La forge des rêves,

J’ai tenté d’attraper les mots avec un filet d’eau de source
Rétifs ils se sont faufilés dans les ourlets des gouttes
Loin d’être sagement rangés
Dans les lignes et les lignes de ces voyages improbables
Ils se sont liquéfiés jusqu’à ne plus rien dire
Pas même le silence reposant et toujours bavard
De doubles sens ou du dernier chant de l’oisillon
À peine éclos mais dont la voix trace le plan de vol
De tous les arbres qui savent si bien lui offrir refuge
Et tandis que ma tête recherche toujours un meilleur cou
Les lettres se sont offert la danse d’un matin pluvieux

****
L’œil me fixe
Ce géant projette un champ de blé sur la mer
L’improbabilité de ma présence au monde
Rassure les ingénieurs
Le regard demeure froid
Peut-on parler d’un regard lorsque toutes les fenêtres
Donnent sur l’intérieur
Là où ahane la forge des rêves
Oui nous sourions quoique privés de lèvres
Les arbres restent seuls
A l’abri comme vous et moi de toute contrainte
La lueur faiblit le nuage perd son temps les maisons
Partent en fumée

****

Anémie et Franz,

Elle voyage dans le sang des notes
Sous les doigts d’un possédé
Cette pâleur de vie qui lutte
Aujourd’hui comme hier la mélancolie
Coule sur les claviers blancs et noirs
Au seuil de mondes descendants
Il nous manque l’âme et la force d’être lumière
Portés par le vent nouveau
Alors, nous voyageons dans le sang des notes
Transfusées depuis toujours par la peine de vivre

****
Les coucous mentent, ils donnent au monde
Si vaste
Cet air enjoué et sincère, que l’on voit d’ordinaire
Sur les visages des petits enfants courant sous les nuages.
Les vieux arbres tordent leur long cou
Ils oscillent avec grâce quand souffle le vent
Peut-être voudraient-ils faire la paix
Avec l’humanité qui creuse pourtant de larges plaies
Sur le bois amical et tendrement offert de leur flanc.
Les roses parfumées et les coucous mentent
Quand ils prétendent qu’ici et là-bas tout ce qui vit
Sera libre et aimé jusqu’à l’ultime seconde.

Sortis de la  » forge  » on retrouve : l’étain 4Z, le fer de bibi, le zinc d’Eclaircie et l’argent d’Elisa. Le titre est piqué à 4Z vulcain de la semaine 🙂

4 réponses sur “La forge des rêves,”

  1. Phoenixs dit :

    Toutes les semaines nous nous donnons rendez-vous discrètement venus des quatre coins d’une France éclatée, tantôt du soleil, de la pluie, du froid, tantôt de l’arbre penché ou du nid tombé à terre. Nos écritures se parlent, se répondent souvent à travers les forges qui nous tiennent encore debout. Nos coucous ne mentent pas, nos jardins fleurissent encore et encore irrigués par cette vie qui se dérobe parfois mais demeure présente dans nos mots.
    Nous ne sommes peut-être pas exceptionnels, nous ne figurons nulle part sur les réseaux sociaux à secouer l’internaute par nos nos vidéos ou nos prouesses instantanées, mais nous gardons la bougie allumée dans le noir afin de ne pas perdre le souffle et la vue.
    Puisse-t-elle, un jour, nous conduire vers une sortie éclairée.

  2. Elisa-R dit :

    Cette « bougie allumée dans le noir » cache en elle la puissance du soleil et comble, dès que cela est nécessaire, les défaillances d’Hélios assoupi sur son char à l’abri des nuages.

    C’est un beau ZEPHE qui m’a passionnée depuis le titre jusqu’au commentaire qui l’accompagne.

  3. Éclaircie dit :

    Cette « bougie » est mon phare, ce lien si fort qui même au cœur de la tourmente sans mots, toujours me guide vers vous, vers nous, me rassure et m’assure que les pensées sont proches lorsque les têtes se tournent vers un point commun. Le nôtre, la poésie et sans doute aussi l’envie de faire entendre une voix originale, plus forte que le fracas des incertitudes et des peurs.
    Cette forge, lieu magique de fusion des lettres et des mots.
    J’admire le cou de l’arbre tordu, la pâleur de vivre jouant pourtant musique, l’œil géant même au regard froid, et tous les voyages de fin de semaine en Poésie Fertile.

  4. 4Z2A84 dit :

    Avec des mots à l’abri dans les ourlets des gouttes
    on apprend que les coucous mentent,
    à voyager sur le sang des notes,
    à écouter la mélancolie couler parmi les dominos d’un clavier,
    on plaint les vieux arbres quand ils se tordent le cou
    et l’oisillon dont le dernier chant accompagne la lévitation des arbres,
    on apprend mille étonnantes nouvelles…
    Ceci grâce à cette bougie « que nous gardons allumée dans le noir »; elle nous permet de distinguer des merveilles invisibles aux yeux de ceux qui tournent le dos à la rêverie fertile et à son expression.

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