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Mémé dans les bégonias ( suite)

Melle Millot détestait en vrac : les boulistes de « l’amicale de la joyeuse testostérone » qui terminaient invariablement leur partie sous son balcon, les enfants qui déchiraient le silence à coups de hurlements incompréhensibles tous les mercredis après-midi, les jeunes du samedi soir épuisant leur « chichon » sous ses fenêtres, exprès, pour la voir surgir à sa croisée, bigoudis en rang d’oignons, chemise de nuit bouclée sous le menton en galoche, chicots tremblants sur ces mots terribles « C’est pas fini de réveiller les gens à cette heure nocturne ? » , l’apostrophe déclenchant illico la réplique cinglante : « Eh, la vioque, va te faire… » Le reste classé à jamais dans le claquement sec du volet. De même qu’elle détestait les chiens et leurs crottes sur son paillasson, les chats et leurs chaleurs violentes dans les nuits trop calmes, et les voisins du dessous qui n’arrêtaient pas de recevoir tous les week-ends leur famille décomposée, recomposée, surcomposée, qu’on ne savait plus qui couchait avec qui et de qui sortait cette marmaille gluante dans le rez- de- jardin exigu. Jardins, entre parenthèses, fiertés des résidents et belle promotion : « A vendre, superbe trois pièces exposé plein sud avec son jardin privatif au calme ».
Lettre sur lettre au syndic n’oblitérait nullement la montée crescendo des vies partagées dans un esprit fraternel et sur « gazons tondus » dont Honorine Millot était totalement dépourvu, d’esprit humaniste, bien sûr.
Le fameux soir de la découverte, Honorine, contrairement à ses habitudes réglées comme un papier tue-mouches, décida de trier ses pots de conserves bios et surtout de les jeter. Elle ne sortait jamais en pantoufles, pas comme cette « Germaine Vichnu » fille de boche, préférant en coquette qu’elle était restée dans les chevilles, sa jolie paire de ballerines noires, souvenir de cours de danse assidus et stériles à la salle municipale. Les ballerines, discrètes dans l’ascenseur, feutraient le fracas des pots heurtés sans pour autant en atténuer le désagréable contact sur le fémur.
Elle ne rencontra pas le tronc à la sortie de l’ascenseur, mais près du container « papiers journaux sauf courrier et annuaires ». Il avait été déposé discrètement sous l’affichette du gardien : « Merci de respecter la propreté de ces lieux ». Tout d’abord elle crut que c’était une de ces négligences propres à Mr Poulit, la « ficanasse » de la résidence, qui avait trop tendance à laisser ses ordures là où il pouvait. Mais ce n’était pas son genre d’oublier ce type d…
On ne peut pas dire qu’elle manqua s’évanouir, bien trop coriace pour ça, elle en resta simplement sur le cul ! Qui avait osé déposer une telle horreur dans son local poubelle ? Et pourquoi le corps était-il amputé de ses membres ? Elle n’alla pas plus loin dans le questionnement et préféra remonter « biche et cheval fouettés » écrire un courrier bien senti au syndic.
Ce ne fut pas Mr Poulit qui alerta la police, échaudé par la première affaire il avait préféré prendre sa retraite dans ses appartements, ne plus sortir Folichon à des heures indues et fermer les écoutilles sur un monde décidément trop agité pour lui.
Non, ce fut Mme Geneviève Epinard qui prit la patate froide en main en appelant les secours, la police et le voisinage.
On revit par les allées frissonnantes Jeannot et Jeannot égarés dans les témoignages vides, les supputations rocambolesques, et les menaces déguisées des résidents exaspérés par l’impuissance des forces de l’ordre.
Le légiste confirma, entre deux séries télévisuelles que le tronc avait été façonné entre 20h30 et 21heures moment sensible qui ouvrait la soirée sur une formidable enquête : « Que devenues sont nos belles années ? » soirée durant laquelle on attendait volée de SMS et coups de fil surfacturés pour recueillir des témoignages historiques, émus et authentiques de vieillards grelottants dans de « mornes » plaids.
Il ne pouvait préciser si la personne, dont l’âge oscillait entre 16 et 17 ans, était vêtue d’un pantalon, d’une robe ou de quelque chose d’approchant, si les doigts avaient été vernis ou non, tout ce qu’il pouvait noter c’est qu’elle portait un chemisier marron en polyester sans étiquette, un ras du cou avec un petit cœur imitation or traversé d’une flèche tordue sans doute quand elle s’était débattue lors de l’assaut fatal. Pas de langue et les orbites vides.
Une fois de plus les résidents jurèrent qu’ils ne l’avaient jamais vue ni entrer ni sortir d’un appartement ou d’un garage, encore moins d’une cave. Que tout le monde, sans se fréquenter, se connaissait de loin. Que le peu de jeunes qui habitaient ici étaient présents à ce jour. On venait de les compter et de les recompter dans les familles inquiètes qui leur interdirent désormais de sortir la nuit après 19h00 en arrière-saison.
Les journaux s’emparèrent de l’affaire qu’ils titrèrent « Macabres découvertes dans les Bégonias » ce qui déplut profondément aux résidents des « Magnolias » et des « Palétuviers » qui en avaient par-dessus la tête que les « Bégonias » prennent toute la place au journal régional.
Pour la première fois depuis 1960, date de l’érection des résidences, on vit apparaître un individu spécialisé dans ce genre d’affaires « ténébreuses » : le mentaliste.
Mlle Millot affirma qu’elle connaissait cette profession puisqu’elle suivait la série éponyme sur une chaîne privée que nous n’avons pas le droit de citer ici. Qu’elle n’était pas du tout impressionnée par ce type d’individu qui était loin de valoir Derrick !
Mme Vichnu préféra appeler sa fille pour lui narrer l’incroyable rencontre.
Mr Poulit dut contrôler son chien qui menaçait d’attaquer les mollets du spécialiste.
Quant à Jeannot et Jeannot ils s’essuyèrent le front, soulagés d’être enfin secondés par un tel personnage doté d’une aura incontestable outre-Atlantique.
L’ennui c’est que le mentaliste ne parlait pas un mot de français, venu directement de Californie rendre visite à sa tante Mildred qui logeait au cinquième dans la résidence les « Magnolias », il avait sonné dans l’ignorance du code, dérangé le gardien suspicieux qui avait demandé « C’est qui ? » dans l’interphone grésillant avant d’appuyer sur l’ouverture après avoir entendu comme réponse : « I’am going to my aunt Mildred who live at Magnolias » qu’il traduisit aussitôt par : « Je suis le mentaliste envoyé par le quai des Orfèvres ».
La nouvelle se propagea à la vitesse d’un « cheval au galop à marée haute » déborda des allées, se répandit par ondes courtes jusqu’au commissariat, à la mairie et dans les cabinets feutrés de la sous-préfecture.
En moins de deux heures les résidences étaient envahies par les officiels, les officieux, les curieux et la chaîne locale sur les dents. Tous voulaient voir et interviewer Patrick Jane.
De fil en anguille l’affaire se corsa. La nuit la plus épaisse posa son manteau sans étoiles cirées sur les protagonistes qui erraient de confusions en malentendus dans le labyrinthe particulier du meurtre anonyme, étrange et saisissant de mystère.
Les enquêteurs s’emmêlèrent les arceaux, brouillèrent les indices, usèrent des mouchoirs en vain. Sous les fronts moites le silence souriait.
On n’y comprenait rien, on n’y voyait goutte, et Patrick Jane en déçut plus d’un par l’air niais qu’il prenait à chaque question que lui posait un habitué du meurtre à sang froid.
On attendait que le gouvernement prenne le traineau et les rennes en main.
C’est à ce moment-là que Mme Robert, infirmière de nuit proche de la retraite, en rentrant au petit matin de son denier service de la semaine, buta dans quelque chose qu’elle prit tout d’abord…

Mémé dans les bégonias,

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Message Ba le Sam 9 Oct – 17:22
Le premier corps fut découvert dans le hall de la résidence les « Bégonias » par Mme Vichnu.
Il devait être l’heure clairette de descendre la poubelle sélective : cartons, papier alu, bidons rincés, bouteilles recyclables en polaire et œuvre mamac ; l’autre poubelle : « verre et revers » se triant le soir pour le matin.
Donc, au moment où Germaine (prénom déclaré en souvenir de l’occupation allemande de 1870) Vichnu, chaussons délicats sur les marches de marbre, tâtait sa descente dans le petit matin frisquet des fins d’été pourries, le cadavre reposait déjà dans le renfoncement droit du couloir depuis quelques heures.
Pour quelle raison Germaine glissa-t-elle vers ce lieu, alors que rien ne l’y prédisposait ? Qu’elle était chargée jusqu’aux dents de ses deux sacs « recyclable pour le sourire de la nature » remplis à ras l’anse ? Les petites mains du sort, sans doute, pourraient répondre.
Mais la rencontre fut frontale ! Germaine buta sans détours dans le mou de la viande refroidie.
Le corps se déplaça sèchement dans la frêle lumière de l’ampoule plafonnée et se révéla sans pudeur aucune à une Germaine bouche bée les mains serrées sur les poignées de ses sacs. La vue d’une araignée pénélopienne ne l’aurait pas davantage tétanisée.
Elle ne put d’abord prendre toute la mesure de la situation extraordinaire qui la ferait entrer brutalement dans l’histoire de la résidence, elle manqua lâcher ses fardeaux pour tomber à côté de la forme, puis hésita entre tout laisser en plan, remonter fissa dans son « deux pièces cuisine traversant vue imprenable sur la station service » téléphoner à sa fille en instance de divorce récurrent et lui demander ce qu’elle comptait cuisiner ce midi-là gâché d’avance par la rencontre inattendue.
Elle ne fit rien de tout cela, simplement elle recula, demi-tour vers la porte d’entrée codée, appuyer sur la sonnerie ouverture de sas, traverser le parking bondé à cette heure matinale, ouvrir la porte du local poubelles, soulever le couvercle jaune et poisseux, glisser rapidement les décombres ordinaires de toutes les défaites emballées que vit un primate du XXIème siècle et remonter, en réajustant ses chaussons à chaque marche, dans sa tanière pour achever ses tâches indélébiles dans le plus grand silence stupéfait.
C’est monsieur Poulit qui alerta la police nationale grâce à son chihuahua, grand carnivore devant l’éternel, qui s’apprêtait à terminer joyeusement les restes du visage méconnaissable.
Bien entendu, deux inspecteurs stagiaires débarquèrent dans la résidence et mirent un sacré bordel, d’une part parce qu’ils n’étaient pas revêtus de l’imperméable colombophile et qu’on les confondit avec des huissiers, d’autre part parce qu’ils ne portaient pas le melon poirotien, ne fumaient pas la pipe maigriste et semblaient complètement dépassés par l’aventure.
C’est encore monsieur Poulit qui prit l’affaire en main, au point qu’il faillit conséquemment tant il montrait de bonne volonté à pister l’enquête, être suspecté, arrêté, et mis sous scellés provisoires pour diligence cadavérique.
Il conduisit Jeannot et Jeannot, surnom des inspecteurs, vers le lieu du crime et leur livra ses hypothèses : le cadavre devait être mort depuis la veille au soir après ou avant 22heures, heure à laquelle il sortait pour la dernière fois Folichon à son lampadaire pisseux. Comme il habitait au rez-de-chaussée, qu’il dormait profondément à partir de 22h30…Le reste de la supposition se perd dans des détails inutiles aux lecteurs en haleine.
Reste que cette morte était inconnue des résidents. Personne ne l’avait jamais vue ni entrer ni sortir d’un quelconque immeuble (Il y en avait trois, tout le monde connaissait tout le monde etc.).
Donc, cette morte venait d’ailleurs.
Jeannot et Jeannot essuyèrent leurs verres double foyer dans un mouchoir en papier douteux, opinèrent de leurs tempes déjà grisonnantes, se regardèrent en suant et rotèrent d’un commun accord qui en disait long sur leur relation extra professionnelle.
Bref.
L’enquête piétina les massifs de fleurs, les allées de gravier peignées au râteau.
Rien.
Le légiste, loin d’être un « expert », confirma l’heure : 20h45 pile au moment de la série sur Arte les « Tudor » qui le tenait éveillé passionnément, en particulier lors des décapitations, hélas reconstituées. La défunte avait entre 15 et 16 ans, il ne pouvait être plus précis dans la mesure où il ne connaissait ni sa date de naissance ni ses antécédents. Elle portait, le dernier jour de sa vie, une paire de caleçons de fille en viscose bon marché, un tee-shirt noir avec un « aigle » sur la poitrine serti de pierres, des tongs usées en similicuir et du vernis rose pétant aux doigts de pied.
Il manquait les deux gros orteils, les deux pouces et sa langue. Les yeux avaient été délicatement ôtés de leur orbite.
Les inspecteurs stagiaires, tous les résidents et la ville entière s’émurent de la jeunesse de la victime et de l’horrible crime commis sans mobile apparent. Était-ce l’œuvre d’un « serial killer » comme on en voit plein à la télévision numérique ? Ou bien un accident de la circulation maquillé en crime crapuleux sans crapule ? Ou alors un suicide déguisé, une prise d’otage ratée ?
Le pays se tortura la vox populi, et manqua crever de doute.
Car enfin, nom de dieu et des tibias, qui avait osé porter la main sur cette enfant ? Qui ?
Ne suffisait-il pas de l’enterrer dans un coin de jardin, un tiroir de congélateur famille nombreuse ? N’avait-on pas à sa disposition moult solutions de récupérations des restes ?
Était-il indispensable de venir la déposer telle une carte de visite sans raison sociale, dans ce quartier paisible qui interdisait tout « colportage, mendicité et représentant » ?
Autant de questions sans réponse.
Autant de réponses hasardeuses.
Jeannot et Jeannot firent chou blanc après avoir pédalé dans toutes sortes de plats consistants. Aucun indice pour éclairer leur réflexion dans les ténèbres. Monsieur Poulit lui-même s’avoua vaincu.
Le pays retenait le peu de souffle qui lui restait dans les bronches.
C’est alors que le deuxième corps fut trouvé, un soir de tri « bouteilles », par Mlle Millot…

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Hop, le cyclope !

Sur toutes les lèvres son nom
En lettres rouges comme au cirque
S’inscrivait avec un bâton
Le lire ou l’entendre crier
Provoquait son indignation
Il courtisait de loin la mer
Les flots montaient toujours trop haut
Les vagues offraient leur poitrine
Le vent les prenait en photo
Parfois l’eau se tenait debout
Et imitait le chant du cygne
Le ciel était riche en oiseaux
Mais les pauvres le croyaient vide
La lune était le numéro
Que sa mémoire retenait
Avec d’autres images pures
Comme un casino dans les glaces

****

Le compteur électrique est coupé
La chaudière arrêtée
Ouïes d’aération fermées
Plus d’air plus d’eau plus de gaz
Quelques mouches sur le parquet
Mais il fait encore bon
Il suffit d’ouvrir les persiennes
Et la lumière jaillit
Satisfait Protée se glisse dans le cadavre
Réarme le compteur
Descend l’escalier
Sans avoir fait craquer le moindre membre
****

L’encre n’est fluide que de vingt-neuf heures six
À trente heures soixante-douze
En dehors de cette plage
On peut la trouver sur le sable à faire des pâtés
Construire des murs interdits d’écriture
Couler à flot par crainte de s’évanouir dans le blanc
D’un œuf de préférence mollet
Ou monté en neige éternelle immaculée
Si haut qu’aucun oiseau même sachant lire
Ne se hasardera jamais sans voir ses plumes
Se faner s’évaporer se fondre s’engloutir se dissoudre
Et qu’elle soit noire verte ou bleue parfois rouge
Elle attend l’instant propice pour s’allonger
Docile et consentante dans le moindre carnet croisé

****

Quel âge a la mort ?

Tu voudrais bien le compter sur le temps
Ou les dix doigts de l’horizon
Celui que tu ne franchiras pas
A moins qu’il soit dans les plis de ton visage
Si près du miroir à silence
Quel âge a la mort ?
En passant un souffle vient de répondre
Mais tu l’as perdu sans le voir
Il n’y aura donc pas de date
Pas de frontière
Pas de sens à égrener
Tant pis pour ta nuit sans porte…
****
J’ai de l’eau dans la tête et les sons flottent gentiment
Entre mes deux oreilles qui débordent
Des passants croisés sur la route qui mène ici
Je retiens ce marin qui tenait en équilibre sur le nez
Un millier de verres vides ou pleins
Droit et fier il marchait se faufilant entre les gouttes
Certain que la pluie protégeait des regards
L’histoire qu’il portait sur le dos en guise de manteau
Et qui semblait si lourde qu’elle l’effaçait peu à peu
Comme buvard assoiffé

Merci à Heliomel pour le titre

Ma part en porte-clé,

Je tiens ton rôle dans la pièce
Où nous place ta cruauté
Le public me mettrait en pièces
Si j’étais moi le masque ôté
Qui es-tu quel est ce visage
Que tu me tends pour le baiser
Crois-tu m’offrir un paysage
Avec tes pas improvisés
Lorsque tu sors de ton œillet
Le front libre de toute mèche
Cette rougeur je la cueillais
T’en souviens-tu parmi les fraîches
Fleurs dont le pré s’enorgueillit
Nous stars avons si mal vieilli

***

Sur les canapés se prélassent des idées
Elles attendent l’heure propice pour sortir s’aérer
Qu’il passe un ange, un chien, un homme ou un train
Elles bondiront partant jouir de leur liberté
Dans les compartiments on les verra dessiner
Ces rides d’expression aux yeux des voyageurs
Quand ils se parlent et s’entendent dans le silence
Elles remonteront en amont de toutes les rivières
Puiser des regains d’enfance et tous ces possibles
Au plus clair du jour elles s’amuseront
A narguer le soleil par leur brillance
Alors ivres de grands espaces, repues de lumière
Elles viendront s’étendre sur nos oreillers
****
Quelque chose dormait encore, peut-être même quelqu’un.
De grands oiseaux gris buvaient l’eau des rêves
Effaçaient peu à peu toute couleur et tout bruit.
Comme les années précédentes et toutes les autres d’ailleurs
Verrait-on cette fois encore des milliers d’oiseaux dans le ciel ?
Imaginerions nous toujours des êtres fantastiques et des forêts
D’arbres noirs nous épiant dans le sombre ?
L’oiseau était entré par un œil entrouvert, une oreille attentive
Ou une bouche bavarde sans doute.
Il buvait toujours quand la cloche du jour annonça sa venue.
***
Il s’échappait de l’enfumoir
Des volutes blondes de clair-obscur
De la margelle à la ruche
Ta volière auréolée
Baignait dans la lumière
Très tard de tes mains
S’échappait le miel brillant
Fruit des fleurs et des abeilles
Au lacet d’un sentier la volière est tombée
Le vent ne fumait plus
Le ciel et la rivière, l’herbe et les roches
Etaient du même bleu intense comme le miel
***
Un chien aboie
Un ami passe
Les traces dans le vent
S’essoufflent.
Des images glissent
Dans la boîte à sépia
Quelques sous rires
Et racornissent.
Mon cœur sans âme souvent
A boudé les joies simples
C’est ainsi.
Il penche à présent du côté
De l’absence
Serré dans le coup de froid
Qui menace
La vie.

Ont collaboré à ce nouvel envol du ZEPHE : Héliomel, Eclaircie, Elisa, 4Z et bibi.
Le titre est emprunté à Eclaircie 😉
Bonne lecture à vous qui passez au bord des cils…

Amnésie locale

 

Pas de mémoire des étoiles qui précèdent

Notre chute

Pas de mémoire de celles qui suivront

Nos étincelles

 

Nous sommes les trous noirs et profonds

De nos vies sans raison

Comme la pluie égarée, nos sens dérèglent

La beauté d’être

 

Tu pousses tes heures droit devant

Lourd Sisyphe maladroit

Pendant que passent les nuages bleus

De l’illusion d’optique

 

Au seuil du silence se tairont les questions

Inutiles

Pas de mémoire pour les yeux clos

Pas de souvenirs aux cils

 

Sans doute est-ce mieux ainsi… ?

Mes deux amis

Etaient insupportables ; tu le sais qui écoutes ces Contes d’Hoffmann qui les faisaient se moquer de toi entre deux verres. « Midinette » disaient-ils d’une voix haut perchée.
Deux verres et la nappe est tirée, roulée en boule de perles.
Il ne reste rien sur le quai de gare.
Rien qui se gare.
Prends ta madeleine et fonds-toi dans la tasse.
S’entassent des soucoupes posées dans les étoiles mortes.
Là, sur le seuil de la mémoire jonctée.
Nous partions au clavier les soirs de bouteille à la flotte. Ils craquaient les notes noires sur les touches blanches des aveugles du temps.
Je m’égosillais dans le crépuscule en écharpe petite soprane ivre. Que les sons flottent si je mens.
Chacun penché nous achevions de nouer nos mouchoirs.
Pourquoi suis-je donc la seule ce soir à essorer des cils battus ?
Les ciels battus en pluie imperturbables se défilent.
C’est la chanson d’Olympia.
C’est la chanson.
C’est là, sans eux aux étoiles déposés.

A tombeau ouvert, des cendres

 

–        Tu ne comptes pas le faire Nine ?

–        Si, bien sûr que si, à la nuit tombée

–        Je ne sais pas si Toine approuverait

–        Dans l’état où il est…

–        Raison de plus

–        Ah, fiche-moi la paix Marinette !

Elle se dirige à grandes enjambées vers la terrasse. Marinette la suit des yeux en plissant le nez creux. Nine s’est mise à l’abri dans le cabanon. Le projet mûrit entre les figues et les pêches lourdes posées sur la toile cirée. L’air passe avec sa mine d’été au déclin qui ne joue plus à cache-cache. Comme toujours elle a cru qu’elle coulerait des heures sans épines, comme toujours les ronces ont balayé ses jambes nues d’enfant têtue qui ne regarde jamais où elle court. J’ai posé cet état indicible sous l’expression « embuscade de la vie ». Le frère de Nine et de Marinette est tombé dedans. Voilà. Le temps d’un crissement de cigale. Et la femme de Toine veut tout garder pour elle de ce qui fut son coupe vent. C’est insupportable de ne plus voir l’espace meublé par l’autre. Nine veut au moins récupérer des poussières, des ombres frêles. Une Antigone renversée dans le reflet du puits.

–        C’est décidé, j’irai demain matin à quatre heures quand Rine dormira ! »

Marinette hausse les épaules de l’intérieur, du dedans de l’impuissance. A la frontière des butées quand tu regardes l’étendue de ce qui sépare les êtres et les déchire menu. Tu vois dans leurs yeux pâlis la volonté, l’esquive, le chagrin serré, les désirs mouillés dans le linge sale de leurs coulisses. Tu vois sans pouvoir dire. Tu dis sans pénétrer l’obscur. Marinette ne répond pas. Elle pense que cette petite-là n’a jamais tourné dans le bon sens depuis qu’elles parcourent ensemble et séparément les ruelles de leur histoire. Leur affection s’est nouée avec beaucoup de nœuds dont le plus serré est Toine. Et Rine sa femme.

Elle découvre aussi que Nine n’a jamais adopté cette femme-là, qu’elle a fait comme si…Depuis trente ans. Comme si les marionnettes. Les ficelles, les liens et les nœuds.

Rine veut disperser les cendres dans le jardin. Elle refuse d’en donner une partie à Nine, pour le caveau familial, avec les parents, près des parents en miettes. Pour que tout le monde se retrouve un jour, épousseté à la droite de je ne sais qui. C’est important. Pour chacune c’est essentiel.

Là se jouent les discussions entre yeux rougis et mouchoirs sous les poches. Nine avance, Rine se ferme. Personne n’ira plus loin. Il est à elles. A personne. Au vent qui passera demain et l’emportera sans laisser d’adresse.

Voilà, demain, «  dès l’aube », elle se glissera entre les oliviers et les courgettes et prendra sur l’herbe sèche et silencieuse une poignée de quelque chose, une poignée de quelques…Au hasard, comme elle sentira qu’il est présent, ici, peut-être là, à moins que…

Elle rentrera bien ferme dans sa robe de nuit, bien fière d’avoir dérobé au destin sa part de hasard.

Ritournelle,

Les histoires sont rangées
Dans leurs grimoires forclos
Sous le derrière des fées
Sans lots.

Ta menotte crottée
A sa bouche déçue
Fouille sans s’arrêter
Vos rêves sans issue

En vain vous parcourez
Les landes et les nuages
Courez toujours courez
Le vent n’est que mirage

Vous n’irez plus au bois
Les loups s’en sont allés
Le rouge que l’on y voit
Cendre vos cœurs brûlés