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VAGABONDAGES (la mer)

Pour aimer la mer, il faut avoir le cœur au large, avoir envie de son sable qui vous crisse entre les dents, de son écume qui vous apporte son passé, de ses bateaux qui voilent votre présent.
Il faut la choyer, dans ses marées toutes semblables, sans lassitude dans ses vagues avenirs…
Il faut la prendre, toute entière dans ses ressacs.
Il faut la désirer, déferlante, quand elle conduit ses fils nés de la tempête.
Il faut la vouloir, quand son sel griffe la peau, plonger au creux de son antre, s’éclabousser de ses embruns et savoir attendre qu’elle revienne, pour vivre une autre plage du grand livre des dunes…
laristo

VAGABONDAGES (dessiner un orage)

Pour dessiner un orage, il faut du ciel, beaucoup de ciel.  Prenez-le d’un beau bleu intense et saupoudrez-y des nuages bien blancs.
Ensuite, versez délicatement de l’eau de pluie, par petites gouttes, lentement, méthodiquement. C’est très long et très fastidieux, mais c’est une condition indispensable pour que ça fonctionne.
Au début, vous garderez votre calme et votre sérénité et vous obtiendrez de la pluie. Mais au bout d’un certain temps, variable avec le caractère des individus, vos nerfs craqueront inexorablement et vous lancerez toute l’eau qui reste en hurlant…
Et c’est là,  qu’on obtient un bel orage.
laristo

VAGABONDAGES (le mouche à mouche)

Comprendre les mouches est un exercice périlleux, il faut prendre du recul et les écouter de loin. Car le langage des mouches est tellement fin et délicat qu’il n’est perceptible par l’homme qu’à une certaine distance.
Hélas, la mouche est un animal grégaire qui s’attache profondément à l’humain sous toutes ses formes Quand il avance, elle avance, s’il se pose, elle s’arrête, et s’il court, elle accélère son vol pour le suivre de près. Et il est pratiquement impossible de converser avec une mouche de loin.
Pour pouvoir prendre la distance nécessaire à la communication, il serait souhaitable que la mouche soit attachée au sillage de quelqu’un d’autre et qu’elle nous laisse à l’écart, mais à ce moment là, nous serions à l’extérieur des relations, étranger aux propos. Et ne nous pourrions entrer en dialogue avec elle. Même au cas où une mouche serait tellement occupée par elle-même qu’elle ne nous verrez pas, il est très rare qu’une mouche parle seule, ou alors quand elle est très âgée et son langage est totalement incompréhensible par l’homme.
C’est pour cela qu’on discute rarement avec les mouches et qu’elles font toujours BZZZZZZ… et rien d’autres.
De quoi prendre la mouche…

VAGABONDAGES (Les mots du vent)

Ecouter le vent 3

Quand on parle aux voisins, généralement on ne refait pas le monde. On ne laisse échapper que des échos de tous les jours, des restes de petits moments abandonnés sur place, dans la vie courante, des propos sans importance, et on dit que c’est du vent.
Et pourtant, si vous savez écouter le vent, le vrai, celui qui s’invite par l’interstice des volets, celui qui frappe à la porte sans qu’on le laisse entrer, il vous racontera des choses primordiales, car il sait ce qui se passe dans le monde entier.
Il est la mémoire des océans, bien après que les marins aient disparus, il connait les histoires que se racontent les montagnes quand les troupeaux sont partis, il se rappelle des guerres quand les feux sont éteints et il colporte encore le rire des hommes quand la foudre les brûle.
Ecoutez le gémir la plainte des oiseaux traversant l’horizon et colporter le  rire des blés quand la moisson approche.
Et puis, s’il vous berce d’un souffle doux qui vous coure dans le cou, laissez le jouer sur votre peau, vous pourrez vous endormir au chaud et il vous guidera dans vos rêves les plus fous.

P2G

Vagabondages (flagrances de soi-e)

Pour éclaircir un moment sombre de la journée, c’est très facile.
Déposez une goutte parfum quelque part dans la maison. Comme ça, sans autre raison que celle de vous plaire. Juste pour laisser un souffle d’air vous parler de vous.
Si la vous la posez sur le bord de la fenêtre, elle ouvrira la porte de la nature et fera parler les champs de blé, elle réveillera l’herbe coupée qui dort sur les talus, elle brodera des fleurs de cristal sur la buée des vitres.
Si vous la faites rouler sur un drap de votre lit, elle vous racontera des histoires de pollen et des secrets de fleurs qu’échangent les papillons quand le vent se repose, sur la table de la cuisine, elle vous dira les mystères du jardin : Pourquoi la fleur devient fruit ou légume, elle vous confiera, avec des pétales de pleurs, la façon dont meurent les roses, dans leur robe de fêtes…
Et si vous gardez cette goutte de parfum sur le bout de votre doigt, vous vous y verrez, avec une ivresse gourmande…
Et… Qu’importe le flacon !

VAGABONDAGES (le sourire des roses)

Quelques fois, on aimerait bien sourire à quelqu’un dans la lande d’un après-midi un peu trop calme.
C’est simple, il suffit d’ouvrir les volets et de chercher un ami parmi les fleurs du jardin. Au début on ne voit que des passants arrêtés dans les parterres de fleurs. Mais c’est normal, les plantes se connaissent trop pour s’interpeler continuellement.
Alors, laissez errer votre regard aux hasards des couleurs, ne cherchez pas la complicité des iris ou le rire d’un  oiseau, attendez que la nature vienne à vous.
Au bout de quelques instants, vous vous habituerez à la place des choses, à la lumière de l’instant; et vous verrez comme les fleurs deviendront des amies.
Au bout d’un petit moment, vous serez attiré imperceptiblement par l’une d’elles, sans le vouloir, par la corolle d’une rose qui danse dans le chant du merle, par l’oriflamme d’un chèvre feuille qui claque au vent, par l’éclat de rire des myosotis qui se poussent dans les couloirs du potager.
Alors, prenez la fleur tout entière dans votre regard, caressez la des yeux, et laissez éclore votre sourire.
Quand vous la verrez rougir légèrement, sur la pointe d’un pétale, vous ne serez plus jamais seul.
P2G

VAGABONDAGES (la lettre des oiseaux)

Pour envoyez un message à quelqu’un, c’est simple.
Il suffit de passer un coup de téléphone, d’envoyer une lettre, un fax, un SMS, un mail ou un télégramme.
Ce sont des moyens pratiques et directs pour exprimer clairement ce qu’on a à dire.
Pourtant, parfois, on a envie de parler, juste pour confier un petit bonheur, une déception qui revient aigrement à la mémoire, ou juste une pointe de langueur qui vient s’insinuer entre la vie de tous les jours et la peau du bien être, et là, les mots sont trop gros sur le télégramme, les phrases trop longues sur la lettre, l’encre du fax estompe trop les pensées qui sont entre les lignes, et le bruit du téléphone ou de l’ordinateur couvre les murmures des sentiments.
Alors, cherchez un oiseau dans le ciel, un rossignol au cri blessé ou une tourterelle qui enroule son rire dans un mouvement de vent et confiez lui votre état d’âme.
Il y a des mots qui ne supportent pas le voyage d’un cœur à un autre. Alors parlez juste aux oiseaux et laissez vos sentiments à l’air libre.
P2G

VAGABONDAGES.(Adopter une étoile)

Pour adopter une étoile c’est facile.  Il suffit de se promener au petit matin,  juste avant que le soleil ne se lève.

Le jour est encore tout froissé dans ses draps de nuit. Vous choisissez une étoile pas trop connue et vous lui parlez à voix basse. Le plus difficile c’est d’élever la voix suffisamment pour qu’elle atteigne la voix lactée sans réveiller les voisins du quartier. Il y a un nombre infini d’étoiles dans le ciel, mais beaucoup sont inaccessibles aux communs des mortels et si tout le monde voulait en adopter une, ça créerait des problèmes;  la démarche serait interdite. Quand vous l’avez choisie, vous lui donnez un prénom de femme ou le nom d’une jolie chose et le tour est joué.
Moi j’en ai une depuis tout petit et je suis le seul à le savoir. Peut-être qu’elle a des relations avec un autre, quelque part, de l’autre côté de la planète, mais  je ne veux pas le savoir…

Je me donne à elle et elle brille, pour moi, quand les nuages dorment encore.
C’est en voulant posséder, qu’on perd l’éclat du bonheur.

Vagabondages. (les oiseaux)

Pour passer un moment calme et studieux sans se fatiguer, c’est simple. Il suffit d’ouvrir le grand livre du ciel.
Vous cherchez la page blanche d’un nuage et vous lisez l’histoire des oiseaux.
Il ne faut pas faire d’effort de compréhension, juste un effort d’attention. Au début, on n’entre pas dans les paraphes des hirondelles qui brouillonnent dans les nuées. Il y a trop de sillages qui s’entremêlent pour notre vie habituée au sillon de la journée, et puis, petit à petit, vous vous familiariserez au stylet qui trace les phases de leur voyage. Quand votre œil sera habitué, vous comprendrez la métaphore fragile de l’alouette, vous entrerez de plein pieds dans la saga de la grive en quête d’aventure, dans le roman noir du merle, qui persiffle ses héros, votre âme survolera la tragédie humaine, vous toucherez l’éternel et les droits de hauteur, jusqu’à ce que le hibou mette ses points de suspensions au chapitre du jour et qu’il faille refermer la couverture noire de la nuit.
Et là, il vous faudra attendre le matin, que la lumière soit, pour commencer une autre histoire.