Voyage en apnée

La loupe de l’eau sur la peau de la terre dévoile ses mystères
Moribonde un jour, pleine de vie un autre, sait-elle seulement
Que ses entrailles ne sont que nos rêves enfouis là
Pour qu’aucun ne s’égare sur les ailes frivoles d’un distrait.
Et voilà qu’ils s’échappent, si légers, incapables de dormir plus longtemps.
Ici un château sous la mer, là une fortune en pièces d’or
Plus loin une île silencieuse et brillante sur une feuille d’eau bleue.
Dans la poche d’un vieil homme, un papier fatigué par le temps frémit
Fidèle gardien d’un souvenir il soupire discrètement
Alors avec délicatesse l’homme le saisit , le pose sur sa tête.
Doucement, le papier se déplie.
A l’endroit où l’humain se tenait un soleil vient de naître.

*

D’une terrasse à l’autre le soleil
Use sans se soucier de leur santé ses piles
Le linge sèche vite
Et les draps dépliés font office de voiles
Pour le bateau que l’eau de la rigole
Entraîne vers la mer indifférente à tout
Sauf à la qualité des côtes qu’elle rogne
La mer on s’en méfie car ses propos salés
L’oreille des enfants leur prête des vertus
Les vagues pour gagner son amour s’entretuent
Servi froid le café rafraîchit la mémoire
On se souvient de faits anciens
Même d’avoir vécu dans un ventre parmi
Des éponges et des méduses
Parfumées comme après un bain de feu la soupe.
*
La voix des oiseaux mouillés n’est pas différente
De celle qui par beau juin emplit le ciel pas même encore éveillé
L’envie de courir –non par peur mais de joie-
N’est pas non plus différente qu’on loge à l’est ou à l’ouest
Les océans lèchent les plages qu’elles soient de sable ou de galets
Les trains plongeant dans les tunnels chatouillent le ventre des poissons
Et tout voyageur oublieux de son tuba devra développer
Une aptitude à l’apnée ainsi que le don d’observation des poches d’air
Tandis que le goudron ne se dissout toujours pas
Dans un verre d’eau  les routes songent à ne plus mener nulle part
Chacun devant imaginer la suite du voyage qui le conduit
A l’été au sec et dans un état de satisfaction essentielle
À tout être pour qu’il ne rebrousse pas chemin entraînant pire catastrophe

*
Le romantisme des haricots au détour d’un frein à main
Pédale douce
Pense à l’enfant que tu pourrais emporter dans la mort
Entre tes essuie glace borgnes et tes volants si lourds
Si tu dois laisser partir l’oiseau jette ses plumes à la mer
Qu’au moins l’eau emporte ce passage si léger
Il ne reste rien d’inscrit sur la plage blanche
Alors range ta serpette bien pendue
Prends un morceau de cette musique que l’on te sert
Dans la peau
Et vogue sur ce qui reste de la note perdue
*
Dans l’ordre de réception des oiseaux sur la branche mais après le passage du vent revenant de la mer : Phoenixs, Eclaircie, 4Z et moi-même.

4 réponses sur “Voyage en apnée”

  1. Elisa-R dit :

    Avec la complicité de Schubert et d’une bonne nuit, voici donc un voyage inédit sous le voile de l’eau, une cascade presque joyeuse où des mots (volontaires) passent d’un texte à l’autre.

    • phoenixs dit :

      la mer est décidément omniprésente dans nos voyages où naissent, enfin, des soleils à la place des hommes sans doute emportés par les méduses, les coquillages ou la voix mouillée des oiseaux.
      Vivre est de l’apnée permanente, avec ou sans tuba, des sursauts de carpes enrouées et des roulis d’écailles.
      On se tient, un coup ici, un coup là, balançant entre les vagues et l’écume.
      Nos textes s’harmonisent sur un Schubert houppelande.

  2. Éclaircie dit :

    Bonne cascade en effet !
    Mais que serait l’eau sans le soleil, les enfants sans la soupe, le papier sans le poète -les poètes, surtout les quatre des fins de semaine-
    Si le temps nous joue des tours (celui qui passe comme celui du ciel) toujours Zephe nous apporte sa brassée de fleurs originales.

  3. 4Z2A84 dit :

    Au « romantisme des haricots » le poète du XXIème siècle serait-il plus sensible que ceux qui dans le temps l’ont précédé ? On en doute quand on s’accorde pour affirmer la victoire du verbe et de l’écriture poétique sur le caprice ou la mauvaise humeur des éléments comme par exemple la pluie ou les tremblements de terre. La culture des réverbères dans un jardin potager facilite l’éclairage du lac en gestation.

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