Nébuleuse de cristal rouge

Nébuleuse de cristal rouge

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La coupe de fruits remonte l’éphéméride

Comme les plus belles filles remontent les avenues

Les enfants leurs chaussettes avant de jouer à la marelle

Le paradis n’ouvre qu’à heure fixe

Lorsque les rivets ont fui les hauts fourneaux

Pour s’attacher l’affection bienveillante

Des voleurs de pommes vertes ou d’arrosoir

Quand le jardin devenu forêt vierge

Sautille de liane en liane et embrasse les passants

Qui marchent à reculons

Comme le ferait un crabe désorienté et triste

Sa plage ayant rejoint les fleuves à leur naissance

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Une corde à sauter fait-elle le bonheur

D’un forgeron porté par l’aile d’un navire

Vers de beaux ateliers d’où sortent des planeurs

Comme autant de rayons qui hors du ciel chavirent

Laissez laissez vos mains pendre le long des cimes

Car c’est là que commence un concert aveuglant

C’est là que vient mourir la faux qui vous décime

Mais avant son envol la mer heurte ses flancs

Des grandes hystéries saluez la cohorte

La neige n’entretient plus ses flocons bleutés

Elle sort en peignoir sur le pas de sa porte

Sans se méfier du jour qui cherche à rameuter

Des yeux vous en voyez mais aucun ne vous offre

Dans une coupe d’or un vin frais croustillant

Comme une brigandine oubliée dans un coffre

Comme on glisse un couteau sous un lac pétillant

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Maintes fois restaurées les deux ailes s’enfuirent

Une nuit de septembre courtisée par octobre

Les brouillards blancs et froids les glaçaient bien un peu

Mais l’attrait de l’ailleurs fut plus fort que la peur

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Elles partirent de concert épaulées dans la fuite

Par un grand cheval noir entré là par hasard

Qui rêvait de musiques et de fugues célestes

Bordées de ciels tristes et de matins rougeâtres

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On les vit, dit-on, pour la dernière fois

Au fond d’une vaste toile d’un grand peintre du Sud

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Cette année-là, les noix, dédaignant le sol humide de l’automne, s’élancèrent vers le ciel, bombardèrent en rangs serrés les nuages effarés. Les feuilles, toutes les feuilles les imitèrent, suivies de toutes les familles de végétaux. Ils se retrouvèrent entre lunes et soleils. Les animaux partirent, l’homme résista quelque temps mais fut aspiré lui aussi par ce mouvement irrésistible.

Et puis, chargés comme des baudets, les nuages prirent de l’altitude, pointèrent vers les étoiles.

La terre ne ressemblait plus à rien, les forêts n’étaient plus que fûts de basalte, les champs et les plateaux, de rouge granit. La planète roulait, indifférente au sort de ses anciens locataires.

Parfois des gouttes de sang tombaient dans ses océans stériles, menstrues d’une femme partie pour l’univers. Tout était à refaire.

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Les auteurs:

éclaircie

Elisa-R

Héliomel

4Z2A84

6 réponses sur “Nébuleuse de cristal rouge”

  1. éclaircie dit :

    Désolée pour l’apparence (les interlignes irréguliers)
    Je me promets de parvenir à mieux ! un jour ! (là se traduit un certain agacement, heureusement compensé par le fond )

    Au delà, le poème, le plusieurs voix, encore une cohésion, cohérence entre chacun de nous, le fantastique ou loufoque, plutôt fantastique il me semble, d’ailleurs, une odeur de fin de saison ou du monde avec des luminosités propres à chacun.
    Merci vous tous.

  2. Elisa-R dit :

    Chaque assemblage devient tableau aux couleurs fantastiques.
    Merci à tous pour le plaisir offert!

  3. 4Z2A84 dit :

    Oui, voici un texte qu’innervent le fantastique, l’humour sous toutes ses formes et des sentiments divers dont plusieurs très humains. L’originalité est la marque de chaque auteur. On peut douter d’entendre quatre voix et non pas qu’une…

  4. 4Z2A84 dit :

    L’orginalité est la marque de chaque auteur. (Cependant) on peut douter d’entendre quatre voix et non pas qu’une.
    Paradoxe ?

    Tequila nous manque.

  5. 4Z2A84 dit :

    « Nébuleuse de cristal rouge » : très beau titre.

  6. éclaircie dit :

    Paradoxal, peut-être, le sommeil ainsi nommé est celui des rêves, non? c’est ainsi que je parlais de cohérence. Il est cependant vrai que chacun lit le poème avec ses yeux, et écrivant pour un même texte, on ressent plus fort à la lecture les points communs. Ainsi personnellement, je n’ai pas vraiment croisé, ou pas su reconnaître l’humour, le fantastique, oui, oui, beaucoup.
    Téquila ! prépare toi pour vendredi prochain !

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