Jean-Claude Barbé- 4Z2A84

Avides d’aventures nos yeux nous laissent les encourager à quitter leur nid.

Ils survolent la terre où tout rentre dans l’ordre

La vague y cesse enfin de se multiplier

Pour donner l’impression d’avoir le ventre plat

Et de ne faire qu’une avec ses sœurs de lait.

Du plancher les bovins saluent le train des fleuves

Dont les crues endiguées par devoir rétrogradent

Les gazons sont tondus les pavés alignés

Les rues débarrassées des algues et du lierre

On défroisse les draps de son lit on repasse

Avec un fer le linge où grimacent des plis

Il faut que tout soit net comme un ciel sans nuage

Sous le regard qui jauge et juge et nous effraie.

Quand nous songeons à fuir il l’apprend et nous fixe

Comme sur un tableau de liège un papillon

Epinglé. Dans l’évier une goutte de sang

S’écrase de seconde en seconde – on dirait

Le compte de nos jours passés. Sommes-nous vieux

Au point de retomber sans surprise en enfance

Avons-nous pour nous voir bourgeonner de bons yeux ?

Le vent ne revient pas de loin quand il conseille

Au toit d’être l’ami des murs de la maison

Aux murs de tenir tête à la tornade – aux tuiles

D’éviter de claquer des dents car la peur comme

Une maladie se transmet changeant un homme

Placide en un tremblant plateau de fruits de mer

La montagne arrosée d’alcool perd l’équilibre

On s’accroche à la queue des étoiles filantes

Mais le plafond sans porte ni lucarne

Reste l’obstacle

Auquel on se heurte toujours

Les bosses sur le front le prouvent

Il faut sortir autrement de sa tête

Trouver l’issue parmi pléthore d’oreillers

Dans ce grenier qui sert d’infirmerie

Je redoute en cherchant d’ouvrir une blessure

En riant fort je crains de réveiller des monstres

Si j’avais regardé par le trou de serrure

Je saurais avec qui je couche avec quel monstre

Puis en m’imaginant près d’une oasis mort

Je me serais peut-être vu dans mon cercueil

Ou humé dans une urne en dépit des atchoums

Je l’ai dit : le vent tourne il nous montre son dos

Il berce en espérant l’endormir le colosse

Dont la statue garde l’entrée du port

Comme un phare attentif

Ce phare le soupir d’Eve le déboulonne

Il tombe à l’eau dans un bruit d’explosion

Il entraîne le ciel avec lui dans sa chute

La voûte enfin trouée nous aspirons l’espace

Où rien de contraire à notre espoir ne circule

Où rien ne se décide où rien ne s’évalue

Où rien sans cesse essaie d’afficher son refus

D’être mais ne parvient qu’à perdre une virgule.

….

12 replies on “Jean-Claude Barbé- 4Z2A84”

  1. Éclaircie dit :

    Un poème, ou plutôt un extrait de poème que 4z m’a envoyée le 9 mai 2017.

    Abasourdie par sa disparition, j’émerge et veux lui rendre ici hommage.
    Jean-Claude Barbé-4z est décédé le 14 juillet 2017.
    Ceux qui passent lire ici savent son rôle prépondérant sur ce site « Poésie-Fertile » crée sous son impulsion.
    Il est le Père de nos « PPV », ces fameux poèmes à plusieurs mains qui sont parus une fois par semaine de manière continue depuis août 2010. Il a enrichi très régulièrement notre « anthologie » tant il connaissait de poètes et de poèmes.

    Pour ceux qui veulent le lire et le relire ici, il a publié quelques poèmes sous son pseudo « 4Z2A84 » mais aussi a offert de magnifiques écrits en commentaires sous les articles « La page d’Élisa », « Ma life », « Entrez ! la porte est ouverte » et « Ouvrons une autre page », notamment.

    • Tequila dit :

      Je suis désemparée , c’était une vraie amitié virtuelle durant quelques années, fantasque, exigeant surtout talentueux
      C’est un régal de se plonger dans ses mots, on y perd tout nos repères, plus rien n’est raisonnable
      Sa sensibilité est exceptionnelle
      Je suis de tout cœur avec vous, poètes de poésie fertile et également ses proches, sa fille et sa femme

      • Éclaircie dit :

        Merci Claude de passer par ici, vraiment, et de laisser ton témoignage.
        tant 4z a aimé ta loufoquerie tant nous l’avons évoquée.Il te relisait parfois et l’inspiration sur tes mots lui venait; c’est vrai que le mot « mot » lu aurait inspiré un super poème, mais je sais qu’il estimait beaucoup ta créativité.

        • Tequila dit :

          Merci C’est lui a fait germé cette plante en moi
          Je parcours ses mots , voilà , cet ami virtuel me manque aujourdhui
          Je t’embrasse fort Eclaicie
          Elisa aussi

  2. Elisa-R dit :

    Merci Eclaircie de rompre ce silence aussi nécessaire qu’insupportable.

    • Éclaircie dit :

      Je ne parvenais pas à accepter cette mort ; puis j’ai reçu le recueil édité par sa fille et par son épouse et même inacceptable je dois avancer et surtout honorer sa mémoire.
      Merci d’être passée Élisa.

  3. HenriPierre dit :

    Je tiens à me joindre à vous et à partager votre tristesse.
    En plus de ses beaux textes que je pourrai relire ici même je me souviendrai de son accueil chaleureux et de ses commentaires si pertinents, ici ou ailleurs.
    Je crois qu’il aimait Bruckner. J’en écouterai aujourd’hui.

  4. Phoenixs dit :

    Les galets demeurent sur la plage 😉

    • Éclaircie dit :

      Je suis loin de la plage mais, comme savait si bien le conseiller Jean-Claude et le pratiquer lui-même, j’ imagine..

      Merci Phoenixs.

  5. Éclaircie dit :

    Je dois ajouter ici, que mon Fils, notre administrateur se joint à notre peine.
    En effet, spécialisé en informatique, il a souvent été amusé de notre manque (nous les auteurs) de compétence en ce domaine, agacé aussi parfois, mais finalement il éprouve beaucoup de tendresse pour Poésie-Fertile et ses auteurs.
    P.S. Viv’ n’est de plus, pas du tout mais pas du tout attiré par la poésie.

  6. Phoenixs dit :

    Ce n’est pas bien grave, la poésie l’aime

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