De la mare à la mer

Au commencement était la grenouille,

Qui coassait et multipliait son chant
Au son des lucioles aveuglées
Par leur propre derrière qui les conduisait devant
Devant quoi ?
La mare était obscure
Les joncs épais bouchaient la vue
Les chouettes myopes hululaient en vain
Contre le voile léger du bois
Et grouillant aux abois les rats et les papillons de nuit
Couraient en vrac dans les épines
Rouges du sang des marmottes
*

L’océan ne connait pas le monde
Il roule et s’enroule sous le ciel impassible
Ou tourmenté qui jamais ne lui laisse entendre
Que le vent très loin des falaises
Il ignore les trains les forêts les ponts et les sommets
Pressent les torrents les rivières et les fleuves
Ma voix jamais ne l’atteint
Et lorsque mon regard se porte à l’horizon
Je l’aime ainsi lointain mouvant fier
Infini et se prêtant à toutes mes lectures
*
Le fer donne au temps l’éternité
Le regard aspiré par l’infini et ses étoiles
Libère le corps de la pluie et du froid
Qui l’entravaient
Les voitures peuvent le frôler
Comme elles le font chaque jour
En mouvements pendulaires automatiques
Il ne les sent plus. Il ne les voit plus.
Exposé aux yeux de tous
Il sombre peu à peu dans l’eau glaciale et muette
D’une rivière citadine et fantôme
*
L’hiver le souvenir de la neige et des luges

L’hiver ne dura pas plus d’un jour cette année

La mer ne jugeant pas les flocons dangereux

Chaque vague avalait sa part de papillons

Comme nous déjeunions d’avoine pour grandir

Venu du port l’appel des bateaux en partance

Attirait voyageurs clandestins et badauds

Mon ombre se moquait de moi quand sur les quais

Je cherchais parmi les colis le coffre plein

D’îles de gros poissons de sirènes et d’algues

Aurais-je été surpris d’y trouver des montagnes

Avec à leur sommet des neiges éternelles

Du large on rapportait de tout même du temps

Ce temps qui se perdrait si nous ne rêvions pas.
*
Quatre voix ou des milliers, douze mains ou peut-être huit, des yeux en quantité non négligeable (il faut compter ceux du ciel nocturne et ceux du bouillon) et puis des mots, à entendre.
J’ai l’honneur de partager ce vendredi avec Phoenixs, Eclaircie et 4Z qui clôture cette publication avec un poème de 2015.

3 replies on “De la mare à la mer”

  1. phoenixs dit :

    Loin du fer nous garderons donc le rêve de l’homme debout sur un quai regardant au loin l’océan et ses coffres pleins de rêves.
    On laissera les algues aux profondeurs.
    L’hiver a une seule journée.
    Près du phare nous referons le voyage d’Ulysse, les oreilles bouchonnées pour ne pas entendre l’insidieux chant des sirènes glacée…

  2. Éclaircie dit :

    « Ce temps qui se perdrait si nous ne rêvions pas. », qui se perdrait si nous n’écrivions pas. L’eau de la mare comme de la mer ne dilue jamais les mots assemblés, d’ombre en ombre, de fer en éternité, depuis les bois jus’aux joncs.

  3. 4Z2A84 dit :

    De la mare à la mer
    et retour
    quand les joncs ne bouchent pas la vue
    ni n’entravent la progression sur le fil de l’horizon
    On se heurte à un océan
    qui s’enroule autour du cou du vent en arrêt
    pour plaire à cette rivière citadine et fantôme
    dont le mal de gorge empirerait
    sans le timbre des voix intérieures

    D’après Eclaircie, Elisa et Phoenixs

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