Fleurs de neige

Fleurs de neige

*

J’attire la ville avec un aimant de bonne dimension

De loin on dirait un fer à cheval

L’infranchissable porte des écuries boude

On n’entre plus dans son inconscient sans chapeau

Or les têtes se font de plus en plus rares

De moins en moins riches en boue les soupes

Nous parfumions nos fleurs avant de les flétrir

Ou de leur offrir des gants de boxe

Car la ville une fois dans mon jardin je cultive

Les cerveaux en pots le maire en le gavant

A mon appétit tout se range

Même l’ombre ne suit plus son maître

Elle me mange dans la main

Le grain qui s’y trouvait manque déjà au jars.

*

Le bien et le mal, la vie

Se détachent et nul ne sait comment tenir le miroir

Tantôt sombre tantôt clair.

Quelques mains longues et belles

Surmontées d’une tour où loge la folie

Dessinent des courbes délicates

Mais nul, encore ! ne les voit vraiment.

Ainsi ne subsiste que le mystère des cimes

Qui les soirs d’hiver se bercent

Ou chantent dans une langue secrète

Les couleurs de la nuit.

Et jadis s’endort, las, dans les bras de demain.

*

À foison, les flocons se précipitent

Des bras de la lune aux branches émondées

Du tilleul qui lance au ciel ses mains nues

Baume blanc.

La belle enceinte attend pour libérer son fruit

Que le blé à peine germé dans la terre humide

Émerge de la neige au matin lumineux

Baume vert.

Arabesque au mur de la nuit hésitante

Fumerolle dans le froid vif

Des signes encore confus osent déjà le chant

Baume mauve.

L’arc-en-ciel composé dans le silence feutré

Sait l’éphémère des regards éblouis

Et protéger la vague des couleurs

Sous le baume invisible des lignes fluides.

*

Marcher sur la lune,

 

C’est une longue plage mouillée

Sur laquelle coulent de courtes larmes

Pour se perdre sous les galets

Ce n’est pas le temps qui passe

C’est nous qui glissons entre deux vagues

Bleues pâles de janvier

Elles emportent ce qui reste du peu vif

Un autrefois sans visage

Dont les yeux juvéniles déjà se ferment.

C’est une longue plage mouillée

Sur laquelle disparaissent les ombres défendues.

*
Un jardin rêvé par 4Z, Eclaircie, Phoenixs et moi-même.

4 replies on “Fleurs de neige”

  1. phoenixs dit :

    Malgré le fer à cheval, les arcs en ciel et la branche du tilleul, on sent de moins en moins le chemin faciliter le passage ici-bas. Nous nous tenons dans le bas en cherchant plus loin avec la petite pelle des mots et le petit râteau des oublis.
    Il reste des lieux où creuser, tracer une sente, pister un mirage.
    Zephe en est un avec ses compagnons pour lui donner vie.
    Pensée pour Héliomel.

  2. 4Z2A84 dit :

    Je nous lis d’une tour où loge la folie. Pour cela je suis armé d’une longue-vue. Sous mon regard vos mots deviennent ce qu’ils décrivent. Prenant peur, je me glisse entre deux vagues et je supplie la nuit hésitante d’ombrer mes traits.

  3. Elisa-R dit :

    J’ai aimé vous lire avant tout le monde et je me réjouis de vos commentaires qui viennent encore enrichir ces jolies « Fleurs de neige » !

  4. Éclaircie dit :

    La neige n’a fait qu’une apparition brève, le temps de nous livrer ces « fleurs ». On comprend qu’elle n’ait pas désiré rester plus quand jadis s’endort dans les bras de demain, quand la ville est attirée par l’aimant-poète et quand disparaisse les ombres défendues. Baume blanc éphémère, vision large sans longue-vue, mirage plus réel que nature.

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