L’automne aux quatre têtes

 

*
Le curseur clignote signe de patience infinie
Ou d’impatience sur la ligne blanche
Que personne ne franchît sans la crainte
De croiser les foudres de quelque orage égaré
Ou les habitants des profondeurs aux grands yeux
Inutiles quand seules leurs écailles
À la moindre vibration reconnaissent leur entourage
Et qu’ils dévorent des livres en braille
Des plumes arrachées par le courant à des oreillers éventrés
Quand les têtes dans les épaules ne se relèvent pas
Puis l’écran noir laisse transparaître une joyeuse ronde
Angles aigus rabotés pleins et déliés en surimpression
Et la verticale enfin assagie immobile et silencieuse

*
Vous vous enveloppez dans vos draps
Pour ne plus voir le soleil briser les vitres
Mais de la rue montent les cris des marchands de soupe
Impossible de fermer l’œil le seul à enregistrer
Le spectacle de la ville en effervescence
Vous promenez cet œil en laisse
Dans les parcs où les statues rêvent
De détrôner l’homme et d’occuper sa place
Au sommet de la tour de cinquante étages
Le P.D.G. reçoit sur rendez-vous
Les fantômes avec lesquels vous partagez vos nuits
Et votre lit à marée haute
*
Adossée à la chaleur et à la luminosité
Si intenses encore
Une vieille femme vêtue de hardes sombres
Aiguise la lame brillante d’une faux
Elle vit dans un miroir, là où gisent les brouillards
Et les âmes inassouvies
Chacun vaque mange et rit, enorgueilli d’un bonheur
A qui il a ouvert sa porte sans songer à plus tard
Demain, ou la nuit suivante, la silhouette décharnée
Lâchera pourtant sa meute de monstres
A la gueule noire, aux crocs de glace
Et, aussi fulgurant qu’un souvenir, l’hiver sera là.
*
Le silence des orages,
 
Depuis que je nage au milieu des ventilateurs
Mes sables mouvants vont beaucoup mieux
Je voyage avec grondements muselés
J’aborde des rivages volés à Rimbaud sous perfusion
Mes arêtes et moi avons retrouvé le goût de l’iode
Parfum profond de la pré histoire du temps
Où n’étions que bêtes chrysalides
Le médecin m’a dit dans l’ordonnance
Qu’il fallait que je refasse mon lit
C’est fait, je flotte dans la bouilloire éteinte.
*
Interprètes :
La déesse de la patience en robe fleurie : Eclaircie,
Le promeneur romantique de l’œil en laisse : 4Z,
La baigneuse nostalgique en bouilloire éteinte : Phoenixs
La liseuse de miroirs : moi-même.

4 réponses sur “L’automne aux quatre têtes”

  1. Elisa-R dit :

    Quel voyage ! Des profondeurs à nos draps (poissons et oeil nous observant), du reflet d’un miroir à la surface opaque de l’intérieur d’une bouilloire (heureusement éteinte). Et ce ne sont là que les innocences apparentes d’une eau bien plus inquiétante que je ne veux le dire ici…

  2. Éclaircie dit :

    L’orage présent apporte un goût particulier à cet automne ; ne l’est-il pas déjà, lui-même, avec ses quatre têtes ? Et l’on aperçoit le bonheur sur le pas de la porte, auprès de chrysalides, de fantômes -avec une faux- dans une joyeuse ronde.
    Que vive longtemps cette saison poétique.

    • phoenixs dit :

      Plus que l’automne, voici l’hiver. Traversée des saisons sans sans rendre compte que sur l’autre rive, derrière l’oreiller de glace, luit la faux. Les marchands emplissent leur assiette. Viendra le temps des miettes pour les statues qui finiront bien par briser les miroirs.
      Quatre voix au phare éclairé.

  3. 4Z2A84 dit :

    L’automne bénéficie d’une tête de plus que Cerbère. Cette saison ne garde pourtant que l’entrée…de l’hiver ? Beaucoup d’étranges situations dans ce quatuor de poètes inspirés par les foudres, les brouillards, les sables mouvants et les fantômes. On y trouve aussi des créatures plus ou moins monstrueuses. La fin de l’été engendrerait-elle des cauchemars ? Peut-on encore « dormir sur ses deux oreilles » quand on a privé de sang (rouge ou bleu qu’importe !) les femelles des moustiques, en leur ôtant la vie à l’aide des pires insecticides ?

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