Les caricatures de Mélusine,

Ni le torrent ni la rivière
Ne veulent aller vers le fleuve
Le fleuve lui-même se détournerait de la mer
Pour profiter d’un séjour dans les bois
Où l’invite à partager le pied d’un chêne
Une famille de champignons à chapeau orange
Mais la pente jette sur son dos l’eau sans défense…
Voyez comme elles dévalent des pics et des monts
Pour rejoindre dans un pli de la vallée
Le fleuve obéissant qu’emprunte la compagnie batelière !
Sur le pont les cercueils voisinent
Avec des sacs de jute pleins de bolets
Élégants ou non
Comestibles ou provoquant des hallucinations.
S’y reconnaîtrait-on noyé par Mélusine ?

****

Entre veille et sommeil, un autre monde
Qui se montre et nous dévisage, inquiétant.
Une immense forêt qui monte jusqu’au ciel
Verte, profonde, accueillante, aimante.
Puis de drôles de figures, des caricatures de visages
Qui se forment et se déforment.
Des yeux, grands, exorbités, petits ou perçants
Ceux de nos juges sans doute venus là en visite.
Des images qui surgissent quel que soit l’état de nos paupières
Et qui vivent malgré nous dans la fine feuille de l’invisible.

****
On lève fort la bannière dans le vent sans précipice
Plutôt vieux et déjà en arrière
De la troupe éparpillée
Les slogans froissés se perdent aux nues
De vieux chants faucille en marteau
Interpellent enroués la rue
Qui s’en tamponne le badaud
Volent les papiers tout en couleur
Contre la loi fille d’injustice
Hugo s’endort mille fois mort
Parmi les fantômes du Vieux-Nice
Ce soir on rentrera fourbus
Sans avoir atteint le ciel sourd comme un pot

****

Le chemin s’est retourné sur lui-même
Le vert tendre des bois et des buissons
S’excuse d’être si pétillant
Quand pas une flûte ne déverse de l’or
La pente de la colline selon le regard
Semble se voûter diminuer s’éteindre
Les toitures s’appesantissent sur les greniers
Des bateaux de papier griffonné cherchent des goulots
Et l’espoir qu’un océan les submerge
Les oiseaux s’époumonent longtemps avant le jour
C’est seulement pour eux
Que le printemps se risque hors des forêts

A l’appel de la forêt: 4Z, Elisa, bibi et Eclaircie pour saluer, à leur manière, un printemps avec sous révolution, mais sûrement accompagné du chant des hirondelles.

4 replies on “Les caricatures de Mélusine,”

  1. Phoenixs dit :

    Voilà un quatuor qui manifeste la diversité des ressentis, les uns sur la péniche interrogent une Mélusine lointaine, les autres montrent le mystère de l’invisible entre les lignes, et puis il reste ceux qui hument la mousse des bois pendant que les derniers piétinent et trépignent sans illusions un sol rebattu.
    J’aurais pu intituler notre semaine : les caricatures chiffonnées de Mélusine.

  2. 4Z2A84 dit :

    Si pas une flûte ne déverse de l’or, on comprend que le ciel reste sourd comme un pot et que la rue s’en tamponne le badaud. Mais pourquoi, près d’un fleuve qui se détournerait de la mer, les bateaux cherchent-ils des goulots ? Leur équipage, tenté par la fine feuille de l’invisible et quel que soit l’état de ses paupières, envisage-t-il d’atteindre cette forêt dont les plus hautes cimes tètent les nuages ?
    Bravo à toutes ! C’est merveilleux !

  3. Éclaircie dit :

    Que dire de plus ?
    Bravo à nous quatre !

  4. Elisa-R dit :

    Je lis en silence depuis ce matin, que puis-je dire d’original ? J’aime à la folie nos rencontres du vendredi !

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