L’ombre du soleil sur l’oiseau

C’était, loin des chaussons, une mule charmante
Sorte d’ange doré à peau sombre de zèbre
Les humains résidents s’y baignaient tous en songe
Dans cet antre des rêves surmontant les sabots
Il fallait du courage tous les autres jours
Quand l’énorme sous fifre jouait de la flûte
Quand son sbire aux dents longues léchait leurs chevilles
Le soleil, lui-même, ne brillait plus souvent
Sauf les jours de grand vent ou les nuits de lune pleine
Pour aimer l’animal qui dormait en chacun

L’ombre était pressée et se mit à courir
Pour rejoindre midi avant d’être écrasée
Laissant des taches brunes sur les murs endormis
Que les oiseaux cueillaient comme cerises mûres

Onze heures sonnèrent et l’homme sursauta
Surpris de ne plus voir son reflet sur le sol
Quelques voyelles se trainaient à ses pieds
Implorant qu’on leur amène une ou deux consonnes

Un peu de couleur ou juste une portée
Mais rien ne bougeait plus et le ciel incertain
Notre homme enfin comprit qu’il lui fallait voler

Le chien voyait sans plaisir aucun
Pousser des pointes sur son front
Il se surprenait parfois à beloter bêtement
Pourtant la mer était blême et le vent figé

Un jour, il se cassa une corne contre un palmier
Il n’avait rien contre l’asymétrie
Seulement peur du regard des hommes
Pourtant la mer était livide et le sable sali

En le montrant du doigt les parents riaient
Et lui lançaient des pierres et des harengs
Ses aboiements lui restaient dans la gorge
Pourtant la mer était pleine et la lune nouvelle

On le voyait souvent affalé sur la grève
Prenant du poids, perdant ses poils
Il devint narval puis licorne acariâtre
Car la mer était lisse mais désordonnée

Je n’ai pas le temps de choisir les mots
Je pioche au hasard parmi ceux qui passent
Dans le ciel étroit d’où plusieurs s’échappent
Pour des évadés ils manquent d’audace
Leurs gestes trop lents bientôt les condamnent
A rester en place sur le premier fil
Que leur abandonne un oiseau distrait
Par d’autres spectacles quand le jour commence
Et que le journal titre que les mots
Seront retenus prisonniers des plumes
Jusqu’à l’arrivée du pâle écrivain
Qui les trempera dans un encrier
Pour qu’après ce bain paraissent leurs lettres
Sur la page où naître me tire des larmes

Ont participé :

4Z2A84
Eclaircie
Elisa-R
Heliomel

mis en forme par Héliomel.

3 réponses sur “L’ombre du soleil sur l’oiseau”

  1. éclaircie dit :

    Réel plaisir à reporter ici, ce plusieurs voix qui emplit les tympans de bruissements d’eau à moins que ce ne soit d’encre, sur une plage-ou une page- au spectacle sans cesse renouvelé.

  2. 4Z2A84 dit :

    A mon sentiment il s’agit là d’une de nos meilleures compositions « à plusieurs voix » ».

  3. Elisa-R dit :

    La surprise est toujours, là, dans les pointillés de nos voix unies. J’aime beaucoup l’effet produit et cette presque perte de contrôle, plutôt grisante .

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