Feuilles des contre-allées

Derrière la page le clapotis de l’eau blanche

Le silence des oiseaux

Feuilles d’automne qui peut-être s’envoleront

Quand l’hiver couvrira de gel

Les belles branches des forêts irréelles.

Un ciel laiteux de jour comme de nuit

Et la lune, si lasse qu’elle s’endort dans un nid

Oublié, comme le rêve inabouti d’un lendemain plus clair.

Derrière la page, la pluie tombe

Inlassable, méthodique, cruelle.

De nouveaux jours se lèvent qui succèdent aux anciens

Semblables et pourtant différents

Livides et graves.

Derrière la page, que tourneront bien, un matin ou un soir,

Les bourrasques fantastiques de nos premières années

Insouciantes, sur toutes les rives, même celles du temps,

Derrière elle, malgré tout, un sol nouveau se dessinera

Celui d’une terre fertile aux couleurs inconnues.

……………………

De l’océan,

Reviennent les vagues soupirs

Du bel été consumé.

Pans de sable, derniers remparts

vestiges d’innocents conquérants

Abritent ce peu d’insouciance

Qui nous file entre les doigts.

Septembre fait sa rentrée,

Ecoliers livrés aux marées d’encre,

Emotions débordantes sur papier buvard

Et desseins sur papier Canson, qui sait ?

A l’école de la vie

Tant de matières nous transpercent.

Dans l’air du temps, le spleen automnal

Dénudera tout sans compromis.

En d’impromptus jardins, s’uniront

Le silence des statues

L’inéluctable regret des choses mortes.

……………….

Oui oui ! J’ai bien entendu tout ce que tu m’as dit.

T’inquiète pas Petit !

Allons ! Il est temps !

Qu’as-tu fait de ton Histoire ?

 

Encore une heure, un jour, une seconde…

Tout s’égrène, tout se construit aussi…

Selon les pas qui nous mènent par de-ci, par de-là !

 

Tu vois,

On choisit sa vie et les habits qui sont devenus trop petits,

On accepte de s’en séparer ou pas ?!… ça prend du temps parfois…

Grandir c’est ça aussi:

C’est faire le choix de tourner une page

pour voir au fond de soi

Dans la sagesse du Passage

La Page Blanche qu’on écrira, de Notre Passage Accompagné,

 

Alors Petit

Maintenant que tu as repris des forces

Tiens ! Attrape ! Je t’envoie le chapitre dernier

Te voilà libre désormais

d’orienter ta lecture comme il te plaira

 

Dans cette Danse du Temps, t’es devenu grand ! 

………………….

Tourner la page sans se retourner

Tord le coup bas

A la mémoire capricieuse

Aller venir dans les corridors

Froids pourquoi ?

Quels que soient la porte ou le soupirail

Les courants d’air grippent

Grincent passent sans un regard

Sur ton chemin de crois

Amnésique qui pleure

Des rivages secs…

…………………

Rectos et versos se mêlent et se marient.

On ne sait plus dans le livre de sa propre vie

Où se trouvent hier, demain ni même aujourd’hui

Les mains incapables de saisir l’instant

De fixer la feuille, la retenir ou simplement la tourner

L’enfant alors, dans un complet veston

Joue à la marelle autour d’arbres frêles et deux fois millénaires

Les fruits deviennent fleurs et les fleurs bourgeons

Jusqu’au geste du grand magicien :

Les pages et les jours adoptent alors le rythme du vent. 

………………….

De l’autre côté du versant,

Nul besoin de se hâter

Pour sauter les palissandres.

Laisser le sort ensemencer toute lisière

Essorer l’inutile des baluchons,

Et, au crépuscule des traversées,

Tourner la page en douceur.

 

Dans le vent chantant qui bercent  les feuilles…Présentes dans les contre-allées :

Elisa, Kiproko, Marjolaine, Phoenix, Eclaircie, Kiproko.

 

12 replies on “Feuilles des contre-allées”

  1. Kiproko dit :

    Les petites plumes fertiles sont invitées à célébrer les épousailles de la poésie avec les mots….Félicitations à toutes !

    Les copies sont rendues
    Feuilles aux parures rousses
    Dispersées, emportées
    Dans les contre-allées
    La parole a quitté la rue
    Et c’est loin des grands boulevards
    Qu’elle traîne son humeur nostalgique

    Bravo à vous cinq !

  2. Phoenixs dit :

    Des pages riches, étonnantes, tantôt remplies d’espoir, tantôt mélancoliques selon la main qui les tourne. N’est-ce pas l’interligne de la vie que de contenir tout ce qui se tait et se délie ?
    4Z nous féliciterait de ne pas les corner 😉

    • Kiproko dit :

      Pour Phoenix…un peu de chaleur dans les corridors !

      Automne d’Henri Philibert

      L’été se fait tirer l’oreille
      Dans l’antichambre de septembre,
      Et la forêt déjà s’honore,
      D’un long tapis de haute feuille,
      Frangé de pourpre
      Et tissé d’or,
      Pour pas feutrés en corridor.

  3. Marjolaine dit :

    De regrets en mélancolie en espoir les feuilles des contre-allées donnent envie de voyager, de se retrouver, de partager. Merci. C était vraiment très intéressant de se plonger dans toutes ces feuilles automnale !

    • Kiproko dit :

      Pour Marjorie et ses envies de voyage…

      La vie voyage d’Andrée Chédid

      Aucune marche
      Aucune navigation
      N’égalent celles de la vie
      S’actionnant dans tes vaisseaux
      Se centrant dans l’îlot du cœur
      Se déplaçant d’âge en âge

      Aucune exploration
      Aucune géologie
      Ne se comparent aux circuits du sang
      Aux alluvions du corps
      Aux éruptions de l’âme

      Aucune ascension
      Aucun sommet
      Ne dominent l’instant
      Où s’octroyant forme
      La vie te prêta vie
      Les versants du monde
      Et les ressources du jour

      Aucun pays
      Aucun périple
      Ne rivalisent avec ce bref parcours :
      Voyage très singulier
      De la vie
      Devenue Toi

  4. Marjolaine dit :

    J aime bien l’idée que la lune trop lasse s’endort dans un nid. Sentir les émotions sur le papier buvard, voir que tout se succède du fruit à la fleur jusqu’au bourgeon jusqu au moment où les pages et les jours adoptent le rythme du vent. Nul besoin de se hâter pour sauter les palissandres . On Tord le cou bas à la mémoire capricieuse. Essorons l inutile des baluchon et tournons ensemble les pages en douceur Moi ça me va.

  5. Elisa R dit :

    Qu’est-ce que c’est beau ! Il me sera nécessaire de relire, pour entendre tout, pour laisser le temps à mon esprit de dessiner les contours des mots. Cependant, j’aime déjà la douceur qui sourd de chaque poème, de chaque voix. La puissance de cette douceur me touche beaucoup. Merci !

  6. Kiproko dit :

    Petit cadeau du lundi matin…Il n faut bien surtout le lundi pour se donner du courage…

    Les feuilles d’automne de Victor Hugo

    Quand le livre où s’endort chaque soir ma pensée,
    Quand l’air de la maison, les soucis du foyer,
    Quand le bourdonnement de la ville insensée
    Où toujours on entend quelque chose crier,

    Quand tous ces mille soins de misère ou de fête
    Qui remplissent nos jours, cercle aride et borné,
    Ont tenu trop longtemps, comme un joug sur ma tête,
    Le regard de mon âme à la terre tourné ;

    Elle s’échappe enfin, va, marche, et dans la plaine
    Prend le même sentier qu’elle prendra demain,
    Qui l’égare au hasard et toujours la ramène,
    Comme un coursier prudent qui connaît le chemin.

    Elle court aux forêts où dans l’ombre indécise
    Flottent tant de rayons, de murmures, de voix,
    Trouve la rêverie au premier arbre assise,
    Et toutes deux s’en vont ensemble dans les bois !

  7. Kiproko dit :

    Météorologie de Claude Roy

    L’oiseau vêtu de noir et vert
    m’a apporté un papier vert
    qui prévoit le temps qu’il va faire.
    Le printemps a de belles manières.
    L’oiseau vêtu de noir et de blond
    m’a apporté un papier blond
    qui fait bourdonner les frelons.
    L’été sera brûlant et long.
    L’oiseau vêtu de noir et et jaune
    m’a apporté un papier jaune
    qui sent la forêt en automne.
    L’oiseau vêtu de noir et blanc
    m’a apporté un flocon blanc.

    L’oiseau du temps que m’apportera-t-il ?

  8. Kiproko dit :

    Pour Elisa, la belle musique des mots d’Ossip Mandelstam…Traduction de Philippe Jaccottet

    A mes lèvres je porte ces verdures,
    Ce gluant jurement de feuilles,
    Cette terre parjure, mère
    Des perce-neige, des érables, des chênes.

    Vois comme je deviens aveugle et fort
    De me soumettre aux modestes racines,
    Et n’est-ce pas trop de splendeur
    Aux yeux que ce parc fulminant ?

    Les crapauds, telles des billes de mercure,
    Forment un globe de leurs voix nouées,
    Les rameaux se changent en branches
    Et la buée en chimère de lait.

  9. Kiproko dit :

    Pour Eclaircie qui fait de ce site un nid pour nos mots…

    Le secret de Philippe Jaccottet

    Fragile est le trésor des oiseaux.
    Toutefois, puisse-t-il scintiller toujours dans la lumière !

    Telle humide forêt peut-être en a la garde,

    il m’a semblé qu’un vent de mer nous y guidait,

    nous le voyions de dos devant nous comme une ombre…

    Cependant, même à qui chemine à mon côté, même à ce chant je ne dirai ce qu’on devine dans l’amoureuse nuit.
    Ne faut-il pas plutôt laisser monter aux murs le silencieux lierre de peur qu’un mot de trop ne sépare nos bouches et que le monde merveilleux ne tombe en ruine ?

    Ce qui change même la mort en ligne blanche au petit jour, l’oiseau le dit à qui l’écoute.

  10. Éclaircie dit :

    Ces contre-allées et leurs feuilles sont des voyages aux multiples facettes. Voyages dans le temps, voyages sur la planète poésie.

    Merci Kiproko pour la brassée de cadeaux poétiques.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.