LA TRAVERSEE DU CIEL EN CERCUEIL.

La traversée du ciel en cercueil.

*

Pantins désarticulés aux coutures grossières

Collines sombres

Couverture nuageuse

Fièvre

Page des fous arrachée au hasard

Pour combler le vide des crânes

Un épouvantail un peu gras

Assis sur le verbe empêtré de fils sales et longs

Qu’il tire en riant comme on lance les dés

Une gorge serrée et la page encore vide

Au rouge terrible on oppose la blancheur

Candide

Bienfaisante

Comme l’odeur sucrée d’une fleur oubliée

Entre les lignes lumineuses d’un été du passé

*

Le ciel n’a que faire du vent

Jamais il ne pourra se rafraîchir

À l’eau pure du gouffre

Seule la nuit lui vient en aide

Et calme le feu qui l’embrase

Celui qui roussit les cimes des arbres

Enflamme coteaux et collines

Et gagne les pantins de bois trop tendre

Faudra-t-il crever nos yeux

Pour que nos regards n’envoient plus la foudre ?

L’eau souterraine n’a plus envie de reparaître

Nous rejoindrons le puits étouffant les échos

Qui ne seraient pas Poésie

*

Corridors sans appel,

 

C’est le grand silence sous ce ciel d’octobre

En plein juillet l’automne sème le doute

Nous allons dans les vagues fous d’espoir

Cueillis en plein vol par des oiseaux noirs

Il ne reste déjà plus rien de nos chairs rougies

Par toutes ces aubes si douces

C’est là que nous déposerons nos peurs

Nos enfances inondées au pied du peu

Qui demeure debout sans écho

Et que nous appelons abandon

*

Nos écrans ne nous montrent plus l’horreur

Ils ne s’allument que sur des paysages déjà lumineux

Des villes paisiblement ensoleillées

On voit et l’on entend le blé pousser dans des champs dépourvus d’épouvantails

Les collines et les dunes endormies respirer

Et la mer met au pas ses vagues sur nos plages atones

On y réquisitionne moins de sable pour mesurer le temps

Le temps nous débarrassera des images atroces

Que nos téléviseurs et nos ordinateurs diffusaient en boucle

Les palmiers berceront de nouveau leurs feuilles pennées et leurs drupes

Et si ni le vent ni les courants d’air ne disposent plus d’assez de souffle

Nos joues se gonfleront pour les aider à rafraîchir les terrasses

Et les salles de concert où le public mort ou vivant

Ecoute d’interminables symphonies.

*

Paisible été aux auteurs :

Eclaircie,

Elisa,

Phoenixs,

et 4Z.

*

4 replies on “LA TRAVERSEE DU CIEL EN CERCUEIL.”

  1. 4Z2A84 dit :

    Les épouvantails et les pantins réussiront-ils à éloigner de nos champs les oiseaux noirs ?
    *
    Les poètes choisiront de traverser le ciel sur un tapis volant.

  2. Elisa-R dit :

    « La traversée du ciel en cercueil », en dépit de ce qu’elle évoque est comme une eau fraîche qui apaise les gorges incendiées. Des mots s’imposent, d’un point de la terre à l’autre, minuscule points, certes, mais essentiels car ils relient tous les espoirs et contrent, tant bien que mal, l’horreur.
    Ainsi, du haut du ciel, et du fond de nos entrailles, voit-on la vibrante humanité qui ne cesse de fleurir, même quand l’obscurité se peuple d’ombres inquiétantes…Si je n’avais pas peur d’être ridicule, je dirais ici à quel point, à travers vos poèmes, je vous aime.

    • phoenixs dit :

      Comment dire le grand sourire blessé de notre chère Promenade ? Cet hiver, quand les souffles reprendront le temps je pourrai à nouveau croiser mes pas dans ceux qui sont passés sous le ventre rouge des mouettes.
      Aujourd’hui a été difficile : poser des fleurs au pied d’un palmier sous le soleil éclatant, près d’une mer étincelante, parmi des personnes recueillies et balbutiantes, des touristes agités par les vacances, les paraboles des télévisions sur les énormes cars régies, les baigneurs, les deux pièces bronzettes, la brise de Nice.
      Nous avons fui comme des voleurs, rentrés dans notre tanière, à l’ombre.
      Paris, Bruxelles, Orlando, partout la ronde des blés fauchés, et partout les mots qui accompagneront leur envol.
      Un Zephe grave mais humain avant tout. ❤❤

  3. Éclaircie dit :

    On se réveille hébété, assommé car l’orage est proche. Si proche que la foudre est tombée. Que d’orages aux quatre coins du ciel ! À défaut d’éloigner la grêle, le tonnerre et les barbaries, nous « Traversons le ciel en cercueil » et rien ne peut arrêter les mots.

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