La cime de l’escalier

Une note unique se suspend aux gouttes fines
D’un brouillard intimement lié à la nuit et au passé
Tout murmure et appelle au silence
En attente des grandes aiguilles aux ailes blanches
Posées en équilibre sur la tête du géant
Et du battement sourd qui peu à peu
Déforme l’acier de leur silhouette longiligne.
Le jour se lève vacillant et fragile
Ses paupières maquillées de blanc s’ouvrent
Sur l’absence des oiseaux de mai
Sur la foule des arbres dénudés par l’automne
Tous y compris ceux qui ne connaîtront jamais novembre
Se savent à la merci du premier venu.
*
Demain est là devant la porte
Et la porte entrouverte hésite à l’accueillir
Dans la maison où les meubles roucoulent
Heureux de vivre caressés par les mains tendres
Des habitants ou de leurs ombres quand ils dorment.
Les toiles d’araignée se résignent : la lune
Ne tombera jamais dans leur piège – les mouches
Nourriront la tisseuse.
On ne sait s’il fait jour ou nuit
Si le passé n’oppose pas
Un frein à l’avenir…
Pour comprendre il suffit de casser la vaisselle.
*
L’échelle a pris racine bien avant novembre
Son inclinaison n’a pas changé
Seul le mur où elle était adossée a disparu
Presque verticale elle se perd dans un infini nébuleux
Le long de ses barreaux
Une procession de mots amers qui bougonnent
Portant une lancinante plainte
Qui se perd dans le vent ou le vide
Les pieds ont depuis longtemps déserté
Ce semblant d’escalier dont on ne voit pas la cime
Et s’ébattent joyeusement dans les clairières
Tout en soutenant des corps aux bouches larges ouvertes
Sur des chants que le moins gai des pinsons envierait
Le jour et la nuit se font des politesses pour éclairer le concert
Et tous les étages de toutes les bâtisses se sabordent en mesure
*
Les bonimenteurs de nuages,

Ils mentent comme ils transpirent
Si loin des barbelés
Ils vous diront que la sueur de l’autre
Eclabousse leur terre à eux de sang gorgée
Impur le fameux
Ils serreront le collet de celui qui s’aventure
Sans raison sur ce sol ruiné
Ils vous disent que les nuages ont des frontières
Comme l’immense voûte stellaire
Qui n’appartient à personne
Ils mentent et le ciel ferme ses oreilles

*

Merci à Eclaircie dont les mots ont largement inspiré le titre.
Merci à Pink Floyd et à David Bowie qui, installés chez moi cet après-midi, ont accompagné aimablement la mise en place de nos poèmes.
Merci à Eclaircie, 4Z et Phoenixs qui, une fois encore, ont donné à ce vendredi une couleur particulière.

4 replies on “La cime de l’escalier”

  1. Éclaircie dit :

    Le ciel ouvre ses oreilles à la seule poésie. Les militants du Rêve trouvent son tapis déroulé à l’infini. La vaisselle cassée, mosaïque colorée sous les rayons de lune, ombrée par les branches presque nues chante sous les pieds, ceux qui n’ont pas pris l’échelle ni les mensonges et qui savent que tous les nuages sont blancs vus d’en haut.

  2. phoenixs dit :

    Alors, si Bowie a porté ses mots…
    Le jour et la nuit se fondent en montant les marches, les écueils d’assiettes brisées ne peuvent rien contre le voyage des musiques qui nous accompagnent, nous longeons les côtes du ciel qui n’a rien à dire aux menteurs.
    Rebel, rebel 😉

  3. Elisa-R dit :

    Bonimenteurs et ciel sourd, l’infini nébuleux et cette plainte dont on ne détecte pas l’origine, la porte entrouverte sur l’avenir tandis que des ombres donnent une deuxième vie (de nuit) à la maison…Une étoile noire dans la poche j’attends l’envol des grandes aiguilles.

  4. 4Z2A84 dit :

    Cette note suspendue aux gouttes du brouillard, qu’elle connaisse ou non octobre, finira par éclabousser la terre gorgée de sang. Aux frontières des nuages s’élèvera alors l’escalier dont on ne distingue pas la cime. Ainsi franchirons-nous tous les étages de la tour de Babel.
    Décidément l’imagination est bien la reine des facultés. C’est à elle que nous devons aussi cette suite de textes impressionnants.

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