Résurgences

 

 

Un petit canal aux joues fraîches

Se faufile entre les herbes animées des berges assoupies

Il irrigue nos silences rêveurs

De mots qui naissent puis nous reviennent

Enfants des eaux qui saisissent de leurs mains

Nos visages gravés de peurs et de souvenirs d’un autre temps

Enfants des vagues et du ressac, des marais et des bois

Ils fondent notre mémoire comme un métal précieux

La métamorphosent en une source inépuisable

D’horizons ensoleillés et de matins extraordinaires

*

Dans le vase le poisson se rassure des cloisons si proches

Il laisse la peur de l’immensité aux fleurs dans l’aquarium

Alors que ni l’un ni les autres n’ont jamais pris le train

Celui qui s’engouffre dans les tunnels sans crier gare

Qui disparaît dans la brume du matin ou dans les heures du soir

Plus longues de jour en jour sans parvenir au lendemain

Le bois de la table chante pourtant sur une musique inconnue

Fleurs et poisson entrevoient des espaces que les murs masquent

Le vent s’épuise sans abattre la forteresse jalouse de la lumière

Seules les étoiles ont appris à ne craindre ni le passé ni l’avenir

*

Ciel peint à l’eau,

 

Réunis au sommet

Les scalaires plantent le monde

Entre écailles et bulles noires

Ils dressent les codes de l’aquarium

Au gré de leurs nageoires

Loin des abysses sombres

Où s’agitent en vain les vers

Eperdus de sable

Qui leur servent de fous follets

*

La rivière enrhumée passe l’hiver au chaud

Près de sa source avec des amis prévenants

De ma branche très haut placée

Sur l’arbre autour duquel l’anaconda s’enroule

Je vois rouler le fleuve en voiture à chevaux

Des chevaux trop nombreux pour un seul forgeron

Leur haleine produit des nuages pluvieux

Quand fuyant l’orage ils galopent

Vers on ne sait quelle écurie

La rivière s’écoute entonner ma chanson

Le bruit de la perceuse électrique on le couvre

En criant je vous aime aux oiseaux révoltés.

*

Élisa se faufile près du canal aux yeux d’enfant, Phoenixs peint des poissons libres, Éclaircie attend les étoiles, 4Z chante avec la rivière, dans ce tableau aqueux aux mille facettes.

 

4 réponses sur “Résurgences”

  1. Éclaircie dit :

    Avant que vous n’ajoutiez de l’eau à nos sources, je veux vous assurer de ma joie de naviguer avec vous.

  2. Elisa-R dit :

    L’eau, d’où qu’elle vienne, finit toujours par nous trouver. Je me demande si tout cela n’est pas un rêve commun né au fond d’un bocal…

  3. phoenixs dit :

    La vision d’un petit canal aux joues fraîches emporte les anacondas et autres bêtes des rives sournoises, on ne monte pas dans le train sachant qu’il nous déposera au terminus, on flâne près de l’eau qui ôte son écharpe vers le printemps. Tout le reste est vase.

  4. 4Z2A84 dit :

    L’eau est en effet au centre de nos rêveries en ce mois de février où la douceur fait croire aux optimistes non frileux que le printemps frappe à nos portes. Il y a quelques…milliards d’années ?…nous sortions de la mer pour ramper sur les premières plages. Nous nous souvenons très bien de cette période, du fait que nous abandonnions le bain en eau salée pour le sol ferme. Oui, la mémoire ne manque pas aux poètes. Les « fous follets » préfèrent-ils se revoir sous l’aspect d’espèces de poissons en mutation ou sous le fourrure d’un singe ?

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