Fenêtres sur rêves

Les papiers sciés,

.

Ils sont debout sur les places

Plantés dans la nuit pleine d’espoir

A chercher le sens de la vie

Une autre vie

Pendant qu’au loin on scie les fleurs

Les rêves, les horizons légers

D’un pas lourd et boueux

Je suis le pouvoir qui me fait

Tu perds ton âme à m’imiter

On sème nos petits papiers

Dans le vaste sillon de l’inutile.

*

Le soleil se couche derrière la blancheur d’une falaise

Qui n’existait pas ce matin.

Chaque nouveau jour trace les contours d’un paysage

Falsifie les repères fixés aux murs par de vieux clous

Que même la rouille dédaigne.

Une chouette sort de la grange d’un autre lieu, d’un autre temps

Sommes-nous ici ou là, dans le passé ou au présent ?

La mer tapie dessous la terre attend son heure

A peine est-elle trahie par le cri d’une mouette

Ou le craquement d’un coquillage sous une semelle.

La lumière immortelle pour quelques heures

Nous donne l’illusion de la bravoure

L’obscurité nous rendra la raison et fermera nos volets.

*

Mon fantôme est entré par la fenêtre.

Mes vêtements lui allaient bien.

Dans ses souliers trop grands je reconnus mes mains

Puis mes pieds dans ses poches.

Il ne dit rien car je parle en silence.

D’un geste large il désigna la lune

Qui voyageait suivie de ses poussins

(A ma montre il était midi !)

Ai-je du sel à leur jeter ? Me dis-je.

Il répondit : Tu en as. Jette-leur !

Puis le jeu d’échecs occupa

Près des citrouilles nos loisirs…

Le jardin potager ronflait

Comme sous leur capot nos cervelles aux câpres.

*

De petits souliers rouges trottinent dans l’impasse

Toutes les portes cochères imaginent déjà

Qu’elles franchiront leur seuil

Seul le lierre semble savoir

L’espace entre les pierres masqué par le feuillage

Ainsi que la prairie sans limite

Au-delà de la rue grise aux volets battus par le vent

Le pas résonne et quelques rideaux frémissent

Aux fenêtres privées de lumière

Puis le silence tombe comme la pluie après l’éclair

L’enfant s’est échappé    Il trouvera le puits

*

Une seule voix mais quatre têtes ou une seule tête mais quatre voix…(aurais-je perdu la mienne -ma tête-pour confondre ainsi l’essentiel ? ) ou peut-être une seule main mais quatre têtes et quatre voix : voilà ! Une seule main, donc, qui voyage du nord au sud pour réunir les images et les mots de Phoenixs, 4Z, Eclaircie et moi-même.

4 replies on “Fenêtres sur rêves”

  1. Éclaircie dit :

    Je savais ce matin le rêve à ma fenêtre.
    Doucement je m’en suis approchée pour ne pas rompre le charme.
    Le charme de ce fantôme dans une autre vie, des sillons sur la falaise nouvellement née, des souliers rouges, des pieds dans les poches et de l’horizon léger épicé de câpres et de coquillages.

    Une bonne semaine !!

  2. 4Z2A84 dit :

    Sommes-nous le pouvoir qui nous fait ?
    Sommes-nous ici ?
    Ou là ?
    Dans le passé ?
    Ou dans le présent ?
    Autant de questions que l’on sème
    Dans le vaste sillon de l’inutile…
    Imaginons qu’avec toutes les portes
    Nous franchissions le seuil !
    Une prairie sans limite accueillerait alors
    Cette falaise blanche
    Dont ce matin vous auriez nié l’existence.
    Un fantôme est-il digne de confiance ?

    • phoenixs dit :

      J’aime bien l’idée des petits souliers rouges qui accompagnent le fantôme et ses coquillages sur la vaste mer enfin sortie de dessous. Ceux-là n’ont pas l’illusion de la bravoure ni le costume serré du pouvoir, ils sont juste, avec la chouette, les compagnons de nos pensées en ces temps sans grand éclairage.

  3. Elisa-R dit :

    Nous passons de l’espoir au rêve de l’espoir, fantôme ? Avec le petit et le bruit rouge et doux de ses pas, nous garderons le rêve, et même l’espoir.

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