DES HERONS DANS L’HORLOGE.

Des hérons dans l’horloge.

 

*

L’échasse sans échelle,

 

On va, hérons solitaires

Loin dans les longs marécages étranges

A perdre nos plumes lentement dans les eaux

Saumâtres

Se retourner tord le cou, fouiller les voies lactées

Crèvent les yeux

Longues pattes inutiles, cervelle d’oiseau pâlie

Nous voilà dans la vase

Enlisés et moites

A chercher le sens de la marche

*

Il a laissé ses yeux fermés sur l’oreiller

Il est parti les mains ouvertes

Le nez au vent pour humer la moindre odeur

Se demandant si le chemin

Le guiderait comme hier

Le pas plus hésitant mais aussi plus léger

Lui a permis d’entendre le craquement du plus menu gravier

La branchette qui ploie sous la patte de l’oiseau

Et le mot dont le sens dans le noir est magnifié

Ou n’était-ce que le vent se jouant de lui

Mais lui aussi se joue du vent

Il s’est envolé dans l’aube …

Reviendra-t-il avant la nuit ?

*

« Dès à présent »

Désuets. Mots d’une malle poussiéreuse.

Le temps est cette ligne bleue qu’héberge l’horizon

Il est la lueur blanche qui veille sous les os

La chair de nos survies, le sang qui coule en nous.

Arrêté

Comme une horloge oubliée dans l’obscur d’un grenier

Il n’est qu’un cœur qui bat, ne cesse de frémir

Le fil qui coud nos vies jusqu’au blanc du linceul

Un ami négligé qui jamais ne nous laisse.

*

On se regarde trop longtemps

Vivre dans un miroir

Qui ne reflète pas toujours la vérité

Ni la réalité

Le ciel descend vers nous

En empruntant un escalier

Dont les marches sont sciées

Il nous étouffe

Le café trop sucré trop chaud trop fort

Quitte sa tasse et éclabousse

Notre résolution de mystifier la mort.

*

Eclaircie, Elisa, Phoenixs et moi-même sommes les auteurs de ces poèmes plus enivrants que les meilleurs vins. Aussi recommande-t-on de ne pas prendre le volant après leur lecture.

*

5 replies on “DES HERONS DANS L’HORLOGE.”

  1. 4Z2A84 dit :

    Aux yeux fermés (mais non aveuglés par leurs paupières transparentes)) sur l’oreiller chacun offre des spectacles singuliers, des réflexions originales. Que la poésie soit ainsi toujours avec nous, elle vaut mieux que toutes les forces du monde !

  2. egfrild dit :

    Je me disais bien sans vraiment me l’avouer que des horloges, les longs becs des hérons étaient les aiguilles, pêchant plus sûrement les secondes et le temps, que les rusés poissons.
    Bonjour à tous et merci de remettre les pendules à l’heure.

  3. Elisa R dit :

    « Le sens de la marche » quand d’un escalier « les marches sont sciées » ne se trouve, sans doute, qu’après avoir soigneusement ‘laissé ses yeux fermés sur l’oreiller ». Longtemps encore après avoir reçu ces images d’un livre qui n’existe nulle part ailleurs, nous les contemplons ébahis sur la taie transparente qui -paradoxe- nous donne la vue.

    Merci Egfrild de nous rendre visite avec, toujours, votre si étrange et merveilleux regard.

  4. phoenixs dit :

    L’escalier scié du ciel sans marches, le temps sous les os, l’ami négligé qui veille sur les mots endormis dans les malles.
    Que sortir de la poussière ?
    Des éclats lumineux posés ici plutôt que là-bas trop loin de nous.
    Une harmonie certaine.

  5. Éclaircie dit :

    Je devais conduire, aussi, je ne passe que ce matin…pour apercevoir toutes les vies rêvées ou réelles, dans cette réalité chère au poète où jamais rien ne surprend, où tout peut advenir.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.