Sillons

Les talons sur les pavés dévoilent l’humeur des passants

Du nid chaud des cheveux des voitures prennent leur envol

Vers les nuages légers somnolents et gris

Les yeux roulent menés par la danse des feux à trois couleurs

Les mains vont et viennent, entraînées

Par le rythme régulier des battements vifs de la ville

Les pieds aux oeillères de cuir se figent

Juste au bord de la grande page emportée par le vent

Remplacée par une autre au milieu de laquelle

Une cheminée crache sa vapeur opaque

Entourée d’un espace si vaste qu’il dessine un vertige

Tout autour du corps légèrement vacillant.

*

Avec ma fourchette je trace un chemin

Dans la bonne purée de pommes de terre

Au bord de ce chemin il y a des arbres

En tenue de bal masqué comme vous et moi

Qui imperturbablement dictent leurs mémoires

(On ne se les disputera pas en librairie)

A des oiseaux armés de leur plus belle plume

Une auberge apparaît mais j’ai vraiment trop faim

Pour ne pas l’écraser sous

Mes nouvelles dents

Celles de lait occupent déjà d’importantes situations

Dans l’Oubli ce continent voué aux ténèbres.

*

Chaconne oubliée,

C’est si loin ces visages pour qui l’on eut flambé

Des nuits noires sur papier blanc

Mot à mot conquises au frisson attendu

Guettée dans l’entrebâillement la douceur

Verlaine amoureux de son ombre

Nous étions suspendus pour le plaisir

Du funambule sûr de tomber au fil des notes

C’est si loin ce battement de doute

Sous le sourire naïf des conquistadors de bazar

Que le vain nous attriste au réel révélé.

*

Les marches à géométrie variable

Invitent ou refusent l’ascension

Immeubles et tours se penchent alors

Pour accueillir le voyageur et l’entraîner

Dans des greniers insoupçonnés

Où il n’aura jamais le temps

D’ouvrir toutes les bibliothèques

À la recherche d’un signe de sa présence

Après avoir franchi tous les escaliers

Il réalise enfin que lignes brisées ou droites

Le mènent toujours à la même source

À la naissance du fleuve où il peut s’abandonner

*

Des sillons aux reflets multiples sur la lame des écritures d’Eclaircie, Phoenixs, 4Z et moi-même, dans un ordre exactement inverse mais variable de semaine en semaine.

4 réponses sur “Sillons”

  1. Éclaircie dit :

    Des sillons … fertiles ! Bien sûr !
    Là, musique, grenier et Oubli, vertige et nuages somnolents, funambule sur portée de notes, arbres et mémoire, tout contribue à nous transporter plus loin qu’un seul rêve.

    • phoenixs dit :

      Le continent sous la dent de lait n’empêche pas la fourchette de fouiller les bibliothèques vivantes à la recherche d’une verticalité suspendue comme vous et moi en tenue de bal ,-)

  2. Elisa-R dit :

    La « géométrie variable » mène à tout : « réel révélé », « continent voué aux ténèbres » mais aussi à l’imagination ancrée en nous à perpétuité. Ainsi, suffit-il peut-être de claquer des talons sans œillères en suivant « le chemin  » où « il y a des arbres » pour trouver « la naissance du fleuve » et enfin « s’abandonner » au ravissement des quatre mesures d’une « Chaconne ».

    • 4Z2A84 dit :

      Dans les greniers insoupçonnés où dorment les bibliothèques
      un livre parle du somnambule sûr de tomber au fil des notes
      intrépides lecteurs vos yeux roulent alors menés par la danse du feu tricolore.
      Oui, l’imagination s’en donne à cœur joie dans cette suite où la fantaisie de chacun s’exprime en bouquets de feu d’artifice indéfrisables.

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