L’orchestre en bois de porcelaine,

Les boutons de l’obscurité à peine défaits
La fenêtre affranchie s’éclipse dans ce qu’il reste de sombre
La vérité toute entière c’est à dire le décor
Est absorbée par la langue insensible d’une armoire
Flanquée de son fidèle miroir
Qui croire ?
Hier un cor criait du fond des entrailles d’une forêt
Demain les poissons diront qu’ils avaient prévenu
Ce matin mon reflet ou peut-être sa dépouille
Git chiffonné et inerte au pied du meuble sans cœur
Libérée de tout poids j’en profite pour conter
Aux petits arbres qui poussent alentour
Des histoires de bûcherons avalés par un bois
Et puis celle du petit bois devenu grande forêt.

***

Tous les meubles ont chaussé leurs plus beaux patins
Pour danser sur la glace si enfin l’hiver ose
Franchir la colline dont les arbres ne sont pour lui
Qu’une simple haie à peine frémissante à son passage
La commode s’imagine déjà entre les bras du grand fauteuil
Tandis que le vaisselier aux tintements de porcelaine
Attire tant la bonnetière aux froufrous feutrés
Les assiettes se creusent toujours plus
Et les chevets rêvent de conserver dans les cristaux gelés
Voyelles et pupitres qu’une main froide
Viendra caresser lorsque le lit clos présentera ce creux
Fond de rivière toujours vivante et vive

***

Si le bonheur est le repos des émotions
Sans phase de transition
Alors la mort est parfaite pour lui servir de lit.
Inutile de supposer qu’il faut réunir un symposium
De conditions toutes plus ou moins bien lunées
Discutant le bout de gras jusqu’à l’os
Posant leurs arguments à coups de massue
Illustrant leur discours à coups de crosse
Aucune n’est accréditée par la faucheuse
Sereine qui pose enfin le sens de l’avis
Sur leur cul sans opinion.

***
Sous le gazon bien tondu nos os rassemblés
Se mettent en ordre
Non sans difficultés
(Les tibias surtout font preuve de mauvaise volonté)
Un squelette apparaît
Apparemment au complet
Il ne lui manque que la parole
Pour cela des organes sont nécessaires
Qu’à cela ne tienne s’écrie le drôle
Et il nous insulte
Bande d’intestins puants
Pourquoi ne m’avoir pas incinéré
Mes cendres flotteraient aujourd’hui au-dessus des océans
Dont l’orchestre symphonique serait un remède à la douleur
D’avoir perdu mon temps

Voilà des voix sorties des armoires sous la pile des draps et serviettes brodés mains : Elisa pour le rangement minutieux, Eclaircie pour la lavande, bibi pour le dérangement accompagnées de 4Z qui a gardé le fer à dérepasser…

5 réponses sur “L’orchestre en bois de porcelaine,”

  1. Phoenixs dit :

    Rien n’était concocté nous avons, les uns et les autres dispersés dans une France humide et frileuse, traversé nos forêts, lisières, rues chargées de fantômes et bord de mer agité pour venir poser les récoltes de nos chemins.
    Les armoires en bois de forêt, les rivières en creux de bras, l’air un peu vicié au-dessus d’océans sombres racontent ces parcours solitaires et pourtant si unis.

  2. 4Z2A84 dit :

    Il y a un ou plusieurs meubles – armoire, commode, vaisselier, fauteuil, lit – dans les trois premiers textes puis la mort apparaît sous les traits d’une faucheuse et d’un squelette. Mais on trouve aussi dès que l’on sort de sa maison pour « prendre l’air » une forêt, une colline, une rivière. Et, que l’on sorte ou non, un cul (apolitique ?).
    Tout cela mérite plusieurs lectures. Au risque de perdre le nord : tant pis si l’on se réveille à Nice que Béa nous fera visiter au son d’un « orchestre en bois de porcelaine ».

  3. Elisa-R dit :

    Le titre est magnifique !
    Quant aux poèmes, ils me laissent sans voix, rêveuse, à Nice et ailleurs. Un bonheur !

  4. egfrild dit :

    Ça laisse rêveur et c’est superbe! Je ne sais pas quelle main écrit quoi ( et je ne souhaite surtout pas mettre la pagaille-sourire-) mais j’adore vraiment la première strophe que j’ai lue comme un conte assorti de tout le merveilleux inquiétant allant avec.
    Merci à vous.

  5. Éclaircie dit :

    Ah ! Nos os sont-ils de bois ? De ce bois qui vit, puis flambe et devient cendre.
    Quelle étrange transition que cette vue du bonheur entre les armoires ou les lits et ce champ où se compose un squelette plus vivant qu’un reflet.

    Je répète avec vous : oui le titre est magnifique, oui c’est superbe, au diable les points cardinaux, nos repères sans préméditation nous conduisent plus sûrement à ce lieu de rencontre, magique.

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