Monthly Archives: octobre 2011

Victor Hugo, notre plus grand poète, en vers…et en prose.

« La rêverie, qui est la pensée à l’ état de nébuleuse,
confine au sommeil, et s’ en préoccupe comme de sa
frontière. L’ air habité par des transparences vivantes,
ce serait le commencement de l’ inconnu ; mais au delà
s’ offre la vaste ouverture du possible. Là d’ autres
êtres, là d’ autres faits. Aucun surnaturalisme, mais
la continuation occulte de la nature infinie. Gilliatt,
dans ce désoeuvrement laborieux qui était son
existence, était un bizarre observateur. Il allait
jusqu’ à observer le sommeil. Le sommeil est en
contact avec le possible, que nous nommons aussi
l’ invraisemblable. Le monde nocturne est un monde.
La nuit, en tant que nuit, est un univers.
L’ organisme matériel humain, sur lequel pèse une
colonne atmosphérique de quinze lieues de haut, est
fatigué le soir, il tombe de lassitude, il se
couche, il se repose ; les yeux de chair se
ferment ; alors dans cette tête assoupie, moins
inerte qu’ on ne croit, d’ autres yeux s’ ouvrent ;
l’ inconnu apparaît. Les choses sombres du monde
ignoré deviennent voisines de l’ homme, soit qu’ il y
ait communication véritable, soit que les lointains
de l’ abîme aient un grossissement visionnaire ; il
semble que les vivants indistincts de l’ espace
viennent nous regarder et qu’ ils aient une curiosité
de nous, les vivants terrestres ; une création
fantôme monte ou descend vers nous et nous côtoie
dans un crépuscule ; devant notre contemplation
spectrale, une vie autre que la nôtre s’ agrège et se
désagrège, composée de nous-mêmes et d’ autre chose ;
et le dormeur, pas tout à fait voyant, pas tout à
fait inconscient, entrevoit ces animalités étranges,
ces végétations extraordinaires, ces lividités
terribles ou souriantes, ces larves, ces masques,
ces figures, ces hydres, ces confusions, ce clair de
lune sans lune, ces obscures décompositions du
prodige, ces croissances et ces décroissances dans
une épaisseur trouble, ces flottaisons de formes
dans les ténèbres, tout ce mystère que nous
appelons le songe et qui n’ est autre chose que
l’ approche d’ une réalité invisible. Le rêve est
l’ aquarium de la nuit.
Ainsi songeait Gilliatt. »
.
Victor Hugo « Les Travailleurs de la Mer » (Première
Partie, Livre premier : VII « A maison visionnée habitant
Visionnaire »).

Au creuset de l’aube

.

La feuille est blanche et l’écran vide

Les premiers mots se font attendre

Il faut prêter l’oreille à leurs efforts

Pour se sortir de la coquille

Du crâne ce réceptacle accueillant

Les voici enfin avec toutes leurs lettres

Ceux qui désignent l’océan ont un goût de sel

D’autres plantent leurs griffes dans nos mémoires

D’autres dansent devant nos yeux

Celui-là répand une odeur de thym

Les inconnus ôtent leurs masques

Plusieurs dont le sens reste caché se creusent

Comme les vagues devant le nageur

Par charité les mots mentent

.

Perdre conscience

Et se réveiller surpris

De voir un jour nouveau

Pointer son doux museau

.

Sur les marches des palais

Les fruits du hasard

Se ramassent à l’aube

Fripés comme des reinettes

.

Coudre avec un œuf

Le fil du temps dans le chas

C’est battre des œufs

Alors qu’ils n’ont rien fait

.

Avertissement mystérieux

Comme une prémonition

La descente de lit

Dérape et glisse au loin

.

On s’élance d’un trampoline

Afin d’effleurer les étoiles

Quand les phares des automobiles

S’engouffrent dans des entonnoirs

Où la lumière réfractée

Semble ce ver luisant

Echappé de l’été

Et tissant des rubans

Mais la nuit éblouie

Jalouse les faveurs

Elle emporte en son lit

Les derniers voyageurs

.

La nuit comme une mère

Rassemble les rêves d’écriture

.

Ceux qui entrent avec le soir

Par les vitres ouvertes

Ceux qui se glissent dans les voix

Et les corps fatigués

.

La nuit

Comme une mère apaisante

Apprivoise l’oiseau noir

Qui se pose sur les rebords de nos fenêtres

.

Elle le laisse repartir

Dès que ces belles plumes sombres

Reflètent les couleurs de la vie

.

Et du soleil

.

.

Les auteurs : Elisa-R, Héliomel, 4Z2A84 et Eclaircie

Humanoïde-Elisa-R

 

Je voudrais écrire sur vos mots
Traverser les pages de petits signes noirs
Que personne ne pourrait lire.

Je voudrais vider les lacs, écrire en bleu
Je voudrais jeter ce qui me pèse
Me libérer
De cette cage, bien trop petite
Qui m’emprisonne.

Je voudrais courir, des jours durant, jusqu’à l’océan
Et devant lui, ouvrir les bras et respirer.
Faire cesser ce martèlement, tic tac régulier
Devenu lanscinant.

Je voudrais vivre et desserrer ma machoire
Faire cesser l’angoisse
Qui grandit malgré le manque d’espace .

Je voudrais être humain .

La Gare

par Eclaircie
.
Elle sait pénétrant cette gare
tout ce que les murs ont à dire
des départs et des retours
tête vide d’avoir abandonné
les images de la lumière
quand le verre cathédrale
se décolore sous les cristaux de silence
Des mains s’agitent
Elle demeure immobile
les bras incapables
de porter la parole
sur ce quai trop haut pour le traverser
comme une rue que les bâtisses
ont désertée poussées par le vent
Des galeries s’ouvrent
au ventre de la terre
vastes couloirs ornés de portraits
les visages effacés noyés
sous des chevelures de racines
entremêlées bruissantes des larves
de phrases incohérentes
que des insectes entraînent
pour les offrir à l’océan avide
Et l’eau dilue le chant du monde