Le Roi Henri

Traduction de ‘Henry King’, par Hilaire Belloc (1870-1953), auteur franco-britannique né à La Celle-Saint-Cloud:

Le Roi Henri

Le grand défaut du Roi Henri,
C’était de mâchonner de p’tits
Bouts de Ficelle, ça et là –
Mais un jour, il en avala
Qui, passée loin à l’Intérieur,
Se mit en Noeuds d’une laideur
Que l’on peut difficil’ment croire,
Et qui transformèrent l’Histoire.

Les Docteurs les plus Reconnus
Furent sommés, mais, accourus
Sans délai pourtant, annoncèrent
En acceptant leurs Honoraires,
« À cette Crise, aucun Remède –
Le Roi sera, sous très peu, Raide. »

Ses Parents se groupèr’nt autour
De son Chevet, arrivés pour
Pleurer la Mort Prématurée
Du fils royal dénaturé,
Qui, rendant le Dernier Soupir
Avant de délaisser l’Empire,
S’écria, « Que ma mort fournisse
Un exemple, et vous avertisse:
Vraiment, la seule Nourriture
Indispensable à l’Ossature
Humaine, c’est des Repas Sains… »
Sur quoi, le Malheureux s’éteint.

12 replies on “Le Roi Henri”

  1. So-Back dit :

    bouts de ficelles selle de cheval il évita la chute mais mourut quand même
    moralité

    être roi sur son trône n’empeche point de finir mort
    surtout si la ficelle est trop grosse

  2. Bossman dit :

    Ah ! Ah ! Ah ! J’ai bien ri en lisant ce poème. Même par sa mort, le brave roi Henry a su se rendre utile à ses contemporains en leur dispensant de sages recommandations concernant la diététique. Diététicien avant l’heure, le voilà érigé en héros.
    J’aurai bien vu « Ses Parents se groupèrent autour » au passé simple.

  3. Yvains dit :

    Merci, Bossman – si je t’ai fait rire, ma journée est complète! 🙂

    Moi aussi, j’aurais voulu mettre ce vers-là au passé simple, mais il y a encore un problème de syllabes – j’ai l’impression que, cette fois-ci, l’elision est à privilégier a la faute de temps – et en fait, c’est faute de temps je ne trouve pas de meilleure solution. 😀

  4. Bossman dit :

    En français « Ils se groupèrent autour … » se prononce naturellement  » groupèrautour « .
    Si je le prononçais « groupèretautour » , ça ne serait pas du tout naturel.
    Aussi je pense que dans cette version, il est même inutile de faire disparaître le « e » à l’écriture.
    Je ne connais pas très très bien les règles de versification et je serais curieux de connaître l’avis d’un spécialiste.

    • Yvains dit :

      Merci, Bossman, je vais suivre tes conseils. En fait, quoiqu’il y a plein de sites ‘versification’, j’arrive pas à dénicher, sur ces cites-là, un exemple comme celui-ci, pour l’imiter (c’est à dire ‘èrent’ suivi d’une voyelle.)

      Dans ‘Le Cid’ de Corneille, je trouve

      À moi seule aujourd’hui souffrent encore les larmes (donc, soit ‘souffr encore’, soit ‘encor les larmes’)

      mais aussi

      Ils abordent sans peur ils ancrent, ils descendent (donc, ‘ancr e tils’).

      Chez Racine (‘Athalie’) on trouve

      Qu’ils pleurent, ô mon Dieu ! qu’ils frémissent de crainte (‘pleur e to mon Dieu’) et aussi

      Tandis que les méchants délibèrent entre eux (‘bèr e tentre’).

      Alors je ne sais pas au juste – il y a conflit – mais je trouve que tu as raison, la prononciation naturelle est convaincante, en fin de compte. Mais en vue du fait que trois exemples sur les quatre ici, dans la poésie ‘classique’, semblent compter le e muet dans la construction ‘…rent voyelle’, je crois que je dois garder l’apostrophe d’élision.

      Si tu déniches quelque part quelque chose de définitif, j’aimerais bien le voir. 🙂

      • Yvains dit :

        En plus récent, dans ‘Les Fleurs du Mal’, il y a

        Comme des papillons, errent en flamboyant (er e ten) et

        Le silence et la nuit s’installèrent en lui (pareille chose) et

        De tous ces vieux maudits qui meurent en silence.

  5. P.Y. Bossman dit :

    Il est vrai que dans ces cas-là, il me semble plus naturel de prononcer ce « ent » du pluriel. Je ne sais pas !

  6. Yvains dit :

    Ben, en gardant l’apostrophe d’elision, même si c’est pas obligé, je crois qu’on ne peut pas avoir tort. 🙂

  7. Éclaircie dit :

    Ah ! J’ai bien ri aussi, d’autant que reine de ma seule cuisine, j’ai mangé très sain, aujourd’hui !
    Pour le classique, sur Oniris, un site que je fréquente leur bible est le Sorgel :
    http://sd3.archive-host.com/membres/up/1086141494/sorgel-poesie-Traite_prosodie.pdf
    Mais il y a d’autres traités (je ne sais plus lesquels car le sujet de me passionne pas vraiment)
    Si au détour d’un forum je croise l’info, je la fais suivre.

Répondre à Bossman Annuler la réponse

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.