Poèmes de Roberto Juarroz

« Il dessinait partout des fenêtres.
Sur les murs trop hauts,
sur les murs trop bas,
sur les parois obtuses, dans les coins,
dans l’air et jusque sur les plafonds.
Il dessinait des fenêtres comme s’il dessinait des oiseaux.
Sur le sol, sur les nuits,
sur les regards tangiblement sourds,
sur les environs de la mort,
sur les tombes, les arbres.
Il dessinait des fenêtres jusque sur les portes.
Mais jamais il ne dessina une porte.
Il ne voulait ni entrer ni sortir.
Il savait que cela ne se peut.
Il voulait seulement voir : voir.
Il dessinait des fenêtres. »
Partout.
(Douzième poésie verticale, traduction de Fernand Verhesen)

 
« Tandis que tu fais une chose ou l’autre,
quelqu’un est en train de mourir.

 

Tandis que tu brosses tes souliers,
tandis que tu cèdes à la haine,
tandis que tu écris une lettre prolixe
à ton amour unique ou non unique.

Et même si tu pouvais ne rien faire,
quelqu’un serait en train de mourir,
essayant en vain de rassembler tous les coins,
essayant en vain de ne pas regarder fixement le mur.

 

Et même si tu étais en train de mourir,
quelqu’un de plus serait en train de mourir,
en dépit de ton désir légitime
de mourir un bref instant en exclusivité.

 

C’est pourquoi si l’on t’interroge sur le monde,
réponds simplement : quelqu’un est en train de
mourir. (I, 37) »
Poésie verticale,Traduit par Roger Munier. Librairie Arthème Fayard (1980 et 1989).
ROBERTO JUARROZ

2 replies on “Poèmes de Roberto Juarroz”

  1. 4Z2A84 dit :

    Quelqu’un est en train de naître.

  2. Elisa-R dit :

    Je ne le connaissais pas et j’aime beaucoup sa poésie, merci !

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