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Fenêtre au mur aveugle

Les yeux perdus murés par le lierre

Qui toujours refuse le passage

À quiconque cherche la mer

Ou la source

Pour croître à nouveau

Se diluer lorsque la route n’offre plus de détours

Mais quand l’eau toujours porte plus loin plus haut

Les notes et les sons qu’elle place dans une bouche inerte

Ainsi le visage se bâtit autour de lèvres

Bien plus tard on remarque un regard émergeant

D’orbites ombrées que d’épais sourcils tenaient à l’abri

À l’abri de la laideur ou de la lumière si vive

Qu’elle brûle les rétines ne laissant plus d’alternative

Au sommeil agité et sans rêve

Parfois une main large et douce

Cherche une joue pour s’y réchauffer

Du pantin cette silhouette affiche encore le geste saccadé

Le déséquilibre indispensable au questionnement

Sur la dislocation esthétique de la folie

Celle que l’on retrouve après que l’aube est passée

Dans cette vie dessinée par les visiteurs intrépides

Où les contorsions des bras et des jambes

Ne mènent pas plus loin qu’à la surface de l’étang

Immobile pour ne point troubler la vase et la vue

Et l’homme se lève s’éloigne se tait    renaît

108 réponses sur “Ouvrir une autre page”

  1. Elisa-R dit :

    Ce poème est de belle augure pour le jour qui va suivre, dès qu’il sera disposé à se lever. Je l’ai lu deux fois et je vais continuer tant il y a à lire et à voir. Je ressens ce poème à partir des éléments naturels qui le composent. Comme on découvre, à l’infini, de la vie là où pousse un mur de lierre j’ai la sensation d’avoir besoin de temps et de lectures pour tout (presque) voir.

  2. Elisa-R dit :

    « de bel augure » conviendrait mieux !

  3. phoenixs dit :

    Et si le lierre permettait de mieux voir ?

  4. 4Z2A84 dit :

    Un poème très riche. Elisa dit très bien ce qu’il provoque. « Le visage qui se bâtit autour des lèvres », autour du sourire – et sur la parole et sur le souffle – offre sans attendre des joues contre lesquelles nos baisers pleuvront. « A la une » Eclaircie nous fait assister à des naissances, à des renaissances, à celle du poète, à la sienne et à toutes celles que les fées entourent et favorisent.

  5. Éclaircie dit :

    Merci à vous 3 !

    ***
    Le cocon peut sembler vide ainsi léger et fragile
    Nul n’imagine sa respiration ténue
    Ni l’immense dédale de couloirs et de salles
    Lui offrant cet équilibre particulier
    Que l’on ne ressent qu’entre les vagues de la nuit
    Le chat parfois l’entraîne dans un angle mort
    Mais le vent à pleines fenêtres l’attire
    Sous le rayon de la lune encore endormie
    S’il se pose au creux de votre main
    Ne la refermez pas
    Vous sentiriez la brûlure du fer chauffé à blanc
    Et pas un signe ne reviendrait s’insinuer entre les lignes
    Au détour d’un sommeil profond comme l’infini
    Le cocon vous absorbe et votre réveil
    Vous laisse le goût de l’absence et d’une phrase inachevée
    Que depuis vous cherchez dans une errance magnifique

  6. Elisa-R dit :

    Un poème en guise de commentaire et le soleil revient !
    Je l’aime jusqu’au dernier vers comme on savoure un met jusqu’à se lécher le bout des doigts pour n’en rien perdre.

  7. 4Z2A84 dit :

    Je prête l’oreille à la mer
    Car je sais qu’elle cherche à me dire quelque chose
    D’important comme : N’oublie pas de respirer
    J’ai en effet tendance à faire le mort
    Je reste alors allongé sur un quai de gare
    Où les voyageurs m’évitent
    Ils évitent aussi le petit chariot
    Du marchand de limonade et de chocolat en tablettes
    Tous ces gens quoique presque toujours pressés
    Par la rigueur des horaires
    Font preuve d’une réelle délicatesse
    Je les range avec autant de soin dans ma boîte à joujoux
    Cependant le long du train quelqu’un court
    A la recherche d’un visage en pleurs sous un mouchoir plein de larmes
    Je lui offre le mien mais il est bien trop rouge
    On a écrit avec du chocolat sur mes joues :
    Laissez glisser le poisson

  8. Éclaircie dit :

    Les trains te hantent et tu ne voyages jamais
    Sans être sûr d’être dans le premier wagon
    Celui qui plonge avant le matin dans l’océan
    Pour en ressortir avec le reflet de la lune naissante
    À une heure que nul ne sait lire ni crier
    Dans le combiné du téléphone d’un autre âge
    Au flanc des montagnes tu joues la neige
    Et n’acceptes que les raquettes pour te masser le dos
    Lorsque malgré ton interdiction il se voûte
    Loin des cathédrales englouties depuis si longtemps
    Que plus personne ne songe à prier pour le salut
    Du confessionnal déserté par les poissons aux ailes rouges
    Et seulement tapissé des coraux dont on se demande
    S’ils apprécient vraiment leur position loin de la chaire

    Et comme il faut toujours rentrer de voyage
    De classe du bois les veaux vaches cochons couvées
    Dont des poussins mort-nés sont sortis ce matin
    Dansant comme poussière dans un rayon de lumière
    Ton retour s’annonce par mille signes
    Par tant de caractères que pas un livre n’est assez gros
    Pour les contenir tous
    Et je les héberge leur donne le gîte et le couvert
    En argent brillant dans le reflet de lune
    Car diurne ou nocturne Elle est la seule à t’attirer
    Dans cette tour d’où elle t’invite à chanter sous le ciel vide
    Ne craignant pas de voir le vent te prendre en otage
    Et t’arracher à son amour indéfectible même s’il semble
    Pieuvre ou ventouse ou même venin t’obligeant à dormir les yeux ouverts
    Pour lui faire la lecture des Histoires Extraordinaires

  9. 4Z2A84 dit :

    dans chaque livre un volcan sommeille
    c’est pourquoi de la première à la dernière page
    on doit s’armer d’un parapluie
    lire devient un dur métier
    quand ses ailes ne portent plus le vieillard
    il marche la tête entre les poings
    ou pliée dans la poche revolver
    avec des certificats de bonne conduite
    le crâne se prête à tout
    son élasticité il la doit au chewing-gum
    dont il copie aussi le rythme d’horloge
    la nuque prend sa source sous terre
    ses ventouses aspirent ensuite le plancher
    le sang du lac s’évapore
    on croit voir rétrécir l’océan
    mais c’est un ballon en train de perdre de l’air
    un ballon comme vous et moi
    avec une figure ronde
    et quelquefois des cheveux tressés
    au bout des nattes la vie suspendue
    attend un coup de sifflet
    pour reprendre son train
    il ne pleuvra pas si nous dormons vraiment
    mais si nous ne dormons que d’un œil
    des arbres fugueurs entreront dans la chambre
    et déverseront sur nous toutes leurs cerises
    car même les figuiers donneront des cerises
    nos bouches sont des cerises
    nos baisers ont le goût des cerises

  10. Éclaircie dit :

    Sur le dos des parapluies la poussière dessine des labyrinthes
    Pour amuser les premières gouttes de chaque averse
    Et donner un aperçu du cerveau des passants sous la pluie
    Pensées bien sûr tortueuses voire parfois lubriques
    Lorsque les flaques assez conséquentes révèlent
    Les dessous de toutes les affaires propres ou non
    Qui hantent les rues- seulement des villes-
    Les chemins conversent depuis toujours avec les arbres
    Dans des porte-voix de papiers hachurés telle l’écriture des chats
    Avant que rendus fous par les signes étranges
    Ils lacèrent ce qui nous servait de bible par hasard ou bonheur
    Quand las d’atteindre les cerises en décembre
    Nous tendons nos mains nues sous le flot du torrent
    Que l’on ne trouve jamais sous les pavés
    Mais surtout en montagne ou bien enfouis derrière des déluges de mots
    S’abattant sur des baleines échouées mais vivantes
    Car la vie est sacrée — sacrée farce jouée par des automates
    Qui n’ont pas su repousser le charme des branches basses par temps chaud
    Dans cette humidité tropicale offrant à toute chose
    Et tout être un petit air de poulpe se noyant dans un verre de lait
    Ce lait aliment principal et exclusif de la lune
    Qui partage avec moi le goût du blanc de la mousse et des sphères évanescentes

  11. Toni Cervantes Martinez dit :

    Le Souffleur de Rêves

    Des feuillages animés
    Aux fougères muettes,
    L’obscurité qui guette
    S’émeut d’éternités…

    Le ruisseau coule frêle,
    Il entonne son chant,
    Le guide chantonnant
    Dans sa course rebelle.

    Une musique sème
    Des notes éparpillées
    En cristaux incrustés
    De baisers, de je t’aime(s)

    Une brise s’écoule
    Dedans les herbes folles,
    Caressante, se colle
    Aux iris qui roucoulent

    Des frissons délicieux
    Aux abeilles liseuses,
    D’une poésie heureuse
    Caressée par des yeux…

    Ecarquillés sans trêve
    De l’esprit de la vie
    Mystérieux génie,
    Le souffleur de nos rêves.

  12. 4Z2A84 dit :

    « Sur le dos des parapluies… » est un bel exemple de poésie qui fait avant tout appel à l’imagination, elle la libère et nous confirme dans l’idée, souvent contrariée par la paresse ou la fatigue, que cette « reine des facultés » serait inépuisable.
    *
    « Les abeilles liseuses » ne produisent peut-être plus de cire…Mais elles ont beaucoup de charme.

  13. Éclaircie dit :

    4Z, je sais que vous n’osez avouer que vous appelez paresse et fatigue à grands cris, parfois au bout du jour, quand vos doigts sont las de tracer tout ce que votre cerveau leur dicte, toujours et encore.

    Toni, quoi de plus harmonieux que l »amour de la nature ? Tes hexasyllabes ont ce goût délicieux et parfumé d’un matin qui hésite entre printemps et été.

    • Toni Cervantes Martinez dit :

      Le Monde est …beau
      …il suffit de rêver

      Au bois joli
      La nuit n’arrive
      Qu’à la demie
      Heure qu’avive

      La Chouette
      …..

      … sur le temps et l’espace, endormi!…

      j’ai parcouru le songe dans son rêve alangui,
      j’ai caressé la joie de me voir ébahi
      j’ai allumé au ciel l’étoile de l’envie
      j’ai saisi le malheur dans ma main et ravi…..

      …mes yeux se sont ouverts,
      mes soupirs à l’envers
      ont regagné mon cœur,
      ont rassuré ma vie

      Au bois joli
      Du bout du monde
      Le jour sourit
      Au clair de l’onde

      … au Paon
      …..

      … le ruisseau s’éveillant sort de la nuit…curieux!…

      Les églantines, timidement s’agitent aux airs du sous-bois venus les saluer…leurs corsages, en pétales délicats *palpités,* exhalent des parfums sublimes, enjôleurs et grisants, que mésanges et rossignols s’échangent en ballets musicaux effrénés.

      L’espace s’irise de nuances des lumières furtives magiques de la Vie qui, colorent les feuillages des noisetiers d’éclats changeants,
      Comme des voiles de respirations tout juste perceptibles,
      Des souffles,
      Des élans de soupirs d’esprits en escale, là au douillet du silence du bout du monde …

      Au bois joli
      Du bout du monde,
      Béa y vit…
      L’image … m’inonde !

      La poésie des mots à l’esprit conte la belle histoire d’une vagabonde,…

      Dame nature au bois raconte…

      Souvenez-vous sous un soleil éclatant de tendresse

      …les fraisiers sauvageons rougissant de leurs fruits!
      Béa était conquise,
      et
      Le charme opérant, elle allongea son corps,
      Neuf de seize ans à peine, dessous cette aubépine en fleurs.
      Aux pays des merveilles il n’est pas de miracle
      Aussi beau sans mentir…!

      Béa sous le soleil éclatant de tendresse
      Nue s’était assoupie, endormie, je crois même
      Sous l’aubépine en fleur.

      En un mot rêva-t-elle?…

      La nature grisante, en elfe transformée, s’éprit-elle du bel ange?…
      Interrogé le ciel tout bleu, sans certitude, s’étonna d’écouter sans trop prêter l’oreille mille soupirs d’aimer, d’amour vrai peint d’extase…!

      Béa, de cet amour d’AMOUR comblée, aurait gardé au cœur la marque, sans souffrance, d’une piqûre d’épine…

      …au jour de ses seize ans, dormant sous l’aubépine …

      Au bois joli
      Du bout du monde
      Le jour, la nuit,

      Beau est le monde.

      *****************************************

      …..je m’interroge Claire et 4Z,?..

      J’ai probablement cueilli vos poèmes en ce lieu de nature idyllique …parmi les violettes conteuses de rêves….ne m’auraient-ils pas inspiré ce texte sur le monde ,si,…Beau ????????

      toni

  14. Éclaircie dit :

    Je reviendrai un matin sur tes mots, Toni. Merci vraiment de ton passage.
    ***

    L’hiver n’a pas effleuré son visage
    Elle est en automne encore
    Cette saison de couleurs douces
    De pluie regagnant sagement les cours d’eau
    Par les sillons vides
    Vidés de toute leur puissance
    Quand les champs n’ont pas repoussé
    Leurs limites trop au-delà des taillis aux oiseaux
    La lune et la neige sont dans sa chevelure
    Se mariant aux brindilles bientôt sèches
    Son iris noir se moque du plus sombre ciel d’orage
    L’éclair s’invite dans ses pupilles ou dans son chant
    La glace brisée ne se formera pas sous le pas malhabile
    Ses reflets dans le vent
    Les échos de ses gestes
    Le toit à quatre pans pour recueillir la tendresse
    Sont surpris ce matin au printemps des futaies
    Demain peut s’assombrir dans la forêt sans feuilles
    La dernière saison l’oublie dans le satin des jours

  15. 4Z2A84 dit :

    Je l’ai dit ailleurs : tu émerveilles. Continue.

  16. Éclaircie dit :

    Elle a traversé tant de ronciers
    Bas déchirés mains et jambes griffées
    Où perle le sang dessinant des étoiles
    Rouges
    Elle a cessé de garder les yeux fermés
    De jour mais aussi de nuit
    Et ses pupilles enregistrent
    Inlassablement les gestes qui apeurent
    Les mots qui frappent
    Sans plus jamais parvenir à cligner des paupières
    Trêve illusoire
    Somnambulisme dans le ciel endormi
    Les fenêtres l’attirent pour leur lumière
    Leur hauteur rassurante
    Et leurs voilages qui oscillent
    Masquent éclairs éteints et cernes
    Le livre posé sur l’oreiller se s’ouvre plus
    Le chat ronronne encore cherchant sa paume
    Elle sait qu’au-delà des derniers taillis
    Se trouve la rivière retenue par le lac
    Brisant le barrage elle renaîtra avec le flot des rires

  17. Éclaircie dit :

    La lune a brillé des nuits et des nuits
    En ce petit matin elle n’est pas revenue
    L’horizon n’a pas su lui offrir la neige
    Couche majestueuse où elle aime s’étendre
    Les nuages joufflus mais léger dans le vent
    Ont gardé leur mystère et les veinures du marbre
    Pas le moindre flocon n’est sorti de leur ventre
    Tous les toits épuisés d’être noir d’être rouge
    Pèsent sur les greniers aux mémoires en friches
    Les graines n’auront pas ces reflets de cristaux
    Que le petit matin fait jaillir des sillons
    Quand l’oiseau assoiffé s’envole de son nid
    Se pose sur le champ et grappille la vie
    La lune s’est cachée lascive à mes côtés
    Nos rêves emmêlés jusqu’au prochain hiver

  18. Toni Cervantes Martinez dit :

    bon jour à vous

    L’Automate

    Notre temps numérique s’abrutit de virgules !
    Statistiques de sons, de goûts et de couleurs,
    Apprécie, les chiffrant, nos sens mesurables.
    L’image numérique quantifie le bonheur,
    L’avive de symboles signés, de qualité !
    La note de musique a désormais brisé, la corde
    Résonnant de son « arc du ciel »… le son métallisé
    Rassurerait l’oreille sans même frôler le cœur!
    La couleur sur mes doigts prête odeur à l’image
    Qui, sur ma toile, vivra parfumée d’existence,
    Jaillie de pur hasard, évadée de mes transes
    Mitées d’inspirations douloureuses parfois… mais,
    Constamment bercées par ma pensée profonde
    Ancrée aux éléments des confins du cosmos.

    **************************

    La vision m’est venue d’un délire de mots, du malaise de l’être canalisé, normé et qui un jour, beau d’un soleil d’été, se réveille.
    … il est pâle de frayeur:
    – des yeux lui viennent aux orbites, il voit la fenêtre et…
    – des paroles jusqu’à lui, sonnent dans ses oreilles, il perçoit le bruit du vent sous la tuile branlante du bord du toit… il écoute!
    – un parfum l’incommode par l’odeur indéfinie d’une chaire qui gémit, il sent… !
    -le bras tendu, manipule dix doigts, de ses mains posées dans le soyeux d’une chevelure…
    – la bouche entrouverte, aspire, comme une fraîcheur douce et humide… le goût découvert redessine à sa vue consentie, la femme en ses lèvres câlines… oubliée… le soir… dans son lit

    Il est temps de rêver pour que la vie soit bien plus belle!!

    toni

  19. Éclaircie dit :

    L’automate et son allure saccadée
    s’accordent à tous les sons
    syncopés des lignes droites des angles droits
    Le ruisseau sinue dans l’herbe
    il contourne la pierre
    la caresse tant qu’il la cisèle
    en couleur chaude et ronde
    Les arbres apprivoisent la verticalité
    lancent leurs rameaux et leurs feuilles
    en tous points de l’horizon
    Lorsque goûts et senteurs agacent nos papilles
    le vent seul offre la cambrure
    à la main voulant s’en saisir
    Les voilages devant les fenêtres fermées
    ondulent devant nos pupilles
    La charpente parfois s’affaisse
    sans jamais envahir les greniers

    Le chemin des vagues souligne
    les crêtes et les creux accessibles
    avant que le regard devenu fixe
    perde la curiosité et l’éclat des rires

    • Toni Cervantes Martinez dit :

      ….je crois me souvenir d’avoir écrit ce texte en réponse à l’un des tiens
      *************************************
      Dîtes-le avec…. une fleur

      !!!!!!!!

      …mais tu … souris!

      …la marguerite fière en ma main recueillie, mime la reine des anges.

      Dérobée au parterre du jardin de l’ailleurs,
      Elle secoue son minois, fait la moue,
      Fleur hautaine, elle se grise à l’éclat de l’anneau d’or au doigt piqué du diamant bleu,… l’espoir…

      Elle l’envie!
      …Symbole prodigieux du bijou qu’elle fut ! …tête haute, souriant* pleins- pétales* odorants,
      Dévorée de baisers,
      Caressée de mille ailes d’abeilles capiteuses,
      *Balbutieuses * d’amours

      Sur son cœur pâlissant, se décalquent des pleurs,
      Les larmes asséchées*mitent* l’or de son âme,
      L’ailleurs n’est plus qu’image,
      L’image n’est plus qu’idée du rêve consumé auprès du coquelicot, fantasque tant aimé…
      Ses yeux, mirages devenus, aux cieux seraient allés conter son émoi éperdu…
      Les rires de sa cour, dont les douceurs palpitées se sont éteintes, lui manquent…
      La tige de son corps abandonne sa vie…
      La rose en soupir, lui jalousait la grâce de son habit de jour,
      Etincelant de blanc le tapis de pensées rêveuses éclaboussées des embruns du jet d’eau,
      Au parc du château…

      Le plastron, sa fierté d’élégance,
      Subtil corsage peint d’un vert intrépide,
      Renonce à sa brillance…
      Le charme sublimé de* la fleur la plus belle,*
      fanera …

      La marguerite fière en ma main recueillie,
      Dérobée au parterre du jardin de l’ailleurs,
      La corolle en frissons des pétales vacille,
      Frôle la bouche aimée offerte à la caresse effeuillant en murmures le plus beau des
      je t’aime,

      …Je ne vois bien que vous entre toutes les belles …

      Toni Cervantès Martinez

      * Marguerite –Bellis Silvestris–

  20. 4Z2A84 dit :

    « L’automate et son allure saccadée… » est un poème formé d’une suite de descriptions d’un environnement qui n’aurait rien de particulier (on est à la campagne, il y a des arbres, un ruisseau et une maison) si le poète n’avait pas la volonté de le saisir d’une manière inattendue et personnelle. Le résultat est étrange comme je suppose les premières toiles impressionnistes parmi des peintres académiques. Tout est en mouvement. Seul le regard, en fin de texte, devient fixe. Certes le vent « offre la cambrure à la main », mais on sait que cette main ne se refermera sur rien de réellement tangible. La réalité est-elle impalpable ? En poésie, sans doute. Ici la nature ne semble pas avoir besoin du point de vue de l’homme pour opérer; les mots s’en inspirent sans son accord.

  21. 4Z2A84 dit :

    Je relis avec plaisir ce poème d’Eclaircie :

    « La lune a brillé des nuits et des nuits
    En ce petit matin elle n’est pas revenue
    L’horizon n’a pas su lui offrir la neige
    Couche majestueuse où elle aime s’étendre
    Les nuages joufflus mais léger dans le vent
    Ont gardé leur mystère et les veinures du marbre
    Pas le moindre flocon n’est sorti de leur ventre
    Tous les toits épuisés d’être noir d’être rouge
    Pèsent sur les greniers aux mémoires en friches
    Les graines n’auront pas ces reflets de cristaux
    Que le petit matin fait jaillir des sillons
    Quand l’oiseau assoiffé s’envole de son nid
    Se pose sur le champ et grappille la vie
    La lune s’est cachée lascive à mes côtés
    Nos rêves emmêlés jusqu’au prochain hiver »

    Eclaircie MCB

  22. Éclaircie dit :

    Le silence joue à cache-cache avec les ombres
    Tantôt elles murmurent comme rivière tranquille
    Tandis que le soleil écrase le moindre son dans un rayon rageur
    Parfois elles se tiennent tranquilles muettes comme une absence
    Et la plus petite brindille crisse dans un vert délicat
    Hélant dans le vent les bourgeons encore assoupis
    Puis le jeu cesse et l’œil aux paupières à demi-fermées
    Doit inventer des lettres et des mots afin de conserver la souplesse
    L’étonnement et l’envie de demeurer ouvert
    Plus loin que l’éblouissement éphémère ou les ténèbres infinies
    On fouille dans les demi-teintes et les chuchotements
    Pour prolonger le dialogue fou entre la terre et l’eau
    Source de nos gestes de nos pas et de tous les frissons
    Fièvre bienheureuse que l’aurore vienne ou pas

  23. 4Z2A84 dit :

    Les ombres se cachent mal
    on les trouve sans les chercher
    dans le coin le plus reculé de sa chambre
    là où dorment tapis les monstres que nous engendrons
    en rêve
    ou pour le plaisir d’aérer l’imagination
    car l’imagination a besoin de fraîcheur
    pour dompter sa nature paresseuse
    on lui mange dans la main
    ainsi comprend-elle combien nous l’aimons
    moi qui ne suis que mon estomac je le comprends
    et j’attends l’heure du crime pour procéder
    à l’arrestation de mes facultés mentales
    au profit d’une soupe à la citrouille
    ou d’un moment de repos sous un tilleul.

  24. Éclaircie dit :

    Les rires n’osent pas se poser à ta fenêtre
    L’absence de lumière les effraie
    Et la lune ne paraît pas dans les miroirs
    Le vent est tombé à la porte du soir
    Etoiles et nuages hésitent sur le cap à tenir
    Si le chant du ruisseau se mêle aux couleurs des prairies
    Le lierre sur le mur ne laisse transpirer nulle issue
    Reste l’escalier gigantesque
    Dont on ne sait pas s’il descend ou bien monte
    Dont on ne sait pas plus s’il faut préférer
    Cave ou grenier Là le silence est seul à transparaître
    On attend et l’on voit les marches s’effriter
    Les cloisons du salon se rapprochent de leur point de rupture
    Le cerisier aura-t-il assez de fleurs
    Pour meubler de flocons l’encadrure du printemps
    La surface lisse des souvenirs teintée de bleu léger
    Ne tremble pas Seule sur le ciel une main lumineuse
    Fait un signe Mais on ne distingue pas de silhouette
    Est-ce un adieu ou seulement – Je passe
    À toi de déchiffrer le sens de l’océan –

  25. 4Z2A84 dit :

    Le sens du courant lorsqu’il rejoint l’océan
    appartient à ceux qui ignorent s’ils montent ou descendent
    quand le gigantesque escalier roulant les entraîne
    loin de leur paradis où les cerisiers s’accomplissent
    en jonglant avec leurs flocons de fausse neige.
    Il y a trop de miracles dans nos escarcelles
    nous perdons en chemin des plumes positives
    les poèmes mal cuits tournent sur une broche
    on trouve de la cendre sous ses dents
    et l’on crie mais jamais assez fort
    pour réveiller la lune.
    Ignorante tu dors
    et jamais le printemps ne te sort de ton lit
    en jouant du tambour
    il te faut le tonnerre et sa foudre pour naître
    et montrer le bout d’une oreille
    aux astronomes amoureux.

  26. Éclaircie dit :

    À la fenêtre une scène de théâtre
    Fosse d’orchestre bruissante
    Des instruments que l’on accorde
    Des rampes de lumières
    Plus éblouissantes que le soleil
    Personnages en costumes
    Un astronaute de vert vêtu
    Un chien déjà vieux couché au pied d’un banc
    Un scaphandrier qui semble quelque peu manquer d’air
    Des poissons cachés dans un aquarium aux vitres opaques
    Deux fillettes jouant à la marelle
    Tresses noires tresses blondes papillons noués pour les retenir
    Puis un décor de carton-pâte plus vrai que nature
    Une tour hantée par l’esprit de la poésie
    Des douves où des noyés trop curieux sont bercés entre deux eaux
    Des rues des avenues des ruelles des impasses des trottoirs
    Mais une ville fantôme
    Et des collines qui ont envahi l’espace
    Des gouffres profonds emplis d’une eau opaque
    La lune et le soleil qui éclipsent les spots et les acteurs
    Des jonquilles fanées des tulipes en bouton des violettes
    Qui ont laissé leur parfum dans leurs loges
    Et une horloge sans aiguille sans quartz avec un seul saphir
    Rouge pour les besoins du spectacle
    Dont un hérisson s’extrait péniblement à intervalles discontinus
    -Un seul regard à la fenêtre et je l’ai vu vingt fois
    Ou plus je ne sais plus compter que le nombre de ricochets
    Sur les ventres rebondis des grenouilles rouges elles aussi-

    Et le vent jaloux vient de refermer le volet
    J’entends la pluie qui délave visages et décors

    Quand j’ai voulu ouvrir le battant
    Un grand mur était érigé
    Seules des pierres me sont apparues
    Et quelques racines de lierre bien vivantes

  27. 4Z2A84 dit :

    Que dire de plus
    je n’ai vu que ce que mes yeux ont bien voulu me montrer
    le nain en clown a disparu sous son nez rouge
    et si des éléphants reste l’ombre
    on l’enroule comme un tapis
    pour laisser la place à l’herbe rachitique des terrains vagues
    les chaussons de la danseuse connaissaient le solfège
    ils nous jouaient au piano des airs à la fois gais et tristes
    mais nous ne dansions pas
    le plancher manquait de bon bois
    et nous ne voulions pas risquer de tomber dans l’abîme
    avec nos haltères
    lorsque les chiens quittaient leur niche
    c’était pour chercher de nouvelles raisons de vivre
    sous le regard lointain de l’horizon
    une taie sur un œil immense
    les barques secouaient nos illusions
    mais nous ne changions pas de cap
    que se déroulent ou non ces serpentins
    lancés du ciel par des anges facétieux
    aujourd’hui nos lits n’occupent plus sur mer la place des bouées
    car les étoiles se nourrissant de grains
    nous réveillent vers minuit
    chacune crie j’ai faim
    leur bec nous pique
    faites l’amour dans le silo pour ne pas manquer de pépites.

  28. Éclaircie dit :

    Les pépites s’agitent comme puces en colère
    Lorsque la peau du chien a ce goût d’amertume
    Quand tous les chercheurs d’or penauds de leurs défaites
    Maudissent l’animal et toutes les rivières
    Incapables d’offrir la moindre once d’amour
    À d’autres que le vent ou l’océan brutal
    Et nous mêlons les eaux des ruisseaux nouveau-nés
    La pluie venant lustrer les fourrures éteintes
    Les perles de la nuit scintillant sous la lune
    Dessinent les contours des étoiles absentes
    Un dernier aboiement invite le silence
    À recouvrir la page noircie depuis longtemps

  29. 4Z2A84 dit :

    Si ton visage est pareil à la lune
    je nourrirai mes nuits de sa clarté
    pour ton regard je certifie qu’aucune
    étoile au ciel ne le passe en beauté
    à sa tendresse il ajoute une flamme
    dont la mission n’est pas de consumer
    mon cœur chétif mais d’y former la femme
    elle inventa pour lui le verbe aimer
    quant à tes mains je saurai te les prendre
    et dans mes mains les tenir enfermées
    ne m’en veux pas si je tarde à les rendre
    les miennes sont sans elles désarmées.

  30. Éclaircie dit :

    À défaut de rimer harmonieusement, j’abandonne pour quelques lignes la poésie mesurée.
    Tes 12 décasyllabes renferment une dose de tendresse inestimable.

    Joli cerveau régulier légèrement luisant
    D’un gris perle élégant
    Veiné de vaisseaux obéissants
    Dans une boîte
    Une boîte crânienne transparente
    Qui permet de distinguer
    Ça et là quelques petites billes colorées
    Aux effets des plus inattendus
    Sur le corps supportant cette tête
    Lorsque les rouges scintillent
    Une fine brume s’échappe de la peau du sujet
    Les bleues ferment les volets de la maison
    Les yeux du visage
    Seul le clignotement des vertes ouvrent en grand les fenêtres
    Les mains et la bouche d’où les sons s’échappent
    Parfois toutes pétillent de concert
    Et des propos incohérents se répandent dans l’espace
    Entrecoupés de vérités nouvelles
    Incontestables – Qui les contesterait, le personnage est seul ?
    Parfois il prend son élan entre ses quatre murs
    Et jette son front aussi fort que possible
    Contre la paroi la plus éloignée

    Et tout devient terne sombre opaque
    La chevelure tisse un voile
    Entre le seuil de la bâtisse et les pensées.

  31. 4Z2A84 dit :

    Nos yeux nous précèdent dans la rue
    où les commerçants se disputent les meilleurs morceaux du trottoir
    un trottoir trop sanglant dont même les bouchers contestent le mérite
    à défaut de patinoire on y glisse parfois en tutu
    quand notre fenêtre ne sort pas de son cadre
    pour faire le tour de la maison

  32. 4Z2A84 dit :

    le poème dont vous avez peut-être lu quelques vers ci-dessus est inachevé
    la suite s’impatiente dans ma tête
    je soulève le couvercle de la lessiveuse
    avec la vapeur surgit une enfant nue
    ne me dérangez pas quand j’entreprends la cueillette des escargots
    après l’averse on en trouve sur les branches fleuries
    ils se déplacent plus vite qu’à l’ordinaire
    on parle même de franchir le mur du son
    mais les avions boudent le bec dans la farine
    inutile de déplacer le pont
    il enjambera toujours la voie lactée.

  33. Éclaircie dit :

    Bravo d’avoir laissé la lessiveuse découverte ; je n’ai ainsi qu’à déchiffrer les mots dans la vapeur et non devoir prendre ma plus belle serpillière ( celle en coton bouclette) pour délicatement rassembler les éclats de coquille d’escargots, que les limaces attendent pour les recoller et hop ! s’élancer sur leurs dos, franchir tous les murs des sons du jardin composés du crissement des brins d’herbe que nul ne manque d’écraser sauvagement alors qu’il conviendrait juste de voleter pour les épargner. mais non ! Chacun trouve l’exercice un peu trop ridicule et ne veut se faire remarquer par les pies très friandes de tous les précieux objets.

  34. 4Z2A84 dit :

    La montagne m’a dit
    je ne me déplacerai pas si tu te détournes de moi
    il faut laver ses yeux dans une eau pure
    pas celle du robinet ni avec des larmes
    alors on les fixe sur des antennes
    et de là ils regardent ramper le monstre
    la montagne est comme une soupe épaisse
    on cherche des morceaux de viande bouillie
    parmi les pommes de terre les carottes et les navets
    la faim guide mon doigt
    le seul à décider de la juste note sur le clavier
    et toi comment fais-tu pour garder le sourire
    quand des ouvriers déplacent tes meubles
    ainsi l’avalanche trouvera le chemin vers le lit
    expliquent-ils dans une langue inconnue.

  35. Éclaircie dit :

    Le sifflement pas même discret du train de 31 h 67 frappe au carreau et demande l’hospitalité pour quelques minutes, un verre d’eau pour s’éclaircir la voix, un sucre d’orge pour le dernier wagon encore tout jeune et un peu intimidé par le panache des chevaux vapeurs mais aussi des merveilles pour Alice, fille du chef de gare où le convoi ne passe jamais.
    Puis sans plus de façon, la porte étant close, le sifflement s’installe dans le lit trônant dans la baignoire, entame un somme qu’aucun de mes chants ne réveillera ; les passagers inquiets de ne pas le voir revenir assaillent les ailes des oiseaux et tambourinent aux fenestrons des multiples greniers, conscients de l’inutilité du geste mais cependant très fiers de leur initiative.
    Ce n’est que le courant d’air provoqué par la course des puces sur le dos du chien qui ramena l’ordre. Les volets claquèrent avec force, puis la maison s’est renfrognée dans un silence hautain, la locomotive déjà parvenue au bout du ciel ou peut-être dans un gouffre menant à l’envers du jour.
    On n’aperçoit plus qu’une colline faite de multiples pierres où pas un arbre n’ose s’implanter. À ses pieds un pédalier tourne inlassablement et entraîne des pages et des pages blanches à s’entasser sur des pages et des pages blanches.

    Gardez vos souvenirs au chaud dans vos mémoires
    J’ai effacé les miens et ne souhaite voir
    Que le matin naissant au bord de ma fenêtre
    Les images d’hier voguent déjà très loin
    Et j’ai tout à connaitre ainsi qu’à espérer
    À vos lèvres un sourire suffit à m’apaiser
    Les contes lumineux au pied de l’arc-en-ciel
    Ajoutent à la couleur ses nuances profondes
    Jamais je ne verrai le soleil s’effondrer
    La lune et les forêts voileront ces instants
    Où l’on s’accroche encore à tout ce qui n’est plus
    Éphémère et furtive en quête d’océan
    J’oublie tous les torrents brisés par les glaciers
    Je suis la goutte d’eau désaltérant la nuit

  36. 4Z2A84 dit :

    Au plafond le soleil épinglé dort d’un seul œil d’or
    Je lui lance des mots qu’il évite de justesse
    En changeant d’adresse pour enivrer le facteur
    Toutes les perles du même collier une bouée les berce
    Je suis celui que tu n’es qu’en naissant
    Mes doigts sont faits pour éplucher les tornades
    On me maintient debout à l’aide d’un fakir
    Sur le viaduc dont je possède les clés
    Et l’assurance de sauter d’une île à l’autre
    Sans devoir emprunter le train de lierre
    Les lézardes creusent la mer et s’y trouvent bien
    Les nids accueillent les coquelicots exsangues
    On porte des mariées le long des corniches
    Ainsi survolent-elles les banques où se cuisinent
    Selon les recettes de l’alchimie moderne
    La torpille le sanglier et l’homme perdu
    Autour de la table réunissez
    Vos ennemis et offrez-leur de mourir
    En laissant derrière eux leurs draps se tordre
    Et la lumière allumée dans la niche du chien
    Un chien qui n’obtient rien de son maître
    Même en le sifflant
    Privés d’inspiration les oiseaux se taisent
    Les rues mènent vers un fossé les passants trop pressés
    Les vitrines montrent les dents
    Quand on leur jette des cailloux
    Dont certains ricochent sur la lumière réfléchie.

  37. Éclaircie dit :

    Les fleurs du cerisier absorbent toute la lumière naissante
    Le jour trépigne mais patiente
    Tapi derrière la colline
    Il effleure légèrement les cheminées
    Vérifie si les âtres sont encore tièdes
    Tournant la tête il s‘assure que le soleil le suive

    Tous deux feront leur entrée
    Au sixième vers du poème
    Triomphants de la lune (croient-ils)

    Quand elle est seulement allée reposer
    Son ventre déjà lourd pour l’offrir
    Rond
    Lumineux
    Roux
    Dans quelques nuits
    Aux yeux des dormeurs ébahis
    Les rêves auront la saveur d’un printemps frais
    Les lettres se suivront dans une pagaille délicate
    Signe avant-coureur de la débauche des couleurs

    Les arcs-en-ciel
    Un pied sur la toiture de la bâtisse sombre
    Lanceront l’autre à l’assaut des tours silencieuses
    Ils seront sept à partager l’espace
    Le chant et l’esquisse du grand bateau
    Pour le voyage que tous les matins
    Les étoiles entreprennent
    Depuis la forêt
    Jusqu’au soir étincelant des crépuscules mauves

  38. 4Z2A84 dit :

    Vous vous enveloppez dans vos cheveux
    Pour n’être vue de personne
    Mais on vous suit partout
    Même de très loin
    Où que vous alliez fleurissent les yeux
    Chargés de tout filmer
    Le réel et le produit de notre imagination
    Quand on la laisse courir sur la plage
    Elle trouve l’eau trop froide pour s’y noyer
    Les poissons lui font signe de la rejoindre
    Mais elle n’aperçoit pas leurs nageoires
    Ou bien elle les ignore comme on se détourne du ciel
    Parce qu’il n’en tombe que de la pluie
    Une pluie trop fine pour songer à la ranger parmi ses sous-vêtements
    Dans l’armoire où sous les draps Dieu a glissé son testament
    Ne marchez ni sur votre barbe
    Ni sur vos cordes vocales
    Ni sur vos dents ne les montrez à personne
    Le colérique circule le long des gouttières
    Il entend les girouettes se moquer de lui
    L’instant d’après elles le plaignent
    Il saute dans le vide
    Son parachute ne s’ouvre pas
    Ne me parlez pas de ses bretelles
    Ne me suppliez pas de l’épargner
    Son parachute s’ouvre
    Il atterrit sans une égratignure sur une planche à clous
    Le fakir est une femme dont les mains prennent l’eau
    Comme un morceau de buvard absorbe en quelques secondes l’océan
    La mer nous manque le sel aussi les requins moins
    Les affiches vantent la mémoire
    En les déchirant on oublie d’écouter battre le cœur de la terre
    L’oreille collée au sol
    De l’autre côté trois coups frappés indiquent le début d’un spectacle
    Auquel vous assisterez de votre nuage
    Si le vent reste interdit.

  39. Éclaircie dit :

    L’horloge en escale entre deux heures
    Compte et recompte les minutes et les secondes
    Qui la séparent du vrai repos
    Lorsque personne n’attendra plus de train
    Quand les rivières débordantes d’amour
    Entraîneront tous les passagers
    Bien plus vite bien plus loin
    Que ces machines souffreteuses
    Toujours affamées jamais repues
    À qui l’on offre pourtant les meilleurs morceaux
    Nuage tendre musique symphonique
    Ballets endiablés et poussières de diamant
    Car toujours l’homme se sépare de l’essentiel
    De sa cravate et de ses chaussons
    Mais aussi des dossiers qui l’accablent
    Lui tordent le cou et lui font plier le dos
    Il espère devenir voile de montgolfière
    Parvenir comme l’aigle à distinguer la mouche
    Posée à la fenêtre aux côtés de son épouse
    Guettant le retour des naufragés
    Tandis que les sauces piquantes bloblotent
    Comme poisson dans trop peu d’eau
    Je surveille mon courrier
    Grande enveloppe aux peintures rupestres
    Doigts de porto dans boule de cristal
    Rubans entrelacés autour de paquets fantômes
    Et les dernières nouvelles du temps
    Qui songe après son escapade à rentrer pour la nuit

  40. Éclaircie dit :

    Où va la pluie qui s’échappe des nuages
    Sans tomber sur le sol ?
    A-t-elle si peu envie de s’étendre
    Qu’elle se recroqueville sur elle-même
    Formant un ruban voletant au vent
    Sans jamais atterrir
    La peur d’être happée avalée digérée par des terres
    Inconnues l’effraie jusqu’à la pousser
    En apesanteur
    Jusqu’à stagner ne désaltérant aucune contrée

    La poussière qui s’échappe sous le pas
    Du voyageur n’attend qu’elle pour retrouver
    Le nid du chemin
    Même l’ornière lui paraît douce
    Creusée pour accueillir de l’eau

    Le soleil intransigeant
    Ne permet pas aux gouttes
    De tergiverser longtemps
    Entre deux ciels
    Il les assèche sans aucun égard
    Et se vautre sur les plateaux déjà exsangues
    Ajoutant à l’ocre des lieux la flamme
    D’une chaleur trop vive

  41. 4Z2A84 dit :

    La pluie n’exige pas de l’horloge qu’elle compte les gouttes
    Nous dormons la fenêtre ouverte
    Ainsi entre dans la chambre en roulant le lac
    Il se tient debout sur un axe
    Comme des sabots d’un cheval lancé au galop
    Des étincelles jaillissent de son anneau
    Ou bien ce sont des insectes mouillés
    On ignore si sur les murs des yeux naissent
    Quand nous nous tournons du côté de la vie
    Quitte à subir les premiers rayons d’un soleil aveuglant
    Les obstacles se traversent en luge
    Il suffit d’appuyer sur le bon champignon
    Pour voir la forêt rétrécir puis disparaître
    Le nougat fond moins vite dans la matrice des forges
    On entend crier l’eau avant de l’imprimer
    Toutes ses robes ne tiennent qu’à un fil
    Sur ce fil meurent le soir des cygnes d’opéra
    Je cherche une place dans la loge perméable
    Mais on ne m’y offre ni une cellule de cire ni le couvert
    Je fais mon nid dans les cheveux du poireau
    Le sablier digère mal les couleuvres
    Il donne l’heure au lieu de courir sans l’espoir d’atteindre un lièvre
    Nous changeons ses piles
    Ses couches pleines de gravillons
    Son masque dont les trous se déplacent
    Le temps de tordre une éponge pour en exprimer les larmes
    Notre hélicoptère a succombé aux attaques d’un filet à papillons
    Inutile de faire frire des boules de neige
    On ne nous rendra pas nos ventilateurs
    Du plafond les mêmes erreurs tomberont une à une
    Nous nous tromperons encore de porte
    Nous n’ouvrirons pas la bonne huître
    Celle dans laquelle on dort en chien de fusil
    Indifférent au sort du raisin piétiné
    Comme à l’escalier dont le hoquet contracte les marches
    Nous soûlerons le feu
    Il ne reconnaîtra plus sa mère dans la foudre
    Nous l’épilerons avec une grue télescopique à pince
    On dira le feu n’est plus il fut
    Et on lira la suite malgré les oignons.

  42. Éclaircie dit :

    Quel feu d’artifice !. Partant d’un présent des plus improbables mais aussi des plus merveilleux, poursuivant dans un futur éblouissant. Il est aussi question d’une suite … À court de souffle, je cherche une bolée d’air vif pour tenter de suivre.

  43. Éclaircie dit :

    Le temps s’étire et bâille
    Sûr de son infini
    Mais lorsque la rivière
    Le rudoie le bouscule
    Il se raccroche au vent

    Les images s’enchaînent
    Devant les yeux mi-clos
    Livre ouvert au hasard
    La phrase reprend son sens
    Si les lèvres chantonnent

    La neige ne fond pas
    Le froid se sent si bien
    Au-delà de la plaine
    Le soleil dans tes yeux
    Épargne les brûlures

    Chaque jour nouveau-né
    Ajoute à la couleur
    Des murs dans le grenier
    Le toit tout doucement
    Protège les années

  44. 4Z2A84 dit :

    Au grenier le soleil
    N’entre pas sans y être
    Invité par des ombres
    Pressées d’offrir leur place
    Au jour que crée le coq
    Criant cocorico.
    Prudentes araignées
    Vos toiles vous alertent
    Quand se débat la proie.
    Mannequins poussiéreux
    Marchez de long en large
    Parmi les vieilles malles
    Là où sont entassés
    Des trésors de pirates
    Ou d’enfants trop gâtés…
    Les poutres sans un toit
    Soutiendraient la lumière.
    Les habits démodés
    Frimeraient sur un cintre.
    Les poupées à qui manque
    Un membre un œil la tête
    Danseraient sur un air
    Obsolète oublié.
    Dans nos bras le passé
    Renaîtrait de ses cendres.
    Les meubles mutilés
    Connaîtraient un regain.
    Les ressorts des fauteuils
    Cesseraient de se plaindre.

  45. Éclaircie dit :

    Ce grenier aussi grand que le ciel
    Respire et repousse ses limites
    La nuit la lune entre à travers les tuiles
    Et rien au matin ne transparaît de la danse
    La poussière bien en ordre
    Sur les piles de draps brodés mais d’un autre âge
    S’étend à la malle au berceau recouvert de tulle
    Issu du voile d’un antique mariage
    La maison tremble légèrement
    Imperceptiblement dans la crainte d’assister
    Au réveil du soleil faisant fondre les murs
    Craquelant le ciment et fissurant les dalles
    L’herbe libre poussée entre les pierres de la terrasse
    Espère qu’une main même ridée l’arrachera
    L’escalier se tasse sur ses marches
    Et la voûte de la cave rejoindra bientôt le sol humide
    Mais lorsque les rires fusent à l’aplomb du jour
    Le puits gargouille fenêtres et portes se redressent
    Et claquent Les clés dans les serrures
    N’émettent pas un gémissement
    La bâtisse grandit et la vallée entonne
    Le chant d’été qu’elle devra terminer
    Avant la retombée du silence

  46. 4Z2A84 dit :

    Le ciel est-il notre grenier
    Y entassons-nous objets abîmés et défroques
    Sous un rideau mangé des mites
    Un ancêtre au sourire figé
    Accueille un couple d’araignées
    Dans son crâne vide où séjournèrent
    Toutes les merveilles du monde
    Nos pas déplacent la poussière
    Leurs empreintes trahissent le visiteur
    On saura qui cherche dans le passé
    Les souvenirs manquants
    Ceux sans lesquels le puzzle
    De sa vie signale des lacunes…
    Où étions-nous quand le salon
    Laissa entrer les cerisiers
    Quand du sous-sol surgit la cave
    Avec ses tonneaux prometteurs
    Dans la chambre on vit la rivière
    Occuper les lits des rêveurs
    L’escalier avala ses marches
    Pour nous contraindre à reconstruire
    Une tour ou un dernier phare
    Sur une invincible falaise
    Mais une échelle nous suffit
    Nous montâmes vers le grenier
    Un long voyage en perspective…
    A présent nous sommes trop vieux
    Le paradis tient ses promesses
    L’oubli et la bonace y règnent
    Parmi des gisants satisfaits
    De leur enveloppe de poudre.

  47. Éclaircie dit :

    Je ne connaissais pas le sens de « bonace ». Très beau texte, 4z, grenier personnel tout près du ciel.

    La pénombre seule oblige à ouvrir
    Grands les yeux pour fouiller dans le moindre recoin
    Des greniers certes mais aussi des vies
    Des champs et des prés
    Quand les rivières chantonnent pour indiquer le chemin
    Celui qui mène au chevet de l’océan grondant
    Ivre des clameurs des vagues
    Assommé par la puissance de l’eau
    Dessinant des naufrages
    Dont il ne rend que bois flotté
    Au soleil éveillé
    La course vers la mer n’en finit pas
    Plonger jusqu’au confins des gouffres
    Pour voir l’esquisse de la vie éclore et scintiller

  48. 4Z2A84 dit :

    L’horizon n’est pas seul à se dérober
    Lorsque nous croyons le toucher du bout des doigts
    Où qu’il aille l’océan puis le rivage le suivent
    Nos semelles ne touchent plus le sol
    Nous ne nous appuyons sur rien pour continuer de vivre
    Le regard se perd parmi des étoiles clignant de l’œil
    On ne tire plus sur ses propres ficelles
    En espérant se faire avancer
    On ne libère plus son cou du nœud
    Les nuages quand on les saisit laissent leur suie sur nos mains
    Les mains serrées sont les nôtres
    Jamais celles des autres
    Les autres tendent les joues
    A la fraîcheur d’un soir longtemps attendu
    Ils tendent l’oreille vers un improbable piano
    A-t-on vu les notes de musique sur le cerisier
    Les a-t-on entendues se plaindre d’être cueillies trop tôt

  49. Éclaircie dit :

    https://www.youtube.com/watch?v=SZa1EGzt5AM&feature=em-subs_digest

    je voulais vous offrir les paroles, je ne les ai pas trouvées, désolée.

    Bonne écoute..demain peut-être j’écris…

  50. Éclaircie dit :

    Dans le brouillon de son cerveau
    la lumière décrit des signes :
    Bulles de couleurs pastel
    qui se retrouvent dans ses yeux
    Ombres aux intensités changeantes
    pareilles aux mouvements du vent dans les arbres
    ou à la surface de l’océan quand la lune s’y reflète
    Un son léger parfois provoque l’éclatement
    d’une des bulles et quelques étincelles avivent le ton des voisines
    Très vite reprises par le clair-obscur
    tel un corps entre deux eaux qui ne se noierait pas
    se laisserait doucement dériver
    sentant que le voyage est sans fin
    sans risque
    Juste solitaire
    Et que les perceptions nombreuses
    Nouvelles et étranges seront levain
    Pour un nouveau matin alors immobile

  51. 4Z2A84 dit :

    On se laisse doucement dériver
    Sans se demander où l’on va
    Les paysages caressés par nos cils
    Glissent le long du ciel débonnaire
    Parmi les bateaux ballonnés
    Dont les cales pleines d’or suffoquent
    On fournit au passager clandestin
    Les derniers secours
    Ceux pour lesquels la mort se déplace
    Comme une mariée en voyage de noces
    On se prend les pieds dans sa traîne
    D’autres dans un tapis volant perdent l’équilibre
    D’autres refusent de porter leur nom
    Et de ne posséder que trois ou six doigts à chaque main
    Ils cherchent vainement au fond de leurs poches
    Le pistolet à eau
    Pour tuer les nuages en file indienne dans les galeries marchandes
    Un drôle de pistolet
    On l’utilise surtout quand il est indispensable de rater la mayonnaise
    Oui les pucerons attendront l’ordre
    De ramer avant d’entraîner la galère
    Dans un dé à coudre
    Là où nos vies basculent

  52. Éclaircie dit :

    De brouillons en brouillons, son cerveau avance dans un univers de plus en plus intense et merveilleux. Et lorsque l’écho lui renvoie un univers tout aussi fabuleux et dense, elle approche d’une intemporalité que rien ne peut éteindre.

  53. Éclaircie dit :

    Lorsque tendre les bras est difficile
    Choisit-on la lune pour amie …
    Les images imprimées au creux du cerveau
    Passent par un filtre aux couleurs changeantes
    Ouvrant les yeux dans l’eau
    Le décor n’est pas moins flou
    Le geste imprécis et les sons assourdis
    Je voudrais remonter à mes ancêtres aquatiques
    Entendre le chant de la plus petite lame
    Effacer les cris et les causes
    Et atteindre l’harmonie fluide de contrées perdues

    Je laisse désormais pleine
    Ma baignoire
    Pleine de cette herbe grasse et nourrissante
    Dont les vaches se repaissent pendant mes allers
    Mes retours
    Les ruminations des bovidés au cœur tendre
    Rythment le temps
    Bien mieux que les horloges
    Trop précises pour oublier une seconde
    Leur inconfortable posture au mur des jours
    Chats et chiens enfin réconciliés
    Ou qui le laissent paraître s’unissent pour applaudir
    Dans une brassée d’eau joueuse
    Le ludion sous pression
    Amuseur dans son aquarium de survie
    Qui dessine des cercles et des bulles
    À ce jeu se prennent aussi les mots
    Les notes les murs les assiettes et autres coupoles
    Ne gardant pas rancune de l’imitation dont elles sont l’objet
    Que l’on pense à elles les ravit
    Si l’on n’y prend garde nous les retrouverons
    Dans la tisane apaisée des matins ludiques
    Ou sous la feuille de chou oubliée sur un banc
    Lorsque la soupe trop épaisse demande grâce
    Les remous dans le bain ne sont que mirage
    Juste l’eau qui nous compose empêchée de battre

    Sur le rebord de la fenêtre frémit la réalité
    Consciente de l’ampleur de la tâche
    Pour convaincre les habitants des tours et des ruelles
    Qu’elle peut encore avoir sa place
    Sur l’étagère des nuits fécondes

  54. Éclaircie dit :

    Le paysage peaufine son portrait délicatement
    Lentement
    Les branchages ne sont encore qu’une forme brute
    Tandis que les oiseaux en affinent le détail
    Progressivement
    Espérant que le bleu et l’or
    Viendront mettre une touche à leur labeur journalier
    Le hasard ou le sort en ont décidé autrement
    Le gris se marie au vert
    Le noir aux vagues du ciel chargé
    Les haies et les taillis porteront leurs fleurs
    Sous ces gouttes indispensables
    Mais annihilant tout arôme tout parfum
    Le chèvrefeuille très fier de sa renaissance
    Se désole tandis que le tilleul jaloux
    -élagué à l’automne-
    Se félicite presque de n’avoir aucune senteur
    Ni presque de feuilles
    Juste un tronc en harmonie de couleurs
    En harmonie avec le cerisier vivant son dernier printemps
    Dans leurs lits le ruisseau et l’enfant se rient
    Des éléments
    Ils sauront se retrouver un autre juin
    Chacun courant dans le grand pré

  55. 4Z2A84 dit :

    La poésie est une éclaircie dans les ténèbres.

  56. 4Z2A84 dit :

    La pioche n’entame pas le sol trop dur
    On doit se creuser les méninges
    Pour ouvrir une tombe
    Radicale quoique sans confort.
    Mais plus sûre la crémation l’emporte
    Sur un séjour au fond d’une fosse visitée
    Par les insectes et les racines
    Des arbres moqueurs aux oiseaux néanmoins toujours inquiets
    « Le cerisier » vit-il « son dernier printemps »
    Quand il vend ses fruits
    Au lieu de les offrir aux enfants
    Qui fleurissent sur ses branches
    On les entend rire de loin
    On voit même leurs rires voleter
    Autour de leur bouche rouge comme la fausse honte.
    Le figuier se courbe pour accueillir les plus petits
    Le silence du tilleul est interprété comme un consentement
    Un consentement à quoi ?
    A « l’harmonie des contrées perdues »
    Ou au fait que « les horloges » seraient « trop précises pour oublier une seconde » ?
    Les dés jetés au hasard conditionnent notre existence
    A l’ombre de ces protecteurs les murs et le toit.
    On ne sort pas de chez soi sans ses organes
    Ni sans ses os on n’y laisse que du temps perdu
    A vérifier si les horloges n’oublient pas une seconde
    Elles en font le compte
    Une erreur leur coûterait la place du cercueil dans la maison
    Où le coucou n’oserait plus se montrer
    Pour avertir de l’heure de sa mort le faible rayon de soleil
    Un rayon entré par effraction
    Dans la cuisine à la table enduite de soupe
    Pourtant « sur le rebord de la fenêtre frémit la réalité »
    On s’y accoude et l’on écoute chuchoter le jardin
    Le regard indulgent de la lune
    Nous suggère de pardonner au jour étouffant son manque de courtoisie
    Envers les grenouilles et les nénuphars
    Et tant d’autres créatures amoureuses de la pluie.

  57. Éclaircie dit :

    Je n’ai pas trouvé la première maille, le tricot du jour sera réduit à peau de chagrin …

    Mais avec la joie des images riches autant qu’inventives qui figurent … là… juste au-dessus.

    J’ai tenté le crochet, pour varier….


    Toutes les pièces des puzzles dans leurs boites
    Restent béates devant le ciel
    Et sa palette de gris
    Plage envahissante que le bleu tente d’écraser sur l’horizon
    Mais les vagues et les vagues toujours plus nombreuses
    Montent à l’assaut de la moindre parcelle
    Encore indemne d’eau
    La brume joyeusement annonce leurs arrivées imminentes
    Elle n’imagine pas l’œil inquiet des poissons
    Qui ne savent plus où donner de la nageoire
    Pour envahir tous les nouveaux espaces
    Dont ils se demandent s’ils en profiteront longtemps encore
    Ou s’ils ne devront pas entrer dans des appartements plus exigus
    Là les écailles se froissent flétrissent et pâlissent
    Pareilles aux petits visages entraperçus derriére les voiles

    Juin après Mai courbe le dos
    Attend de lire par-dessus l’épaule de quelque Poète
    La formule qui le fera sourire

  58. 4Z2A84 dit :

    On prend d’assaut le nuage chargé du transport des humains
    Vers l’usine où l’on sculpte des bustes dans un bloc
    On croise ceux qui en reviennent
    Aucun ne nous regarde dans les yeux
    Et tous se taisent
    Même ceux qui souffrent et voudraient se plaindre
    Ne trouvent ni les mots ni le masque de la douleur
    Moi je regarde ailleurs
    Et je nous vois sur des panneaux publicitaires
    Vanter les mérites de la mort
    Son souci de nettoyer les os
    Si un peu de viande subsiste autour c’est la fessée
    Une punition dont la mort sourit
    Exhibant ainsi ses dernières dents pourries
    Et sa ponctualité quand l’heure de faucher sonne
    Et son sens de l’humour lorsque les vieillards résistent
    Moi-même je ne me plie pas volontiers à ses caprices
    Qu’elle veuille me baiser sur la bouche
    M’asperger de vinaigrette ou m’introduire une limace dans une narine
    Je la repousse avec l’indignation de l’homme accusé d’un crime
    Auquel il a songé tous les matins en enfilant ses chaussettes
    Mais qu’il n’a jamais au grand jamais perpétré
    Il préfère l’usine et le travail à la chaîne
    Nous nous retrouvons le dimanche devant cette salle de cinéma
    Où depuis des années on projette le même film
    Des nuages chargés du transport des humains
    Grillent les feux rouges
    Personne n’intervient
    Pour me crier tais-toi tais-toi.

  59. Éclaircie dit :

    Glaçant, superbe …

  60. Éclaircie dit :

    La mort derrière un écran de fumée
    Nous accompagne depuis des lustres
    Sans se soucier de nous
    Son immense tâche au loin
    -quand le loin est juste au-delà de nos mains-
    Accapare son attention et ses faveurs
    Elle est venue très jeune très belle
    Pour s’enfuir nous laissant démunis
    À des carrefours bien trop grands
    Que l’on ne pouvait traverser qu’en barque
    Ou en volant
    On s’est alors dessiné
    Un océan sous les pieds
    Des ailes dont on ne savait si elles étaient
    Suffisamment ancrées dans notre dos
    Avant qu’il ne se voûte et ne devienne
    Repaire à toutes nos certitudes et nos aquarelles
    Blanches et traversées de cercles à peine lumineux
    La mort jamais ne nous laisse longtemps sans nouvelles
    Elle nous envoie des lettres
    Nous rassure sur sa santé et l’absence de proches
    Nous croyons la voir dans un vieux cerisier
    Dans la gueule du chat serrant sa proie
    Ou encore dans un point à la ligne après
    Une phrase inachevée
    Mais elle est toujours jeune et belle et vive
    Nous laissant l’observer à l’infini …
    5 heures 27

  61. 4Z2A84 dit :

    Notre correspondance avec la mort
    N’est plus un tas de plis glissés sous la porte
    Par un facteur trop zélé
    Les mails prennent la relève
    La Faucheuse en abuse
    On lui répond par faiblesse
    Entre deux parties de dominos
    Ou d’osselets
    Ne me demandez pas où je cache mes organes
    Où je mets à l’abri ma vessie pleine de vin de Champagne
    Où les dents des nouveaux nés se cristallisent
    Où les cheveux des vieillards étouffent les forêts
    Où l’on trouve sans le chercher le piège dans lequel on tombe
    Et celui d’où l’on extrait la strychnine et le curare
    Ne me collez pas une pieuvre sur le front
    Sous prétexte qu’elle se nourrira de mes poux
    Si je lui indique à quelle porte frapper
    Quand la faim les fera sortir de leurs gonds elle et cette porte
    Oui j’essaie de semer la mort
    En vous parlant à l’oreille
    Comme les agonisants incapables de garder leurs secrets
    Ils avouent à tous des crimes
    On apprend qu’ils ont arraché à des mouches leurs ailes
    Et sans ailes plus moyen de voler de crotte en crotte
    Avec l’espoir d’aspirer du chocolat
    Elle me suit pas à pas
    Quand je trotte elle trotte
    Quand je conduis un tank elle prend les commandes d’un bulldozer
    Elle me traque
    Je ne suis tranquille ni dans mon bain entouré de requins
    Ni le nez dans la soupe parfumée
    Servie régulièrement
    Par des danseuses en tutu
    Celle qui joue la mort du cygne me repère
    Au secours.

  62. Éclaircie dit :

    Irrésistible !
    Tu ne peux qu’être éternel, jamais la mort ne se lassera de tes évocations !

  63. Éclaircie dit :

    La mort ne m’aime pas
    Je ne la fais pas rire
    Ni pleurer ce qu’elle tolérerait aussi de ma part
    Elle me renvoie jouer avec les oiseaux
    Les buissons et les hérissons
    Qu’ils soient bleus rouges ou gris
    À cette heure ils sont incolores
    Seulement pépiements et gazouillis
    Comme le nouveau-né impatient
    Dont les pieds dansent en mesure
    Dont les nageoires et les écailles se forment
    -Il ne sort pas de l’eau mais pense bien s’y plonger
    Pour se rire des lois de l’apesanteur-
    Lui qui sait laisser la Lune à sa place
    Mars et Vénus à portée de rêve
    De ses petits doigts déjà il tricote
    Un cache-nez pour les ciels froids
    De ses yeux il trace les courbures des collines
    Les plus aptes à le laisser dévaler la pente
    Dans des roulades le menant bien plus loin
    Que la dernière planète mise à jour
    Par de grands barbus aussi pâles que des fantômes
    Retenus dans la plus profonde des caves
    Lorsque vous le croyez bien endormi
    Repu après la tétée
    Il enfourche votre dernière berceuse
    Et s’en va diriger la pluie et le beau temps
    Comme le maestro la première symphonie
    Qu’il a composé dans le ventre de sa mère
    Alors qu’elle le croyait futur footballeur
    Quand il s’essayait seulement aux percussions

  64. 4Z2A84 dit :

    L’éclaircie surgit des ténèbres
    Un bébé dans les bras
    Elle écrit sur le tableau blanc
    Un poème de toutes les couleurs
    Elle invente d’autres couleurs
    Au grand dam du peintre
    Mais à la grande joie de l’enfant
    Arthur s’envole un nuage l’intercepte
    De là il voit tourner la Terre
    Comme la cuillère au service
    D’une mayonnaise dont le turbot
    Attend beaucoup pour séduire.

  65. Éclaircie dit :

    Adorable ! Bien sûr !

    Quelques fins nuages au grand galop
    Rallient le sud
    Poursuivis par une masse plus compacte
    C’est l’heure de tous les possibles
    La chauve-souris prend garde de ne pas heurter
    Le buisson où le rossignol termine son tour de chant
    Le merle jouera le prochain numéro
    Et déjà il vocalise pour s’éclaircir la voix
    C’est aussi l’heure des pensées
    Les plus folles les plus secrètes
    Les plus ensoleillées les plus infinies
    Quand le jour effleure l’est
    C’est l’instant où sans passé sans futur
    La main se laisse aller
    À tracer hier et demain comme dans le dernier rêve
    Dont le parfum léger hante encore la pièce
    Les fenêtres s’ouvrent sur l’océan calme
    L’enfant franchit tous les barrages en riant
    Les corps retiennent à peine toutes les couleurs entrevues
    Les yeux à demi ouverts ont cet éclat
    Entraperçu lorsque l’image floue fondue dans les songes
    Dessine un chemin où jamais le pas n’est trop lourd

  66. 4Z2A84 dit :

    Que ta main continue de se laisser aller pour nous donner à lire des merveilles.

  67. 4Z2A84 dit :

    On n’écrit plus que pour trouver
    Des réponses à des questions demeurées sans réponse
    Depuis le jour où l’homme
    A pris sa tête entre ses mains
    Et l’a secouée secouée secouée
    Parfois il en tombait des cendres
    Souvent du sable
    Rarement de l’eau
    Avec les cendres on maintenait au chaud le feu
    Trop de sable nuisait à la mer
    Sa lutte pour ne pas être absorbée
    La privait d’électricité
    Quant à l’eau ne m’en parlez pas
    Elle se tordait les mains
    Au-dessus de la bassine
    Où sa sœur gelée attendait la fin de l’hiver
    Les nuages voyageaient avec leurs provisions
    Ils ne s’arrêtaient pas quand on les invitait
    A descendre et à partager
    Notre petit déjeuner de larges tranches de pain
    Sur lesquelles la confiture
    Langoureusement s’étirait.
    *

  68. Éclaircie dit :

    Premier maillon
    Solide
    Acier trempé dans l’océan
    Tandis que la lune ne fera qu’une brève apparition
    Avant de se fondre dans le jour
    Les yeux sans plus un regard
    Que l’on pourrait déposer
    Au bord d’un chemin ou d’une grève
    Là les galets ou le brin d’herbe rebelle
    Entre deux pierres rendront l’étincelle
    Aux pupilles
    Dessineront le chaînon pour lier
    Le cours de la nuit
    Au matin l’enfant tout sourire
    S’animera au reflet d’un visage serein
    Dans le miroir où il n’est pas encore
    La chaîne non pour asservir
    Mais pour guider sur le pas japonais du clavier
    Déserté depuis trop longtemps

  69. Éclaircie dit :

    L’écho brisé creuse le vide à la base des troncs
    Les arbres s’imaginaient tricentenaires
    Seuls les rejets au sol peuvent espérer un avenir
    L’absence de lumière n’est guère plus cruelle
    Que le silence dans les frondaisons
    Le lierre et les ronces étouffent déjà les souches
    La rivière n’ose plus chanter dans le sous-bois
    Elle s’enterre pour rejaillir un jour au loin

    Dans ce paysage dormant
    Chaque graine attend le vent
    Ou l’oiseau qui se risquera sur une brindille sèche
    La terre sait que l’océan reviendra
    Laver de ses vagues le sillon stérile
    Seuls un cri un signe pourraient hâter la renaissance

  70. Éclaircie dit :

    J’ai laissé filer la nuit
    Sans écouter son souffle
    Le jour point déjà
    Le tilleul et le frémissement de ses feuilles
    Se sont aussi laisser surprendre
    Nous attendions la lune
    Certains de l’accueillir avant l’aurore
    Elle a choisi de déserter le ciel
    Et nos conciliabules
    Il nous reste
    La main sur son écorce
    À guetter l’instant fugace
    Où la lumière bascule
    Celle qui blanchit les lettres avant de les transcrire
    Sur l’autre page lancée
    À l’assaut des tours
    Des clairières et des rivières
    Dont on ignore tout

  71. Éclaircie dit :

    L’idée germée dans la nuit noire
    Se révèle pâle phrase l’aurore arrivée
    L’image de la tour s’échappant de sa base
    Rejetant ses fondations au plus profond du gouffre
    Ne résiste pas au rose bleuté du jour naissant
    Les arbres pourtant guettaient l’arrivée de l’édifice
    Leurs feuilles frémissant des histoires espérées
    Même le ruisseau retenait l’onde sur les galets sages
    Seule la rosée est venue illuminer l’aube
    Aussi bienveillante que la lune qui depuis une huitaine
    Tente de combler l’absence aux côtés du soleil

  72. 4Z2A84 dit :

    Parmi les rivières choisir
    Celle dont le rire est le moins moqueur
    A la saison des crues le vent tourne
    Les derniers moulins broient des illusions
    A nos pieds la vallée respire mal
    Montent vers nous des bruits de chaînes de clarines
    Les cris d’un enfant confronté au froid
    Puis le chant des fidèles
    Devant le portail de l’église endommagée
    Par une bombe venue de très loin
    Peut-être d’une usine dans le ciel industrialisé
    Pour les besoins de la population
    D’anges qui ne sont pas tous des anges
    Vous connaissez les plus dociles
    Ceux dont les paupières se lèvent
    Pour vous regarder au visage
    Quand vous vous étonnez de la présence d’une source
    Derrière l’évier
    Une source un peu trop bavarde
    ………………………………………………………

  73. Éclaircie dit :

    La rivière alanguie redoute l’arrivée
    De l’eau des torrents vifs prompte à tout chambouler
    Dans son lit encore chaud des souvenirs d’hier
    Lorsque d’une caresse offerte par le faon
    Sa vision de la vie tenait dans le reflet
    D’une mère attentive et d’un enfant docile

    Les galets chahutés ignorent l’avenir
    La vase se prépare à sécher sur le champ
    Les arbres au tronc droit devront s’agenouiller
    S’ils ne veulent pas rompre et laisser leurs racines
    À nu désemparées inutile réserve
    Pour les rameaux noyés pour les feuilles perdues

    J’hésite entre l’eau calme et le grand tourbillon
    Pour gagner l’océan la fin de mon voyage

  74. Éclaircie dit :

    Tandis que l’on gravit
    Les collines et les sommets
    L’horloge impassible sonne le quart
    La demie le trois-quarts
    Les patins aux pieds des chaises
    Assourdissent le bruit du mouvement
    Des hôtes autour de la table vide
    Le lit n’est plus celui de la rivière
    Et le fleuve depuis longtemps
    A rejoint l’océan
    Pourtant le regard embrasse toujours
    Le ciel au Nord accueillant l’astre lunaire
    Mais aussi les articulations rouillées
    Raidies crispées sur la dernière page
    On sait si bien repousser la fin du livre
    Lorsque la tête s’incline du côté des cris
    Joyeux précédant la parole
    Toujours une bribe du spectacle
    Fenêtre ouverte transparaîtra dans le geste demain

  75. Éclaircie dit :

    Non, la mer n’est pas à ma fenêtre
    Je devine ses rouleaux
    Ses vagues me bercent
    Elle affleure mes songes
    Plus réels avant l’aurore
    Puis se retire au lever du jour
    Tellement loin qu’elle est bleue
    Calme et sereine
    Tout péril l’épargne
    Et si je nage en son sein
    Le soleil déjà haut
    C’est pour soulager les chemins
    De pas balbutiants
    Nos pouls s’accordent
    Nos cœurs s’épousent
    Le poids du soir
    S’estompe et se dissout
    Nous rions toutes deux sous la lune naissante

  76. 4Z2A84 dit :

    La vague s’évapore en atteignant la rive
    Le ciel est lourd comme après l’orgie l’estomac
    Pour un peintre sans talent les nuages posent
    Des questions volettent sans réponse
    Autour de la maison où les lits tanguent
    Quelqu’un marche sur une corde tendue entre deux clochers
    Le vent distribue des billets de banque aux joueurs de flûte
    J’ai vu l’armoire se jeter par la fenêtre
    Avec des forêts en perspective
    On ne court plus chez son psy
    En chausson de danse classique ni enveloppé dans une feuille de chou
    La plage mesure le temps dans des sabliers élastiques
    Il fait trop chaud pour cuire ses méninges
    Trop froid pour traverser la chambre sans chaloupe
    Dans la baignoire vide vous sourit un singe
    Auquel vous répondez par une autre grimace
    Les statues flirtent au fond du parc
    Sous le regard des dieux antiques et de leurs gardes du corps
    La pelle retourne la terre
    Plus personne ne creuse en espérant trouver un trésor.

  77. Éclaircie dit :

    «Quelqu’un marche sur une corde tendue entre deux clochers »

    Un géant marche sur une corde tendue
    Géant, nous ne voyons que ses pieds
    À peine la corde au sommet de la tour
    Reliant la lune quand elle passe ou les étoiles
    Toujours fidèles
    Notre géant parfois s’agenouille
    Et son visage –fidèle reproduction des nôtres
    Esquisse un sourire ou une parole
    Sans doute agréables
    Qu’il dépose sur le fil de sa vie
    Dans les rues bruyantes et enfumées
    Les passants depuis longtemps ne lèvent plus la tête
    Seuls les enfants sont encore surpris
    Et aussitôt ramenés à posture plus servile
    Par des parents qui n’entrevoient jamais demain en fête
    La rivière espère pouvoir baigner
    Les pieds les pensées et les arbres assoiffés
    Son chant s’insinue entre les pierres brûlantes
    De trottoirs que le soleil écrase
    Les ruelles s’étrécissent ne laissant plus passer
    Que la musique les reflets nocturnes
    Et les prémices de l’aurore meilleurs que vos jours

  78. 4Z2A84 dit :

    Ce géant auquel on a coupé la tête
    N’a plus faim ni soif
    Il survit couché sur un banc de sable
    Autour de lui les enfants ne rient pas
    On ne leur explique rien
    D’ailleurs ils n’ont personne à interroger
    La vague qui les accompagne ne tient plus ses promesses
    Elle se vend pour une poignée de riz
    Autrefois on lui offrait une place au paradis
    De là elle regardait le torrent faire l’amour à la rivière
    Ou la cime des arbres donner un dernier coup de pinceau
    A des nuages réquisitionnés par la grêle
    Nous vivions de l’air du temps au sommet d’une tour
    Comme on en bâtit en quelques jours
    Pour moderniser le paysage
    Nous ne marcherons plus du même pas
    Sur le sol spongieux qui absorbe les promeneurs
    Car l’herbe commande
    Et sous ses ordres nous prenons nos distances
    Avec nos lits avides
    Avec des murs percés par des voisins privés de lueurs
    Avec les téléphones noyés dans la piscine
    Avec ce vent dont la crème fouettée éclabousse
    On ouvre la porte à l’envers
    Et l’on se retrouve sur le seuil d’une morgue
    Où une même tête propriété de plusieurs géants
    Se livre au coiffeur pour une seule coupe.

  79. Éclaircie dit :

    Dans la ruelle le ciel conserve l’ombre de la nuit
    Attendant le signe imaginé
    Mais jamais reproduit
    Le brouillard n’est pas suffisamment épais
    Pour offrir au cerveau l’envie de rester penché
    Dans cette tête-girouette
    Aux yeux plus souvent ouverts sur le figuier
    L’enfant
    La pierre à remonter sur le mur mangé de lierre
    Le regard tourné sur un monde
    Sans doute irréel
    Tout autant que l’océan protecteur du geste libre
    Ou la lune dont le fard si léger
    Transperce à peine la brume
    Et n’accompagne jamais les voix murmurées
    Ondulant entre les troncs que les feuilles soient vertes
    Rousses ou noircies tombées
    Ici les maisons n’ont qu’un étage
    Rarement deux
    Et l’air respiré du haut d’une tour oscillante dans le vent
    A l’attrait du plus lointain des échos capable
    D’être fidèle au chant premier

    • 4Z2A84 dit :

      la lune circule d’un étage à l’autre
      sans jamais emprunter l’escalier

      ne songez pas à lui tendre un piège
      elle risquerait de vous prendre au mot

      quel embarras cette énorme bulle
      de savon au bout d’une paille

      on manque de souffle
      pour la renvoyer
      comme le mur la balle
      dans l’espace où elle a ses habitudes

      ne nous en veux pas
      crois bien que si des ailes vigoureuses nous portaient
      nous volerions vers toi
      peut-être pas d’une traite
      peut-être en nous arrêtant dans ces auberges
      négligées par les cosmonautes
      et par leur fusée toujours pressée par l’heure
      on y sert pourtant des soupes épaisses
      et malgré l’absence de soleil du vin

      ne nous en veux pas si nous regardons davantage le sol
      que les étoiles d’où pourtant des bébés tombent sans se faire aucun mal
      on les trouve dans leur berceau : ils vous rient au nez

  80. Éclaircie dit :

    La Lune jamais ne s’offusque des yeux baissés
    Elle sait les nappes d’eau reflétant son image
    Les lacs, les étangs, la moindre rigole
    Dans le creux des chemins sont autant de refuges
    À ses rayons parfois si las de nous veiller
    Lorsque la brume atteint le ciel au petit jour
    L’enfant confiant gazouille et rit dans son halo
    Et elle emporte avec nos chants le souvenir
    De nos iris où le sourire est permanent

  81. Éclaircie dit :

    Libres les lignes veulent danser
    Sans se soucier du maître de ballet
    Et ce ne sont que mouvements informes
    Étalés dans la nuit
    Ils n’atteindront pas le jour
    Pas demain
    Les mains devront canaliser la source
    Offrir une couche digne aux flots débordants
    Les blocs de pierre sur la rive du fleuve créé
    Ne craindront pas d’être pulvérisés
    Petits cailloux acérés prendront pour caresse
    Le polissage régulier qui réveillera leurs teintes premières

    Je vous croiserai
    L’œil curieux et le sourire aux lèvres
    L’oreille à l’affût du moindre murmure
    Celui que vous savez entendre
    À qui vous répondez par des signes
    Dont nous seuls apprécions l’harmonie
    Courbes et droites brisées au fil du vent
    Qui dessinent les rues et les chemins
    De nos balades toujours plus lointaines
    Nous rapprochant des mers
    Où nous fondrons l’essentiel de nos visions

  82. Éclaircie dit :

    À quoi bon tenter de dompter les lettres
    Si toujours elles choisissent le même ordre
    Trop timides pour tenter l’aventure
    Ou simplement accompagnées d’un point
    Se répéter à l’infini sans pudeur
    S’éparpiller dans les chemins et les champs
    Sur les lèvres de l’enfant
    Se noyer dans un verre d’une liqueur inconnue
    Se suspendre aux branches des arbres et des lustres
    Pour s’étaler dans une calligraphie nouvelle
    Et balayer le mot SILENCE

  83. Éclaircie dit :

    L’automne imprime à mes gestes
    Cette lenteur protectrice
    Enveloppe rassurante
    Même les volets ouverts sur le noir

    On entend le lierre se resserrer sur le mur
    Le chevreuil étourdi traverser sous les roues du landau
    Et l’eau hausser le ton et son cours
    La forêt chuchotante appelle la brume
    A masquer ses plaies et ses vides

    La démarche toujours plus incertaine
    Je sais demain plus loin
    Plus beau
    Dans l’œil de l’enfant l’aïeule se dessine
    La maison fait entendre ses craquements d’entre saisons
    Je sais les mille printemps avant de revenir
    Au tas de pierres abritant l’esquisse
    Du premier mot
    L’étendue des bonheurs apprivoise l’inconnu

  84. 4Z2A84 dit :

    Le lit monte à l’échelle et la table au premier
    Etage où sont servis dans des plats de fortune
    Des poissons bleus pêchés par un chat sur la lune
    Je fis ce rêve fou pendant que vous dormiez
    Nous déjeunâmes au matin d’un pain grillé
    La confiture y fut étalée sans vergogne
    Elle dégoulina le long de l’escalier
    Dont la spirale affecte les ivrognes
    En leur procurant des tournis
    Ils garderont la chambre on les enfumera
    Pour leur rendre la force et l’appétit des rats
    Quand dans la fosse on joue l’ultime symphonie
    Celle qui accompagne un corbillard tiré
    Par des chevaux tigrés
    Le ciel est noir la pluie s’annonce
    Les cloches de l’église aboient
    Vus de haut les parapluies ouverts sont
    Les chapeaux des champignons
    Que l’on ramasse dans les bois
    L’amadouvier tue lentement le hêtre
    A la place du hêtre nul ne voudrait être
    Ni vous ni moi qui déjeunions ensemble
    Sur la terrasse où le soleil hésite
    A trotter l’amble
    C’est un soleil d’automne un chouya timoré
    Il ne ressemble pas à un œuf à la poêle
    Mais il a les yeux doux comme le chien d’aveugle
    Il nous réchauffera si nous manquons de poil
    Et si nous patientons aussi longtemps qu’un meuble
    Dans un de ces greniers où dorment les étoiles.
    *

  85. Éclaircie dit :

    Le sommeil s’insinue sous la porte de ma journée
    Et voudrait me faire croire
    Que la lumière est néfaste aux signes noirs
    Laborieusement extraits d’une mine essoufflée.

    Aussi, fenêtre ouverte, je guette la moindre lueur
    Qui dessinera les haies, les oiseaux
    Et assourdira le murmure du ruisseau pour quelques heures.

    Le papier peut afficher toutes les couleurs existantes
    Je saurai trouver l’outil pour le griffer
    Sans cris, sans douleurs, avec le seul plaisir
    De l’effleurement qu’un peintre offre à sa toile

    Plus tard pleins et déliés révéleront
    Ce que la lune et la nuit me susurrent à l’oreille
    Pour alléger l’ennui de leurs départs
    Et le poids des regards dans le plein soleil.

  86. 4Z2A84 dit :

    L’escalier s’enroule autour du baobab
    Et les oiseaux sortent des valises
    Avec le solfège et la ponctuation
    Les meilleurs d’entre eux sifflent beaux merles

    Je visite l’aquarium à ski
    Mon guide est un prolongement du pont
    Sur lequel roulent des tanks en maillot

    Les poches vides je cherche le clown
    Dans la cendre où l’on cajole des pommes de terre
    Elles appartiennent déjà à la vinaigrette
    Comme je suis le fruit de l’union des submersibles
    Quand le thé est servi froid
    Sur le perron par un paon décoloré

    Je sais ce qui me reste à inventer
    Pour me soustraire au son de la perceuse électrique
    Coincée entre deux dents
    Tel le lierre lorsque ça bouchonne
    Dans la rue vendue avec son édredon et ses ruches
    A la criée

    Non vous n’avez pas perdu de vue l’infini

  87. Toni Cervantes Martinez dit :

    Femme

    Une brise volage entre les ajoncs, distille
    La pluie brouillée d’embrun irisant le bassin.
    Des iris en violet, curieux, étirent leurs mains…
    Aveuglés et conquis… la divine s’effile.

    Le voile juste au corps dessine la caresse,
    Le ciel de ses yeux aux soies de son visage
    Incruste des étoiles, miroirs des mirages…
    Facétieux dons, esprits malins, jamais ne cessent

    D’enivrer pour l’amour l’homme enclin à rêver.
    Femme, blanche flamme de la source de vie,
    Le souffle d’âmes pures anime ton envie,

    Ton orgueil est richesse du feu, chaque jour
    A tes lèvres, murmure et suinte en perles, dis!
    …Je sais, vivant ne suis, que dans tes bras, mais… oui…!

    Toni Cervantès Martinez

  88. Éclaircie dit :

    Les pages de ce recueil sont des plus agréables, merci aux passants-poètes !

    J’ai l’inspiration capricieuse mais dès qu’elle revient, je viendrai m’inspirer de vos poèmes.

  89. Éclaircie dit :

    Poète et musicien de talent. Salut Léonard Cohen
    https://www.youtube.com/watch?v=tIssqxixYp0

  90. 4Z2A84 dit :

    Au milieu de l’eau une étoile ranimée brouille les cartes
    On ne sait plus sur quelle planète fleuriront
    Nos céréales et nos écrits dictés par la faim
    Si les fées nous tendront ou non une main secourable
    On l’ignore on ne cherche pas à connaître les coupables
    Quand l’averse s’abat sur le verre couché
    Des serres abris indispensables aux rêveurs
    Parlons d’eux pour n’en rien dire
    Ils ne se laissent saisir ni par la manche
    Ni par la barbichette j’ai dans un poing
    Des poils bruns dont se parent les chattes coquettes
    Et quand je remonte du puits
    Le seau d’or il est vide comme mon crâne
    Toute colline envie la majesté des montagnes
    Toute tomate aspire à jouer le premier rôle sur scène
    Quand l’acteur hurle dans l’oreille de l’ingénue
    Tu ne fonds pas sous la neige
    Tu ne tonds pas la pelouse à minuit
    A cette heure où la lune commande des petits fours
    Dans un salon de thé où nous prions la Reine
    De faire cesser les combats
    Entre les corbillards et les hélicoptères
    Car il y a vraiment trop de confettis sur terre
    Et de pots de confiture confiés aux armoires
    Nous boirons avec une paille la prune des étangs souffreteux
    Nous soufflerons dans le cornet acoustique perdu en forêt
    Par l’ouragan sourd un drôle de zèbre
    Rien n’arrête le saumon dans l’ascension des cimes
    Punaisé sur le liège il devient le plus photographique des démons
    On lui sert sa soupe en musique
    Vous êtes l’un des violons chargé de l’accueillir
    Dans la niche mirobolante du chien
    Ne renoncez pas à porter cette robe taillée dans la haie
    Ni vos cheveux en bataille même après la fin des hostilités
    J’ai une maison dans ma maison une chambre dans ma chambre
    Un cœur à l’horizon quand le soleil y bout
    On se réveille avec des douleurs et plus un sou
    Quand le casino flambe
    Toutes les autos sur la corniche scintillent
    Tous les phares clignotent encouragés par un tam-tam
    Au ciel les affiches déchirées pendent
    Comme les rocs au-dessus du lac lamartinien
    Vous n’avez plus à allonger les lèvres
    Vers le sucre la mer sucrée l’écarte et se faufile
    Entre les dents sans le feu vert
    Des falaises incorruptibles.
    *

  91. Éclaircie dit :

    Dans cette valise posée sur la banquette
    D’un train que nul n’a vu surgir
    Ni ne connaît la destination
    Mouvements et chuintement attirent
    Les souris les chats et les chiens
    Et les enfants hilares qui sont sortis seuls
    Tandis que leurs parents s’aimaient et se disputaient
    Avec la régularité d’un métronome
    Battant la mesure de la cuisson de l’œuf coque
    Ou le tempo d’une aubade qui se serait trompée
    Et supplierait le soleil de rebrousser chemin
    Dans cette voie du vent seul maître à bord
    À bord de cette valise où désormais
    Les feuilles s’agglutinent sous le visa
    D’un pays fait d’océans de mers et de torrents
    Avec à la crête des vagues des arbres centenaires
    Au creux des lits des linceuls inutiles
    Personne n’ose prendre pour cap
    Ce point du globe liquide où « Terre ! » est un vain mot
    Où pleurer provoque des crues infertiles
    Nous laissant seuls hanter les jours
    Emplir les nuits de couleurs incertaines
    Qui se reflètent dans nos yeux
    Nous permettant de déchiffrer les notes de voyage
    Que nous entreprenons lorsque nos proches
    Se plaignent de notre air absent et des mille maux
    Infligés aux oreilles des murs des hommes et des femmes
    Par notre chant lancinant que seules les baleines comprennent

    (

  92. Éclaircie dit :

    La petite parenthèse juste au-dessus voulait ouvrir une phrase pour s’extasier de la richesse et la diversité du vocabulaire parsemant les compositions de 4z et qui garantissent des voyages inattendus.
    La petite parenthèse peut donc se refermer, mission accomplie.)

    Dans le miroir je vous ai vu
    Le regard absent ailleurs
    Même en fermant les yeux
    Mon reflet s’égare
    Et mon visage ne croise plus le vôtre
    À peine si le faîte des arbres émerge du brouillard
    Dans l’âtre la fumée hésite à s’évader
    La saison prochaine parviendra-t-elle
    Au seuil de la bâtisse floue ?
    L’eau silencieuse dérive de son cours
    Laissant son lit pris par la glace
    Et prisonnières tant d’images et de paroles
    Que je graverai à même les pierres des murs
    Avant qu’ils ne s’effondrent sous l’emprise du vent

  93. Éclaircie dit :

    Par le solstice d’hiver je suis éloignée du soleil et ne peux que m’en rapprocher progressivement jusqu’à presque brûler ma peau, la rendre parcheminée et alors écrire, écrire, écrire…
    Le froid devient plus vif mais le ciel d’un bleu acier laissant toute latitude aux étoiles et à la lune d’illuminer nos rêves.
    Le jour si court nous pousse à nous presser par les rues froides et revenir au cœur du foyer les doigts gours et les yeux brillants des regards croisés désirant de même.
    Avoir la chance d’avoir dit oui ou non quand il ne convenait pas de se taire.

    Tous les sous-marins et les fusées ont rendez-vous
    Au point où le ciel et la terre s’embrassent
    Les poissons depuis longtemps y chatouillent les étoiles
    La flamme épouse la glace
    Et la lune bon enfant se laisse courtiser par tous les rêveurs qui passent
    Arc-en-ciel ou feu d’artifice
    Rien ne parviendra au regard baissé d’hier hésitant
    Fermez les yeux quelques secondes et chevauchez le désir de demain
    Trop lointain pour ne pas être flou cet avenir
    Sait attendre que vous sachiez le regarder bien en face
    Debout et tenant dans vos mains le tout premier écrit
    De l’homme qui a aimé.

  94. Éclaircie dit :

    Oiseaux et poissons dans l’aquarium
    Jouent à chat-perché attendant de trouver le sommeil
    Sans doute assoupi sous une roche
    L’eau depuis longtemps les a confiés
    À leurs jeux puérils
    Et poursuivie par le vent elle chevauche d’autres plaines
    Où le kilogramme d’or pèse vingt et un grammes de plus
    Que l’âme de tous les iliens réunis
    Autour d’un feu n’ayant pour se nourrir
    Une seule bûche de Noël glacée mais cependant fondue
    D’avoir trop attendue que l’homme invente la cuillère
    Au terminus des téléphériques cylindriques
    Pareils à l’œil de la truite d’un musicien connu
    Les convives attablés à un dolmen
    Évoquent les attelages et l’âge de leur dernier roman
    Certains volent d’autres nagent
    Mais tous baignés par la lumière de la nuit
    Batifolent de siège en siège et salue l’assistance
    Composée de marionnettes et de pantins
    Dont on se demande toujours qui au creux de la main
    Retient ces fils et l’attention soutenue
    Des Sélénites venus passer les fêtes dans l’étang gelé

  95. 4Z2A84 dit :

    Le train s’enfonce dans la montagne
    En dépit des ténèbres
    Car ses wagons sont éclairés de l’intérieur
    Par des lustres monumentaux
    Comme au théâtre
    Les glaçons tintent
    Quand on agite la tête
    Pour approuver le vent.
    Des enfants indisciplinés froissent les vitres
    Entre leurs mains aux doigts trop courts
    Ils n’atteindront jamais le fruit
    Le seul fruit de l’arbre économe
    Un à un les mots quittent le dictionnaire
    Sans emporter leur définition
    Ni un synonyme nourri comme eux
    De lettres cuisinées par des maîtres-queux
    Le ténor une arête dans la gorge
    Chante la mort du train sous la montagne.

  96. Éclaircie dit :

    Elle rira mangera clignera des yeux
    Allumera les bougies et les mouchera
    Sans se départir de son regard immense et perdu
    Sa tête depuis peu éloignée de son corps
    Les marches de l’escalier plus hautes que la veille
    Un tendre cocon l’accueille
    Dans cette ouate toujours moelleuse
    La musique et les saisons alternent
    Avec les silences et les feuilles froissées
    Les volets sont grand ouverts à la Lune
    Pour que jamais ne cessent les confidences
    Et les conciliabules qui lui offrent le rose aux joues

  97. 4Z2A84 dit :

    Flatter la lune
    lui décerner des compliments excessifs
    la caresser dans le sens du poil
    lui répéter qu’elle est beaucoup plus attirante que les étoiles…
    c’est prendre le risque de la voir rougir
    comme une gamine après son premier baiser.

  98. Éclaircie dit :

    Le froid est aujourd’hui moins magnifique, exaltant et plus source de cette fièvre des contrastes. Un gris perle enrobe les toits et les collines. Perle qui a perdu son lustre, sa brillance, son pouvoir de fascination. Gris aux reflets de beurre frais trop étalé sur une large palette inutile.
    Devrons-nous adorer le Soleil autant que la vénération que nous vouons à la Lune ? Peut-être fermer les yeux et chercher l’éclair dans le regard de celui que l’on a jamais croisé ailleurs que dans le cadre bleu, refuge à tous les silences qui veulent dire leurs noms.

    Déjà ce matin, très tôt, la Lune avait bien du mal à distinguer les quelques étoiles encore présentes. Est-ce que mes volets fermés les chagrinent ? Je tente de braver l’hiver, mais ne suis pas plus courageuse que la marmotte partie dormir des mois.

    Les oiseaux savent que l’heure est bientôt celle de songer au nid. Leurs chants expriment déjà ce futur proche. Peu importe si le gel en prive certain d’avenir, ils ignorent lequel n’atteindra pas février et tous déploient des trésors d’énergie pour simplement parvenir à demain.

  99. 4Z2A84 dit :

    « Le soleil somnambule éclaire les façades
    Où l’aurore à genoux vient boire la rosée. »
    Albert Ayguesparse.
    Cotisons-nous pour offrir des lunettes à la lune myope (dans « lunettes » il y a « lune »).
    Les étoiles jalousent-elles la lune que tant de poètes – notamment Jules Laforgue – ont servie ?
    Le chant des oiseaux réveille trop tôt le dormeur qui préfère rêver à vivre.

  100. Éclaircie dit :

    Vaine suture

    La gorge ouverte, le cri s’effondre
    En dehors de toute raison
    Sa caisse de résonance enfuie
    Peut-être enfouie sous des amas de mots
    Indistincts et désormais inutiles.

    Aurait-il su, avant de s’éteindre
    Le gouffre s’ouvrant à sa porte,
    Prévenir l’arbre et la lune depuis muets ?
    Le souffle tente de conserver la régularité
    Marée indispensable aux vagues endormies.

    Quand le regard se pose sur la fleur
    Elle fane.
    Son parfum parfois s’étale jusqu’à l’aube
    Afin que le jour connaisse ce que la nuit soudaine
    S’ingénie à détruire.

    La lumière dans la tour brille pour d’autres ailes
    Les paupières se referment sur l’image crainte mais pressentie.

  101. Éclaircie dit :

    L’amour irrationnel est-il celui que l’on porte à ses parents, ses enfants ? Ou celui que l’on développe, qui nous submerge pour un mot, un geste, un être vivant ou pas ?

    Le rouge-gorge posé sur l’accoudoir du fauteuil
    Me regarde et me reproche ma présence
    Bien sûr mes ailes coupées ne lui disent rien qui vaille
    Ces moignons à mes rêves non plus
    Et le souffle pénible et difficile qui promet de s’éteindre
    La mer de nuages me nargue
    Clouée au sol par cette pesanteur confortable
    Je préfère baisser les yeux encore et toujours
    Plutôt que me les brûler aux beautés lointaines
    Inaccessibles dans leur seul énoncé jamais dans le geste
    La neige tombe drue ce matin
    Cette nuit le soleil étincelant a perdu ses pouvoirs
    L’ébauche d’un écrit ne deviendra poème que si tu le lis
    La mer aussi jalouse les nuages mobiles dans l’espace
    Alors que les poissons et autres aquatiques freinent ses départs
    Quand tout le monde marin aime et chérit l’océan
    L’ingrat cherche les falaises à détruire et avec les passants

  102. 4Z2A84 dit :

    Il fut un temps où j’habitais près de la mer
    Nous avions elle et moi des rendez-vous à l’aube
    C’est l’heure où l’on surprend les vagues endormies
    La seule à conserver les yeux ouverts m’écoute
    Puis en réponse à mes questions lève ces yeux
    Vers le ciel des yeux trop nombreux pour les compter
    Sa voix dans un murmure essaie de m’indiquer
    Où sont cachées les billes de mes adversaires
    Dans un petit sac sous une pierre moussue
    L’aurore éclaire l’eau dont le moteur repart
    Au quart de tour pour le bien-être de ses hôtes
    Les poissons dessinés sur le sable et les autres
    Ceux qui se jetteront dans nos filets les gros
    Et les petits les gris les rouges et les jaunes
    Ceux qui se serreront sans tête dans des boîtes
    Ceux destinés à frire à bouillir – à peupler
    Nos aquariums – je suis l’un d’eux je tourne en rond
    Dans un bocal sous la garde d’un chat tigré.

  103. Éclaircie dit :

    « Se jeter à « raison perdue » dans les mots, les mots des autres, pour oublier son absence à lui, l’absence de ses mots à venir mais ne surtout pas oublier ses mots, ses mots à venir portés par l’étoile filante de 1 h 42 ou par la lune qui le pleure avec moi. »
    J’ai laissé ces mots à mon retour sur Oniris cette semaine. Il vont aussi très bien ici. Et je pourrai leur donner une suite…en monologue hélas. Mais non loin des mots inspirants.

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