Kaléidoscopes

Métallique le tube n’est pas large mais j’ai pu me glisser à l’intérieur assez facilement. En fait, je n’ai pas réalisé ce que je faisais, trop distraite pour cela sans doute.

Je parlais à un frère ou à une sœur, il y avait beaucoup de rires dans l’air qui exaltaient les poussières de soleil.

Les visages, les objets, les paysages, les animaux : tout se démultipliait. Au point que les yeux ne savaient plus où regarder pour tout voir.

Non seulement le spectacle offert était extraordinaire mais l’intérieur du tube lui-même, ses nombreuses facettes brillantes et lisses, les reflets qu’il irisait tout dévoilait une beauté jusqu’alors méconnue de la vie.

Enchantée par ce fabuleux spectacle, je perdis conscience du temps. Je ne réalise que maintenant à quel point cette expérience eut d’impact sur moi : si le monde était trop vaste pour être saisi dans son ensemble, je le verrais désormais ainsi : découpé, coloré, irisé, merveilleux, multiple, infini…

Et me voilà, toute surprise de ne pas retrouver, en sortant la tête du tube, les rires de mon frère, ceux de ma sœur. La mécanique du temps, bien entretenue, a emporté silencieusement ce que j’avais laissé en me glissant dans l’objet.

Je me sentirais bien seule sur la berge si vous n’étiez pas là, agitant joyeusement les bras un poème à la main pour me rappeler le jour de la publication. Attendez-moi : j’arrive !

*

Fragments irisés,

 

Tu restes au seuil du jour

Entre hier et demain

A lustrer les éclats de ciel

Sur tes paupières volets

Un peu de rouge ici, de bleu

Quelque part sous les notes arquées

Les fleuves se baignent du crépuscule

A l’aurore dans le flot de tes réminiscences

Pâlies

Mais éblouissantes à tes yeux d’enfant.

*

Dans l’œilleton les images se brisent

S’épousent s’emmêlent

Des fragments d’hier télescopent des bribes d’avenir

Les couleurs hésitent entre le triangle et le losange

La cheminée devient soupirail qui se métamorphose en éclair

Les rues verticales abritent des poissons convexes

Les trains bousculent les gares et les ponts

Le voyageur cherche sa tête partie loin de lui avec bagages et chapeau

Sur un banc un petit cylindre se berce

Au rythme des regards curieux

L’enfant espiègle s’en saisit et réinvente

Un monde aux formes qu’il aime

*

 

Un peu

de bleu

Un peu

de vert

Un peu de rouge

C’est la danse des couleurs

qui expriment leurs émotions

Tout se télescope!

 

Le Ciel

avec la Terre

La Mer

avec l’Univers

On a la tête

à l’envers

Tout tourbillonne

Papillonne

Tout

se superpose

 

Tout

Bouge

se transforme

Beaucoup de

joie

Du Soleil

De la Vie

Quoi

Tout

rayonne

étincelle!

*

Regarde la mer

Nulle finitude

Dans sa dérive lasse

 

Lorsque le soleil divague

Et se confond à son immensité

On la croit composée

D’éclats de miroirs

Tombés du ciel

Ils se reflètent à l’infini

Et comblent le vide de ton ennui

 

Scintillantes facettes

Tu observes le vif argent

Fixes obstinément ce qui reste accroché

Images radieuses et jour d’allégresse

Sous le battement de tes paupières

 

Les fragments métallisés

Hors d’atteinte

S’unissent et se dispersent

T’inventent un chemin de liberté

Au gré des oscillations

La lumière complice

Egaie ce temps de l’illusion

Dans le bleu mouvant

Inconstant prisme

Qui trompe ton œil

 

Dans l’étrange détachement

Tout se brise et se dissout

De manière désordonnée

Comme une part de vie

 

Regarde la mer

Nulle finitude

Dans sa dérive lasse

 

 

*

Élisa, Phoenixs, Eclaircie, Marjolaine et Plume Bleue donnent à ce kaléidoscope des couleurs inouïes. Merci !

 

5 replies on “Kaléidoscopes”

  1. Éclaircie dit :

    Préparé par Élisa qui n’a momentanément plus la clé de l’entrée des artistes.
    Je repasse demain pour vous dire ce que ce jeu de fragments d’images m’inspire.

  2. Elisa R dit :

    Cela m’invite au silence, me donne le sourire : ce que vous donnez de vous est si beau !

  3. kiproko dit :

    Coucou les belles plumes fertiles !

    Bon, on ne va pas se pavaner devant nos mots mais tout de même…
    Oui, c’est beau !
    Silence et sourire tendre tout comme Elisa !
    Ah ! quelle jolie ronde : un tour de kaléidoscope et c’est la magie…Là encore, des mots semblables, évocateurs…Je suis encore cette petite fille avec les yeux qui brillent…de joie et d’émotion !

    A vous…

    Mot chimère
    Lucarne des oiseaux
    Regard falaise
    Ruisseau miroir
    Lune pleine
    Jour décousu
    Monde présent
    Oranger parfumé
    Murmure suspendu
    Encre mouvante
    Farandole solaire

  4. Phoenixs dit :

    De toutes ces couleurs sans  » finitude il reste l’enfant oiseau arc-en ciel.

  5. Kiproko dit :

    L’oiseau lyre de Jacques Prévert

    Deux et deux quatre
    Huit et huit font seize…
    Répétez ! dit le maître
    Deux et deux quatre
    Huit et Huit font seize
    Mais voilà l’oiseau lyre
    Qui passe dans le ciel
    L’enfant le voit
    L’enfant l’entend
    l’enfant l’appelle
    Sauve-moi
    Joue avec moi
    Oiseau !
    Alors l’oiseau descend
    Et joue avec l’enfant
    Deux et deux quatre…
    Répétez ! dit le maître
    Et l’enfant joue
    L’oiseau joue avec lui…
    Quatre et quatre huit
    Huit et huit font seize
    Et seize et seize qu’est-ce qu’ils font ?
    Ils ne font rien seize et seize
    Et surtout pas trente deux
    De toute façon
    Ils s’en vont.
    Et l’enfant a caché l’oiseau
    dans son pupitre
    Et tous les enfants
    Entendent sa chanson
    Et tous les enfants entendent la musique
    Et huit et huit à leur tour s’en vont
    Et quatre et quatre et deux et deux
    A leur tour fichent le camp
    Et un et un ne font ni une ni deux
    Un à un s’en vont également.
    Et l’oiseau lyre joue
    Et l’enfant chante
    Et le professeur crie :
    Quand vous aurez fini de faire le pitre
    Mais tous les autres enfants
    Ecoutent la musique
    Et les murs de la classe
    S’écroulent tranquillement
    Et les vitres redeviennent sable
    L’encre redevient eau
    Les pupitres redeviennent arbres
    La craie redevient falaise
    Le porte-plume redevient oiseau.

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