Le robot au monocle,

Entre la terre et son monocle un lit d’eau s’est installé
Sorte de loupe oscillant d’un côté et de l’autre
En fonction des mouvements du liquide encore instable.
Des poissons translucides y nagent en sifflant
Tandis que dans les airs des oiseaux alourdis se taisent
Ou chantent la naissance de baignoires aux pieds de verre.
Là où courait hier un petit chemin de cailloux joyeux
Et où enfle à présent un bruit de cloches et de sonnailles
De jeunes nuages explorent l’insondable profondeur
De flaques aussi immenses qu’un troupeau de mers en transhumance.

****

Peu à peu les robots deviennent nos frères et sœurs
Bientôt nous ne les distinguerons plus de nous-mêmes
J’ai croisé une de ces sœurs dans le métro
Et elle m’a fait de l’œil
Nous nous marierons demain puisque la Loi l’autorise
On dit que les petits robots sont plus vifs que les enfants humains
On dit qu’il suffit d’en remonter le ressort avec une clé
Quand leur mécanisme a des ratés
On dit aussi beaucoup de bêtises
A propos de ceux dont l’existence se déroule au Ciel
Comme un film à n dimensions
Parmi des dieux barbus souvent pris de boisson

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Mélodie hongroise,

J’ai rencontré la mort sous toutes ses formes
Comme si nous l’habillions pour ne pas la
Reconnaître
On croise des fous de l’au-delà
Fauchant à la lune ses rayons glacés
Des nains enragés brassant leurs bulles noires
Des sans nom, des neurones bouillis, des muscles
Atrophiés
Dans tendons échoués à ne rien tendre
Agitant le monde essoufflé…
Et toujours quelque part une servante hongroise
Souriante sur trois notes qui nous permettent
De vivre

****

Le temps s’échappe et folâtre dans les bois
Semant les heures et les minutes
Sous la mousse tendrement verte
Derrière les troncs des chênes centenaires
Entre l’écorce et la sève
Puis survole le jardin et les draps se font linceuls
Les salopettes barboteuses
On aperçoit un vieillard faisant ses premiers pas
Des fœtus discourant « Du contrat social »
Les baignoires aux bondes d’un autre âge
Offrent des bains de jouvence éternelle
Puis tout s’évapore et se fond dans un magma originel
Seule la Poésie flotte entre deux eaux et chante
Aux poissons ébahis les derniers vers vibrant hors du temps

Passent entre l’acier et l’assez : Elisa, 4Z, bibi et Eclaircie protégés encore par leur plume arc-en ciel. Le titre est piqué à Elisa et 4Z.

4 réponses sur “Le robot au monocle,”

  1. Phoenixs dit :

    Voilà un ZEPHE d’appel lancé, non pas d’un Londres lointain, mais d’un présent tout aussi tourmenté qui restera dans nos manuel d’histoire comme un autre tournant de la vie des hommes.
    Nos textes portent ces moments et leur apportent aussi le nécessaire oxygène des rêves.
    Les poissons sifflent aux robots de rester humains, nos restes agités tentent de se recomposer sur l’éternelle musique qui nous irrigue pendant que Rousseau balbutie comme un nouveau-né de rester aussi limpide que possible.

  2. 4Z2A84 dit :

    Lorsqu’une servante hongroise sourit, la poésie apparaît à chacun comme un champ de blé que l’on traverse en nageant (on n’oubliera pas cependant de se munir d’une bouée). L’utilité des baignoires devient alors un sujet de conversation chez les robots.
    Bravo à toutes. « Le robot au monocle » vaut infiniment mieux que tous les matchs de foot…

  3. Éclaircie dit :

    Je viens me reposer auprès du lit d’eau avant de suivre la transhumance des mers en écoutant cette mélodie hongroise, souriante bien sûr sans prêter trop de crédit aux on-dit, juste en plongeant dans ce temps hors du temps.

  4. Elisa-R dit :

    Je ne parviens pas à valider mon commentaire pour la semaine dernière alors je le colle :

    Vendredi déjà et je n ai même pas encore évoqué ce que cette lecture me procure comme air vif et doux…la faute sans doute aux épreuves de juin qui dérobent les têtes et les esprits des parents.

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