L’été au manteau d’étoiles,

L’homme au grand manteau troué
Avance sur la ligne d’horizon
Des oiseaux le suivent pépiant
Il ne paraît pas entendre
Bercé par une musique intérieure
Dort-il en cheminant ?
Ou seulement a-t-il les yeux clos
Et regarde les paysages indemnes
Avant les flammes lorsque l’eau absente
Enfouie dans l’océan a choisi le sommeil
Seule parade pour ne pas disparaître
Dans une tempête qu’elle n’a pas provoquée
***
Au même titre que les tanks
Les camions deviennent des armes mortelles
Quand leur conducteur lobotomisé
Par des démons appuie sur l’accélérateur
Comme un bourreau sur sa plaie – et explose –
Alors les oiseaux apeurés quittent les arbres
Dont les feuilles métalliques tremblent
Le vacarme des sirènes couvre
La musique lancinante produite par ces feuilles
Dont le vernis renonce à luire dans la nuit
Où les mots inefficaces n’ont plus de place
Ni les étoiles clouées sur le ciel

***
Aconitum,

Derrière le sourire vaporeux des calices
S’avance le rictus, léger, presque volatile
Il suffira de poser le mot au bon endroit
Pour que la fleur découvre ses épines
Dans la corolle douce
Si tu as la chance du hasard, blanche,
Tu passeras entre les gouttes de sang
Finement perlées
Sinon tant pis pour toi nouvel héritier
De la haine paisible
Tu arroseras les enracinées pousses
De la doxa vénéneuse.
***
Le sang à la tête les pendules s’agitent
Enivrées d’étoiles et de lumières inaccessibles
Les voix s’entremêlent désaccordées
Tandis que les arbres dénudés courbent leur silhouette
Sous le poids des corps suspendus
Seule la nuit demeure au-dessus des ombres
Hors d’atteinte hors de tout
En apparence sereine elle vibre cependant
Et donne sa puissance au jour si las
Pour qu’il offre enfin aux âmes brûlantes
Les mille caresses des larmes de l’aube

Dans les plis de ce  » manteau »froissé mais solide: Eclaircie à la boutonnière, 4A dans la pochette en soie, bibi dans la doublure, et Elisa dans le revers de la manche satinée.

4 replies on “L’été au manteau d’étoiles,”

  1. Phoenixs dit :

    C’est une curieuse  » non saison  » que nos vies ont traversé, pour les uns l’été du plaisir des vacances, le repos, pour les autres un septembre interminable voire un octobre crépuscule. Nous avons posé des mots sur cette période dont l’histoire se fera l’écho ou le silence.
    L’important c’est que nous gardions une lumière pour éclairer la nuit qui vient.

  2. Éclaircie dit :

    Le réel se taille un costume étonnant, manteau troué de rouge, d’un peu de blanc, d’ombres aux couleurs effacées, mais l’image de ce kaléidoscope ne peut laisser indifférent.

  3. Elisa-R dit :

    Cet « homme au grand manteau » intrigue. Sourd au « vacarme des sirènes » comme à  » la musique lancinante » des feuilles de métal, il avance et nous emporte dans son sillage. Peut-être a-t-il décidé de ne plus voir le mal. Accompagné d’oiseaux, il évitera les pièges de l’aconitum charmante comme il résistera à la tentation de remettre à l’endroit les pendules…

  4. 4Z2A84 dit :

    La poésie qu’elle vienne dès qu’on la siffle ou soit issue de la réflexion nous transporte très souvent loin de nous-mêmes et des murs de notre maison où les meubles vieillissent bien pour le confort de ceux qui les privent de la poussière du temps.

    Je salue chacune d’un large – et admiratif – coup de chapeau.

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