Au nord-est du mur de sa langue

À la sauvette,

Qu’est-ce que tu peux pour moi

Toi qui viens me filmer

Pour me montrer chez eux ?

Une fois qu’ils m’auront vu

Marcher dans le désert

Que feront-ils de plus

Au milieu de leurs cendres ?

Auront-ils le vin plus amer

Le ventre plus noué

Que mes yeux sans lumière ?

Je ne sais pourquoi

Je vous tire la langue bien serrée entre mes dents

D’enfant sans réponse

 

La ruelle est parvenue au pied de la tour

Et regrette déjà ses ornières où l’eau s’invite

Ici la verticalité donne le vertige

Non pas celui lorsque assis à la base

De la couronne du tilleul avec ou sans feuilles

Vous savez le friselis de votre estomac

Juste avant de plonger dans une infusion bien assez chaude

Pour la boire sans cependant vous brûler

La ruelle s’en retourne ravie par le vent

S’endormant entre ses bras doux comme neige

Où seuls les flocons déposent leurs empreintes

La tour sans renoncer à sa moindre radicelle

Etire son cou plus long que mille girafes

Et dépose au pied de l’arbre une ligne à l’horizontalité

Aussi parfaite que le fil à plomb allongé dans son sommeil

 

Le mur ne nous suit pas

Mais où que nous allions sa présence demeure perceptible

Certes nos mouvements ne s’en trouvent pas entravés

Je puis étendre le bras

Pour bénir l’herbe après la rosée

Je nage aussi dans le blé tiède

Les enfants courent après d’autres enfants

Sur des jambes qui ne sont plus les nôtres

Depuis la passation de l’énergie

Ils nous abandonnent les pierres

Les pierres en foule

On étouffe sous leur poids

Même loin d’elles le mur travaille

Avec la même énergie que les racines

Mais lui

Vise le ciel.

 

Ce matin, des montagnes aussi glacées que bleues

Ont surgi sur la plaine

Elles ont grandi dans la terre souple des marais

Au nord-est d’ici

Les volets ferment encore un peu les yeux

Le soleil escalade la roche en riant

Braque son regard aimable sur les maisons endormies

Un vieillard lui répond joyeusement

Des oiseaux sur l’épaule

Un jeune arbre au sommet du crâne

Ce matin, au nord-est d’ici

Le paradis un peu distrait dans son grand bateau blanc

A jeté l’ancre.

 

Au 4 points cardinaux :

Phoenixs

Éclaircie

4Z2A84

Élisa.

 

 

4 commentaires sur “Au nord-est du mur de sa langue”

  1. Éclaircie dit :

    De ces points chacun a su, avec le talent qui lui est propre, tisser un pan de cette nouvelle toile.

    Merci à vous 3 .

    • phoenixs dit :

      Les murs sont là, sous nos pas, dans la course des tilleuls et des enfants, et malgré tout, mis en valeur par son absence, le paradis, quelquefois, jette son ancre pour nous laisser du sable à bâtir….

  2. Elisa-R dit :

    Un mur, un chemin, une tour, l’horizon. Fil à plomb. Géométrie du bonheur loin de l’enfant qui fait l’enfant.

    A lire, relire.
    Bravo chers trois, et merci.

  3. 4Z2A84 dit :

    Les poètes décrivent ici des paysages, des décors, des corps…plus ou moins rêvés – je dis plus ou moins car le réel nous colle à la peau, sans lui nous sombrerions dans l’abstraction en prenant le risque de devenir illisibles. D’autre part nos sensations, nos sentiments et les réflexions qu’ils provoquent, nous les exprimons avec des mots dont nous connaissons les limites : ils restituent plus ou moins bien notre pensée. On ne leur en veut pas, ils sont souvent notre seule arme, on « fait avec », l’esprit demeurant un gouffre d’où montent – ou descendent (songeons au « gouffre d’en haut ») – assez de voix pour nous occuper.
    Les PPV sont une suite d’agréables surprises. Veuille le Ciel que leur train ne s’arrête jamais !

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