Monthly Archives: avril 2021

Madame Loubli

Chaque nuit, réveillée par le déchirement de la nécessité, Madame Loubli se lève, se vêt de noirceurs, du découpage d’une silhouette en négatif, histoire de ne pas être vue, de ne pas paraître aussi crue ni aussi évidente que les rayons du soleil ne voudrait le faire croire au monde, histoire de ne pas laisser autrui décrypter ses rêveries, ou ses désirs, ou ses frayeurs, qu’elle ne partagera qu’avec la plante noire, son interlocutrice privilégiée et son amie lorsque la nuit aura fait place à la nuit.

 À l’heure où personne ne la voit, madame Loubli va prendre un métro en grève, gravir des marches en berne, franchir des stations immobiles.

Au cœur de la nuit, Madame Loubli fournit des instructions à son équipe de crypto-spécialistes des sols enfouis, des cloisons escamotables, des faux-plafonds, des cages de secours, des portes de sorties discrètes et des secrets inavouables.   Chacun s’arme de la patience d’une combinaison, de balais, d’aspirateurs à photons, de sacs plastique, de gilets d’invisibilité, de cracheuses-brosses à vapeur de vides d’estomac et de cafés froids.

Puis les équipes de Madame Loubli s’avancent en pelotons serrés dans les rues et les avenues, effacent les traces des libations endormies, des excès et des rires abandonnés au vent dans les quartiers bas de la ville. Dans la basse ville, les crypto-spécialistes en sols enfouis répandent dans la nuit le doux murmure des rites de rachat et de purification. Les crypto-spécialistes des sols enfouis effacent les dettes et les spasmes et les emprunts de mots anciens, balaient çà et là des jurons mêmes,  les mots les plus rares, vident dans leurs gros sacs en plastique vert bouteille l’usage d’outils désuets, le sens de livres anciens, de leurs mots, les couleurs des tableaux des musées. Même les portraits des anciens perdent alors leurs traits. Les crypto-spécialistes épurent les royaumes et les boulevards de la ville basse de leurs boîtes à chaussures et des nappes de papier déchirées ou recouvertes de poèmes et de gribouillis. Les couronnes d’épiphanie écornées dont les enfants ne voudront plus n’y échapperont pas. Les grimaces des adultes sont aspirées à coups de néant, les cris et les malentendus des amis déchirés sont dissous dans la chimie impitoyable des solvants industriels.

Un et Deux sont encore attablés et devisent, remarquant à peine le passage de madame Loubli qui saisit la corbeille municipale et la vide en son chariot.

Lorsque tout sera redevenu innocent, se disent-ils, le jours se lèvera… peut-être. Tant de naissances et d’évènements futurs en dépendent. Pour que de nouvelles nappes en papier puissent dresser les tables des café, pour que de nouveaux livres soient écrits, pour que de nouveaux liens soient créés, pour que de nouvelles épiphanies puissent nous raconter combien chaque enfant est roi ou reine, pour que les expériences de pensées fleurissent dans les cerveaux des savants attablés sur les boulevards et les terrasses.

Lorsque madame Loubli a fini son travail, il est déjà tard. Le soleil s’est levé. Sans prononcer un seul mot et pour ne pas troubler l’aube, madame Loubli remercie son équipe de crypto-spécialistes. D’un seul regard, elle les congédie, range sa fonction d’onde dans l’armoir grise et remet ses chaussures de ville.

Redevenue madame tout le monde, elle retournera chez elle, reprendra des métros en grèves, des escaliers en berne, des couloirs désormais criants de lumières et de bruits, ira retrouver refuge dans les quelques mètres carrés de son intimité, arrosera sa plante noire avec tout l’amour qu’elle n’a pas encore donné et tirera le rideau.

Ici les vers

(Traduction de ‘This be the Verse’, poème assez morne de Philip Larkin (1922-1985)):

Ici les Vers

Ils te bousillent, ta maman,
Ton papa – même si c’est pas
Intentionné – en te gavant
De leurs maux sots, de leurs faut-pas,
Et bien sûr, en y ajoutant
D’autres, uniquement pour toi.

Mais loin avant, les bousillèrent
Des sots, vêtus façon désuète;
C’étaient parfois des poings de fer,
Des farfelus parfois, des bêtes –
Et parfois des époux en guerre
Sans trêve, victoire, ou défaite.

Transmise, ainsi, à l’infini,
En maudit patrimoine oral,
La misère s’approfondit
Comme le gouffre au littoral;
Sauv’-toi, donc, si tu peux – et puis
Fais pas d’enfants, c’est la morale.​

Mabaïde

Ouverte au soleil
Les merles la chantent
Au sommet des pins
Secrets
La rivière d’encre
Écrit au fil des algues
Des voyages écrevisses
Folles
On y perd le sens des nuages
Des lignes couchées
Au large
On y gagne le fugitif
Instant sans devenir…


Sauvage, je n’ai qu’une grotte
pour préserver le semblant de vie
les sons et musiques
les arcs–en-ciels et la voix gutturale
celle qui vient des confins
de la mort et du futur
Violoncelle réinventé
je suis le corps de l’instrument
et vous jouez si bien des cordes sensibles
qui relient le monde au monde
la vie à ma vie et ces atomes
tordus, pliés, dépliés, déployés en nouvel étendard.,
au hasard.


Dans la lumière ocre et crue
Et les soupirs du vent
Un homme assis, tout blanc.

Dans cette mer de silence
On entend l’écho froissé
Du papyrus, le bruit épais,
Rouleaux de signes et de sapience.

De temps à autre, surgit le diable
Aux pieds diaphanes du vieillard
Gesticule, pousse des cris
Évoque ses souvenirs paillards,
Les plus piquants, au petit vieux.
L’ermite, un peu chagrin,
Compulse ses parchemins
S’interroge « Ce diable hideux,
Serait-il le reflet du bon Dieu ? »


Ébahie par tant de beauté,
je prends mon thé
dans ce havre de paix

Sans bruit aucun tout autour,
Je m’épanouis
A observer
La chrysalide
Faisant sa mue imaginale

Et me voilà, telle une troglodyte, Thébaîdienne Première,
Dans la nouvelle galaxie intersidérale,
Prête à faire le grand plongeon
Du sommeil le plus long
Propulsée illico
Dans les bras de Morphée
ET,

Juste avant de m’endormir
Pour cent ans au moins,
Je me surprends à rire
Et à rêver que
Tous les arbres de Judée
Et d’ailleurs se tiennent par la branche
Pour vivre ensemble libres et heureux

Par ordre d’apparition , Phoenixs, à qui j’ai emprunté le titre, puis Éclaircie, Bossman et Marjolaine.
Kiproko ayant besoin d’un peu de repos, pense à nous en se ressourçant dans la thébaïde. Élisa prend des forces au soleil.
4Z quant-à-lui veille afin que le calme du lieu soit bien respecté.
On respire, on se détend et qu’est-ce-que cela fait du bien, allez, on se refait une séance … de bien-être?!


Blanche-Neige et les Sept Nains

Ici une tradaptation très libre du poème de Roald Dahl (1916 – 1990). Pours plusieurs raisons, mais surtout pour le rendre aussi lisible que possible, j’y ai fait beaucoup de changements, et même inventé un nouveau caractère.

La maman de l’enfant Blanche-Neige
Mourut un jour – sur quoi, son père
(Qui était Roi de la Norvège)
S’écria, « Mince alors! Que faire?
Il va falloir que je m’en tire –
Que je me trouve une autre femme –
Et bien sûr (cela va sans dire)
Qu’elle soit vraiment haut-de-gamme! »

Sur-le-champ donc, il écrivit
Et envoya aux achats-ventes
(Section royale) comme suit:
« Roi cherche Reine remplaçante ».
Bientôt se forma une file
Voulant saisir la bonne affaire –
Au moins répondirent dix mille,
Dans l’espoir qu’on les considère.

Le Roi dit, d’un air bien sournois
En lorgnant cet amas de belles,
« Je dois faire d’abord, je crois,
L’essai de chacune d’entr’elles! »
Ce n’était pas vit’ fait, son tri,
L’on doutait s’il viendrait à bout –
Enfin, ensorcelé, il mit
Son choix sur une dam’ Dutroux.

La dame était de loin la plus
Belle parmi les candidates
(Pour lui accorder tout son dû).
– La beauté masquait une blatte.
Elle avait une voix de pierre,
Qui trahissait que sous la peau,
Et au-delà les yeux de verre,
Ce beau corps n’était… qu’un corbeau.

Ce qu’avait possédé sa mère
Aurait dû passer à Blanche-Neige –
Ce qui n’empêcha pas son père
(Entravé dans le sortilège)
De tout donner à l’autre, inclus
Son trésor le plus précieux même –
Un miroir magique, conçu
Pour résoudre tous les problèmes:

Demande-lui n’importe quoi –
La réponse était toujours prête:
« Ô Miroir, dites, qu’est-ce qu’on doit »
(Pour donner un exemple bête)
« Manger à midi aujourd’hui? »
En un clin d’oeil il répondrait,
« Le plat sera des oeufs au riz, »
Et jamais ne se tromperait.

Du coup, la question que la Reine
Lui posait chaque jour sans faille
(Car c’était une femme vaine
Avec le cerveau d’une caille)
C’était toujours la même chose:
« Ô Miroir, Miroir, je t’écoute, »
Croassait-elle, et puis, sans pause,
« C’est qui, la plus jolie de toutes? »

A tous les coups, en bon élève,
La réponse était identique:
« C’est vous l’objet de tous les rêves,
Altesse – vous, la dam’ de pic. »
Dix ans durant, la même geste
Se répétait à l’infini –
Mais soudain, un matin funeste,
Le bidule changea d’avis,

En disant, « Euh… dorénavant,
Vous êt’ remise en second’ classe –
J’ai décidé, recalculant,
Que Blanche-Neige, elle, vous dépasse. »
La Reine, là, se mit furieuse,
En hurlant, « Je la tue! » tout haut,
« Je vais l’étriper, cette gueuse,
Je mangerai ses boyaux chauds! »

Puis, sommant le Chasseur-en-Chef
De comparaître en son bureau,
Lui fit part de ses ordres – bref:
« Emmène-la, prends ton couteau,
Et quand vous serez bien au loin,
Tu choisiras le bon moment
Pour l’embrocher – puis n’oublie point:
Ramène-moi son coeur sanglant! »

Il traîna donc la douce enfant
Au plus profond de la forêt,
Où elle s’écria, craignant
Le pire, « Monsieur, pitié! » mais
Le couteau était prêt, le bras
Levé pour apporter la mort.
D’un oeil franc elle le fixa,
Disant, « Je n’ai fait aucun tort. »

Le coeur du Chasseur commença
A palpiter, et fondit comme
Du beurre en poêle; il repensa,
Puis murmura, « Cass’-toi, la môme »
– Ce qu’elle fit, rien de plus sûr.
Un peu plus tard, il fit escale
(Pour éviter des moments durs)
Dans une boucherie locale,

Et s’acheta un coeur de veau,
Avec par surcroît, un bifteck,
Qu’il ramena vite au château,
Là où la Reine et l’archévêque
Etaient à deux (lui se pointait
Toujours vers l’heure du repas,
Se plaindre ainsi: « Dans mon palais,
De fric assez, il n’y a pas.) »

Il leur fallut attendre un temps
Suffisant pour les observances –
Les trois se mettaient impatients
Mais, ‘faut suivre les bienséances…
Ils priaient donc, les trois ensemble,
Pour des miracles et merveilles,
Le prélat visant, il me semble,
L’assiette au beurre et à l’oseille;

Le désir de la Reine était
Que fût la chasse réussie;
Quant au Chasseur, il attendait
Sûr’ment la fin de la partie,
Pour pouvoir dire, « Ô Majesté,
J’ai suivi toutes vos commandes;
La mioche est dans le bois restée –
La preuve: les voici, ses viandes. »

La Reine dit, « Bravo! – J’espère,
Tu l’auras fait tout len-te-ment? »
Puis (ce que je ne peux pas taire)
S’assit au repas dégoûtant.
(Il faut pourtant souhaiter que
La cuisson était juste à point:
Le coeur, s’il est trop bouilli, peut
Et’ sec comme une bott’ de foin.)

Ces goûts sont difficil’s à croire,
Mais entretemps demande-t-on –
De l’héroïne de l’histoire,
Qu’en était-il? Je te réponds:
Il fallait trouver un asile,
Cela au moins lui était clair –
Le mieux serait d’aller en ville,
Mais, sans les moyens, comment faire?

La route s’étendait au loin
Et elle était toute petite,
Et mourrait ici même, à moins
De trouver une idée bien vite.
Dans sa bourse il n’y avait rien
Sauf quelques photos, c’était tout;
Sans fouiller, elle savait bien,
Qu’il n’était pas de sous là-d’ssous.

S’étant effondrée sur la mousse,
Pour pleurer fort, n’en pouvant plus,
C’est là, en se suçant le pouce,
Qu’elle eut du coup un aperçu:
Ce fut en stop, donc, qu’elle fit
Le trajet, puis se procura
Un emploi uni à l’abri –
Deux coups faits d’une pierre, là –

Et bien que ce fût sans salaire
(Tu comprendras bientôt pourquoi)
Mieux que la forêt – ménagère
Chez sept vieillards, dont le plus droit
Ne mesurait qu’un mètre vingt.
C’étaient d’anciens jockeys de course
Qu’on avait nommés les Sept Nains.
Ils perdaient toutes leurs ressources,

Ces sept petits (autrement sages),
A l’hippodrome, en misant sur
Les chevaux et les attelages.
Comm’ quoi, quand leur jour était dur,
Ils restaient sur leur faim, plus tard –
C’était un vice bien choquant.
Alors, Blanche-Neige dit, un soir
Qu’ils rentraient à nouveau perdants,

« J’ai eu l’idée qu’il nous fallait
Et qui résoudra tout souci
De sous, si vous le voulez – mais,
En attendant, sont interdits
Les paris – entendu? » Les Nains
(Qui aimaient presque autant la bouffe
Que jouer) dirent, « D’ac » enfin –
Et elle, pour sa part, dit, « Ouf! »

Ce soir-là, poursuivant sa quête,
Blanche-Neige revint au château
Et attendit en sa cachette
Que tout le monde fît dodo,
Puis – quoiqu’elle avait beaucoup peur
D’être à tout instant découverte –
Se faufila (sentant son coeur
Marteler) dans la cour déserte,

Tout comme un papillon de nuit
(Et, à propos, je te rappelle,
Lya, que lorsque tu l’écris,
Les papions ont tous deux ailes)
– Mais je reprends: Donc, du domaine,
Elle entra, suivit le couloir
Menant au bureau de la Reine,
Et là, s’empara du Miroir!

Rentrée en courant chez les siens,
Après son parcours périlleux,
Elle aborda le chef des Nains –
« Demande-lui ce que tu veux
Savoir, » dit-elle, « Ta prière! »
Le vieillard doutait du pouvoir –
Pourtant, ne voulant pas déplaire,
S’adressa ainsi au Miroir:

« Madame Glace, on est de p’tit
Poids, dans la purée pour de vrai –
Qui c’est qui va gagner le Prix
Demain à Longchamp, s’il vous plaît? »
Le Miroir chuchota tout bas,
« Permettez-moi de réfléchir
Excusez-moi, ce n’était là
Qu’un jeu de mots glacial, pour rire –

J’avoue, c’était plus fort que moi…
Le cheval qui remportera
Le Prix de l’Arc, en bonne foi,
C’est Papillon, puis Falbala. »
Voilà que les Nains s’affolèrent,
En faisant vingt-huit fois la bise
(Blanche-Neige dut se laisser faire)
Puis, ‘fallait trouver une mise:

Chacun d’eux mit sa montre en gage
Pour parier sur Papillon;
Leur auto sortit du garage
Pour aller, elle aussi, au mont
De piété; et ils empruntèrent
Un peu partout chez des amis,
Puis à la banque, et rassemblèrent
Un total digne de… Paris.

Le lendemain, c’était parti –
Pour une fois, les Nains gagnèrent.
Bientôt eux tous – Blanche-Neige aussi –
Devinrent de gros millionnaires;
Ce qui démontre que le jeu,
Non seulement peut vaincre la faim,
Mais aussi rend réels les voeux
(Lorsqu’on joue cent pour cent certain).

Le bout a donc été atteint:
C’est tout, sur Blanche-Neige et les Nains.

La Triste Histoire de Mme Thérèse Tortue et de M Ludovic Lièvre

Encore une tradaptation d’un poème de Roald Dahl (1916-1990); cette fois-ci, avec peu de changements (80% fidèle à sa version originelle):

La Tortue (cette bête instruite
Et gastronome) savait bien –
Chose qu’elle avait souvent dite –
Que dans ce monde n’était rien
Qui pût plus plaire à ses quat’ pattes
Et à son ventre, que le vert
Carré de choux de Monsieur Blatte –
C’était son paradis sur terre.

Les fraises, l’ail, les artichauts,
Les rutabagas, la laitue,
Les potirons et les poireaux –
Tout était là pour la Tortue,
Etalé comme exprès pour plaire
À Mme Thérèse-Hélène –
Une installation tortuaire
De restauration reptilienne.

T. profitait depuis longtemps
(Quand le patron n’y était pas)
De cet amène restaurant
Pour y prendre tous ses repas,
Mais un beau jour – ô quelle horreur –
Quelle affreuse calamité!
Dans son buffet, un braconneur,
Un intrus, s’était invité!

C’était le Lièvre, Ludovic,
Qui tous les jours la devançait;
Elle arrivait – et le pique-nique
De l’autre déjà s’achevait;
Elle avait beau se coucher tôt,
Visant une entrée avant l’aube –
Le voilà qui poussait un rot
Content, ayant fini sa daube.

Elle attendait le soir – le Lièvre
Était en train de repousser
Sa chaise, en s’essuyant les lèvres,
Lui ayant tout volé à T.
« Athée! » criait-t-elle, « Tu es
Un saltimbanque, un parvenu! »
De dix-sept plats, il chipait seize,
Et puis laissait la nappe nue.

Pour elle, c’était du pain sec
Et parfois une goutte d’eau:
Du melon et de la pastèque
Ne restait jamais que la peau;
Les choux étaient tous chouravés,
De navets, on n’en avait plus,
La mâche était toujours mâchée,
Les poireaux déjà dispoirus –

C’était vraiment insupportable.
Thérèse ourdit donc un complot:
Le croisant à nouveau à table,
Elle lui dit, « Monsieur, allô –
Est-ce que cela vous tenterait,
Un pari sportif, vous et moi?
Le lièvre qui refuserait
N’a jamais existé, je crois. »

« Je dois confesser que je fais
Le tiercé, deux-trois fois par mois, »
Répondit-il, « Et il serait,
Ce pari, à propos de quoi? »
« J’ai l’idée, » dit-elle, « De faire
Entre nous deux, la course – alors,
Il doit payer, celui qui perd,
Un forfait au gagnant – d’accord? »

« Mais vous hallucinez, Madame! »
Dit Ludovic, « Vous le savez –
J’irais d’ici à Amsterdam
Le temps que vous vous maquillez!
Vous avez bu trop de genièvre
Ou bien de la liqueur d’érable, »
Lui dit-il, « Car en fait, un lièvre
Aux courses n’est pas dépassable. »

« J’admets, vous courez vite, » dit-elle,
« Je gagnerai pourtant la lutte –
Et en passant, je vous rappelle
Que l’orgueil précède la chute. »
Le Lièvre faillit avaler
De travers, grignotant des pois
« Chiche que je le fais, l’aller-
Retour – vous serez après moi!

Et le forfait? » Madame T,
Sortant un contrat de sa bourse
(Qu’elle avait déjà apprêté)
Se mit à réciter: “La Course,
Et Réglementations d’Icelle:
Je soussigné ici déclare
(Le cas échéant de ma perte)
Je n’irai plus jamais dans l’are
Ni goinfrerai ses douceurs vertes –
A signer – T.T., puis L.L. »


Ludovic, sûr de son affaire,
Ne réfléchit qu’un instant, puis
Répondit, « Tout cela m’a l’air
Tout à fait équitable, » et mit
Sa signature. En le quittant,
Thérèse pensait, « Toi, tu vas
Manger ailleurs, dorénavant,
Mais ça ne me concerne pas. »

Elle s’en fut à l’atelier
De Monsieur Rat, nommé Régis –
Comme de coutume occupé
À caresser son tournevis.
Il était partout reconnu
Comme ingénieur de gros talents,
Et augmentait son revenu
En escroquant tous ses clients.

« Bonjour, vieux Rat, » dit la Tortue,
Le fixant de ses yeux de grotte,
« Je viens vous parler de laitues
– Ou bien plutôt d’une carotte
Qu’on peut tirer ensemble, vous
Et moi, de façon très discrète,
Car je me trouve dans les choux –
On m’a piqué mes belles bettes! »

Régis, posant son outil, dit,
« J’avoue que moi, je n’y vois goutte –
Mais si vous avez des radis,
Nous trouverons la bonne route;
Donc, recommencez, je vous prie,
Votre histoire, plus calmement,
Sans tant de légumes, sans fruits,
Et sans la Belle au Bois Dormant. »

Thérèse, reprenant haleine,
Lui expliqua toute l’affaire;
« Je crois voir où cela nous mène, »
Dit Régis, « Et que la-derrière
Gît quelque chose de véreux.
Pour tout potage, dans la bouche,
Je crois flairer, entre nous deux,
Une odeur tant soit peu de louche –

Car on voit bien, ma bonne poire,
Que si la course était égale,
Vous n’auriez ni le moindre espoir
De gagner contre ce rival. »
« Ecoutez seul’ment mon idée! »
Dit la Tortue, « Et dites-moi
Après, ce que vous en pensez,
Et si on peut y prêter foi:

Je veux que vous me fournissiez
Une petite auto de race,
Et qu’ensuite, vous la vissiez
En secret, sous ma carapace,
De sorte que nul ne saura –
Et surtout pas ce Ludovic –
Que j’ai un moteur – Monsieur Rat,
La ruse doit être hermétique! »

Régis demeura ébahi,
S’écriant, « Madame, à votre âge,
Je ne vous aurais pas prédit
Autant de lumière à l’étage!
Ce sera fait dès aujourd’hui,
La livraison demain matin
(Du moment, bien sûr, que le prix
En tout point à tous deux convient). »

Leur marché une fois conclu,
Thérèse paya en liquide
(Régis de dire, « Ainsi c’est plus
Commode, et nett’ment plus rapide,
Sans y mêler le gouvern’ment »).
Il attendit un instant, qu’elle
S’éloignât, puis, téléphonant,
Dit, « Ludovic! – j’ai des nouvelles

Qui t’intéresseront, je crois,
Au sujet d’un petit complot
Que l’on a tramé contre toi;
Veux-tu en entendre deux mots?
Je dois d’avance t’avertir:
Ce service est payant, tu sais –
Pour savoir ce que j’ai à dire,
Il faudra compenser mes frais. »

Le Lièvre cria, « Dis-le-moi!
Tu sais que je ferais pareil
Sans hésiter du tout, pour toi,
Et sans demander que tu paies! »
Mais vite répliqua le Rat,
« Tu sais, ça me fait de la peine,
Mon ami, mais je ne peux pas –
Donc au revoir, à la prochaine! »

« Attends, attends! » dit Ludovic,
« Je paierai, je paierai! »
– Ainsi le Rat gagna du fric
Pour tromper, puis pour raconter.
Quand il eut entendu l’histoire,
Le Lièvre cria, « C’est infâme!
Pour une tricherie si noire,
Il faut disqualifier la dame! »

Régis répondit, « Je regrette,
Mais votre contrat n’exclut point
L’usage d’adaptations faites
Pour aller plus vite, ou plus loin. »
« J’ai donc mon compte! » s’écria
Le Lièvre, « Je suis bien flambé! »
« Pourtant, peut-être, » dit le Rat,
« Qu’il y a moyen d’enjamber

L’obstacle – à condition seul’ment
Que tu acceptes de fournir
Un ajout à ton abonn’ment…
Ainsi, je pourrais garantir
Que, malgré la vélocité
Nouvelle d’ici ta rivale,
Tu garderais ta primauté –
Cela te paraît bien ou mal? »

« Combien? » demanda-t-il, « Combien? »
Un instant réfléchit le Rat,
Puis, « En effet, ce n’est qu’un rien –
Disons, le prix de dix repas. »
Ce fut payé (ce qui rendit
Tout à fait dénuée la bourse
Du Lièvre) puis l’on attendit,
Le lendemain matin, la course.

Dès l’aube, on voyait des badauds
Qui fourmillaient sur le chemin
Depuis le départ (château d’eau)
Jusqu’à la fin, près du moulin –
Tous venus assister à cet
Évén-e-ment de la saison –
Les Musaraignes, les Belettes,
Les Campagnols, les Hérissons,

Vêtus de leurs meilleurs habits,
Ils pique-niquaient en attendant –
Sans oublier le Rat qui, lui,
Attendait aussi son moment,
Muni d’un petit sac de clous
Qu’il déversa sur la chaussée –
Puis trouva dans la haie un trou
Qui convenait pour se cacher.

Un beau Renard, qui gérait tout,
Cria aux deux compétiteurs,
« À vos marques! Préparez-vous! »
Et, entouré de spectateurs
Devenus enfin silencieux,
Sortit un très vieux pistolet,
Le leva tout haut et fit feu,
Pour dire aux deux rivaux, « Partez! »

Le Lièvre, lui, prit le devant
Au début, mais fut ratrappé –
N’ayant pas de moteur dedans,
Il demeurait handicapé.
Lorsqu’elle freinait, la Tortue
Poussait des bruits perçants des fesses,
Et de la fumée de son cul
Quand elle changeait de vitesse;

En effet, c’était un spectacle,
Un happening exceptionnel,
Un phénomène, un gros miracle –
« Je vais gagner! » s’écria-t-elle;
« Eh non! » répliqua Ludovic,
« Le Rat l’empêchera pour moi! »
– Sur quoi, en fait, les pneumatiques
Crevèrent, les quatre à la fois.

La Tortue était donc contrainte
De s’arrêter, n’en pouvant plus.
Le Lièvre, lui, noyait ses plaintes
En criant, « Je prends le dessus! »
Mais, ce disant, il oubliait
Les clous qu’avait semés le Rat –
Quoiqu’à l’instant qu’il la doublait,
Bien vite il se les rappela…

Ses patt’s étaient piquées partout,
Donc lui aussi dut s’arrêter.
Tous deux en panne avec les clous,
C’était match nul, égalité;
Et entretemps, ce Rat diable
Rentra pour compter son argent –
Après sa journée profitable,
Il en avait bien plus qu’avant.

Je te conseille donc, l’enfant:
Que cette triste histoire sert
De leçon – dis à tes parents
(Qu’ils soient reptil’s ou mammifères)
Qu’en fin de compte, tu préfères
Qu’ils ne se trouv’nt en pareil cas
Avec notre ami, Monsieur Rat;
Dis à ton père et à ta mère,
Qu’ils évitent les rats d’affaires.
Dis-leur dix fois, puis réitère –
Dis-leur, d’un ton des plus sévères,
« Les gains seront imaginaires –
C’est eux qui gagnent, toi qui perds. »
Je n’ai plus rien à dire, là.

Association d’idées

illustrations, cliparts, dessins animés et icônes de bull vs bear origami - taureau

J’ai trouvé cette image sur le net, dans la rubrique libre de droit. Je la partage, car par association d’idées, elle représente deux facettes de Moi.

Si elle n’est pas libre de droits, la société propriétaire n’apparait pas en filigrane , je prie le détenteur des droits de bien vouloir m’excuser et me joindre via poésie Fertile, pour la retirer ou ajouter ce qui lui manque (acronyme société, ou autre)

À voir et écouter sans modération

https://www.arte.tv/fr/videos/102155-002-A/rone-et-la-horde-avec-le-ballet-national-de-marseille-echoes-with-jehnny-beth/

belle écoute, beau spectacle. Comment je l’ai trouvé ? par hasard, car il n’y a pas de hasard, seule la vie offre des cadeaux qu’il faut savoir attraper et même cassé, j’ai le bras très long.

J’avoue que je suis abonnée à « le fil good », du Monde, ça aide pour certaines pépites.

Le Morse et le Menuisier

Ici, la version finale de ma tradaptation du poème ‘The Walrus and the Carpenter’ de Lewis Carroll (1832-1898) dans ‘(Alice) de l’Autre Côté du Miroir’ (publiée précedemment comme commentaire sur la version de 4Z, puis légèrement modifiée):

Le Soleil caressait les flots,
S’efforçant à tout prix
De rendre, si possible, l’eau
Luisante et aplatie –
C’était bizarre – on était au
Plus profond de la nuit.

La Lune brillait en boudant:
Le Soleil – son avis –
N’y avait rien à faire, quand
Le jour était fini:
« C’est insolite et insolent,
Qu’il soit, » dit-elle, « Ici. »

La mer était extrêmement
Mouillée – le sable, aride;
Il n’était aucun nuage, dans
Le ciel tout à fait vide –
Pas d’oiseaux non plus, voltigeant
Par ce néant solide.

Le Morse – aussi, le Menuisier –
Flânaient par là, tous deux;
Ils contemplaient, apitoyés,
Ce terrain sablonneux,
Disant, « Si c’était déblayé,
Tout ça, ce serait mieux! »

« Si sept servant’s à serpillière
Le balayaient six mois –
Est-ce qu’il en resterait à faire? »
Dit le Morse, « Tu crois? »
« J’en suis certain, » dit son compère,
En proie au vif émoi.

Le Morse dit, « Les Huîtres, là!
– Chez vous, qui est d’accord
Pour faire un tour, le long de la
Grève? – Un avis d’abord:
Les places sont limitées à
Quatre, pour vot’ confort! »

L’Huître doyenne le toisa,
Mais choisit de se taire;
L’Huître doyenne clignota,
Remuant sa crinière –
Façon de dire, ell’ quittait pas
De sitôt, l’huîtrière.

Mais quatre jeunes s’y ruèrent,
Leur toilette achevée,
Chacune avec sa bonne paire
De bottes, bien cirées –
Bizarre – puisqu’ell’s n’avaient guère,
Chacune, qu’un seul pied.

Sautant par l’écume et le grès
Pour affluer au bord,
Des douzain’s les suivaient de près,
Comme par un accord
Qu’ell’s auraient fait, de sautiller
Pour battre le record.

Le Morse – aussi, le Menuisier –
Continuaient un temps,
Avant de trouver un rocher
Qui servirait de banc:
Devant ces deux, les crustacées
S’alignaient patiemment.

Le Morse dit, « L’heure est venue
D’aborder plusieurs choses –
Les chalutiers, les choux cabus,
Les chahs, et pour quell’ cause
Les chameaux, tous, ont obtenu
Des ailes bleues et roses. »

« Mais attendez, » crièrent-elles,
« Nos forces sont moyennes –
Ces efforts inhabituels
Nous ont privées d’haleine. »
« Pas de souci, » dit-il, « Mes belles –
Reprenez l’oxygène. »

« Un pain complet – notre premier
Besoin, puis du vinaigre –
J’apprécie, » dit le Menuisier,
« Qu’aucune d’ell’s soit maigre –
Ça nous fera, pour le gosier,
Un repas bien intègre. »

Devenues pâles tout à coup,
Les Huîtres s’écrièrent
Tout’s à la fois, « Le plat, c’est nous!? »
Le Morse dit, « Mes chères,
La nuit est belle – admirez-vous
La vue, qui doit vous plaire?

Vous possédez un goût si rare –
Si cultivé, si fin – « 
Son ami ne dit rien, à part,
« Veux-tu passer le pain?! –
Tu serais moins sourd, moins bavard,
Ça irait mieux, enfin. »

Le Morse ajouta, « C’est dommage,
De leur faire un tel tour,
Lorsqu’ell’s ont montré tel courage
Pour trottiner autour. »
La réplique à ce bel hommage:
« T’as tartiné trop lourd! »

Tenant son gros mouchoir devant
Son gros visage en pleurs,
Le Morse pursuivit pourtant,
« Il me faut surtout leur
Montrer ma peine » – et ce disant,
Les triait par ampleur.

« On s’est bien divertis ce soir,
Mesdam’s – on prend la route? »
Dit son collègue, un peu plus tard –
Sans réponse, aucun doute.
Ce n’était pas bizarre, car
Ell’s étaient mangées, toutes.

Week-end ou fin de semaine

***

Wik

Césure de la semaine

Ellipse du vent

Attendu messie introuvable

On tâtonne dans les jours

Tripoteurs de sensations

End

Nous attend assis

Imperturbable

Sur son secret 

Repos…

***

Il y a les vicomtes et les Vie-quan’d

quand la vie te fait croche patte

les vicomtesses que la révolution a laissé en vie

et puis les fins de semaine au pays

quel pays ?

L’imaginaire, celui d’Alice ou de Jean-Claude

ou d’éclaircie ou de pascal, béa, marjo, élisa, christine ;

les fins de semaine jamais finie ni finies

pas plus qu’infinies et /ou infinie.

Reste la joie, le repos du dimanche

où les textes sont arrivés, parvenus, triés, classés, rassemblés

et publiés.

***

Fin de semaine

Cela commence par un dimanche

Un dimanche poussé par le vent, ce vieil ami sauvage,

Sur la surface des jours.

le ciel humide s’y reflète

Ou l’absolu néant d’une pensée figée.

Il pleut, mais les cœurs ont séché

Comme les feuilles des dernières saisons

Qui craquent sous nos pas.

Le jardin, livré à lui-même, a fait de mes mots

Un paradis d’herbes folles et de lierres indociles.

****

Course du Vent et de la Lumière 

Lundi … Mardi …

Mercredi, Jeudi Vendredi le Petit Prince a dit:

Pas l’temps! Pas l’TEMPS, PAS Assez d’AIR pour TOUT FAIRE!

Agitation … Course effrénée à perdre haleine

Stoppée net par la fin de semaine. 

Musique douce espérée et attendue

Par tous les travailleurs.

Silence plein et reposant

Enfin!

Concert offert

Par les voyageurs oiseaux multicolores

Grands bonheurs au petit matin.

Rester  dans le lit douillet avec son café ou son thé pour mieux apprécier,

 Pas bouger 

De peur que

Toute cette belle Magie, 

Parenthèse enchantée hors du temps du Week-end,

Ne disparaisse

Prendre le Temps

De RESPIRER Pleinement LIBREMENT

VIVRE en harmonie avec les éléments

Tout simplement

Oh ! Un écureuil vient de sauter sur la branche du Palmier

Toutes les énergies positives circulent.

Je me réveille en douceur, enamourée,  je vais pouvoir apprécier ma journée,

Le Week-end, en sourire, peut commencer! 

***

Par une fin de semaine, sous un beau ciel azur

Fatigués et réduits à de simples murmures

Nous partîmes sans arme, sans semelle à nos pieds

Sans ancre à nos pensées, sans casque et sans armure

Nos belles émotions voguaient au p’tit bonheur

De leur propre mouvement, volutes de vapeur,

La flânerie distraite de graines parasols

Pour plonger dans le lit, elles prenaient leur envol,

De la grande prairie

***

Avec en ordre d’entrée en scène :

Phoenixs

Éclaircie

Élisa

Marjolaine

Bossman

et l’esprit de 4z

Quant à Kiproko, soit elle a changé d’adresse, soit elle est tout à fait ailleurs, tant qu’elle ne regarde plus ces mails.