Le train d’hier

Sine qua non,

 

Glissé entre deux cactus

Voilà que tu t’en vas voir

Si là-bas le monde est moins piquant

Qu’ici

Tu laisses les nuages au goémon

La camarde à ceux qui suivent

Les ailes pliées aux derniers anars

Noirs qui marchent en boitant

Je t’ai suivi pour respirer d’autres espaces

Etendre ma colère trempée sur le fil

De tes pages en bouteille

Il avait peu d’oxygène

Tu as fermé les dernières bouteilles des plongeurs

Ivres.

*

Un vieil homme aux cheveux blancs, comme un arbre

Se tait.

Son silence exhale des parfums, des couleurs et des hauteurs

Une puissance qui réchauffe ou saisit selon ce que l’on est

Hirondelle ou charognard.

Quand il s’éloigne, il reste une nappe blanche sur la table désertée

Une tasse de porcelaine immobile, une serviette froissée.

Les chaises semblent surprises en pleine conversation

Stupides, elles restent là sans dire un mot.

Seules deux ou trois, peut-être plus si le sable s’est échappé trop vite

Semblent souffrir de quelque absence, irrémédiable

Et ne sont plus qu’objets inutiles et sans vie.

*

Mes fantômes me font défaut ils ne me hantent

Plus comme avant l’arrivée des chimères

Elles ont pris presque toute la place

Dans le tonneau où la mémoire gît

En attendant le médecin des âmes

Celui qui se vante d’ouvrir

Nos cages sans effrayer les oiseaux…

Piétiné le ciel grince

Comme les ressorts du lit

Quand on y joue avec le cœur des occupants

Des passants dont mécaniquement

Les yeux se ferment et s’ouvrent.

*

La grande ville s’assoupit sous la lumière bleue

Poissons et papillons se partagent l’espace

Entre les lampadaires et les toits

Écailles et antennes vibrantes de l’envie de découvrir

Ce que la lune depuis son observatoire

Forge dans le secret des greniers

Lorsque tous les escaliers se sont repliés

Afin de permettre à l’œuvre de mûrir

Loin des regards humains à la vision partielle

Et seulement lorsque les pendules

Retrouveront leur mouvement régulier

Les animaux regagneront leurs caches

Avec au fond des yeux imprimées les lettres

Dont nous ne savons que retranscrire l’esquisse

*

Une composition ornée par les (très) jolies têtes de Phoenixs, Eclaircie, 4Z et moi-même.

 

4 réponses sur “Le train d’hier”

  1. Elisa-R dit :

    Un beau ZEPHE qui finit tout en douceur…

  2. 4Z2A84 dit :

    On rencontre des personnages singuliers. Quelques poissons traversent le ciel des villes. Notre arrivée fait taire les chaises d’ordinaire si bavardes. Il y a aussi, bien sûr, la camarde dont on aperçoit la queue…ou le croissant de sa faux. Bref on est dépaysé. Retrouver la tête après l’avoir perdue : pourquoi ?

  3. phoenixs dit :

    Les fantômes n’ont pas fini de déplier les escaliers, d’ouvrir les ailes des derniers oiseaux pour qu’ils viennent tenir compagnie aux nappes froissées des grands banquets déserts.
    La brume légère enveloppe les mots dont nous distinguons le voyage au loin.
    Un Zephe de printemps entre deux plis.

  4. Éclaircie dit :

    Le train d’hier, hier refusait de m’ouvrir ses portes.
    Et ce matin s’offrent à ma vue, la gare, les voies, les wagons et aussi 3 merveilleux voyageurs avec qui je partage le voyage.
    Ensemble nous pouvons respirer d’autres espaces, loin des chaises bavardes ou taiseuses, avec ou sans nos fantômes très indépendants, sous l’œil bienveillant de la pendule qui pour nous arrête le temps.

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