction d’une immobilité. « L’air doux » m’a accrochée à la lecture, comme s’il manquait ici quelque chose, non ?

  3. Orgue-rouge dit :

    En attente, quelque chose ou quelqu’un d’indéfinissable.
    Angoissant.

  4. 4Z2A84 dit :

    La lecture de ton poème procure des sensations contradictoires. On y serait à peu près bien quand, en changeant de strophe, on s’y trouve l’instant d’après mal à l’aise. Tu sais comme personne rendre, par des notations qui ont des répercussions physiologiques sur ton lecteur, l’humide automne.

  5. phoneixs dit :

    J’aime le monde d’Elisa entre deux états de voiles sombres et de tendresse bleuie. Les larmes aux portes et les sourires dans la serrure secrète de ses mots.

  6. Éclaircie dit :

    S’assoupir, s’infiltrer, palpiter. En dehors du contexte plus que mélancolique, des verbes d’action douces représentant la vie. Alors nous trouvons une forme harmonieuse.
    Puis se faufile « l’air doux » qui rompt un peu la musique
    Elisa est là, dans ce poème, en ombre chinoise, en contraste saisissant.

  7. Air-pur dit :

    Il règne une ambiance de catastrophe latente: les animaux s’agitent dans leur sommeil. Ils sentent que quelque chose va mal. La porte qui bat: n’y a-t-il personne pour s’en occuper? Et le jour qui se lève n’annonce rien de bon.
    Tu m’as fait froid dans le dos.

  8. Elisa-R dit :

    Oui « brume squelettique » et « L’air doux », oui. Peut-être parviendrai-je à lisser ces endroits. Je n’ai pas relu, pas encore…Il y a souvent des rugosités dans mes textes et je me demande si elles ne me sont pas nécessaires, même aux dépens de l’aspect esthétique ou musical…
    L’alerte grise était une alerte orange motivée par les pluies continues qui ont fait déborder les fossés et cours d’eau. Le vent d’abord, l’eau ensuite puis, le silence et le calme qui permettent à l’humain d’affronter l’extérieur pour constater les dégâts et s’étonner de la fascination, intacte, qu’il éprouve pour les paysages, pour cette liberté qui demeure.
    Merci beaucoup à vous tous.

  9. phoenixs dit :

    « Les paupières du jour tamisent l’automne d’un gris famélique ».

    Un arrêt sur celui-ci.

  10. Elisa-R dit :

    Phoenixs, merci !

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