HISTOIRES

Histoires.

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On est libre d’aller à l’extrémité de la Terre

Là où le regard ne rencontre plus d’obstacle

Et se perd dans le vide

La fenêtre nous accompagne

Ses vitres sont des amies.

Tournez-vous du côté du lit

Quelqu’un que l’on ne connaît pas l’occupe

Est-ce un homme une femme ou une créature

Sans nom

Absente des plus gros dictionnaires ?

Nous lui jetons au visage toute la lumière

Dont nous disposons

Mais elle se tait

Comme un enfant qui boude…

Alors vous me faites signe de vous rejoindre au plafond

De haut on observe mieux le gazon

Consciencieusement tondu

Par un robot dont les qualités éclatent

Sur la pelouse à la cuisine et dans la salle de bain.

On ne le vend pas pour une bouchée de pain

Son prix monte à l’Argus

Nous l’avons obtenu après de rudes batailles

Contre un réseau d’esclavagistes.

Nous explorions – vous en souvenez-vous ? –

Le vide avec une vieille lanterne

Et n’y trouvions rien de comestible

On nous recommandait de changer d’église :

Ici les anges ne descendent jamais

Ils préfèrent les hôtels creusés dans la roche…

En montagne vous souffriez du vertige

Et moi je sautais à la corde.

Les arbres buvaient trop de vin

Ils titubaient en sortant des pages du livre

Où nous les dépossédions de leur ombre

Pour en faire des draps

Et des tapis.

Est-on libre de dormir debout

Quand la Terre en tournant trop vite sous les semelles

Produit des étincelles ?

Dans la chambre un autre visage occupe le même portrait

Il fut peint de loin par un artiste à bout

On peut le sortir de son cadre

Et le servir avec des marrons comme une dinde

Mais personne ne triche au point de perdre

Le Nord dans une forêt qui fut

Le refuge des licornes et des fées

On découvrit sous la fougère une piscine

Et autour de cette piscine des locomotives à vapeur

En état de marche sauf la plus fine

(Même les libellules enviaient ses antennes).

Le moineau trop serré dans votre poing

Demande grâce

Traduire en un mot son pépiement

Telle sera désormais la tâche de la flûte.

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6 réponses sur “HISTOIRES”

  1. Éclaircie dit :

    La preuve que la poésie existe.
    « Piou » dit l’oiseau dans les livres d’enfants (les adultes savent depuis longtemps déjà que c’est un mirage, que l’oiseau ne dit rien ; il chante pour les poètes et les enfants qui suivent les flûtes.
    J’ai dû laisser mon lit très tôt à une ombre envahissante, à qui je n’ai surtout pas dit que je dormais debout ou bien assise et qu’ainsi, les plus beaux poèmes sortaient de mes doigts frappant mécaniquement mon clavier.
    Même les arbres me remercient -égoïste qu’il sont, si je n’use pas de papier, quelle rare substance exigeai-je de ces hommes, anciens esclaves libérés pour mieux être asservis aux nouveaux temples ? Donc oui, mon tilleul, d’un air que je qualifierais de sournois si nous n’éprouvions l’un pour l’autre cet amour aveugle, me sourit largement et m’invite à lui conter :
    « Les Histoires de 4Z2A84 »

  2. Elisa-R dit :

    Des  » Histoires » peu ordinaires qui ravissent le passant. Première page à l’intérieur de laquelle on respire comme on saute à la corde ; on refuse le repas mais on ne boude ni le plafond ni la sortie en compagnie d’arbres titubants. Un régal !

  3. phoenixs dit :

    Sortir ivre d’un arbre en page de flûte : rêve d’oiseau au plafond +++

  4. Éclaircie dit :

    La flûte tantôt roucoule tantôt pépie tantôt grince
    Comme la chaîne rouillée du puits
    Prête à rompre et précipiter
    Tous les oiseaux assoiffés dans ce tunnel
    Dont ils savent que le premier effroi passé
    S’ouvre à eux le chant
    Le champ au ciel de coton léger
    Aux murs forêt aux portes et fenêtres clairières
    Le monde du dessous n’est pas de feu et de cris
    C’est là que se ressourcent la mer et l’océan
    Le vieillard chenu avant d’offrir son dernier geste
    Et les enfants parfois lorsque la lumière du soleil
    Leur brûle les yeux plutôt que de simplement les réchauffer
    Les border dans ce lit tendre où la lune irriguerait leurs rêves
    C’est là aussi que l’on peut marcher côte à côte
    Des années sans se voir mais se savoir à travers des signes
    Que la foudre en surface toujours tente de fondre
    Au cœur des orages d’hiver ou d’été
    Cet oiseau qui parle de manière inaudible
    Sait le chemin pour atteindre le nid
    Où les oisillons à peine éclos incapables d’émettre plus
    Qu’un gargouillis étranglé tournent le bec au hasard
    Sur la dernière page du cahier pas un mot n’évoque
    La fin
    Nous relierons les mots jusqu’au matin bavard
    Où le monde du dessus saura enfin se taire

  5. egfrild dit :

    Un monde inversé où toutes les notions se trouvent chamboulées. J’ai dégusté ce poème comme un mille-feuille de non-sens désavouant avec bonheur mes petits dogmes.
    Merci pour ces ‘Histoires’.

  6. Toni Cervantes Martinez dit :

    De Bric et de Broc

    Quelle chance!… de la poésie vraie avec les nuances de l’esprit assoupi, ou bien mort, ou meurtri!

    Quelle chance!… de la poésie vraie et des mots colorés aux sens de l’émotion…une émotion respire qui des choses de la vie souffle et soupire l’essence

    Oui!… de la poésie qui au mystère du beau associe le plaisir d’une reconnaissance de la sensibilité

    Le temps suspend son vol,… et la nature l’accueille pour son heure de sommeil

    J’ai su qu’un Arc en ciel
    En marge des lumières
    Préservait ses couleurs
    Et cachait sa palette
    Pour que jamais ne fanent
    Les étoiles de tes yeux ….

    superbe:…tristement

    …histoire d’Adieu….
    ..sans l’histoire vide est l’adieu,
    …sans substance ni repère,

    …sans signe de l’existence
    toni

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