Les grands feux

La lune diffuse le moins de lumière possible
Afin que le marcheur de nuit s’égare enfin
Loin des chemins d’ornières et de cris
S’il tient la tête penchée c’est pour encourager
Ses jambes ses pieds ses muscles à le mener
Dans les sous-bois aux chuchotis calmes et sereins
Près des baies d’un rouge éclatant
Et pourtant inoffensives
Offrant pour toutes traces des lettres enluminées
L’homme sent qu’il se rencontrera bientôt
Avec le visage qu’il guette depuis longtemps dans les miroirs
Et les pensées de celui qui n’a pas abdiqué devant les grands feux
*
On ne croit plus en l’autre monde
Pourtant la boule bleue flotte en secret
Un village curieux s’avance pour la voir
Puis disparaît dans la brume d’été
Deux montagnes montent à l’assaut du ciel
Un bateau a jeté l’ancre au milieu de ce rêve
Il attend la marée mais n’arrive que le lierre
Sa voix douce s’offre au temps
Devenue rauque elle cède au vent sa puissance
De la boule bleue et de la nuit qui l’entoure
On ne distingue plus qu’une vague végétale
Et une forme engloutie sous une déferlante figée

*
Le pied de la montagne baigne dans l’eau du lac anesthésié
Les nuages se déplacent au compte-gouttes
Le vent arrêté en cours de route
Par on ne sait quel obstacle imprévisible
Le vent tombe comme la colère du torrent
Quand la plaine l’entoure d’égards
On se roule dans l’herbe en attendant le déluge
Ou l’explosion de la bombe cachée dans la manche d’un juge
Qui s’improvise magicien
Les corbeaux et les colombes ponctuent le ciel
On entend une marche funèbre
Mais la marchande des quatre saisons m’assure qu’il s’agit d’une valse
D’ailleurs son sourire le confirme
A peine réveillé le lac se rendort
Au moindre contact le museau de la montagne frémit.
*
L’ombre au vent,
 
On soufflera tes cendres au vide
Dernier salut de l’âme au trou noir
Tu seras passé comme une ombre
Un nom perdu de sens
Ni homme, ni bête
Fil cassé du théâtre des illusions
Qui ont cousu ton reflet
Au réel des vaincus.
*

Il est question d’âme et de clarté, de trou noir et de déluge mais aussi d’une brise très discrète qui fredonne les premières notes d’une valse. Nous devons le titre à Eclaircie, la valse à 4Z, le « Dernier salut de l’âme » à Phoenixs et la pousse de lierre à moi-même.

4 replies on “Les grands feux”

  1. phoenixs dit :

    Nous savons que le museau de la montagne ne cognera pas la boule bleue perdue entre les manches de magiciens du hasard et les vols d’oiseaux envalsés.
    La paix d’un jardin lointain aura le dernier mot et c’est tant mieux pour les cris des blessés.

  2. Éclaircie dit :

    Au travers des flammes les paysages sont surprenants, incertains, en attente du déluge (?), d’une ombre (?), d’une marée (?) mais très empreints de la poésie et du style de chacun.

  3. 4Z2A84 dit :

    Etonnante suite où chacun réinvente en le revisitant le monde. L’inconscient aussi est à l’œuvre, il trouve en nous la voix qui lui permet d’exprimer sa nature infiniment complexe. La mise en commun des éclairs débouche sur la maîtrise de l’orage par la parole libérée.

  4. Elisa-R dit :

    Dès que je serai sortie des images, je commenterai notre ZEPHE . Promis !

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