La table du sable bleu

Mains ouvertes ou encore poings serrés
Nul ne retient la pluie ni la parole
Quand la terre trop abreuvée
S’invente de nouveaux fleuves
Les oiseaux se taisent ou se noient
Les graines semées dans les champs de désordre
Voient leurs germes tortueux ramper vers la lumière
Les arbres dans la forêt trop nombreux pour grandir
Attendent le vent qui les porte vers les prairies de l’enfance
Retenant leur sève et leur souffle
Ils s’inventent des bras pour étreindre le ciel
***
Pour s’ouvrir l’appétit
La mer mange la plage
Qu’offrirons-nous aux vagues
Quand autour de la table
Chacune sur un ton furieux criera j’ai faim !?
N’invitez chez vous ni le sable
Insaisissable ni le vent
Que l’on ne sait par quel bout prendre
Ni le fleuve ni l’océan
Dont l’eau bout près des radiateurs.
Seule notre ombre est accueillie
Par vos meubles les bras tendus.
***
La concierge est dans les escaliers,

Pour nettoyer les dernières marches
Essuyer la rampe grasse
Secouer la poussière endormie
Monter le courrier décacheté
Sonner aux portes closes
Guetter l’intrus qui paillassonne
Le représentant de commerce
Le vendeur de chimères
Elle veille à tous les étages
De la petite fusée qui pète sans décoller
Le papier nu
***
A la table des autres un homme
Elle est large autant que ronde
Il est un ensemble désuni mais entier
Ses membres flottant autour d’un tronc
La tête roulant de bas en haut
Inlassablement
A la table des ombres un vieux père
Exilé sur les terres des disparus
Ce jour où l’enfant trop léger
Cessa de guetter la course des aiguilles
Sur l’écran bleu du ciel d’alors
Aux yeux devenus blancs depuis

Sur cette plage affamée les voix d’Eclaircie, bibi, 4Z et Élisa ont tenté d’accorder leurs mots à la fois dans le temps perdu et l’espace retrouvé.
Gageons que l’horizon les portera aussi loin que possible sans les déformer 😉

6 réponses sur “La table du sable bleu”

  1. Phoenixs dit :

    Il fait fait froid partout, de saison et de déraison. Qui restera dans le phare à écrire le futur ?

  2. Elisa-R dit :

    Les arbres échappent au réel et voyagent, la mer affamée s’attable encore vêtue de sa terrible puissance. Heureusement, la concierge veille et surveille et nul n’échappera à son regard aiguisé, même pas les ombres ou les spectres.

  3. Éclaircie dit :

    Nous sommes ces arbres, inventant sans cesse le monde, pour en estomper la noirceur ou la mettre en évidence qu’elle ne se confonde pas avec nos ombres, nombreuses et fertiles. Mais aussi, la fusée, l’escalier, l’horloge sans aiguilles -le temps nous appartient- et ce Phare Portant la Voix.

  4. 4Z2A84 dit :

    Les poètes restituent le monde à la parole, au Verbe. Ils nomment comme il faut les êtres et les choses. Que les arbres s’inventent des bras pour atteindre les nuages, que sur le ciel la course des aiguilles soit guettée par un enfant, que la concierge veille à tous les étages d’une fusée, que des vagues s’invitent à notre table : nous l’apprenons ici; nos certitudes en franchissant de nouveaux caps s’enrichissent.

  5. josy dit :

    bonsoir tous!

    je viens me ressourcer un peu ici

  6. HenriPierre dit :

    Cette table est vraiment bien mise et les convives ne paraissent pas en être très éloignés. Avec beaucoup d’espoir on les verra peut-être s’y asseoir autour et manger ensemble ?

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