Le fond des bols

Une fois le café au lait bu
Que reste-t-il au fond de mon bol ?
Rien ! hurlent mes témoins…
Or je distingue en me penchant
Au risque de tomber dans la flaque
Un fakir sur sa planche à clous
Un fakir minuscule attiré là par les miettes dorées
De mon croissant : un régal.
Nos boulangers ne sont pas tous pressés
D’en finir avec l’existence.
Certains lisent dans le journal
Leurs déboires et rient
Comme du marbre chatouillé.
*
L’air est chargé de lourds parfums
La mémoire encombrée d’images
Des étoffes luxueuses, une chemise à la blancheur éclatante
Le froissement discret d’une robe, ses motifs élégants
Une peau rasée de près un galbe entretenu
Une liste colorée de mots appris par cœur
Dans la spirale de l’idéal les idées défilent
A jamais insuffisantes pour satisfaire l’impossible
Et puis vient cette route
Et puis apparaît cet homme rivé à sa chaise
La raison revient comme un jour qui se lèverait
Il fait froid, quelques flocons se posent sur la glace.
*

Le ruban se déroule interminable
Il se lie dans une spirale parfaite
À tous les branchages en attente
Aux mains tendues aux cous graciles
Parfois sa teinte épouse la glace translucide
Ou le reflet de parchemins indéchiffrables
Enroulé aux pieds des troncs
Ils les invitent à osciller dans le vent
Abandonnant la course qui toujours
Les mène dans un sol trop meuble
Leurs racines perdant l’usage du chant
*
Plumes de vent,

On cherche dans le foin l’aiguille
La montre, le temps en rond
Cercle de faire
Perdus entre les épis on épie
L’autre qui se démène, fouille
Fonce à rides abattues pour trouver
Trouver quelque chose de signifiant
Infime, invisible
Un rien vivant
Pendant que flânent, ailleurs ,
Les faucheurs de chas

*

(Très) Inspirée par 4Z pour le titre, je rédige ceci avant de recevoir les poèmes de Phoenixs et d’Eclaircie. L’attente est délicieuse, les murmures de leurs écrits nous parviennent, on entend le bruissement des mots avant de les voir, éblouissants, charmants, poignants…

4 réponses sur “Le fond des bols”

  1. Elisa-R dit :

    L’attente n’a pas été vaine, me voici charmée par le chant des mots surgissant du fond des bols…

  2. 4Z2A84 dit :

    les idées défilent sans satisfaire l’impossible
    de même fouille-t-on dans le foin pour ne rien trouver
    et quand les racines perdent l’usage du chant
    les poètes sortent de terre pour dire
    les chemises à la blancheur aveuglante
    le reflet des parchemins indéchiffrables
    et les épis d’où l’on épie
    le fakir assis les jambes croisées sur son tapis volant

  3. Éclaircie dit :

    Quel délice que ce fond de bol : Les faucheurs d’images ont empli leurs musettes, le fakir démêle les rubans, la spirale idéale est formée des mots de 4 voix, l’impossible est à portée de chant ou du chas sur plateau de marbre chatouillé.

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