Mille ans et quelques ailes

 

Nu couché,

Un arbre, des mouettes

Dans l’air qui les porte

Apporte leurs ailes à l’allongé

Nu.

Celui, qui, dans le soir désert

Crie

Sans tapis rouge

Sans fard sans costume éclair

Si loin des feux de sable

Des pailles dans la fête, des rires fusées

Le Nu s’essouffle, supplie

Couché le long des couloirs

Serré entre là et bas

Ses liens le retiennent au silence

Sans appel.

 

Le ciel s’en est allé

Se réfugier dans une énorme bulle bleue

Qui dérive au-delà du soleil

Laissant poussières et nuages se disputer

Les meilleures loges

D’un théâtre où la scène reste invisible

Et les acteurs dont on ne distingue que les têtes

Ouvrent les yeux et la bouche sur le rythme

De battements réguliers grondant au loin

Parlent-ils ?

Les seuls spectateurs qui pourraient les entendre

Dorment

Le visage dans les mains comme ces galets polis

Si longtemps charriés par les torrents

Désormais ancrés dans les bras de rivières assagies

 

Les murs ne souhaitent plus soutenir le toit

Ni le toit abriter les mêmes créatures

Mais pour leur échapper il ne suffit pas de posséder la bonne clé

Car sur son propre seuil la porte s’aventure

Et encourage les jours frileux à naître

Avec des cris d’enfants impatients de sortir

Et d’explorer la rue dont les rideaux de fer se lèvent

Sur des vitrines plus attrayantes qu’un coin de ciel…

Si les façades possédaient des lèvres

On les verrait sourire ou se pincer selon leur humeur.

Le mortier le ciment le béton manquent d’air

Ils ont besoin d’espace

Et de poumons dont la forge et le souffle ravigotent.

Si les trottoirs sont pavés de bonnes intentions

Par contre l’eau dans la rigole inaugure un poison.

Méfiez-vous chiens errants assoiffés !

 

Debout, là-bas, bras tendus

Perpendiculaires à la ligne souple de son corps

C’est une petite fille depuis plus de mille ans.

Ses cheveux jaunes semblent jouer autour de sa tête

Ouverte au sommet sur des idées joyeuses

Qui s’envolent avec les enfants des tempêtes.

Sur son visage, elle a peint un joli sourire

Et deux beaux yeux gris avec des petits points de soleil.

Les oiseaux se réchauffent auprès d’elle

Lui confient leurs petits et les secrets qu’ils détiennent.

 

Ont traversé le temps, les voix de :

Phoenixs, Éclaircie, 4z, Élisa

4 réponses sur “Mille ans et quelques ailes”

  1. Éclaircie dit :

    Les galets font-ils ces murs lassés de soutenir le ciel ? Tandis qu’au Levant la joie fuse d’une petite tête, au Couchant le silence règne.
    L’espace est-il assez grand pour donner à voir nos spectacles hebdomadaires ? Sans doute pas ; ainsi des scènes et des scènes défilent devant les yeux des acteurs qui improvisent toujours de nouveaux jeux de rôles.

    • phoenixs dit :

      Nous assistons, presque au quotidien, à ce genre de scènes d’hommes et de femmes errants dans les couloirs de la vie et des hôpitaux, on leur dit d’un ton sec et las d’aller se recoucher alors qu’ils ne comprennent plus le sens des mots, même des enfants millénaires fleuris d’idées joyeuses ne pourront effacer l’image de l’homme sans toiture ni clef.
      Ce zephe est particulier.

  2. 4Z2A84 dit :

    Le Nu sans tapis rouge
    ni feux de sable
    se produisait sur la scène
    d’un théâtre aujourd’hui invisible.
    D’une tête ouverte au sommet
    s’échappent des oiseaux…
    Réchaufferont-ils – dans 1000 ans – le Nu
    et les spectateurs privés de visage ?
    .
    Ces quatre textes mystérieux à souhait fascinent.

  3. Elisa-R dit :

    Que puis-je ajouter à vos commentaires ? Je suis émerveillée.

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