L’absence des chaises insomniaques,

L’oiseau guette le chat pour le manger
Avec des épinards cueillis pendant la sieste
Le chat caché sous l’armoire s’ennuie
Peut-être songe-t-il à éclairer la nuit
En brandissant un pot de confiture
Vide – les framboises vagabondent
Loin de la neige qui les nourrit
Les sous-marins pondent leurs œufs
Au fond des lacs anesthésiés
Ainsi la terre tourne autour d’un crayon bien taillé
Sans oser balayer les copeaux
Ni parmi eux trouver pour les mordre des vagues.

***

Autour de la grande table
Les hommes mangent debout
Nullement étonnés de l’absence de chaises
Le repas terminé
Ils s’adossent aux parois crépies
Et dorment sans rêves
Ils ont depuis longtemps
Perdu leur souplesse et la parole
Seul un tout petit enfant
Se contorsionne et sourit aux anges
Dans un berceau de feuilles aux mille signes
La lune hésite à lui transmettre les clés du silence

***

Qui suis-je que la mémoire déplace
Note après note dans ce jardin sans partition ?
On suspend à mes cordes des pétales fumants
Des colliers de voyages interrompus
Des rires emportés à la pointe d’un envol
Des instants sérénades faussées
Je ne murmure que requiem
Lacrimosa pavane blanche rayée
Que suis-je devenu au coin d’une coulée verte
Sinon l’espérance recueillie d’une main tendue
Vers ma beauté demeure ?

***

Les jours avaient des joues roses et brillantes
Comme les pommes du calendrier
La ville bercée par le fracas quotidien
Posait la tête sur celle d’un voisin de passage
Aucun ne remarque la tristesse des voies abandonnées
Où poussent de l’herbe et quelques arbres espiègles
Au rythme lent du train et des habitudes
La vie passe de l’autre côté de la vitre
On ne se regarde plus on ne se parle plus
On marche en somnambule dans une même direction
La langue dans une poche la petite lumière des yeux dans l’autre

Dans ce Zephe de juillet passaient : 4Z le félin aux framboises, Eclaircie berçant les hommes sans rêves, bibi, Elisa qui porte encore une lumière dans la grotte.

4 replies on “L’absence des chaises insomniaques,”

  1. Phoenixs dit :

    Je garde un bol de framboises pour les arbres espiègles qui bercent l’enfant au sourire. Et puis aussi, entre les pavés noirs, la pousse future de la fleur bleue compagne du chat voleur de chaises 😉

  2. Elisa-R dit :

    Cette fois, Zephe n’incite-t-il pas à fermer les yeux pour mieux percevoir le battement, lointain mais régulier, des vagues invisibles, les froissements d’ailes quand les anges répondent aux enfants, le silence des larmes latines psalmodié par des voix immortelles et le sourire d’un arbre, par chance invisible ?

  3. 4Z2A84 dit :

    « Note après note dans un jardin sans partition », « la lune hésite à transmettre les clés du silence ». Mais la vie passe « au rythme lent du train et des habitudes »…Nul parmi nous ne laisse longtemps en repos « la langue dans la poche »; la poésie l’emporte, et le grincement des chaises insomniaques dénonce leur absence.
    Encore un Zephe étonnant pour offrir des ailes à notre quotidien.

  4. Éclaircie dit :

    Merci de m’avoir laissé toutes les surprises, les chants d’ou qu’ils viennent et d’avoir ajouté des notes espiègles ou curieuses.

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