TÊTES PERDUES

TÊTES PERDUES

*

Le brouillard s’insinue entre les cils

Les regards perdent leurs couleurs

Et les pupilles dilatées sondent

Autour d’elles le signe d’un autre visage

L’esquisse d’un sourire ou même un souffle

Qui leur assureraient que le nuage les entourant

Ne les a pas séparées de leur réalité

Et la lumière éclate brusquement

Réveillant les buissons et les oiseaux

Mais aussi la rivière n’osant plus

Ses tendres gargouillis si nul penché sur elle

N’admire le reflet ou simplement le fond de l’eau

L’instant a voulu fondre et confondre le temps

*

Le quotidien en pain de mie,

 

On passe pendant que le ciel tombe

Sur les têtes penchées

Café du matin goutte à goutte s’échappe

La vie

Les ronds points bousculent le voyage perdu

Sur un pare-brise

Dans le crépuscule s’arrête l’élan bleu

On gît surpris de ne plus jouer

Privé du jeu éternel de la fugacité

*

Des petits fantômes blancs sortent de terre

Leur silence ne brise aucune particule de bruit

Sans éclat ils tournent sur eux-même et font prendre l’air

A ce qui doit être leur tête et la moitié de leur corps

Charmants spectres qui même blêmes sèment la joie

Bien que personne ne les voie, qu’aucune conversation ne cesse

Ainsi, conformément à l’usage

La terre tourne. Le temps passe. L’Homme se bat.

A l’endroit des apparitions et en leur place

De longues et larges feuilles d’un vert translucide

Portent en triomphe une fleur d’un blanc lumineux et pur.

*

Du haut des bâtiments qui dominent la ville

On chercherait en vain le fleuve, il est au chaud

Très loin sous terre un brin négligé mais tranquille,

Il remplit sa mission dans l’ombre, peu nous chaut

Qu’il soit ou non sensible à l’environnement.

On voit des tours carrées rectangulaires longues

Comme si l’on voulait narguer le firmament.

Autour de l’échiquier les joueurs qui triomphent

Se projettent, marqués du signe des veinards,

Parmi ceux dont la ville attend monts et merveilles ;

On leur sourit comme à des ingénieurs qui veillent

Au bon déroulement de la vie sous des cieux

Artificiels d’où vient un cri strident d’essieux.

*

Tous ont retrouvé leur tête :

Eclaircie,

Elisa,

Phoenixs,

4Z.

*

5 réponses sur “TÊTES PERDUES”

  1. 4Z2A84 dit :

    Si tous ont retrouvé leur tête, chacun a-t-il la certitude d’être en possession de la sienne ?
    Cette suite de poèmes me ravit et me brouille l’esprit – à la fois et en même temps. Mon psy me recommande de m’éloigner de Poésie Fertile. Pour le faire taire, je le repasse (pattemouille et fer à vapeur). Mais il parvient à s’échapper de l’armoire. Il saute par la fenêtre, suivi par un couple de draps noirs !

  2. Phoenixs dit :

    Les petits fantômes, les fleuves tranquilles, les têtes qui roulent sous les essieux, nous allumons tous une lanterne au bout du belvédère mais les eaux demeurent énigmatiques qui battent le ponton. Nous ne saurons pas qui dort sous la lune des mots.

  3. Elisa-R dit :

    Deux pupilles ou plus, un nuage, une tête, une rivière, un ciel des « têtes penchées » qui rebondissent jusqu’au parterre de fantômes puis la vue d’en haut aux cieux « artificiels » qui décèle la présence de la rivière devenue fleuve « négligé mais tranquille »…
    J’aime le hasard qui attribue un lien entre ces compositions. S’il est parfois singulier, la vie ne l’est pas moins aussi ce lien est-il, finalement, fidèle serviteur du réel…Mais j’arrête là : 4Z, donne-moi l’adresse de ton psy !

  4. Éclaircie dit :

    J’ai une tête…Est-ce la mienne ? Où suis-je ce fantôme, cet ingénieur ? Cette tête, penchée attend le ciel, le fleuve et la lumière …et le prochain Zephe !

  5. HenriPierre dit :

    Quelle chance de pouvoir perdre la tête ! On peut toujours la retrouver (ce qui n’arrive jamais quand elle tombe) et puis quand « l’Homme se bat » quel espoir de constater que l’Homme est honoré d’une majuscule !

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