Sur un plateau d’argent,

Les douze têtes d’aigle se tournent vers nous
A la même seconde
Posées sur un plateau d’argent rectangulaire
Muni de poignées
Noires comme les robes de ces oiseaux
Qui hier faisaient rouler sur le tissu soyeux
Un vieux soleil attendri
Afin d’en ôter le manque d’éclat ou les faux plis
Est-ce le soir ?
Sans doute sommes-nous observés par ces yeux
Qui scintillent quand ils s’ouvrent de l’autre côté
De nos fenêtres tremblantes

***

Epluchures,
Pendant que tu plumes l’alouette
Le miroir se marre en noir
Cent reflets volent dans les mots
Autour du perchoir à mensonges
Que tu nous tends dans la volière
Ton double plane
Le nôtre tombe lourdement
Devant la cage ouverte
Et vide…

***

Je suis un satellite et je gravite autour
D’un cœur qui s’est perdu dans l’espace où le coup
De pied d’un footballeur l’a envoyé. Nos rêves
De retourner sur terre et d’y rire avec d’autres
Victimes d’un exil passager, se confondent.
Ce cœur sous un visage étonnamment gracieux
Me transmet par la voie des ondes sa surprise
De me voir lui sourire alors que dépourvu
De traits humains je n’offre à ses yeux qu’une sorte
D’enveloppe ; elle est faite en métaux résistants
Dont la fonction n’est pas a priori de plaire.

***

L’aurore au teint si pâle caresse les visages
Fermés derrière les carreaux
De ses grandes fenêtres aux ouvertures absentes
Les yeux immobiles épient le moindre signe
De la couleur nouvelle née d’une lueur d’espoir
Peut-être adressée par la lune quand elle inonde le livre
En tourne les pages et réécrit l’histoire de mains fiévreuses
Apaisées de savoir que l’ouvrage jamais ne s’achève

Vous aurez reconnu Elisa, bibi, 4Z, Eclaircie derrière la fenêtre des ondes qui porte régulièrement leurs mots rassemblés. Merci à Elisa pour le titre très d’actualité 😉

4 réponses sur “Sur un plateau d’argent,”

  1. Phoenixs dit :

    Ce n’est pas une mince affaire en ces temps perturbés où les hommes soufflent le chaud et le froid sans rien maîtriser, que d’écrire encore.
    La plume s’épuise dans l’encre débordée, derrière le bureau, sur ce plateau d’où l’on observe que l’on est observé, il faut l’optimisme d’une Eclaircie pour sourire encore devant l’ouvrage.
    Voilà, 4Z devrait pouvoir revenir parmi nous, nous l’attendons drapés dans nos vieux rêves fiévreux.

  2. Elisa-R dit :

    Belle fluidité pour passer d’un texte à l’autre, traverser la rivière en sautillant d’une pierre à l’autre, sans se mouiller le plus petit orteil. Notre terrain d’écriture n’est pas du tout coupé du monde mais on y joue encore aux satellites, aux billes ; on y fréquente la lune et le soleil, les fenêtres sans ouverture. Les enfants graves ont quelques rides, le sourire et n’hésiteront jamais à affronter les miroirs, même hantés, même froids, même aux alouettes.
    Bise à vous trois.

  3. Éclaircie dit :

    Les miroirs toujours nous accueillent ; lorsqu’il reflètent une réalité peu attrayante, nous savons alors les traverser pour nous retrouver dans des chemins proches de l’eau indispensable à nos rêveries.
    Le vide nous appartient et nous le meublons tellement bien.

  4. 4Z2A84 dit :

    Ces douze têtes d’aigles sont très inquiétantes. Et que dire de cette lune qui tourne nos pages. Que lit-elle par dessus notre épaule ? Seul le perchoir à mensonges connaît le secret de nos vols aériens.

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