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meuhhhh!

La tribu des collectionneurs de petits riens

 

Tribu, très difficile à comprendre si vous n’avez jamais fait d’introspection et si vous tombez amoureux de fleurs, de pierres, de photos, de tableaux, de poèmes, de femmes, de vêtements de stylos, de vases, de brosses à dents, de tubes de vaseline

Que sais je encore? De tout ce qui vous entourent, chiens, enfants, dents, jambes de bois!

Les membres de cette tribu ont le don de collectionner l’insignifiant

C’est-à-dire l’invisible, le méprisable, le « sans importance », le rien.

Les plus doués sont les petits enfants car pour eux rien n’est important hormis la tendresse de leurs parents et de leurs petites mains agiles ils dégottent tout ce qui est inutile:

Une capsule de bière rouillée, une épingle à cheveux tordue, une vis usée, une demi épingle à linge

Tous ces trésors, comme des reliques sont exposés dans de petites vitrines construites spécialement à cette intention par un artisan de la tribu dont c’est le seul travail.

Ces vitrines sont la fierté de chaque famille, quand des invités les visitent le trente septième jour du mois (car les invitations n’ont lieu que ce jour) ils les illuminent avec des guirlandes clignotantes composées de lucioles et vers luisants.

Certains enfants, mal éduqués certainement, ne trouvent aucun de ces petits riens, souvent ils sont  soit  gourmands attirés par le garde manger, soit  capricieux  tapant des pieds le sol toute la journée en hurlant.

Chez ces parents, la vitrine est vide et le trente septième jour du mois, nul ne pénètre chez eux car c’est un jour de honte ; ils vivent alors rideaux et volets clos et enfermant dans la cave leurs rejetons inaptes.

Le jour de la fête des « petits riens », une élection est organisée, celle du « petit rien » le plus insignifiant

Un jury d’experts « en rien » est présent, parfois ces femmes et ces hommes ont voyagé des jours et des nuits pour arriver à la tribu.

Chaque famille apporte le « petit rien » qu’ils ont choisi, et le jury délibère pendant des heures parfois

Il y eu une année ou la délibération dura un mois entier, pour que cela finisse le chef de la tribu, à l’époque, les avait enfermés dans une petite chaumière, sans vivres et sans boissons pour qu’enfin ils se décident.

Les « petits riens » couronnés partent dans un musée et sont exposés dans une vitrine, le musée en compte 45689!

Cette année, l’objet couronné fut : un ongle incarné dans un bigoudi!

Les parents et le bambin furent longuement applaudit!

C’est ainsi que l’on vit dans la tribu des collectionneurs de petits riens

Les matins difficiles-Paenia

Il y des matins qui ne nous inspirent rien,
 mais rien de rien,
 le réveil sonne,
 il est 7h20,
 les enfants dorment,
à elle seule la pensée de devoir les sortir du lit
me pompe toute mon énergie,
 sans elle que reste-t-il
 une espèce d’enveloppe guidée par un esprit,
qui se demande chaque matin ce qu’il fuit,
et ils sont là, 
petits anges sans défense 
au menton couvert de bave,
 ils en prennent de la place dans le lit,
 je m’assieds à côté d’eux

mais je ne les trouble pas
 ni la sonnerie du réveil
 qui ne cesse de résonner,
 ils savent que ma main sur leur tête ébouriffée
 est là, seule à pouvoir indiquer
 qu’il est temps de se lever,
 mais ma main ce matin,
 ne répond plus à rien,
 il me reste 10 minutes
comme chaque matin
 pour secouer mes pensées,
 les remettre au travail,
les sortir de l’inertie
 dans laquelle je suis
 à la fin de chaque nuit,
il me faut remuer la vie
 que je vois endormie,
 que mon sang a nourrie,
 que mon coeur a chérie,
 mais mes mots aujourd’hui
 sont pauvres et  petits,
 et ne veulent rien dire ;

mais demain

que diront-ils de plus

et que dois-je faire

pour qu’ils bondissent

telle une balle porteuse

de mille et un désirs…

Les amygdales de la montgolfière

 

 

 
 
 
 
 
 
 

 

Méfie-toi du rat
Que ta tante conserve
A l’ombre des culottes courtes
Pour l’offrir
Quand la marmelade en branches sera velue
Au dromadaire instruit
Qui fait le malheur des tuyaux d’échappement
Reste sur le ventre
Même si le pain mord
La cornemuse de ton voisin
Ne pars pas dans la purée
Surtout sans avirons
En été ne quitte pas ta pampa joyeuse
Pour te mêler aux stupeurs
Dont le linge est de la tête aux pieds le fruit
Comme le timbre est la créature du goudron

 

Surtout pas d’artichaut! surtout pas d’artichaut !crie mon grand père
T’aimes pas la soupe au choux! hurle ma grand mère c’est nouveau ça!
Ma sœur comme un grand légume moitié courgette moitié asperge
Descend le long de la rampe en oubliant ses étriers
Elle,-il’est certain -déteste la soupe , elle dérape sur la queue du chien
Qui bien évidemment n’était pas à sa place
Le sourire de ma mère en dit long sur le rangement de la maison
Moi je ne bouge pas je choisis des tomates pour décorer le sapin
Certaines refusent obstinément de participer à cette mascarade
Et préfèrent se jeter à terre quitte à exploser aux pieds du chien sans queue
Soudain mon père apparait en sautillant sur sa seule patte arrière
(L’autre avait filé en douce un soir avec un unijambiste dépressif)
Son œil épie l’artichaut qui fait la toupie autour du lorgnon de l’ancêtre
D’une main il le saisit et fait battre son cœur pour la dernière fois
Ma sœur est médusée , ma grand-mère en ferait volontiers une friture
Mais quand le chien aboie nous passons tous à table

   

La révolte des réverbères commença aux premières heures de la nuit
Ils s’étaient lassés de n’illuminer que les papillons
Servant de pâture aux chauves-souris déjà trop grasses
Qui faisaient de l’ombre à tous les trottoirs
Alors incapables de sortir des caniveaux
Tous les passants cherchant le jour
Glissaient entre les pavés avec des cris de hibou
Tandis que la forêt se morfondait dans le silence absolu
Et l’on vit la lumière hanter les chemins de traverse
Des chiens désorientés ne poursuivre que leur ombre invisible
Les façades des immeubles jalouses des fenêtres borgnes
Des portes cochères qui n’avaient plus rien à cacher
Les meilleurs allumeurs rendirent leur tablier
Tandis que la lune solidaire n’éclaira plus que les ponts

 

le syndrome de Stendahl

« J’étais arrivé à ce point d’émotion où se rencontrent les sensations célestes données par les Beaux Arts et les sentiments passionnés. En sortant de Santa Croce, j’avais un battement de cœur, la vie était épuisée chez moi, je marchais avec la crainte de tomber. »

Stendahl

Le syndrome de Stendhal est une maladie psychosomatique qui provoque des accélérations du rythme cardiaque, des vertiges, des suffocations voire des hallucinations chez certains individus exposés à une surcharge d’œuvres d’art. Cette perturbation est assez rare et touche principalement des personnes trop sensibles. Ce syndrome fait partie de ce qu’on peut appeler les troubles du voyage ou syndromes du voyageur

Don Juan (à Maurice Nadeau) – André Fréderique

J’ai connu la décervelée d’Étampes
qui savait compter jusqu’à trois
la borgne de Paimpol
et la boiteuse de Pithiviers
qui a renoncé à la marche à pied

la bleue du Chili
qui déteint à l’eau de pluie

J’ai eu la femme tire-lire
la femme tronc la femme chien

la femme aux mains d’ébène
la femme en fer qui ne rouille pas

Lolita perroquet des îles
moitié oiseau moitié renard

la femme pendule
qui mourut par la femme canon
de sa bouche issaient les obus
qui renversèrent notre amour

la reine de Broadway
avec ses deux bouches peintes
l’orthopédiste aux dents d’alcool
qui crachait des fleurs de néant

l’amazone hagarde
qui traverse vingt centimètres de plomb

la femme aux yeux de porcelaine
qui pleurait des perles du japon
l’aveugle aux yeux de marcassite

femmes combien vous défilâtes
à mon gré

femme poisson aux seins coupés
femme aux seins superposés
femme aux seins remplacés
par des poignées
combien je vis des exotiques

et vous presque femmes
animaux équivoques
marchant dans vos traînes fragiles
sur des sabots d’argent
la salée du Portugal
dont la bouche est un miel
mais qui pique au réveil

la fripée de Rotterdam
qui sait si bien se cacher
sous les draps
qu’on la cherche dans les plis

la calcinée de Draguignan
qui brûle tous les plastrons
quand on l’embrasse

l’explosive des Dolomites
qui ne sert qu’à vous réveiller en sursaut

l’orpheline du Canada
qui enterre sa mère tous les jeudis

la femme aux crochets
et la femme viande abattue
qui pourrit dans votre lit
si on ne lui donne pas d’argent

la créancière la marginale
la petite sœur des morts
la noyée
des mers des mares et des bassins

la hollandaise flottante
la retournable
la fiduciaire
la en vrac
l’écorchée de Bagdad
la moribonde
la Souabe
la Souasse

mais c’est toi que j’aime
ô la suivante.

 

 

 

 

    

 

Les mouches – Raymond Queneau

 

 

Les mouches d’aujourd’hui
ne sont plus les mêmes que les mouches d’autrefois
elles sont moins gaies
plus lourdes, plus majestueuses, plus graves
plus conscientes de leur rareté
elles se savent menacées de génocide
Dans mon enfance elles allaient se coller joyeusement
par centaines, par milliers peut-être
sur du papier fait pour les tuer
elles allaient s’enfermer
par centaines, par milliers peut-être
dans des bouteilles de forme spéciale
elles patinaient, piétinaient, trépassaient
par centaines, par milliers peut-être
elles foisonnaient
elles vivaient
Maintenant elles surveillent leur démarche
les mouches d’aujourd’hui
ne sont plus les mêmes que les mouches d’autrefois.

Raymond Queneau

Brève d’un soir – Englemor

Sur la colline ressuyée
abattue de ne pouvoir
s’ébrouer
un nuage couvait la pluie
dans la fourche d’un pommier
C’est ici qu’en transparence
le vent jurait
des pierres
être la risée
Elles lui gâtaient disait-il
la route
et le faisaient boiter
Sa plainte fut ravalée
lorsqu’un bouvreuil immense
le traversa
Alors le vent
debout
lui souffla l’endroit
où poser ses couleurs

Les chants de Maldoror – Lautréamont

Chant I Strophe 8

Au clair de la lune, près de la mer, dans les endroits isolés des campagnes, l’on voit, plongé dans d’amères réflexions, toutes les choses revêtir des formes jaunes, indécises, fantastiques. L’ombre des arbres, tantôt vite, tantôt lentement, court, vient, revient, par diverses formes, en s’aplatissant, en se collant contre la terre. Dans le temps, lorsque j’étais emporté sur les ailes de la jeunesse, cela me faisait rêver, me paraissait étrange; maintenant, j’y suis habitué. Le vent gémit à travers les feuilles ses notes langoureuses, et le hibou chante sa grave complainte, qui fait dresser les cheveux à ceux qui l’entendent. Alors, les chiens, rendus furieux, brisent leurs chaînes, s’échappent des fermes lointaines; ils courent dans la campagne, ça et là, en proie à la folie. Tout à coup, ils s’arrêtent, regardent de tous les côtés avec une inquiétude farouche, l’oeil en feu; et, de même que les éléphants, avant de mourir, jettent dans le désert un dernier regard au ciel, élevant désespérément leur trompe, laissant leurs oreilles inertes, de même les chiens laissent leurs oreilles inertes, élèvent la tête, gonflent le cou terrible, et se mettent à aboyer, tour à tour, soit comme un enfant qui crie de faim, soit comme un chat blessé au ventre au-dessus d’un toit, soit comme une femme qui va enfanter, soit comme un moribond atteint de la peste à l’hôpital, soit comme une jeune fille qui chante un air sublime, contre les étoiles au nord, contre les étoiles au sud, contre les étoiles à l’ouest; contre la lune; contre les montagnes, semblables au loin à des roches géantes, gisantes dans l’obscurité; contre l’air froid qu’ils aspirent à pleins poumons, qui rend l’intérieur de leur narine, rouge, brûlant; contre le silence de la nuit, contre les chouettes, dont le vol oblique leur rase le museau, emportant un rat ou une grenouille dans le bec, nourriture vivante, douce pour les petits; contre les lièvres, qui disparaissent en un clin d’oeil; contre le voleur, qui s’enfuit au galop de son cheval après avoir commis un crime; contre les serpents, remuant les bruyères, qui leur font trembler la peau, grincer des dents; contre leurs propres aboiements, qui leur font peur à eux-mêmes; contre les crapauds, qu’ils broient d’un coup sec de mâchoire (pourquoi se sont-ils éloignés du marais?); contre les arbres, dont les feuilles, mollement bercées, sont autant de mystères qu’ils ne comprennent pas, qu’ils veulent découvrir avec leurs yeux fixes, intelligents; contre les araignées, suspendues entre leurs longues pattes, qui grimpent sur les arbres pour se sauver; contre les corbeaux, qui n’ont pas trouvé de quoi manger pendant la journée, et qui s’en reviennent au gîte l’aile fatiguée; contre les rochers du rivage; contre les feux, qui paraissent aux mâts des navires invisibles; contre le bruit sourd des vagues; contre les grands poissons, qui, nageant, montrent leur dos noir, puis s’enfoncent dans l’abîme; et contre l’homme qui les rend esclaves. Après quoi, ils se mettent de nouveau à courir dans la campagne, en sautant, de leurs pattes sanglantes par dessus les fossés, les chemins, les champs, les herbes et les pierres escarpées. On les dirait atteints de la rage, cherchant un vaste étang pour apaiser leur soif. Leurs hurlements prolongés épouvantent la nature.

Les framboises – Bolansky

Ce n’est que concassées en surgelés douteux

ou lorsque éparses elles tapissent certains dimanches

quelque pâtisserie chichement édulcorée

que les framboises échappent à aspirer

la fleur de mon âme

vers leur carénage,

complexe imbrication

de finesse, grondements, et émois humides.

 

Je m’étais épris à mon insu autant qu’au sien

lorsque pris au piège d’un grondement arrosé d’orage

annoncé seulement par une appréhension imperceptible

je l’avais régalée

mes mains formant écuelle de fortune

 débordante pour l’occasion

de l’immédiate cueillette

en plein aveu d’arômes divins

à force de pluie soudaine  tiédie d’été.

 

Elle s’était ri de cette récolte

effectuée au péril nigaud

d’une chute, probablement effroyable

à flan de coteau des voies ferrées

jouxtant l’insondable forêt,

hantée sans doute de l’instantané

d’une éradication fulgurante

sanction d’orgueil infantile

appelant la culbute

par les rafles de ronce

uniquement au nom

de la chimère d’une baie

dont l’érubescence

rendait insurmontable

qu’elle fût hors d’atteinte.

 Bolansky

Foucades de 4Z2A84

  Foucades

 
 
Allant peu souvent
Au bout de son rêve
Il n’est vie plus brève
Que celle du vent
 
Voyez comme il trotte
Vers le firmament
L’air froid qui s’y frotte
Dira-t-il comment
 
Son pas se soutient
Sans l’effort d’une aile
Lors d’un entretien
Presque solennel
 
Parmi les gravats
Il cherche une plume
A qui souffler  Va
Haussant le volume
 
Aussitôt lancée
La proie en profite
Pour tout effacer
Et courir plus vite
 
Sur la page blanche
D’où sortent des mots
Qui semblent normaux
Au ciel qui se penche
 
Vers eux pour les lire
Mais rien ne les porte
Qu’une vieille lyre
Lors le vent s’emporte
 
Et l’oiseau s’envole
Au loin vers la mer
Dont les fariboles
Trompent les commères
 
Et l’écueil s’installe
A l’entrée du port
Sur l’aéroport
Construit en cristal
 
 
 Et les baromètres
Font ce que veut l’eau
Sur des kilomètres
Franchis à vélo